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CBD avant une opération : pourquoi il faut le dire à l'anesthésiste

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6 min de lectureMis à jour le

Une société savante américaine recommande depuis 2023 un dépistage systématique de la consommation de cannabis et de cannabinoïdes avant toute chirurgie. Elle ne recommande en revanche ni l'arrêt ni la diminution progressive, faute de preuves suffisantes. En pratique : signalez votre consommation et ne décidez pas seul de l'arrêter. Cet article rapporte l'état de la recherche et ne remplace aucun avis médical.

Flacons et matériel d'étude clinique évoquant la recherche périopératoire sur le CBD
Sommaire
  1. 01Le document de référence
  2. 02Ce que ces recommandations disent
  3. 03Ce que montrent les études cliniques
  4. 04Le versant pharmacologique, précisément
  5. 05Et en France ?
  6. 06Questions fréquentes

Le document de référence

En 2023, l'ASRA Pain Medicine, société américaine d'anesthésie régionale et de médecine de la douleur, a publié les premières recommandations consensuelles états-uniennes consacrées à la prise en charge périopératoire des patients consommant du cannabis et des cannabinoïdes. Elles sont parues dans Regional Anesthesia and Pain Medicine.

Un comité de treize experts a traité neuf questions. Il a formulé vingt et une recommandations selon une procédure Delphi modifiée, qui exigeait plus de 75 % d'accord.

Ce que ces recommandations disent

La société recommande d'abord un dépistage universel de la consommation de cannabinoïdes avant chirurgie, portant sur le type de produit, la date de dernière consommation, la voie d'administration, la quantité et la fréquence.

Elle indique ensuite ne pouvoir se prononcer ni pour ni contre l'arrêt ou la diminution progressive des cannabinoïdes en période périopératoire, faute de données suffisantes. La recommandation n'est donc pas d'arrêter, mais de signaler sa consommation.

Elle corrige aussi une intuition répandue : les consommateurs réguliers peuvent avoir davantage de douleurs et de nausées après une chirurgie, et non moins, et nécessiter davantage de médicaments, opioïdes compris. Le texte préconise enfin de reporter une chirurgie élective en cas d'altération de l'état mental ou de la capacité de décision au moment de l'intervention. Il recommande aussi de différer d'au moins deux heures après du cannabis fumé, en raison d'un risque cardiaque accru. Cette dernière recommandation vise le cannabis inhalé, non un CBD par voie orale.

Ce que montrent les études cliniques

Le signal empirique le plus cité provient d'une étude rétrospective publiée en 2019 dans le Journal of the American Osteopathic Association, portant sur deux cent cinquante dossiers. Les consommateurs réguliers de cannabis y nécessitaient une quantité de sédation significativement plus élevée pour des procédures endoscopiques. L'écart restait significatif après ajustement sur l'âge, le sexe et la consommation d'alcool, de benzodiazépines et d'opiacés.

Une étude de réplication publiée en 2024 dans Gastroenterology Nursing retrouve des besoins accrus en propofol dans le groupe cannabis, mais aucune différence significative de délai de récupération. Ses auteurs concluent sur l'importance d'un échange ouvert permettant d'établir la consommation avant une sédation procédurale.

Ces travaux portent sur le cannabis, et non spécifiquement sur le cannabidiol isolé.

Le versant pharmacologique, précisément

Les approximations sont fréquentes sur ce terrain. La source la plus fiable est le résumé des caractéristiques du produit de l'Epidyolex, publié par l'Agence européenne des médicaments.

Ce document établit que le cannabidiol est un substrat des UGT1A7, UGT1A9 et UGT2B7. Des données in vitro y montrent qu'il inhibe le CYP2C19, ce qui peut augmenter les concentrations plasmatiques de médicaments métabolisés par cette isoenzyme. Il indique également qu'une augmentation de l'exposition à d'autres substrats sensibles de la glycoprotéine P administrés par voie orale peut survenir. Enfin, il rappelle que les dépresseurs du système nerveux central, alcool compris, peuvent potentialiser la somnolence.

Ce document ne liste en revanche aucun agent anesthésique parmi les interactions documentées. Il mentionne au contraire que le cannabidiol n'a pas modifié l'exposition au midazolam dans une étude d'interaction. Écrire que le CBD modifie l'effet des anesthésiques serait une extrapolation. Le profil enzymatique, lui, est établi : nous le détaillons dans nos articles sur les interactions médicamenteuses et sur les enzymes hépatiques.

Et en France ?

Nous n'avons pas trouvé de recommandation formalisée de la Société française d'anesthésie et de réanimation portant spécifiquement sur le cannabis ou le CBD en période périopératoire. Cette absence est un constat de recherche documentaire, pas une preuve d'inexistence.

En pratique, la consultation pré-anesthésique est le moment prévu pour signaler tout produit consommé, y compris ceux vendus librement. La question de la date de dernière prise se pose d'ailleurs de la même manière que pour un dépistage, sujet que nous abordons dans notre article sur la durée de présence du CBD dans l'organisme. Pour les situations physiologiques particulières, notre article sur le CBD pendant la grossesse et l'allaitement rappelle la même logique de prudence.

Questions fréquentes

Faut-il arrêter le CBD avant une opération ?

Les recommandations américaines de 2023 indiquent explicitement ne pouvoir se prononcer ni pour ni contre un arrêt ou une diminution progressive avant chirurgie, faute de preuves suffisantes. Leur recommandation porte sur le dépistage et la déclaration, pas sur l'arrêt. La décision revient à votre médecin et à votre anesthésiste, à qui il faut signaler la consommation.

Que faut-il dire exactement à l'anesthésiste ?

Les recommandations de 2023 listent les éléments à recueillir : le type de produit consommé, la date de la dernière prise, la voie d'administration, la quantité et la fréquence. Un flacon ou un emballage apporté à la consultation pré-anesthésique répond à l'essentiel de ces questions.

Le CBD interagit-il avec les anesthésiques ?

Aucune interaction avec un agent anesthésique n'est documentée dans la notice européenne du médicament au cannabidiol, qui mentionne au contraire une absence d'effet sur l'exposition au midazolam. Il est en revanche établi que le cannabidiol inhibe le CYP2C19 in vitro et qu'il est substrat de plusieurs enzymes de glucuronoconjugaison. Mieux vaut donc signaler sa consommation que la passer sous silence.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.