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Cannabinoïdes : définition, 3 familles et ce qui est légal

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10 min de lectureMis à jour le

Un cannabinoïde est une molécule qui agit sur les récepteurs cannabinoïdes du corps, CB1 et CB2, ou qui appartient à la même famille chimique que le THC et le CBD. Il en existe trois familles : les phytocannabinoïdes du chanvre, dont 125 sont identifiés, les endocannabinoïdes que fabrique le corps, et les cannabinoïdes de synthèse.

Notes de chimie organique manuscrites sur un porte-bloc, à côté d'une verrerie de laboratoire

En France, le CBD, le CBG, le CBC et le CBN peuvent être vendus dans un produit qui contient au plus 0,30 % de Δ⁹-THC. Le THC et les molécules de synthèse sont classés comme stupéfiants.

À retenir

  • Sur plus de 500 composés du chanvre, une revue de 2021 compte 125 cannabinoïdes, classés en 11 types chimiques.
  • Le chanvre produit des formes acides (CBDA, THCA), que la chaleur ou la lumière convertit en CBD et en THC.
  • L'organisme a ses propres cannabinoïdes : l'anandamide, identifiée en 1992, puis le 2-AG en 1995.
  • Les cannabinoïdes de synthèse activent le récepteur CB1 beaucoup plus fort que le THC. Tous ceux qui sont vendus comme « alternatives » sont interdits.
  • En France, un seul médicament à base de CBD est disponible : l'Epidyolex, prescrit dans des épilepsies rares.

Qu'est-ce qu'un cannabinoïde ?

Un cannabinoïde se définit de deux manières qui se recouvrent. Pour le chimiste, c'est l'une des molécules propres au chanvre, bâties sur le même squelette que le THC et le CBD. Pour le pharmacologue, c'est toute molécule qui se fixe sur les récepteurs cannabinoïdes, qu'elle provienne de la plante, du corps ou d'un laboratoire.

Les découvertes ont suivi cet ordre. Raphael Mechoulam décrit la structure du CBD en 1963, celle du THC en 1964. En 1990, le récepteur CB1 est cloné : une étude publiée dans Nature décrit un récepteur couplé aux protéines G, présent dans le cerveau. Le CB2 vient en 1993, et on le trouve surtout dans les cellules immunitaires. Puisque ces récepteurs existaient, le corps devait produire ses propres molécules pour les activer : elles sont identifiées en 1992 et 1995. Le tout forme le système endocannabinoïde.

Schéma des trois familles de cannabinoïdes : phytocannabinoïdes de la plante, endocannabinoïdes du corps, cannabinoïdes de synthèse, avec leur statut en France
Les trois familles de cannabinoïdes et leur statut en France. Sources : Radwan et al., 2021 ; ANSM, 2023 et 2024

Phytocannabinoïdes : 125 molécules, 11 types chimiques

Sur plus de 500 composés recensés dans Cannabis sativa, une revue parue en 2021 dans Molecules en identifie 125 comme cannabinoïdes. Ses auteurs les répartissent en 11 types chimiques, dont les types CBD, Δ⁹-THC, CBG, CBC et CBN. Ces molécules sont produites dans les trichomes, les petites glandes résineuses des fleurs femelles.

Les principaux ont un précurseur commun, l'acide cannabigérolique (CBGA). La plante fabrique d'abord ce CBGA, que trois enzymes, la THCA synthase, la CBDA synthase et la CBCA synthase, convertissent en THCA, CBDA et CBCA. La génétique de la variété détermine quelle enzyme domine, et un chanvre à CBD porte surtout la CBDA synthase. Sous l'effet de la chaleur ou de la lumière, ces formes acides perdent ensuite un groupe carboxyle et deviennent CBD, THC, CBC ou CBG : c'est la décarboxylation.

Le CBN, lui, n'est pas fabriqué par la plante. Il se forme quand le THC se dégrade avec le temps et l'oxydation, et se lie moins bien que lui aux récepteurs CB1 et CB2.

MoléculeOrigineEffet psychotropeStatut en France
CBDChauffage du CBDANonVente autorisée si Δ⁹-THC ≤ 0,30 %
CBGChauffage du CBGA non convertiNonVente autorisée si Δ⁹-THC ≤ 0,30 %
CBCChauffage du CBCANonVente autorisée si Δ⁹-THC ≤ 0,30 %
CBNDégradation du THCFaible affinité pour CB1Non classé, même seuil de THC
Δ⁹-THCChauffage du THCAOuiStupéfiant, toléré à 0,30 % au plus dans le chanvre
THCAForme acide produite par la planteNon, tant qu'il n'est pas chaufféStupéfiant, sauf dans un chanvre conforme au seuil de 0,30 %

Des phytocannabinoïdes plus rares, comme la THCV ou la CBDV, sont aussi étudiés. Pour savoir si un produit en contient, lisez l'analyse du lot, car l'étiquette seule ne suffit jamais.

Le THC est-il un cannabinoïde ?

Oui. Le Δ⁹-THC est un phytocannabinoïde. Il se fixe sur le récepteur CB1, dont il est un agoniste partiel, d'où son effet psychotrope. L'inverse ne vaut pas : le CBD, le CBG et le CBC appartiennent à la même famille chimique sans produire cet effet.

Le droit français fait la même distinction. L'article R5132-86 du Code de la santé publique interdit les « tétrahydrocannabinols, naturels ou synthétiques » et ne nomme pas le CBD. Le statut du THC est détaillé dans notre article sur le Δ⁹-THC en France.

Endocannabinoïdes : ceux que le corps fabrique

L'organisme humain fabrique ses propres cannabinoïdes. Le premier, l'anandamide, a été isolé en 1992 dans le cerveau de porc, au cours d'une recherche de molécules capables de se fixer sur le récepteur cannabinoïde. Son nom vient du sanskrit ananda, « félicité ». Le second, le 2-arachidonoylglycérol ou 2-AG, a été décrit en 1995 par deux équipes, une israélienne et une japonaise.

Leur structure diffère de celle du CBD comme de celle du THC. Elles dérivent d'un acide gras, l'acide arachidonique. Le corps les produit à la demande, puis des enzymes les dégradent. Le THC imite en partie leur action sur le récepteur CB1, ce qui explique son effet psychotrope. Le CBD se fixe peu sur CB1 et CB2 et a plusieurs cibles étudiées, détaillées dans l'article sur le système endocannabinoïde cité plus haut.

Cannabinoïdes de synthèse : la famille interdite

Fabriqués en laboratoire, les cannabinoïdes de synthèse sont conçus pour activer le récepteur CB1, et c'est l'intensité qui les sépare du THC. Une revue publiée en 2025 rappelle que le THC est un agoniste partiel de CB1. La plupart des cannabinoïdes de synthèse vendus sont au contraire des agonistes complets, parfois plus de 100 fois plus puissants. Le plus connu est le JWH-018, présent dans les mélanges « Spice » ou « K2 ».

Une seconde catégorie s'est développée sur le marché du CBD : les molécules semi-synthétiques, obtenues par modification chimique d'un cannabinoïde du chanvre. L'ANSM a classé comme stupéfiants le HHC, le HHCO et le HHCP à compter du 13 juin 2023, puis le H4CBD, le THCP et d'autres dérivés à compter du 3 juin 2024. Cette seconde décision vise aussi le THCA, sauf lorsqu'il est présent dans un chanvre dont la teneur en THC respecte le seuil de 0,30 %.

On trouve encore ces produits sous des noms trompeurs. Pour les repérer, voyez notre article sur les cannabinoïdes de synthèse ; la chronologie du HHC retrace son interdiction.

Ce que le droit français autorise

Tout repose sur un seuil. L'arrêté du 30 décembre 2021 autorise les variétés de Cannabis sativa L. inscrites aux catalogues officiels dont la teneur en Δ⁹-THC ne dépasse pas 0,30 %, et applique ce plafond aux extraits comme aux produits qui en contiennent. Ce texte prévoyait aussi d'interdire la vente de fleurs et de feuilles brutes : le Conseil d'État a annulé le 29 décembre 2022 cette interdiction.

Deux limites viennent s'y ajouter. D'abord, comme le rappelle la MILDECA, les produits au CBD ne peuvent revendiquer d'allégation thérapeutique sous peine de sanctions pénales, sauf s'ils sont autorisés comme médicaments. Ensuite, un cannabinoïde destiné à être avalé relève aussi du régime des nouveaux aliments, que détaille notre point sur la réglementation du CBD en 2026.

Médicaments : Epidyolex et cannabis médical

L'Epidyolex, une solution de CBD purifié, est le seul médicament à base de CBD disponible en France. Sur avis de l'Agence européenne du médicament, il est autorisé dans l'Union européenne depuis 2019 en complément d'autres traitements, à partir de 2 ans. Ses indications sont le syndrome de Lennox-Gastaut et le syndrome de Dravet, avec le clobazam, ainsi que la sclérose tubéreuse de Bourneville. Seuls les neurologues et les neuropédiatres peuvent le prescrire. Les essais qui ont conduit à cette autorisation sont résumés dans notre article sur l'Epidyolex.

Le cannabis médical, qui contient du THC, relève d'un autre circuit. L'expérimentation française a pris fin le 31 décembre 2024. Selon l'ANSM, la période de transition qui l'a suivie s'achèvera trois mois après la publication de l'avis de la Haute Autorité de santé. Pour suivre ce dossier, voyez le point sur le cannabis médical en 2026.

Questions fréquentes

Un cannabinoïde est une molécule qui agit sur les récepteurs cannabinoïdes CB1 et CB2, ou qui fait partie de la famille chimique du THC et du CBD. Il peut provenir du chanvre, du corps humain ou d'un laboratoire.

Dans le chanvre, une revue de 2021 en compte 125 parmi plus de 500 composés identifiés. Le corps humain en produit deux principaux, l'anandamide et le 2-AG. Les cannabinoïdes de synthèse forment une famille à part, dont la composition évolue à mesure que de nouvelles molécules sont interdites.

On en distingue trois familles. Les phytocannabinoïdes viennent du chanvre (CBD, THC, CBG, CBC, CBN…), les endocannabinoïdes sont fabriqués par le corps, et les cannabinoïdes de synthèse ou semi-synthétiques sont créés en laboratoire.

Non. Le CBD, le CBG, le CBC et le CBN peuvent être vendus si le produit contient au plus 0,30 % de Δ⁹-THC, mais le THC est un stupéfiant. Le HHC est interdit depuis le 13 juin 2023, le H4CBD et le THCP depuis le 3 juin 2024.

Les deux appartiennent à des familles chimiques distinctes, mais se forment dans les mêmes glandes du chanvre. Les terpènes, comme le myrcène ou le limonène, sont des composés odorants que l'on trouve dans de nombreuses plantes. Leur chimie est détaillée dans notre article sur les terpènes du chanvre.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.