CBD et épilepsie : ce que prouve Epidyolex, et ses limites
Un seul médicament au cannabidiol est autorisé en Europe : Epidyolex, depuis le 19 septembre 2019. Il est réservé à trois épilepsies rares et sévères, toujours en complément d'un autre antiépileptique, à des doses de 10 à 25 mg par kilo et par jour sous surveillance du foie. Aucun produit CBD en vente libre n'a d'indication contre l'épilepsie, ni de dose comparable.

Sommaire
> À retenir > > - Epidyolex est indiqué dans les syndromes de Lennox-Gastaut et de Dravet, avec le clobazam, et dans la sclérose tubéreuse de Bourneville, dès 2 ans. > - Dans ses essais pivots, les crises ont baissé de 20 à 25 points de plus que sous placebo. > - Un enfant de 20 kg reçoit 200 à 400 mg de cannabidiol par jour ; l'EFSA retient 2 mg pour un adulte de 70 kg en complément alimentaire. > - Les transaminases dépassent trois fois la normale chez 12 % des patients traités, jusqu'à 23 % avec valproate et clobazam. > - Un produit CBD de boutique qui revendiquerait un effet sur l'épilepsie serait un médicament par présentation.
Epidyolex : un médicament, trois indications
Epidyolex est une solution buvable de cannabidiol purifié, dosée à 100 mg par millilitre. Selon la fiche de l'Agence européenne des médicaments, il est autorisé dans l'Union depuis le 19 septembre 2019 comme traitement adjuvant, c'est-à-dire ajouté à un traitement existant :
- des crises du syndrome de Lennox-Gastaut et du syndrome de Dravet, en association avec le clobazam ;
- des crises associées à la sclérose tubéreuse de Bourneville, une maladie génétique rare ;
- chez les patients de 2 ans et plus.
Ce sont des épilepsies rares, sévères et le plus souvent résistantes aux traitements, pas l'épilepsie en général. En France, la base de données publique des médicaments le classe sur la liste I. Sa prescription est réservée aux spécialistes et services de neurologie et de neuropédiatrie, et il est remboursé à 65 %.
La Haute Autorité de santé l'a évalué deux fois. Dans son avis du 13 mai 2020, elle retient un service médical rendu important et une amélioration mineure (niveau IV) dans les syndromes de Lennox-Gastaut et de Dravet. Pour la sclérose tubéreuse, l'avis du 1ᵉʳ décembre 2021 retient un service rendu modéré quand l'épilepsie résiste aux traitements, sans amélioration par rapport à l'existant (niveau V), et insuffisant sinon. La HAS a aussi signalé un risque d'erreur de dose : la posologie est en milligrammes, mais les seringues sont graduées en millilitres.
Les essais pivots, chiffres à l'appui
Trois essais randomisés contre placebo, menés par le laboratoire GW Pharmaceuticals (programme GWPCARE), ont fondé ces indications.
| Essai | Patients | Dose | Résultat sous cannabidiol | Sous placebo |
|---|---|---|---|---|
| Dravet, NEJM 2017 | 120 enfants et jeunes adultes | 20 mg/kg/j | Crises convulsives : 12,4 → 5,9 par mois | 14,9 → 14,1 par mois |
| Lennox-Gastaut, NEJM 2018 | 225 patients de 2 à 55 ans | 10 ou 20 mg/kg/j | Chutes : −37,2 % (10 mg) et −41,9 % (20 mg) | −17,2 % |
| Sclérose tubéreuse, JAMA Neurology 2021 | 224 patients de 1 à 57 ans | 25 ou 50 mg/kg/j | Crises : −48,6 % (25 mg) | −26,5 % |
Dans le syndrome de Dravet, 43 % des patients traités ont vu leurs crises diminuer d'au moins moitié, contre 27 % sous placebo. Cette différence n'a pas atteint le seuil de significativité statistique, même si le critère principal, la fréquence des crises, l'a atteint. Dans le syndrome de Lennox-Gastaut, les deux doses ont fait mieux que le placebo sur les crises avec chute. Dans la sclérose tubéreuse, la dose de 50 mg n'a pas fait mieux que celle de 25 mg, et elle a presque doublé la fréquence des diarrhées (56 % contre 31 %).
Ces résultats sont utiles pour des patients sans autre option. Ils restent modestes : le groupe placebo s'améliore aussi, et l'écart net tourne autour de 20 points. Aucun de ces essais n'a testé le cannabidiol seul, sans autre antiépileptique.
Des doses sans commune mesure avec un usage de consommation
Le résumé des caractéristiques du produit fixe la conduite du traitement. On commence à 2,5 mg par kilo deux fois par jour, soit 5 mg/kg/j, puis on passe à 10 mg/kg/j au bout d'une semaine. Le maximum est de 20 mg/kg/j dans les syndromes de Lennox-Gastaut et de Dravet, et de 25 mg/kg/j dans la sclérose tubéreuse.
Traduit en milligrammes, cela donne 200 à 400 mg par jour pour un enfant de 20 kg, et 1 400 mg pour un adulte de 70 kg à 20 mg/kg/j. L'EFSA, elle, retient un niveau provisoirement sûr de 2 mg par jour pour un adulte de 70 kg, pour des compléments alimentaires. Notre article sur la dose journalière de CBD détaille cette valeur.
L'écart va de 100 à 700 fois. Les doses des essais relèvent d'un cadre médical avec prises de sang régulières. Aucune conclusion d'essai ne se transpose à une huile vendue en boutique.
Effets indésirables et interactions documentés
Le résumé des caractéristiques chiffre les effets les plus fréquents : somnolence chez 23 % des patients, baisse de l'appétit chez 21 %, diarrhée chez 20 %, fièvre chez 16 %, vomissements chez 12 % et fatigue chez 10 %.
Le signal hépatique est le plus surveillé. Dans les essais contrôlés, 12 % des patients sous cannabidiol ont eu des transaminases (des enzymes du foie) au-delà de trois fois la normale, contre moins de 1 % sous placebo. Le risque dépend des médicaments associés :
| Traitement associé | Transaminases au-delà de 3 fois la normale |
|---|---|
| Valproate et clobazam | 23 % |
| Valproate seul | 19 % |
| Clobazam seul | 3 % |
| Ni l'un ni l'autre | 3 % |
Il dépend aussi de la dose : 15 % à 20 ou 25 mg/kg/j, contre 3 % à 10 mg/kg/j. Le bilan du foie, transaminases et bilirubine, est demandé à un, trois et six mois.
Le cannabidiol modifie aussi le taux sanguin d'autres médicaments. Avec le clobazam, le métabolite actif de celui-ci est multiplié par trois à quatre, probablement par inhibition de l'enzyme CYP2C19. La somnolence touche alors 43 % des patients, contre 14 % sans clobazam. Ces mécanismes sont détaillés dans nos articles sur le CBD et les enzymes du foie et sur l'effet pamplemousse. Une personne sous traitement doit en parler à son médecin ou à son pharmacien avant tout produit au CBD.
Pourquoi un produit CBD de boutique n'a rien à voir
Un médicament a une autorisation de mise sur le marché, un dossier clinique, une pharmacovigilance et une prescription. Un produit de consommation au CBD n'a rien de tout cela. Le code de la santé publique qualifie de médicament, à son article L. 5111-1, toute substance « présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives » à l'égard des maladies humaines. Un produit présenté comme agissant sur l'épilepsie tomberait dans cette définition.
L'ANSM a publié une alerte sur ce sujet précis, mise à jour en mars 2025. Elle y relève des produits vendus avec des allégations visant l'épilepsie, et rappelle trois risques : le CBD peut être toxique pour le foie, il peut augmenter la concentration d'antiépileptiques, et la quantité réelle de CBD comme la présence d'autres composés ne sont pas garanties. Elle demande aux patients de ne jamais modifier leur traitement sans avis médical.
L'accès au cannabis médical relève d'un dispositif distinct, décrit dans notre point sur le cannabis médical en France. Pour les autres essais publiés sur le cannabidiol, notre synthèse sur les études cliniques du CBD fait le tri.
Questions fréquentes
Epidyolex est-il la même chose qu'une huile de CBD ?
Non. Epidyolex est un cannabidiol pharmaceutique purifié, dosé, autorisé dans trois indications et prescrit avec des bilans sanguins. Une huile de consommation n'a ni autorisation, ni indication, ni les doses employées en essai.
Peut-on remplacer un antiépileptique par du CBD acheté en boutique ?
Non. Arrêter ou modifier un antiépileptique sans avis médical expose à un risque grave de crises. Epidyolex lui-même s'ajoute au traitement existant, il ne le remplace jamais.
Quelle dose de cannabidiol a été utilisée dans les essais ?
10 ou 20 mg par kilo et par jour dans les syndromes de Lennox-Gastaut et de Dravet, 25 ou 50 mg dans la sclérose tubéreuse. Pour un enfant de 20 kg, cela représente plusieurs centaines de milligrammes par jour.
Le CBD est-il remboursé en France ?
Seul Epidyolex, dans ses indications, est remboursé, à 65 %. Les produits CBD de consommation ne sont pas remboursés et ne sont pas des médicaments.
Epidyolex relève-t-il du cannabis médical ?
Non. C'est un médicament à base de cannabidiol purifié, avec une autorisation de mise sur le marché classique. Le cannabis à usage médical fait l'objet d'un dispositif séparé, avec d'autres produits.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.