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Canna·wiki : L’encyclopédie des cannabinoïdes

Une fiche par molécule : sa structure, ses cibles, son statut en France. Pour le cannabidiol, voir la fiche CBD de Canna·wiki.

467 molécules

Les flèches parcourent la table, Entrée ouvre la fiche.

De la plante

Le CBD, le THC et les molécules plus rares du chanvre. Huit forment le cœur de sa chimie (CBGA, THCA, CBDA, CBCA et leurs formes neutres) ; d’autres, comme le CBN, se forment en vieillissant. Quelques-unes viennent d’autres plantes, comme le perrottétinène d’une hépatique.

71 molécules

Statut en France
  • Non classé comme stupéfiant46
  • Encadré ou en évolution1
  • Classé comme stupéfiant23
Comprendre cette famille, De la plante

Mineurs55 · dont 1 ci-dessus

Terpènes du chanvre

Le myrcène, le limonène, le linalol, l’α-pinène et l’humulène font l’odeur d’une fleur. Ce sont des terpènes et non des cannabinoïdes : leur activité sur les récepteurs CB1 et CB2 reste débattue, et chaque fiche cite les essais. Le β-caryophyllène, ligand du CB2, est classé avec les phytocannabinoïdes.

5 molécules

Statut en France
  • Non classé comme stupéfiant5
Comprendre cette famille, Terpènes du chanvre

Monoterpènes4 · dont 3 ci-dessus

Sesquiterpènes1 · ci-dessus

Du corps

L’anandamide et le 2-AG sont fabriqués par l’organisme, sans cannabis. Ils agissent sur les mêmes récepteurs que le THC.

35 molécules

Statut en France
  • Non classé comme stupéfiant35
Comprendre cette famille, Du corps

Endocannabinoïdes établis2 · ci-dessus

Transformées par le corps

Le foie transforme le THC en 11-OH-THC puis en THC-COOH, le CBD en 7-OH-CBD. Certains métabolites restent actifs, d’autres servent surtout de marqueurs dans les dépistages.

9 molécules

Statut en France
  • Non classé comme stupéfiant1
  • Classé comme stupéfiant8
Comprendre cette famille, Transformées par le corps

Dérivés de la plante

Le HHC, le H4-CBD ou le THC-O partent d’une molécule du chanvre, transformée en laboratoire.

35 molécules

Statut en France
  • Non classé comme stupéfiant6
  • Encadré ou en évolution3
  • Classé comme stupéfiant26
Comprendre cette famille, Dérivés de la plante

De synthèse

Des molécules construites de toutes pièces pour activer les récepteurs du THC : ligands de recherche, quelques médicaments comme la nabilone, et les « cannabis de synthèse » vendus illégalement, dont plusieurs ont causé des intoxications graves et des décès en Europe.

217 molécules

Statut en France
  • Non classé comme stupéfiant39
  • Encadré ou en évolution8
  • Classé comme stupéfiant170
Comprendre cette famille, De synthèse

Ligands de recherche et médicaments82 · dont 3 ci-dessus

Nouvelles substances psychoactives135 · dont 1 ci-dessus

Outils de recherche

Des molécules de laboratoire qui bloquent un récepteur, freinent les enzymes qui dégradent l’anandamide ou le 2-AG, ou modulent un récepteur en se fixant hors de son site principal. Le rimonabant a été un médicament, retiré du marché.

95 molécules

Statut en France
  • Non classé comme stupéfiant94
  • Classé comme stupéfiant1
Comprendre cette famille, Outils de recherche

Atlas des cibles

Neuf cibles portent l’essentiel des fiches. Choisissez-en une : la carte montre où elle vit, la liste les molécules dont la valeur citée y est la plus faible.

Où vivent ces cibles

Où chaque cible a été trouvée chez l’humain, d’après les études citées. Une carte des récepteurs et des enzymes, jamais des effets d’une molécule.

Cerveau, coupe de profil
Corps, de face
Sang

CB1CB1 trouvé dans 7 régions du corps

  1. Ganglions de la basedenseTrès dense dans les ganglions de la base1
  2. CerveletdenseTrès dense dans le cervelet1
  3. HippocampedenseConcentrations très élevées dans l’hippocampe2
  4. AmygdaledenseConcentrations élevées dans l’amygdale2
  5. CortexprésentPrésent dans tout le néocortex2
  6. Tissu adipeuxprésentExprimé dans le tissu adipeux3
  7. IntestinprésentÉpithélium, muscle lisse et plexus du côlon4

Comparer deux molécules

Les fiches du Canna·wiki mises côte à côte, sur les champs déjà sourcés.

Les cannabinoïdes

Vérifié le 20 octobre 2026

Les cannabinoïdes forment un groupe de composés qui se lient aux récepteurs cannabinoïdes CB1 et CB2 du système endocannabinoïde. Selon l’origine, on distingue d’abord les endocannabinoïdes produits par l’organisme, les phytocannabinoïdes synthétisés surtout par Cannabis sativa, et les cannabinoïdes de synthèse. Le chanvre en produit une grande diversité, dont une part naît de la chaleur, de la lumière et de l’oxygène à partir de quelques constituants majeurs.[1] (référence 1)

Définition

Le mot a deux usages. En pharmacologie, un cannabinoïde est une molécule qui agit sur les récepteurs cannabinoïdes, principalement CB1 et CB2, deux récepteurs couplés aux protéines G, quelles que soient sa structure et son origine. En chimie des plantes, il désigne aussi les composés apparentés au THC et au CBD, même lorsqu’ils agissent peu sur ces récepteurs, comme le CBD lui-même.[1] (référence 1) La frontière chimique du groupe reste discutée, l’inventaire de référence proposant une définition biogénétique plutôt que purement structurale.[1] (référence 1)

Cannabinoïdes phytogéniques

Les phytocannabinoïdes sont produits par Cannabis sativa, qui les accumule surtout dans les trichomes des inflorescences. La structure du Δ⁹-tétrahydrocannabinol (THC), principal composé psychotrope, a été élucidée en 1964 par Yehiel Gaoni et Raphael Mechoulam à l’Institut Weizmann ; celle du cannabidiol (CBD) l’avait été l’année précédente par Raphael Mechoulam et Yuval Shvo.[2] (référence 2)[3] (référence 3) Selon les critères de décompte, on en recense 125 ou plus de 150, à des concentrations très inégales : le THC ou le CBD domine dans la plupart des variétés, les autres n’étant souvent présents qu’à l’état de traces.[4] (référence 4)[5] (référence 5)

La plante ne synthétise pas directement le THC ni le CBD. Elle produit d’abord un précurseur commun, l’acide cannabigérolique (CBGA), souvent appelé « molécule mère ». Trois synthases (THCA-, CBDA- et CBCA-synthase) le convertissent respectivement en acides THCA, CBDA et CBCA, les formes réellement présentes dans la plante fraîche.[1] (référence 1) Ces formes acides sont quasi inactives sur CB1. C’est la décarboxylation, la perte d’un groupe carboxyle (−CO₂) sous l’effet de la chaleur (séchage lent, combustion, cuisson), qui transforme le THCA en THC et le CBDA en CBD. Le CBN n’est pas synthétisé par la plante : il résulte de l’oxydation lente du THC, ce qui en fait un marqueur de vieillissement.

CBGATHCA-synthaseTHCAΔ · chaleurTHC
De la « molécule mère » (CBGA) au THC : une synthase fixe la forme acide, la chaleur la décarboxyle.

Système endocannabinoïde

Si la plante agit sur l’humain, c’est que l’organisme possède déjà le système. Le récepteur CB1 a été cloné en 1990 ; il est densément exprimé dans le système nerveux central, où il module la libération des neurotransmetteurs.[6] (référence 6) Le récepteur CB2, identifié en 1993, est surtout porté par les cellules immunitaires et les tissus périphériques.[7] (référence 7)

Les ligands endogènes de ces récepteurs sont les endocannabinoïdes. L’anandamide (AEA), première identifiée, a été isolée en 1992 à partir de cerveau de porc ; son nom vient du sanskrit ananda, « béatitude ».[8] (référence 8) Le second, le 2-arachidonoylglycérol (2-AG), a été décrit en 1995.[9] (référence 9) Ces lipides ne sont pas stockés mais synthétisés à la demande, puis rapidement dégradés : la FAAH hydrolyse l’anandamide, la MAGL le 2-AG.

Au niveau synaptique, ils opèrent par signalisation rétrograde : libérés par le neurone post-synaptique, ils remontent vers le neurone pré-synaptique pour y freiner la libération de neurotransmetteurs.[10] (référence 10) Le système participe ainsi à la modulation de la douleur, de l’humeur, de l’appétit, de la mémoire, du sommeil et de l’inflammation. L’anandamide active aussi le récepteur TRPV1, ce qui la place à la frontière des endocannabinoïdes et des endovanilloïdes.

Synthétiques & semi-synthétiques

Les cannabinoïdes de synthèse sont des agonistes conçus en laboratoire (séries JWH du chimiste John W. Huffman, HU de l’Université hébraïque de Jérusalem, ou CP), à l’origine comme outils pharmacologiques pour cartographier les récepteurs. Détournés sous forme de mélanges végétaux à fumer (« Spice », « K2 »), ils présentent une affinité souvent bien supérieure à celle du THC et un profil toxicologique distinct, à l’origine d’intoxications parfois graves.

Les cannabinoïdes semi-synthétiques sont, eux, obtenus par modification chimique d’un cannabinoïde végétal, le plus souvent le CBD extrait du chanvre, d’abord converti en THC : l’hydrogénation de celui-ci donne l’hexahydrocannabinol (HHC), son acétylation le THC-O. Apparus récemment sur le marché, plusieurs ont depuis fait l’objet de mesures de classement (voir Statut légal).

Production par génie génétique

La voie de biosynthèse complète des cannabinoïdes a été reconstituée dans la levure Saccharomyces cerevisiae : à partir d’un sucre simple (le galactose), des souches modifiées produisent le CBGA, puis le THCA, le CBDA et leurs homologues à chaîne courte (THCVA, CBDVA), ainsi que des analogues inexistants dans la nature lorsqu’on nourrit la levure avec d’autres acides gras.[11] (référence 11) Les auteurs y voient une plateforme de production de cannabinoïdes naturels et non naturels, sans culture de plante ni extraction.

Références

  1. 1.Hanuš L. O., Meyer S. M., Muñoz E., Taglialatela-Scafati O., Appendino G. « Phytocannabinoids: a unified critical inventory. » Natural Product Reports 33, 1357–1392 (2016).
  2. 2.Gaoni Y., Mechoulam R. « Isolation, structure, and partial synthesis of an active constituent of hashish. » Journal of the American Chemical Society 86, 1646–1647 (1964).
  3. 3.Mechoulam R., Shvo Y. « Hashish. I. The structure of cannabidiol. » Tetrahedron 19, 2073–2078 (1963).
  4. 4.Radwan M. M., Chandra S., Gul S., ElSohly M. A. « Cannabinoids, Phenolics, Terpenes and Alkaloids of Cannabis. » Molecules 26, 2774 (2021).
  5. 5.Maioli C., Mattoteia D., Amin H. I. M., Minassi A., Caprioglio D. « Cannabinol: History, Syntheses, and Biological Profile of the Greatest “Minor” Cannabinoid. » Plants 11, 2896 (2022).
  6. 6.Matsuda L. A. et al. « Structure of a cannabinoid receptor and functional expression of the cloned cDNA. » Nature 346, 561–564 (1990).
  7. 7.Munro S., Thomas K. L., Abu-Shaar M. « Molecular characterization of a peripheral receptor for cannabinoids. » Nature 365, 61–65 (1993).
  8. 8.Devane W. A. et al. « Isolation and structure of a brain constituent that binds to the cannabinoid receptor. » Science 258, 1946–1949 (1992).
  9. 9.Mechoulam R. et al. « Identification of an endogenous 2-monoglyceride, present in canine gut, that binds to cannabinoid receptors. » Biochemical Pharmacology 50, 83–90 (1995).
  10. 10.Wilson R. I., Nicoll R. A. « Endogenous cannabinoids mediate retrograde signalling at hippocampal synapses. » Nature 410, 588–592 (2001).
  11. 11.Luo X. et al. « Complete biosynthesis of cannabinoids and their unnatural analogues in yeast. » Nature 567, 123–126 (2019).
  12. 12.Conseil d’État, 1ère–4ème ch. réunies, 29 décembre 2022, n° 444887, annulation de l’arrêté du 30 décembre 2021.
  13. 13.ANSM. « L’ANSM classe l’hexahydrocannabinol (HHC) et deux de ses dérivés sur la liste des stupéfiants » : HHC, HHC-O et HHC-P, décision du 12 juin 2023.
  14. 14.ANSM. « L’ANSM inscrit de nouveaux cannabinoïdes sur la liste des stupéfiants » (24 mai 2024) : H4-CBD, H2-CBD et dérivés du benzo[c]chromène, CBN exclu, à compter du 3 juin 2024.

En bref

Familles
6classées par origine
Récepteurs
CB1 · CB2couplés aux protéines G
Phytocannabinoïdes recensés
125 – 150+selon le décompte
Structure du THC élucidée
1964Gaoni & Mechoulam
Seuil légal France
≤ 0,3 %de Δ⁹-THC

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