PTC (« pète ton crâne ») : composition, effets et risques
Le PTC, pour « pète ton crâne », n'est pas du cannabis : c'est un e-liquide ou une matière végétale imprégnés de cannabinoïdes de synthèse, des molécules de laboratoire comme le MDMB-4en-PINACA. Elles activent le récepteur CB1 bien plus fortement que le THC, à des doses qui varient d'un flacon à l'autre. Elles sont classées stupéfiants en France, et l'ANSM a signalé en 2024 des adolescents hospitalisés après en avoir vapoté.

Sommaire
> À retenir > > - Le PTC ne contient pas de THC : ses effets viennent de cannabinoïdes de synthèse ajoutés à un support. > - Sur 1 142 échantillons vendus comme cannabis et analysés dans 8 pays européens, 270 contenaient du MDMB-4en-PINACA. > - Le THC plafonne sur le récepteur CB1 ; les cannabinoïdes de synthèse vont jusqu'à l'activation maximale. > - Les tests rapides du cannabis ne détectent pas ces molécules. > - En cas de malaise, appelez le 15 ; pour une question, Drogues Info Service répond au 0 800 23 13 13.
Cette page est une page d'information et de réduction des risques. Elle ne renvoie vers aucun produit.
Que contient le PTC ?
Le PTC n'a pas de composition fixe. Le nom désigne un mode de vente plutôt qu'une molécule. Selon Drogues Info Service, il se présente comme un liquide pour cigarette électronique, comme une poudre, ou pulvérisé sur un mélange de plantes séchées. Il ne contient pas de THC.
Dans une mise en garde du 6 février 2025, l'ANSM indique que les e-liquides vendus sous les noms de « PTC » ou de « Buddha Blue » contiennent surtout des cannabinoïdes de synthèse, parfois associés à des benzodiazépines de synthèse.
Le support peut aussi être du chanvre. À partir du printemps 2020, neuf services européens d'analyse de drogues ont examiné 1 142 échantillons vendus comme cannabis, sous forme d'herbe, de résine ou d'e-liquide. 270 contenaient du MDMB-4en-PINACA. Les échantillons végétaux contenaient moins de 1 % de THC, et les e-liquides aucun cannabinoïde de la plante. Autrement dit, du chanvre pauvre en THC avait servi de support à la molécule de synthèse.
En Suisse, une étude de 2022 menée avec trois services d'analyse a trouvé jusqu'à trois cannabinoïdes de synthèse dans 50 % des 94 échantillons reçus. Le MDMB-4en-PINACA y était aussi le plus fréquent.
Pourquoi le PTC n'a rien à voir avec le cannabis
Le THC et les cannabinoïdes de synthèse se fixent sur le même récepteur, CB1, mais ne l'activent pas de la même façon. Le THC est un agoniste partiel : même à forte dose, il n'active le récepteur qu'en partie. Les cannabinoïdes de synthèse sont des agonistes complets : ils peuvent l'activer au maximum.
Une revue publiée en 2017 résume cette différence : là où le THC se comporte en agoniste partiel, les cannabinoïdes de synthèse agissent en agonistes complets des récepteurs CB1 et CB2, en culture cellulaire comme chez l'animal. Plusieurs de leurs métabolites restent eux-mêmes actifs. Les auteurs concluent que ces produits ne doivent pas être considérés comme des alternatives sûres au cannabis.
C'est ce qui rend le PTC imprévisible. Une personne qui croit fumer ou vapoter du cannabis dose comme pour du cannabis, avec une molécule qui ne plafonne pas et une concentration que ni elle ni le vendeur ne connaissent. Notre article sur les effets du CBD et du THC rappelle, à l'inverse, pourquoi le CBD ne fait pas planer.
Effets et risques documentés
L'ANSM décrit, pour le vapotage de ces e-liquides, des épisodes psychiatriques (délires, hallucinations, idées suicidaires), des troubles cardiovasculaires et digestifs, des atteintes rénales et une dépendance sévère avec syndrome de sevrage. En 2024, de nouveaux cas d'adolescents hospitalisés après avoir vapoté du PTC lui ont été signalés.
Lors du classement de nouveaux cannabinoïdes en 2024, l'agence citait aussi des vomissements, des pertes de connaissance, des comas et des convulsions. Dans l'étude suisse, les consommateurs de produits contenant des cannabinoïdes de synthèse rapportaient davantage d'effets indésirables que ceux dont l'échantillon ne contenait que du THC, notamment psychologiques et cardiaques.
Drogues Info Service ajoute que ces produits sont plus addictifs que le cannabis. Les mélanges faits maison augmentent le risque de surdose, parce que la dose y est encore moins maîtrisée.
Ce que dit la loi
Les cannabinoïdes de synthèse sont des stupéfiants en France. Depuis l'arrêté du 31 mars 2017, la liste des stupéfiants couvre des familles chimiques entières, et pas seulement des molécules nommées. Parmi elles figurent les « dérivés du 3-carboxamide indazole », la famille du MDMB-4en-PINACA. Ce classement par famille vise les variantes que les fabricants créent pour contourner les interdictions.
Le MDMB-4en-PINACA est en outre classé nommément : une décision de l'ANSM du 9 décembre 2021 l'a inscrit à l'annexe III de la liste, à la suite de son classement européen et international. L'agence a ensuite ajouté d'autres cannabinoïdes de synthèse et le H4CBD à compter du 3 juin 2024.
Produire, vendre, détenir ou consommer du PTC relève donc du droit des stupéfiants. La différence avec un produit au CBD conforme est aussi documentaire : ce dernier a une composition mesurée, avec un Δ⁹-THC à 0,3 % au plus et un certificat d'analyse qu'on peut lire ligne par ligne. Un PTC n'a ni l'un ni l'autre.
Reconnaître un produit suspect
Rien, à l'œil, ne garantit qu'une herbe n'a pas été imprégnée. Les échantillons européens contaminés étaient vendus comme du cannabis ordinaire, et seule l'analyse a révélé la molécule. Les tests rapides du cannabis ne détectent pas non plus ces molécules, précise l'ANSM : il faut une analyse spécialisée.
Plusieurs signaux doivent donc alerter : un effet brutal et sans rapport avec ce que le produit annonce, un e-liquide « au cannabis » vendu hors de tout circuit identifiable, un vendeur incapable de fournir une analyse de lot. Un produit vendu comme CBD qui fait planer n'est pas un CBD « fort » : il contient autre chose. Notre dossier sur les cannabinoïdes de synthèse et la réduction des risques complète ces repères, et celui sur le HHC traite des molécules semi-synthétiques.
Les services d'analyse de drogues portés par les associations de réduction des risques peuvent identifier la molécule d'un échantillon de façon anonyme.
Où trouver de l'aide
En cas d'agitation, de douleur thoracique, de convulsions ou de perte de connaissance après une consommation, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Ne laissez pas la personne seule et gardez si possible le produit ou son emballage : il peut orienter la prise en charge.
Pour une question ou un accompagnement, Drogues Info Service répond au 0 800 23 13 13, 7 jours sur 7, de façon anonyme et gratuite. Les consultations jeunes consommateurs (CJC) reçoivent les mineurs et leurs familles. Les effets indésirables peuvent être signalés aux centres d'addictovigilance (CEIP-A), qui alimentent la surveillance nationale.
Questions fréquentes
Le PTC est-il du cannabis ?
Non. C'est un support, liquide ou végétal, imprégné de cannabinoïdes de synthèse fabriqués en laboratoire. Il ne contient pas de THC, et ses effets comme ses risques ne sont pas ceux du cannabis.
Quelle est la composition du PTC ?
Elle varie d'un lot à l'autre. Les analyses retrouvent surtout des cannabinoïdes de synthèse comme le MDMB-4en-PINACA, parfois avec des benzodiazépines de synthèse, sur un e-liquide, une poudre ou des plantes séchées, y compris du chanvre pauvre en THC.
Quelle différence entre le PTC et le CBD ?
Le CBD est un cannabinoïde naturel du chanvre, sans effet psychotrope, vendu légalement avec au plus 0,3 % de Δ⁹-THC. Le PTC contient des agonistes complets du récepteur CB1, classés stupéfiants, à dose inconnue. Comme du PTC a déjà été pulvérisé sur du chanvre, seule l'analyse permet de trancher.
Le PTC est-il détecté par les tests salivaires ?
Pas par les tests rapides du cannabis, selon l'ANSM : ces molécules exigent une analyse spécialisée en laboratoire. Leur usage reste un délit, qu'un test les détecte ou non.
Que faire si quelqu'un fait un malaise après avoir vapoté du PTC ?
Appelez le 15 ou le 112, décrivez ce qui a été consommé et ne laissez pas la personne seule. Conservez le produit si possible : il peut être analysé.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.