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← Journal/14 août 2026·7 min de lecture

CBD, eczéma et psoriasis : état de la recherche et cadre cosmétique

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L'eczéma et le psoriasis sont des maladies. Un cosmétique ne peut donc pas être présenté comme agissant sur elles, sous peine de basculer dans le statut du médicament. Cet article rapporte ce que les essais publiés ont mesuré, y compris leurs résultats négatifs, et ce que le droit européen des allégations cosmétiques autorise à écrire. Il ne remplace aucun avis médical.

CBD, eczéma et psoriasis : état de la recherche et cadre cosmétique

D'où vient l'hypothèse

Le point de départ est un travail de laboratoire. En 2007, Wilkinson et Williamson publiaient dans le Journal of Dermatological Science une étude montrant que plusieurs cannabinoïdes inhibent la prolifération des kératinocytes humains, par un mécanisme indépendant des récepteurs CB1 et CB2. Leur conclusion évoque un rôle potentiel, formulé au conditionnel.

Deux limites doivent accompagner cette citation. Il s'agit de cellules en culture, non d'êtres humains. Et le document européen sur les allégations cosmétiques est explicite : la présentation de résultats in vitro ne doit pas suggérer un résultat in vivo. Cette étude fonde une hypothèse, pas une promesse produit.

Ce que les essais cliniques ont mesuré

Sur la dermatite atopique, un essai randomisé en double aveugle contre placebo publié en 2022 dans le Journal of Cosmetic Dermatology a comparé trois bras chez 57 participants pendant quatorze jours : une association de cannabidiol et d'aspartame, du cannabidiol seul, et un placebo. La variation du score ISGA était de 1,28 point pour l'association, 0,81 pour le cannabidiol seul et 0,71 pour le placebo.

Le résultat qui compte est celui que les communications commerciales omettent : le bras cannabidiol seul ne se distinguait pas statistiquement du placebo. Seule l'association faisait mieux.

Sur le psoriasis, un essai randomisé en double aveugle contre placebo publié en 2026 dans le Journal of Dermatological Treatment a suivi 28 personnes atteintes de psoriasis en plaques recevant 60 mg de cannabidiol par voie orale par jour pendant huit semaines. Les auteurs indiquent que le groupe cannabidiol n'a pas montré d'amélioration significative du score PASI, la tolérance étant bonne. L'essai n'a donc pas atteint son critère principal.

Les autres travaux souvent cités sont d'un niveau de preuve inférieur : une série ouverte de neuf personnes sans groupe témoin, et une étude observationnelle de seize participants dont les résultats reposent sur des questionnaires auto-déclarés. Le document européen sur les allégations précise d'ailleurs que les études de perception par le consommateur ne suffisent pas à étayer ce type d'allégation.

Une revue publiée en 2025 dans le Journal of Cannabis Research résume la situation : l'usage topique des cannabinoïdes reste limité par une expérience clinique insuffisante et l'absence de preuves solides sur l'efficacité et la sécurité.

Ce que la recherche n'établit pas

Aucun essai randomisé ne montre que le cannabidiol seul améliore l'eczéma. Aucun essai publié ne montre de réduction significative de la sévérité du psoriasis. Les effectifs des travaux disponibles sont de neuf, seize, vingt-huit et cinquante-sept personnes, et aucun n'a dépassé douze semaines, alors que ces deux maladies évoluent par poussées sur des décennies.

Ces questions relèvent d'un dermatologue. Notre rôle est de rapporter l'état des publications, pas d'orienter une prise en charge.

Ce que le cadre cosmétique autorise à dire

C'est ici que le sujet devient précis. Le cannabidiol figure dans la base européenne CosIng avec des fonctions déclarées d'agent d'entretien de la peau, de protection cutanée, d'antioxydant et de régulation du sébum. Aucune de ces fonctions n'est thérapeutique, et cette liste dit exactement l'étendue de ce qu'un cosmétique peut revendiquer.

Le mécanisme juridique tient en une phrase. L'article L. 5111-1 du code de la santé publique définit le médicament comme toute substance ou composition présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l'égard des maladies humaines. Une crème présentée comme agissant sur l'eczéma ou le psoriasis devient donc un médicament par présentation, quelle que soit sa composition réelle, et se trouve alors sans autorisation de mise sur le marché.

Le règlement européen sur les allégations cosmétiques pose six critères communs d'égale importance : conformité légale, véracité, éléments de preuve, honnêteté, équité et choix éclairé. Deux d'entre eux visent directement les raccourcis fréquents dans ce secteur : une allégation extrapolant les propriétés d'un ingrédient au produit fini doit être étayée, notamment en démontrant la présence de l'ingrédient à une concentration efficace, et la présentation des performances ne doit pas aller au-delà des preuves disponibles.

Un repère de sécurité nouveau, et une tension à signaler

Le comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs a rendu le 26 mars 2026 un avis scientifique sur le cannabidiol utilisé dans les produits cosmétiques, publié le 24 avril 2026. Le cannabidiol y est considéré comme sûr jusqu'à 0,19 % dans les produits dermiques, avec une limite d'impuretés en THC de 0,00025 %, les produits susceptibles d'entraîner une exposition par inhalation étant exclus du champ.

Deux précisions d'honnêteté. Un avis du comité est un conseil scientifique : il ne devient contraignant que si la Commission modifie une annexe du règlement cosmétique. Et il porte sur la sécurité, non sur l'efficacité.

La tension mérite d'être relevée : la seule étude cutanée aux résultats favorables mentionnée plus haut employait une pommade dosée à 30 % de cannabidiol, soit un ordre de grandeur très supérieur à la concentration évaluée comme sûre par le comité. Un produit conforme au repère de sécurité n'est donc pas comparable au produit testé dans cette série ouverte.

Nos articles sur le cadre cosmétique du CBD, sur les peaux sensibles et sur la peau grasse appliquent la même grille de lecture. Les effets indésirables rapportés sont détaillés dans notre article dédié aux effets secondaires.

Questions fréquentes

Une crème au [CBD](/wiki/cbd) peut-elle être présentée comme agissant sur le psoriasis ?

Non. Le psoriasis est une maladie, et l'article L. 5111-1 du code de la santé publique qualifie de médicament toute composition présentée comme ayant des propriétés curatives ou préventives à l'égard des maladies. Une telle présentation ferait basculer le produit hors du statut cosmétique, sans autorisation de mise sur le marché.

Que dit le seul essai randomisé ayant testé le CBD seul sur l'eczéma ?

Publié en 2022 chez 57 participants sur quatorze jours, il a comparé une association cannabidiol et aspartame, du cannabidiol seul et un placebo. Le bras cannabidiol seul ne s'est pas distingué statistiquement du placebo sur le score ISGA. Seule l'association a fait mieux que le placebo.

Quelle concentration de CBD un cosmétique peut-il contenir ?

Le comité scientifique européen a considéré en mars 2026 le cannabidiol comme sûr jusqu'à 0,19 % dans les produits dermiques, avec une limite d'impuretés en THC de 0,00025 %. Cet avis porte sur la sécurité et ne vaut pas reconnaissance d'une efficacité, ni obligation réglementaire tant que les annexes du règlement cosmétique ne sont pas modifiées.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.

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