CBD et anesthésie : ce qu'il faut dire avant une opération
Avant une anesthésie, dites à l'anesthésiste que vous prenez du CBD, en précisant le type de produit, la quantité, la fréquence, le mode de prise et la date de la dernière prise. La société savante américaine ASRA Pain Medicine le recommande depuis 2023 ; faute de preuves, elle ne se prononce ni pour ni contre un arrêt préalable. N'arrêtez pas et ne continuez pas sans en parler : c'est à l'équipe médicale de décider. Cet article rapporte l'état de la recherche et ne remplace pas un avis médical.

À retenir
- En 2023, l'ASRA a réuni 13 experts, qui ont publié 21 recommandations sur le cannabis et les cannabinoïdes autour d'une chirurgie.
- Ils demandent d'abord d'interroger chaque patient sur sa consommation avant l'intervention.
- Faute de données, ils ne recommandent ni pour ni contre une diminution progressive avant l'opération.
- Les études sur la sédation concernent le cannabis en général ; aucune n'a isolé le CBD.
- La notice de l'Epidyolex ne mentionne aucune interaction avec un anesthésique, et l'exposition au midazolam reste inchangée.
Ce que recommandent les anesthésistes américains depuis 2023
Le texte de référence est un consensus de l'ASRA Pain Medicine, la société américaine d'anesthésie régionale et de médecine de la douleur, paru en 2023 dans Regional Anesthesia and Pain Medicine. Un comité de 13 experts (anesthésistes, médecins de la douleur et un représentant des patients) a examiné 9 questions. Pour être retenue, chaque recommandation devait réunir au moins 75 % d'accord, selon une méthode Delphi modifiée où les experts votent en plusieurs tours.
Il en est sorti 21 recommandations. D'après l'annonce de l'ASRA, la première consiste à interroger tous les patients sur leur consommation avant une chirurgie. Pour un consommateur de CBD, les autres points utiles sont les suivants :
- Faute de données, les experts ne peuvent recommander ni pour ni contre une diminution progressive avant l'opération.
- Si le patient a l'esprit altéré par une intoxication aiguë au cannabis, reporter la chirurgie programmée.
- Après avoir fumé du cannabis, attendre au moins deux heures avant l'intervention, à cause d'un risque cardiaque accru.
- Les consommateurs réguliers peuvent souffrir davantage de douleurs et de nausées après l'opération, et avoir besoin de plus d'antalgiques, opioïdes compris.
Ces recommandations portent sur le cannabis et les cannabinoïdes au sens large. Le délai de deux heures concerne le cannabis fumé ; une huile de CBD n'est pas visée.
Ce que l'anesthésiste a besoin de savoir
Les experts citent cinq informations à recueillir, que le tableau adapte à un produit CBD. Si vous apportez l'emballage ou le certificat d'analyse à la consultation, la plupart des questions sont réglées.
| Information | Exemple pour un produit CBD |
|---|---|
| Type de produit | Fleur, résine, huile, avec le taux de CBD et de THC indiqués |
| Mode de prise | Fumé, vaporisé, sous la langue, avalé |
| Quantité | Grammes par jour, ou gouttes et milligrammes de CBD |
| Fréquence | Quotidienne, hebdomadaire, occasionnelle |
| Dernière prise | Date et heure |
Le taux de THC a son importance. Une fleur conforme en contient au plus 0,30 %, mais un produit mal étiqueté peut en contenir davantage, ou renfermer des cannabinoïdes de synthèse. Pour trouver ces lignes, voyez notre guide pour lire un certificat d'analyse.
Ce que montrent les études sur la sédation
Les données disponibles concernent des consommateurs de cannabis, le plus souvent riche en THC ou de composition inconnue. Aucune étude ne porte sur le CBD seul.
| Étude | Patients | Résultat principal |
|---|---|---|
| Twardowski et al., 2019 | 250 dossiers, endoscopie | Besoin de sédation plus élevé chez les consommateurs réguliers (p = 0,05) |
| Nasser et al., 2024 | 419 patients, endoscopie | Plus souvent 5 mg de midazolam ou plus lors d'une gastroscopie, pas lors d'une coloscopie |
| Smith et al., 2024 | Endoscopie | Plus de propofol, sans différence de délai de réveil |
| Ekrami et al., 2024 | 34 521 opérés, dont 1 683 consommateurs | 30 % d'opioïdes en plus dans les 24 heures après la chirurgie |
L'étude de 2019 provenait d'un seul centre et d'un seul endoscopiste, et son résultat est à la limite de la significativité. L'écart persistait après ajustement sur l'âge, le sexe et la consommation d'alcool, de benzodiazépines et d'opiacés. Sur 419 patients, l'étude prospective de 2024 ne relève pas davantage d'effets indésirables ni d'inconfort chez les consommateurs. La réplication de 2024 conclut qu'il est important d'en parler avant toute sédation.
La plus grande cohorte vient de la Cleveland Clinic. Parmi 34 521 adultes opérés entre 2010 et 2020, les 1 683 consommateurs de cannabis ont reçu 30 % d'opioïdes de plus que les non-consommateurs dans les 24 heures suivant l'opération. Leurs scores de douleur étaient un peu plus élevés. L'étude ne trouve aucun lien avec les complications respiratoires. Une revue de 2025 fait le point : l'association entre cannabis et doses plus élevées de propofol revient d'une étude à l'autre, sans preuve d'un lien de cause à effet.
Ce que dit la notice de l'Epidyolex sur les interactions
Sur le CBD seul, la source la plus fiable est le résumé des caractéristiques de l'Epidyolex, publié par l'Agence européenne des médicaments. C'est le seul médicament autorisé à base de cannabidiol, et ce document décrit ce qui est établi à doses de médicament.
Le cannabidiol est transformé notamment par trois enzymes de la famille UGT (UGT1A7, UGT1A9, UGT2B7). Selon des données in vitro, il inhibe l'enzyme CYP2C19, ce qui peut élever la concentration des médicaments qu'elle dégrade, comme le clobazam ou l'oméprazole. Avec le clobazam, le métabolite actif est multiplié par 3 à 4. Le CBD peut aussi accroître l'exposition à des médicaments pris par la bouche et transportés par la glycoprotéine P, comme l'évérolimus, le tacrolimus ou la digoxine. L'alcool et les autres dépresseurs du système nerveux central peuvent en outre renforcer la somnolence.
Aucun anesthésique ne figure parmi les interactions citées par la notice. Dans une étude d'interaction, le cannabidiol n'a pas modifié l'exposition au midazolam, un sédatif courant en anesthésie. Dire que le CBD change l'effet des anesthésiques serait donc une extrapolation. Ces mécanismes sont détaillés dans nos articles sur les interactions médicamenteuses et sur les enzymes du foie.
Et en France ?
Nous n'avons pas trouvé de recommandation de la Société française d'anesthésie et de réanimation (SFAR) consacrée au cannabis ou au CBD autour d'une opération. Ce constat vient de notre recherche documentaire et ne prouve pas qu'il n'en existe aucune.
La consultation pré-anesthésique, prévue avant une intervention programmée, est le moment de tout signaler, y compris ce qui s'achète sans ordonnance. La question de la dernière prise se pose comme pour un dépistage, et notre article sur la durée de présence du CBD dans l'organisme donne les ordres de grandeur. En cas de grossesse, notre article sur le CBD pendant la grossesse et l'allaitement appelle à la même prudence.
Questions fréquentes
Faute de preuves, les recommandations américaines de 2023 ne se prononcent ni pour ni contre une diminution avant chirurgie. Elles demandent que la consommation soit signalée. C'est à votre médecin et à votre anesthésiste de décider.
Le type de produit, le mode de prise, la quantité, la fréquence et la date de la dernière prise. L'emballage ou le certificat d'analyse, qui indiquent les taux de CBD et de THC, répondent à l'essentiel de ces questions.
La notice européenne de l'Epidyolex ne décrit aucune interaction avec un anesthésique, et l'exposition au midazolam reste la même. Elle établit par contre que le CBD inhibe le CYP2C19 in vitro et peut renforcer la somnolence avec d'autres sédatifs, ce qui justifie de le signaler.
Dites-le à l'équipe avant l'intervention. Les recommandations de 2023 préconisent de repousser une chirurgie programmée d'au moins deux heures après avoir fumé du cannabis, à cause du risque cardiaque. Une fleur conforme contient peu de THC, mais c'est à l'équipe d'en juger.
Non. Le CBD vendu en boutique n'est pas un médicament. La seule spécialité autorisée à base de cannabidiol, l'Epidyolex, est prescrite dans certaines épilepsies. Après une chirurgie, la douleur est prise en charge par l'équipe médicale.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.