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CBD et côlon irritable : ce que montre le seul essai publié

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9 min de lectureMis à jour le

Un seul essai contrôlé contre placebo a testé le cannabidiol (CBD) dans le syndrome de l'intestin irritable, aussi appelé côlon irritable. Mené chez 32 femmes avec un chewing-gum dosé à 50 mg, il n'a trouvé aucune différence avec le placebo, ni sur la douleur ni sur la qualité de vie. En France, les produits au CBD à avaler ne sont pas autorisés à la vente, et cet article ne remplace pas un avis médical.

Tubes à essai remplis d'un liquide bleu alignés sur un portoir de laboratoire
Sommaire
  1. 01Le syndrome de l'intestin irritable en quelques chiffres
  2. 02Pourquoi les cannabinoïdes sont étudiés dans ce trouble
  3. 03Le seul essai contrôlé : 32 femmes, un chewing-gum, aucun écart
  4. 04Trois résultats voisins à ne pas confondre
  5. 05Ce que le cadre français autorise
  6. 06Quand consulter un médecin
  7. 07Questions fréquentes

> À retenir > > - Le syndrome de l'intestin irritable concernerait 5 % des adultes, trois femmes pour un homme, selon la SNFGE. > - L'essai publié en 2022 n'a mesuré aucun écart entre CBD et placebo : p = 0,61 sur la douleur, p = 0,74 sur la qualité de vie. > - Les participantes ont mâché en moyenne moins d'un chewing-gum par jour : un sous-dosage reste possible. > - Les résultats souvent cités sur le PEA ou l'olorinab ne concernent pas le CBD. > - L'EFSA fixe depuis février 2026 une dose provisoire d'environ 2 mg de CBD par jour pour un adulte de 70 kg.

Le syndrome de l'intestin irritable en quelques chiffres

Le syndrome de l'intestin irritable (SII) associe des douleurs abdominales et des troubles du transit (diarrhée, constipation ou alternance des deux) qui durent au moins six mois. La Société nationale française de gastro-entérologie estime que 5 % des adultes seraient concernés, avec trois femmes pour un homme, un diagnostic posé le plus souvent entre 30 et 40 ans.

Parmi les approches qu'elle cite figurent les antispasmodiques, le régime pauvre en FODMAP, qui semble efficace chez environ une personne sur deux, et l'hypnose dans les formes rebelles. Le CBD n'en fait pas partie.

Les formes sévères pèsent lourd sur le système de soins. Une étude publiée en 2019 dans BMC Gastroenterology, à partir des données de l'Assurance maladie, a repéré 29 509 adultes hospitalisés pour ce syndrome en 2015 sur 43,7 millions d'assurés. 64 % d'entre eux ont eu une coloscopie pendant ce séjour.

Pourquoi les cannabinoïdes sont étudiés dans ce trouble

L'intestin possède son propre réseau nerveux. Selon l'Inserm, ce système nerveux entérique compte à lui seul 200 millions de neurones et dialogue en permanence avec le cerveau : on parle d'axe intestin-cerveau.

Le tube digestif porte aussi des récepteurs aux cannabinoïdes, CB1 et CB2, qui font partie du système endocannabinoïde. Une revue publiée en 2023 dans Clinical Gastroenterology and Hepatology rappelle que les cannabinoïdes tendent globalement à ralentir la motricité digestive. C'est ce qui a conduit des équipes à tester le CBD dans les troubles de l'axe intestin-cerveau. Une hypothèse de mécanisme n'est pas un résultat clinique.

Le seul essai contrôlé : 32 femmes, un chewing-gum, aucun écart

Une recherche sur PubMed en septembre 2026 ne retrouve qu'un essai contrôlé contre placebo du CBD dans ce syndrome. Une équipe néerlandaise l'a publié en 2022 dans Cannabis and Cannabinoid Research : un essai croisé, en double aveugle, avec un chewing-gum au CBD. Le format est souvent mal rapporté. Il s'agissait d'un chewing-gum dosé à 50 mg, mâché à la demande lors des douleurs, dans la limite de six par jour.

L'essai a inclus 32 femmes, d'âge médian 31 ans, recrutées à l'hôpital de Gelderse Vallei, aux Pays-Bas. Il a duré huit semaines : une semaine d'observation, deux périodes de trois semaines (CBD puis placebo, ou l'inverse) et une semaine de pause entre les deux. Le critère principal était la variation de la douleur, notée de 0 à 10 sur une échelle visuelle, trente minutes après la mastication.

Deux intervalles de confiance à 95 % qui englobent zéro : douleur, écart de 0,1 entre CBD et placebo ; qualité de vie, écart de -1,0
Écarts entre CBD et placebo dans l'essai de 2022. Source : van Orten-Luiten et al., Cannabis and Cannabinoid Research, 2022

Le résultat est nul. L'écart moyen entre CBD et placebo était de 0,1 point de douleur, avec un intervalle de confiance à 95 % allant de -0,3 à 0,5 (p = 0,61). Sur la qualité de vie, mesurée par le questionnaire IBS-36, l'écart était de -1,0, avec un intervalle de -6,8 à 4,9 (p = 0,74). Les deux intervalles englobent zéro : l'essai ne distingue pas le CBD du placebo.

Les auteurs signalent eux-mêmes des limites qui empêchent de conclure dans un sens comme dans l'autre. Les participantes n'ont mâché en moyenne que 0,84 chewing-gum par jour, la mastication de trente minutes s'est révélée peu pratique, et un sous-dosage est possible. L'échantillon était petit et uniquement féminin. Le CBD n'a donc pas montré d'effet au seul dosage et au seul format testés, ce qui n'est pas la même chose qu'une inefficacité démontrée. Notre article sur ce que disent vraiment les études cliniques replace ce résultat dans l'ensemble des essais.

Trois résultats voisins à ne pas confondre

Le premier concerne le palmitoyléthanolamide (PEA). Un essai publié en 2017 dans Alimentary Pharmacology and Therapeutics a testé une association de PEA et de polydatine chez 54 patients pendant douze semaines. Son critère principal, biologique, n'a pas été modifié, mais la douleur abdominale s'est améliorée par rapport au placebo. Or le PEA est une molécule que l'organisme fabrique lui-même, apparentée à l'anandamide. Ce n'est ni un cannabinoïde du chanvre ni du CBD.

Le deuxième concerne l'olorinab. La revue de 2023 le cite pour une baisse de la douleur abdominale dans la forme du syndrome avec constipation, lors d'un essai contre placebo. Mais l'olorinab est un agoniste synthétique du récepteur CB2, pas du CBD.

Le troisième porte bien sur le CBD, mais dans un trouble voisin, la dyspepsie fonctionnelle. La même revue indique que le CBD n'y a pas amélioré de façon significative les critères de douleur : un second résultat négatif sur la douleur digestive.

Ce que le cadre français autorise

La question du format est réglée par le droit avant de l'être par la science. Dans un avis du 20 mai 2026, le ministère de l'Agriculture rappelle que les denrées alimentaires contenant du CBD ne sont pas autorisées au titre du règlement européen sur les nouveaux aliments. Seules les graines de chanvre et leurs dérivés, ainsi que les feuilles destinées à une infusion, restent licites, sans enrichissement en cannabinoïdes. Un chewing-gum ou une huile au CBD à avaler n'ont donc pas leur place en vente libre. Notre point sur la réglementation du CBD en 2026 détaille ce régime.

Le 9 février 2026, l'EFSA a publié une dose provisoire de sécurité de 0,0275 mg de CBD par kilogramme de poids corporel et par jour, soit environ 2 mg par jour pour un adulte de 70 kg. C'est 25 fois moins qu'un seul chewing-gum de l'essai néerlandais. L'agence précise que la sécurité ne peut pas être établie pour les moins de 25 ans, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes sous traitement. Cette dernière réserve concerne directement les patients traités par antispasmodiques ou d'autres médicaments. Notre article sur la dose de référence de l'EFSA et celui sur les interactions médicamenteuses détaillent ces points.

Enfin, un produit au CBD ne peut revendiquer aucun effet thérapeutique. La MILDECA le rappelle : seuls les médicaments autorisés le peuvent. Le seul médicament à base de cannabidiol autorisé en France, l'Epidyolex, est indiqué dans certaines épilepsies, pas dans les troubles digestifs.

Quand consulter un médecin

Un inconfort digestif qui revient mérite d'être évoqué avec un médecin, car le diagnostic du syndrome de l'intestin irritable se pose après avoir écarté d'autres causes. La SNFGE liste des signes d'alarme qui imposent un avis rapide et souvent des examens : du sang dans les selles, une perte de poids, une fatigue importante, de la fièvre, des douleurs nocturnes, ou des symptômes récents, surtout après 50 ans. Ils peuvent révéler une maladie inflammatoire de l'intestin ou un cancer colorectal, qu'aucun produit de bien-être ne doit retarder.

Questions fréquentes

Le CBD agit-il sur le côlon irritable ?

Rien ne permet de l'affirmer. Le seul essai contrôlé publié, chez 32 femmes avec un chewing-gum dosé à 50 mg, n'a trouvé aucune différence avec le placebo, ni sur la douleur (p = 0,61) ni sur la qualité de vie (p = 0,74). Ses auteurs n'excluent pas un sous-dosage.

Peut-on acheter des huiles ou des gommes au CBD à avaler en France ?

Non. Le ministère de l'Agriculture a rappelé le 20 mai 2026 que les denrées alimentaires contenant du CBD ne sont pas autorisées au titre du règlement européen sur les nouveaux aliments. Seules les graines de chanvre, leurs dérivés et les feuilles pour infusion restent licites comme aliments.

Le CBD peut-il remplacer un antispasmodique ?

Non. Le CBD n'est pas un médicament et ne se substitue pas à un traitement prescrit. L'EFSA estime en outre que sa sécurité ne peut pas être établie chez les personnes sous traitement : parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.

Les cannabinoïdes peuvent-ils modifier le transit ?

La revue de 2023 publiée dans Clinical Gastroenterology and Hepatology relève que les cannabinoïdes tendent globalement à ralentir la motricité digestive. C'est une question à poser à un médecin, en particulier quand la constipation domine.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.