CBD et foie : ce que montrent les bilans, dose par dose
Le CBD peut faire monter les enzymes du foie, d'autant plus que la dose est forte. Dans un essai de la FDA, 5,6 % d'adultes en bonne santé ont dépassé trois fois la limite normale après quatre semaines à 5 mg/kg par jour, sans le moindre symptôme. Une étude observationnelle menée chez des consommateurs d'environ 50 mg par jour n'en a relevé que 0,36 %. Pour la plupart des gens, le risque le plus concret vient d'ailleurs : le CBD ralentit l'élimination de plusieurs médicaments.

À retenir
- On suit l'ALAT (ALT en anglais), une enzyme libérée dans le sang quand les cellules du foie sont abîmées.
- Sous Epidyolex, le seuil de trois fois la normale a été franchi par 3 % des patients à 10 mg/kg par jour et par 15 % à 20-25 mg/kg.
- Chez des adultes sains, 28 jours à 250-550 mg par jour ont provoqué ces hausses chez 8 personnes sur 151.
- Ces hausses ne donnent aucun signe et ne se voient qu'à la prise de sang. Après l'arrêt, les taux sont redevenus normaux en une à deux semaines.
- Le repère provisoire de l'EFSA est d'environ 2 mg par jour pour 70 kg, et il ne vaut pas pour les personnes sous traitement.
Ce qu'une prise de sang mesure
Un bilan hépatique mesure plusieurs enzymes. Parmi elles, les transaminases (ALAT et ASAT) se trouvent dans les cellules du foie : quand ces cellules sont agressées, elles en relâchent dans le sang et le taux grimpe. Les études sur le CBD fixent un seuil à trois fois la limite haute de la normale, au-delà duquel la hausse est dite cliniquement notable. Le résumé des caractéristiques de l'Epidyolex rappelle qu'avec une bilirubine élevée sans autre explication, elle signale une atteinte hépatique sérieuse.
Une hausse ne signifie pas une maladie du foie. Elle indique que l'organe réagit, ce qui justifie d'arrêter le produit en cause ou d'en réduire la dose.
Du flacon au médicament : cinq études, cinq niveaux de dose
Ces données concernent des populations très différentes : consommateurs, volontaires sains, enfants épileptiques prenant plusieurs traitements. Le graphique les classe par dose, sans en tirer une courbe unique.
| Étude | Population | Dose de CBD | Au-delà de 3 fois la normale |
|---|---|---|---|
| Kaufmann, 2023, observationnelle | 839 consommateurs | 50 mg par jour en moyenne | 0,36 % |
| FDA, 2025, randomisée contre placebo | 151 adultes sains sous CBD | 250 à 550 mg par jour, 28 jours | 5,6 % (placebo : 0 %) |
| Epidyolex, essais contrôlés | Patients épileptiques | 10 mg/kg par jour | 3 % |
| Epidyolex, essais contrôlés | Patients épileptiques | 20 à 25 mg/kg par jour | 15 % |
| Watkins, 2021, phase I | 16 adultes sains | 1 500 mg par jour | 38 % |
Pour un consommateur, l'essai randomisé mené par la FDA, publié en 2025 dans JAMA Internal Medicine, est le plus parlant. Pendant 28 jours, 201 adultes en bonne santé ont reçu soit du CBD purifié, à 2,5 mg/kg deux fois par jour (250 à 550 mg par jour), soit un placebo. Sur les 151 personnes sous CBD, huit ont dépassé trois fois la normale, contre aucune sous placebo. Sept ont atteint le seuil d'arrêt prévu en cas d'atteinte hépatique d'origine médicamenteuse possible. Aucune ne présentait de symptôme, et les taux se sont normalisés une à deux semaines après l'arrêt.
Le signal s'accentue quand la dose augmente. Dans un essai de phase I publié en 2021, 16 adultes sains ont pris jusqu'à 1 500 mg par jour. L'ALAT a dépassé la normale chez sept d'entre eux, et plus de cinq fois la normale chez cinq ; six ont dû quitter l'étude. Les hausses sont survenues entre la deuxième et la quatrième semaine.
À l'opposé, une étude observationnelle de 2023 a suivi 839 consommateurs de produits du commerce, qui prenaient 50 mg par jour en moyenne. Chez 9,1 % d'entre eux, l'ALAT dépassait la normale, une proportion proche de celle de la population générale américaine. Seules trois personnes étaient au-delà de trois fois la normale. Sans groupe témoin, et financée par douze entreprises du CBD, cette étude est à lire avec prudence.
Ce que dit la notice de l'Epidyolex
Seul médicament autorisé à base de CBD, l'Epidyolex dispose d'un résumé des caractéristiques, publié par l'Agence européenne des médicaments, qui donne les chiffres les plus complets. Dans les essais contrôlés, 12 % des patients sous CBD ont dépassé trois fois la normale, contre moins de 1 % sous placebo.
Ce document liste aussi les facteurs de risque :
- la dose, avec 3 % des patients touchés à 10 mg/kg par jour et 15 % à 20 ou 25 mg/kg ;
- la prise de valproate, un antiépileptique : 19 % des patients concernés, 23 % s'ils prenaient aussi du clobazam, contre 3 % sans l'un ni l'autre ;
- un bilan anormal dès le départ : 29 % de hausses quand l'ALAT dépassait déjà la normale, contre 12 %.
Les hausses apparaissent le plus souvent dans les deux premiers mois, et parfois jusqu'à 18 mois chez les patients sous valproate. Le médecin fait doser les transaminases avant le traitement, puis à 1, 3 et 6 mois.
Le risque le plus courant : les interactions médicamenteuses
Pour éliminer le CBD, le foie utilise les enzymes du cytochrome P450 et les enzymes UGT, qui servent aussi pour une grande partie des médicaments. Or le CBD ralentit plusieurs d'entre elles. Voici ce qu'indique le résumé des caractéristiques de l'Epidyolex :
| Situation | Effet mesuré |
|---|---|
| CBD et clobazam | Métabolite actif du clobazam multiplié par 3 à 4, via l'enzyme CYP2C19 |
| CBD à 1 500 mg par jour et caféine | Exposition à la caféine augmentée de 95 % |
| CBD et évérolimus, un immunosuppresseur | Exposition à l'évérolimus multipliée par 2,5 environ, dosages sanguins recommandés |
| CBD et millepertuis, rifampicine ou carbamazépine | Taux de CBD abaissé par ces inducteurs enzymatiques |
| CBD et alcool | Exposition au CBD augmentée de 63 %, somnolence renforcée |
Les plus exposés sont les médicaments à marge étroite, dont la dose efficace est proche de la dose toxique. Ce mécanisme est détaillé dans notre article sur l'effet pamplemousse. Signalez tout produit au CBD à votre médecin ou à votre pharmacien, comme vous le feriez pour un complément alimentaire.
Quelle dose, et qui doit s'abstenir
L'EFSA a publié le 9 février 2026 un niveau provisoirement sûr de 0,0275 mg de CBD par kilo et par jour, soit environ 2 mg pour un adulte de 70 kg. Le foie figure parmi les lacunes de données qu'elle relève. Selon l'agence, la sécurité du CBD ne peut pas être établie avant 25 ans, pendant la grossesse ou l'allaitement, ni chez les personnes sous traitement. Pour convertir ce repère en gouttes, voyez notre article sur la dose de référence de l'EFSA.
Les doses liées aux hausses d'enzymes sont bien plus élevées : 250 mg par jour, c'est plus de cent fois ce repère. Entre 2 et 250 mg, on dispose de peu de données humaines.
Redoublez de prudence si vous :
- avez une maladie du foie diagnostiquée ou un bilan hépatique déjà anormal ;
- suivez un traitement au long cours, en particulier par antiépileptique, anticoagulant ou immunosuppresseur ;
- consommez régulièrement de l'alcool.
Au début, une hausse d'enzymes passe inaperçue. Si vous prenez du CBD avec un traitement surveillé par prises de sang, dites-le au prescripteur. Les autres effets indésirables décrits sont abordés dans notre article sur les effets secondaires du CBD.
Questions fréquentes
Il peut faire monter les enzymes du foie, en particulier à forte dose : dans l'essai de la FDA, 5,6 % des adultes sains à 250-550 mg par jour étaient concernés. Vers 50 mg par jour, une étude sans groupe témoin a relevé un taux proche de celui de la population générale.
Les hausses documentées apparaissent à partir de 5 mg/kg par jour environ, soit à peu près 350 mg pour 70 kg. Sous cette dose, les données ne suffisent pas à fixer un seuil. Le repère provisoire de l'EFSA est de 2 mg par jour.
C'est possible. Il inhibe en particulier l'enzyme CYP2C19, et plus faiblement la CYP1A2, ce qui peut élever le taux sanguin d'autres molécules. Avant de les associer, demandez conseil à votre pharmacien.
Aucune recommandation ne l'impose aux doses vendues dans le commerce. Le suivi est en revanche obligatoire sous Epidyolex. Si votre bilan hépatique est déjà surveillé pour une autre raison, informez de votre prise de CBD le médecin qui le prescrit.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.