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CBD, eczéma et psoriasis : ce que les essais ont mesuré

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10 min de lectureMis à jour le

Aucun essai contrôlé ne montre à ce jour qu'une crème au CBD agit sur l'eczéma ou le psoriasis. Dans le seul essai randomisé qui a comparé le CBD seul à un placebo sur la dermatite atopique, publié en 2022, les deux groupes ont évolué de façon comparable en 14 jours. Côté psoriasis, 60 mg de CBD par jour, pris par voie orale, n'ont pas réduit la sévérité des plaques dans un essai publié fin 2025.

Pipette déposant un liquide dans une boîte de Petri remplie d'une émulsion blanche, entre flacons et tubes de laboratoire
Sommaire
  1. 01L'essai clé sur l'eczéma : le CBD seul proche du placebo
  2. 02Psoriasis : l'essai à 60 mg par jour n'a pas atteint son objectif
  3. 03Les autres études : petits effectifs et pas de groupe témoin
  4. 04Ce qu'une crème au CBD a le droit de promettre
  5. 05Le repère européen de 0,19 % : un avis de sécurité
  6. 06Questions fréquentes

> À retenir > > - Chez 57 patients atteints de dermatite atopique, le score de sévérité a baissé de 0,81 point avec le CBD seul et de 0,71 point avec le placebo. > - Seule une formule associant CBD et aspartame a obtenu une baisse significative, sur deux semaines. > - Chez 28 personnes atteintes de psoriasis, 60 mg de CBD oral par jour n'ont pas amélioré le score PASI. > - Une crème présentée comme agissant sur une maladie devient un médicament au sens du droit français. > - Le comité scientifique européen juge le CBD sûr jusqu'à 0,19 % dans un cosmétique : c'est un avis de sécurité, pas d'efficacité.

L'essai clé sur l'eczéma : le CBD seul proche du placebo

L'eczéma atopique, ou dermatite atopique, est une maladie inflammatoire chronique de la peau qui évolue par poussées. C'est la forme d'eczéma la plus étudiée, et la seule sur laquelle le CBD a été testé contre placebo.

L'essai a été publié en 2022 dans le Journal of Cosmetic Dermatology. Les patients ont été répartis au hasard entre trois crèmes : une formule associant CBD et aspartame, une crème au CBD seul et un placebo. Ni eux ni les investigateurs ne savaient qui recevait quoi. Le critère principal était le score ISGA, une note globale attribuée par le médecin, où 0 correspond à une peau nette.

Après 14 jours, les 57 patients analysés montrent une baisse du score ISGA de 1,28 point avec l'association, 0,81 avec le CBD seul et 0,71 avec le placebo. Seule l'association atteint une différence statistiquement significative. La proportion de patients à la peau « nette ou presque nette » suit le même ordre : 50 %, 20 % et 15 %.

Diagramme en barres de la baisse du score ISGA : 1,28 point avec CBD et aspartame, 0,81 avec le CBD seul, 0,71 avec le placebo
Baisse moyenne du score ISGA après 14 jours, trois groupes randomisés. Source : Gao et al., Journal of Cosmetic Dermatology, 2022

Trois limites encadrent ce résultat. Les effectifs sont petits, une vingtaine de personnes par groupe. Le suivi dure deux semaines, pour une maladie qui évolue sur des années. Et la formule qui sort du lot contient un second actif : le résultat ne peut pas être attribué au CBD.

Psoriasis : l'essai à 60 mg par jour n'a pas atteint son objectif

Le psoriasis en plaques est une autre maladie inflammatoire chronique, qui épaissit la peau en plaques rouges couvertes de squames. Un essai randomisé en double aveugle, mis en ligne le 29 décembre 2025 dans le Journal of Dermatological Treatment, a donné à 28 participants soit une huile de CBD par voie orale à 60 mg par jour, soit un placebo.

Le critère principal était le score PASI, qui mesure l'étendue et la sévérité des plaques. Les auteurs concluent que l'huile de CBD n'a pas réduit de façon significative la sévérité du psoriasis. Ils rapportent une baisse de la démangeaison à la huitième semaine, un critère secondaire, et des effets indésirables légers à modérés, comparables entre les deux groupes. Un critère secondaire positif dans un essai négatif reste une piste à tester, pas un résultat.

Cet essai porte sur du CBD avalé, pas sur une crème. Il ne dit rien de l'effet d'un produit appliqué sur la peau.

Les autres études : petits effectifs et pas de groupe témoin

Les publications souvent citées en faveur du CBD sur la peau sont d'un niveau de preuve plus faible. Le tableau les range de la plus fragile à la plus solide.

ÉtudeParticipantsDuréeGroupe témoinCe qui a été mesuré
Wilkinson et Williamson, 2007Cellules en cultureSans objetSans objetProlifération de kératinocytes freinée in vitro
Maghfour et al., 202016 personnes, eczéma auto-déclaré2 semainesAucunQuestionnaire en ligne rempli par les participants
Palmieri et al., 201920 personnes, dont 5 psoriasis et 5 dermatite atopique3 moisAucun, étude rétrospectiveMesures cutanées et scores cliniques
Gao et al., 202257 personnes14 joursPlacebo, double aveugleCBD seul proche du placebo
Roongpisuthipong et al., 202528 personnes8 semaines ou plusPlacebo, double aveuglePas d'effet significatif sur le PASI

Le point de départ de l'hypothèse est un travail de laboratoire. En 2007, Wilkinson et Williamson ont montré que plusieurs cannabinoïdes freinent la prolifération de kératinocytes humains en culture, par un mécanisme qui ne passe pas principalement par les récepteurs CB1 et CB2. Les kératinocytes sont les cellules qui forment l'essentiel de l'épiderme. Des cellules dans une boîte ne sont pas une peau malade.

L'étude de 2020 a suivi 16 personnes qui déclaraient elles-mêmes leur eczéma. Elles ont rempli un questionnaire en ligne avant et après deux semaines d'application d'un gel aux cannabinoïdes, sans groupe de comparaison. L'étude de 2019 est une série rétrospective de 20 patients traités trois mois avec une pommade du commerce. Sa teneur en CBD n'est pas indiquée dans l'article.

Une revue publiée en 2025 dans le Journal of Cannabis Research résume l'ensemble : l'usage topique des cannabinoïdes reste limité par une expérience clinique insuffisante et l'absence de preuves solides sur leur efficacité et leur sécurité. Notre synthèse sur ce que disent les études cliniques du CBD fait le même constat pour d'autres usages.

Ce qu'une crème au CBD a le droit de promettre

Le droit trace une frontière nette. L'article L. 5111-1 du code de la santé publique définit le médicament comme toute substance « présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l'égard des maladies humaines ». Une crème vendue « contre l'eczéma » devient un médicament par sa seule présentation, quelle que soit sa formule. Sans autorisation de mise sur le marché, elle est alors illégale. Le seul médicament à base de CBD autorisé en France, l'Epidyolex, est une solution buvable réservée à certaines épilepsies rares : voyez notre article sur le CBD et l'épilepsie.

Un cosmétique, lui, entretient, protège ou parfume une peau saine. Ses allégations obéissent au règlement (UE) n° 655/2013, qui fixe six critères communs : conformité légale, véracité, éléments de preuve, honnêteté, équité et choix éclairé. Le document technique de la Commission sur les allégations cosmétiques en tire trois règles qui visent directement les crèmes au CBD :

  • un résultat obtenu in vitro ne doit pas être présenté comme un résultat sur la peau ;
  • une allégation qui prête au produit les propriétés d'un ingrédient doit prouver que cet ingrédient y est présent à une concentration efficace ;
  • la présentation des performances ne doit pas dépasser les preuves disponibles.

Dans la base européenne CosIng, le cannabidiol porte des fonctions cosmétiques déclarées : entretien de la peau, protection de la peau, antioxydant, régulation du sébum. Aucune n'est thérapeutique. Notre article sur les allégations autorisées reprend les six critères un par un.

Le repère européen de 0,19 % : un avis de sécurité

Le comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (SCCS) a adopté le 26 mars 2026 un avis sur le cannabidiol dans les produits cosmétiques, publié le 24 avril 2026. Il juge le CBD sûr jusqu'à 0,19 % dans les cosmétiques appliqués sur la peau et dans ceux utilisés en bouche, comme un dentifrice. Il fixe à 0,00025 % au plus la teneur en THC présente comme impureté. Les produits susceptibles d'être inhalés sont exclus de son champ.

Concrètement, 0,19 % correspond à 1,9 mg de CBD par gramme de crème. Trois précisions :

  • l'avis ne devient contraignant que si la Commission modifie les annexes du règlement cosmétique ;
  • il porte sur la sécurité, pas sur l'efficacité ;
  • le comité signale lui-même des données limitées, faute de dossiers suffisants reçus lors de son appel à données.

Pour lire l'étiquette d'une crème, sa liste d'ingrédients et sa conservation, voyez notre guide pour évaluer une crème, un baume ou un gel au CBD, et nos articles sur les peaux sensibles et la peau grasse. Les effets indésirables connus du CBD sont détaillés dans l'article sur les effets secondaires. Une poussée d'eczéma ou de psoriasis relève d'un médecin, pas d'une boutique.

Questions fréquentes

Une crème au CBD peut-elle agir sur l'eczéma ?

Aucun essai contrôlé ne le montre. Dans l'essai de 2022 sur 57 patients, la crème au CBD seul a fait baisser le score ISGA de 0,81 point, contre 0,71 point pour le placebo. Seule une formule associant CBD et aspartame a obtenu une baisse significative, sur deux semaines.

Le CBD a-t-il été testé sur le psoriasis ?

Oui, par voie orale. Un essai randomisé publié fin 2025 a donné 60 mg de CBD par jour à des patients atteints de psoriasis en plaques. La sévérité des plaques, mesurée par le score PASI, n'a pas baissé de façon significative par rapport au placebo.

Quelle concentration de CBD un cosmétique peut-il contenir ?

Le comité scientifique européen a jugé en mars 2026 le CBD sûr jusqu'à 0,19 % dans les cosmétiques appliqués sur la peau, avec au plus 0,00025 % de THC. Cet avis n'est pas encore une règle : il le deviendra si la Commission modifie les annexes du règlement cosmétique.

Pourquoi une crème au CBD ne peut-elle pas être vendue « contre le psoriasis » ?

Parce que le psoriasis est une maladie. Le code de la santé publique qualifie de médicament tout produit présenté comme agissant sur une maladie. Une crème ainsi présentée devrait obtenir une autorisation de mise sur le marché, ce qu'aucun cosmétique au CBD ne possède.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.