CBD, grossesse, allaitement : 4 agences, une même réponse
Non, le CBD est déconseillé pendant la grossesse comme pendant l'allaitement, quel que soit le format. Selon l'EFSA, sa sécurité ne peut pas être établie chez les femmes enceintes et allaitantes. L'ANSES propose de le classer toxique pour la reproduction, et la notice de l'Epidyolex demande d'arrêter l'allaitement pendant le traitement. Ces positions s'appuient surtout sur des études animales, faute de données humaines.

À retenir
- L'EFSA, l'ANSES, l'EMA et la FDA déconseillent toutes le CBD pendant la grossesse ou l'allaitement, ou considèrent que sa sécurité n'est pas démontrée.
- Les alertes reposent sur des études menées chez le singe, le rat et la souris, sur la fertilité, la mortalité à la naissance et le développement neurologique.
- Chez des mères consommatrices de cannabis, la concentration médiane de CBD dans le lait était le double de celle du plasma.
- Jusqu'à 0,30 % de THC est admis dans un produit au CBD, or le passage du THC dans le placenta et dans le lait est documenté.
Ce que disent les agences, en une page
Aucune agence sanitaire n'a jugé le CBD sûr pour une femme enceinte ou qui allaite, même si chacune le formule à sa manière.
| Autorité | Document | Position |
|---|---|---|
| EFSA (Union européenne) | Avis sur le CBD comme nouvel aliment, février 2026 | Sécurité non établie pendant la grossesse et l'allaitement |
| ANSES (France) | Proposition de classement, mars 2025 | Toxique présumé pour la reproduction, catégorie 1B, et pour l'enfant allaité |
| EMA (Union européenne) | Notice de l'Epidyolex | Pas pendant la grossesse sauf bénéfice net pour la mère ; arrêter l'allaitement |
| FDA (États-Unis) | Mise au point pour le public, 2019 | Déconseillé ; passage dans le lait attendu |
Le 9 février 2026, l'Autorité européenne de sécurité des aliments a fixé un niveau de sécurité provisoire : 0,0275 mg par kilo et par jour, soit environ 2 mg par jour pour un adulte de 70 kg. Ce repère ne s'applique pas à tous. Pour les moins de 25 ans, les femmes enceintes et allaitantes et les personnes sous traitement, l'EFSA conclut que la sécurité du CBD ne peut pas être établie.
Pour un produit prescrit, la notice européenne de l'Epidyolex, seul médicament autorisé à base de cannabidiol, va plus loin. Par précaution, le cannabidiol ne doit pas être utilisé pendant la grossesse, sauf si le bénéfice attendu pour la mère l'emporte nettement sur le risque pour le fœtus. L'allaitement, lui, doit être interrompu pendant le traitement. Notre dossier sur l'Epidyolex présente ce médicament.
Ce que montrent les études animales
La notice de l'Epidyolex le reconnaît, les données humaines sur le CBD pendant la grossesse sont très limitées. Les alertes viennent donc d'études animales. Le 21 mars 2025, l'ANSES a proposé de classer le CBD comme toxique présumé pour la reproduction humaine, en catégorie 1B. Son dossier repose sur des études menées chez le singe, le rat et la souris, qui montrent des effets sur la production de spermatozoïdes et la fertilité. Elles relèvent aussi une hausse de la mortalité autour de la naissance et des altérations du développement neurologique.
Une partie de ces données provient des tests précliniques menés pour autoriser l'Epidyolex, aux États-Unis puis en Europe. Dès 2019, la FDA en faisait la même lecture : à forte dose, le CBD a provoqué chez des animaux gestants des troubles de l'appareil reproducteur des fœtus mâles.
Ces études ont deux limites. Elles utilisent des doses élevées, conçues pour un médicament, et portent sur des animaux dont la physiologie de la grossesse diffère de la nôtre. Aucune étude chez la femme enceinte ne permet pour autant de conclure à l'innocuité, et c'est ce manque de données qui fonde la prudence des agences.
Le CBD dans le lait maternel
Chez 20 mères qui allaitaient et consommaient du cannabis, une équipe américaine a mesuré les cannabinoïdes dans le sang et dans le lait. Ses résultats, publiés en 2021 dans Pediatric Research, font état d'une concentration médiane de CBD de 1,2 ng/ml dans le lait, contre 0,6 ng/ml dans le plasma. Le rapport lait sur plasma est de 2,6 pour le CBD et de 7,0 pour le THC. Pour les auteurs, les deux molécules s'accumulent dans le lait.
Comme ces mères consommaient du cannabis et non des huiles de CBD, l'étude n'indique pas quelle quantité de CBD passe dans le lait après une huile du commerce. Elle montre en revanche que la molécule y parvient, ce que la FDA prévoyait. Aucune étude n'a encore mesuré les effets de cette exposition chez le nourrisson.
Le THC, un risque que l'étiquette ne montre pas
En France, un produit au CBD peut contenir jusqu'à 0,30 % de Δ⁹-THC, seuil fixé par l'arrêté du 30 décembre 2021. Le THC traverse pourtant le placenta et passe dans le lait. Selon le Centre de référence sur les agents tératogènes, il peut y atteindre jusqu'à 8 fois la concentration du plasma maternel en cas d'usage régulier. Pour le CRAT, la consommation de cannabis est déconseillée pendant l'allaitement et non souhaitable pendant la grossesse.
La FDA signale un autre risque : des produits au CBD peuvent être contaminés par des substances dangereuses pour le fœtus, dont le THC. Les écarts entre les deux molécules sont expliqués dans notre article THC et CBD : les différences.
Le classement européen : une procédure en cours
L'ANSES a fait sa proposition dans le cadre du règlement européen CLP, qui harmonise l'étiquetage des substances dangereuses. Elle porte sur les mentions H360FD, « peut nuire à la fertilité, peut nuire au fœtus », et H362, « peut être nocif pour les bébés nourris au lait maternel ». Du 17 mars au 16 mai 2025, le dossier a été soumis à consultation publique sur le site de l'Agence européenne des produits chimiques.
Le comité d'évaluation des risques de cette agence doit ensuite se prononcer, puis la Commission européenne. Tant qu'aucun règlement n'est publié, il ne s'agit que d'une proposition, qui n'interdit aucun produit à ce stade. Pour savoir ce qui est en vente aujourd'hui, voyez notre point sur la réglementation du CBD en 2026.
Que faire concrètement
Huile, fleur, résine, gélule ou cosmétique : la recommandation vaut pour tous les formats. Les agences n'ont défini aucune dose sûre, faute de données pour en fixer une. Sur le catalogue Phytogrammes, les fiches des huiles portent d'ailleurs la mention « ne pas consommer en cas de grossesse ou d'allaitement ».
Si vous avez pris du CBD avant de vous savoir enceinte, ou pendant l'allaitement, parlez-en à votre médecin, à votre sage-femme ou à votre pharmacien. Ils pourront évaluer votre situation et, au besoin, consulter le CRAT. Notre article sur les effets secondaires du CBD résume les effets indésirables connus hors grossesse.
Questions fréquentes
Non. Aucune dose n'est considérée comme sûre pendant la grossesse. Pour l'EFSA, la sécurité du CBD ne peut pas être établie chez la femme enceinte, et la notice de l'Epidyolex ne l'admet que si le bénéfice pour la mère l'emporte nettement.
Oui, on l'y a mesuré. Chez 20 mères consommatrices de cannabis, sa concentration médiane atteignait 1,2 ng/ml dans le lait, soit deux fois celle du plasma. Ses effets sur le nourrisson n'ont pas été étudiés.
Les agences ne font pas d'exception pour les cosmétiques, et aucune étude n'a mesuré le passage du CBD à travers la peau d'une femme enceinte. Avant d'en utiliser, demandez par prudence l'avis d'un professionnel de santé.
Pas encore de façon applicable. L'ANSES l'a proposé en mars 2025, en catégorie 1B. Le classement ne s'appliquera qu'après l'avis du comité d'évaluation des risques de l'agence européenne des produits chimiques, puis une décision de la Commission européenne.
Cessez d'en prendre et signalez-le à votre médecin ou à votre sage-femme à la prochaine consultation. Le CRAT ne retient pas d'effet malformatif du cannabis après une exposition au premier trimestre, mais votre cas doit être évalué par un professionnel.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.