Aller au contenu

Informations de lot sur chaque ficheTHC < 0,3 %Expédié depuis la France10 % offerts à l'inscription

CBD et médicaments : l'effet pamplemousse en chiffres

Par

9 min de lectureMis à jour le

Oui, le CBD peut modifier l'action de certains médicaments, un peu comme le pamplemousse : il ralentit des enzymes chargées de les éliminer, et leur taux sanguin augmente. À dose de médicament, les études ont mesuré un métabolite du clobazam multiplié par 3 à 4 et un immunosuppresseur, l'évérolimus, multiplié par 2,5. Pour les doses des produits grand public, on manque de données. Si vous suivez un traitement, parlez-en à votre pharmacien avant d'en prendre.

Demi-pamplemousse rose coupé en gros plan, le fruit dont les interactions avec les médicaments sont les plus étudiées

À retenir

  • Plusieurs enzymes du foie et de l'intestin qui éliminent de nombreux médicaments sont ralenties par le CBD, en particulier le CYP2C19.
  • Les interactions connues ont été mesurées à partir de 1 000 mg de CBD par jour, des doses proches de celles du médicament Epidyolex.
  • Le pamplemousse cible l'enzyme CYP3A4 de l'intestin, que le CBD n'a pas modifiée dans l'étude officielle.
  • Les repères de dose de l'EFSA et de l'agence britannique des aliments ne s'appliquent pas aux personnes sous traitement.
  • Signalez en priorité les médicaments à marge étroite : anticoagulants, immunosuppresseurs, antiépileptiques.

Le mécanisme : des enzymes qui éliminent les médicaments

Des enzymes éliminent la plupart des médicaments, principalement dans le foie et la paroi de l'intestin. Les plus connues forment la famille des cytochromes P450, abrégés CYP. Si une substance ralentit l'une d'elles, le médicament que cette enzyme devait dégrader s'accumule, et son effet peut augmenter, effets indésirables compris.

L'enzyme CYP3A4 pèse lourd : selon Medsafe, l'agence néo-zélandaise du médicament, elle prend en charge plus de 50 % des médicaments. Une revue publiée en 2023 dans Frontiers in Psychiatry dresse la liste des enzymes ralenties par le CBD : CYP2C9, CYP2C19, CYP2D6 et CYP3A, et peut-être CYP1A2, CYP2B6 et CYP2C8. Deux enzymes de conjugaison, UGT1A9 et UGT2B7, seraient aussi concernées. Une bonne part de ces résultats provient d'essais en laboratoire, sur cellules ou sur enzymes isolées.

Le rôle de ces enzymes et la surveillance du foie sous Epidyolex sont expliqués dans notre article sur le CBD et le foie. Les interactions du CBD avec les médicaments et les compléments, classées par niveau de preuve et par gravité, sont réunies avec leurs sources dans notre dossier des interactions.

Le pamplemousse, point de comparaison

Son effet est bien documenté, d'où son usage comme exemple. Une revue parue en 2013 dans le CMAJ recensait plus de 85 médicaments qui interagissent, ou devraient interagir, avec ce fruit. Pour 43 d'entre eux, les conséquences peuvent être graves.

Le fruit contient des furanocoumarines, qui inactivent de façon irréversible le CYP3A4 de l'intestin grêle. Il suffit d'un pamplemousse entier ou de 200 ml de jus. L'effet culmine quand le fruit est consommé dans les 4 heures qui précèdent le médicament, et il en subsiste environ 25 % au bout de 24 heures. Un médicament injecté dans une veine échappe à cette interaction, puisqu'il ne passe pas par l'intestin.

CritèrePamplemousseCBD
Enzyme principaleCYP3A4 de l'intestinCYP2C19 surtout, plus d'autres enzymes
CYP3A4 à dose étudiéeInactivé de façon irréversiblePas d'effet mesuré sur le midazolam
Quantité en cause1 fruit ou 200 ml de jus1 000 à 1 750 mg par jour dans les études
Durée de l'effetEnviron 25 % restant à 24 heuresNon établie aux doses grand public
SourceBailey et al., CMAJ, 2013EMA, résumé des caractéristiques d'Epidyolex

La comparaison vaut pour le principe, celui d'une substance d'apparence anodine qui modifie la dose réelle d'un médicament. Les enzymes en cause et les quantités, elles, diffèrent.

Ce qui a été mesuré chez l'humain

Les données les plus solides proviennent du dossier d'autorisation de l'Epidyolex, seul médicament à base de CBD. Publié par l'Agence européenne des médicaments, son résumé des caractéristiques du produit décrit des études chez des volontaires sains, qui recevaient 7,5 à 12,5 mg de CBD par kilo deux fois par jour. Pour 70 kg, cela fait environ 1 000 à 1 750 mg par jour.

Barres horizontales : exposition multipliée par 3 à 4 pour le N-desméthylclobazam, 2,5 pour l'évérolimus, 1,95 pour la caféine, 1,55 pour le stiripentol, 1,35 pour l'acide mycophénolique, et inchangée pour le midazolam
Exposition aux médicaments associés au CBD à dose d'Epidyolex. Source : EMA, RCP Epidyolex, rubrique 4.5

Quatre résultats ressortent :

  • Le clobazam, un antiépileptique. Son métabolite actif, le N-desméthylclobazam, atteint un taux 3 à 4 fois plus élevé, sans doute par inhibition du CYP2C19. La somnolence touchait 43 % des patients qui prenaient les deux, contre 14 % de ceux qui prenaient le CBD sans clobazam.
  • L'évérolimus, un immunosuppresseur, dont l'exposition est environ multipliée par 2,5. L'agence l'explique par un transporteur intestinal, la P-gp, et juge le tacrolimus, le sirolimus et la digoxine exposés au même risque.
  • La caféine, dont l'exposition totale augmente de 95 %, ce qui classe le CBD parmi les inhibiteurs faibles du CYP1A2.
  • Le midazolam, médicament témoin du CYP3A4, dont l'exposition n'a pas bougé. À ces doses, le CBD n'agit donc pas sur cette enzyme à la manière du pamplemousse.

Selon le même document, associer le CBD au valproate rend plus fréquentes les élévations des enzymes du foie. Un cas publié en 2017 concerne un patient de 44 ans, suivi pour une épilepsie, qui prenait aussi un anticoagulant, la warfarine. Son INR, l'indicateur de coagulation surveillé avec ce médicament, est monté de 2,22 à 6,86 lorsque le CBD a atteint 10 mg par kilo et par jour. Il a fallu baisser la dose de warfarine d'environ 30 %.

La question de la dose

Ces mesures ont toutes été faites à des doses de médicament. L'Epidyolex se prescrit à 5 à 20 mg par kilo et par jour, et jusqu'à 25 mg dans une indication, soit 350 à 1 400 mg par jour pour 70 kg. D'après la revue de 2023, des interactions fortes sont probables avec le CBD oral à haute dose, vers 700 mg. Elle mentionne aussi une hausse du citalopram, un antidépresseur, avec des produits au CBD dosés de 200 à 800 mg par jour.

Pour les doses des produits vendus au public, les études font défaut. Les agences le soulignent : sans données, on ne peut pas conclure à l'absence de risque. L'EFSA a fixé le 9 février 2026 un niveau provisoire de 2 mg par jour pour un adulte de 70 kg, sans pouvoir établir la sécurité chez les personnes qui prennent des médicaments. L'agence britannique des aliments déconseille le CBD aux personnes sous traitement. Ces repères sont comparés dans notre article sur la dose de CBD par jour.

En France, avaler du CBD pose aussi une question légale, puisque les aliments et compléments au CBD doivent être retirés de la vente. Notre point sur la réglementation du CBD en 2026 l'explique.

Que faire si vous suivez un traitement

Adressez-vous au pharmacien ou au médecin qui connaît votre traitement : il peut vérifier chaque molécule, ce que ne fait aucune liste générale. Pour préparer l'échange :

  1. Faites la liste de tous vos médicaments, y compris ceux pris sans ordonnance, les compléments et le millepertuis, qui agit lui aussi sur ces enzymes.
  2. Repérez les médicaments à marge thérapeutique étroite, pour lesquels un faible écart de concentration a des conséquences : anticoagulants comme la warfarine, immunosuppresseurs comme le tacrolimus ou l'évérolimus, antiépileptiques, digoxine.
  3. Ne changez jamais de vous-même la dose d'un médicament prescrit, ni pour « faire de la place » au CBD, ni dans l'autre sens.
  4. Avant une opération, mentionnez le CBD comme tout autre produit que vous consommez. Notre article sur le CBD avant une anesthésie fait le point.
  5. Surveillez la somnolence : d'après le résumé de l'Epidyolex, l'alcool et les autres dépresseurs du système nerveux peuvent l'accentuer.

Pour les effets indésirables du CBD lui-même, voyez notre article sur ses effets secondaires. Le cas des personnes âgées, qui prennent souvent plusieurs médicaments, est abordé dans notre article sur le CBD chez les seniors.

Questions fréquentes

Dans le principe, oui, puisque tous deux ralentissent des enzymes qui éliminent des médicaments. Le pamplemousse inactive cependant le CYP3A4 de l'intestin, tandis que l'effet mesuré du CBD passe surtout par le CYP2C19 et par un transporteur intestinal. Dans l'étude de l'Epidyolex, le CYP3A4 n'a pas été modifié par le CBD.

D'abord ceux pour lesquels une interaction a été mesurée : clobazam, évérolimus, stiripentol, valproate, acide mycophénolique. L'agence européenne y ajoute le tacrolimus, le sirolimus, la digoxine et l'oméprazole, et la warfarine a donné lieu à un cas publié.

Personne ne le sait. Les interactions ont été mesurées à 1 000 mg par jour et au-delà, et aucune agence n'a fixé de dose sûre pour une personne sous traitement.

On suppose que peu de CBD passe dans le sang à travers la peau, mais ces études ne l'ont pas mesuré. Si vous prenez un médicament à marge étroite, parlez-en aussi à votre pharmacien.

Pour le CBD, aucune étude n'indique de délai sûr. Avec le pamplemousse, environ un quart de l'effet persiste 24 heures après. Seul un professionnel de santé peut vous conseiller en fonction de votre traitement.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.