Cannabinoïde de synthèse : 12 « CBD » sur 223 en cachaient
Un cannabinoïde de synthèse est une molécule fabriquée en laboratoire pour agir sur le même récepteur que le THC, souvent avec plus de force, sans évaluation préalable chez l'humain. En France, 12 produits vendus comme du CBD, sur 223 analysés en 2022 et 2023, en contenaient un dérivé non déclaré. Le CBD lui-même n'appartient pas à cette catégorie : c'est une molécule du chanvre, même fabriquée par synthèse.

- 01Cannabinoïde de synthèse : trois familles à distinguer
- 02Le CBD de synthèse existe, et ce n'est pas le même sujet
- 03Du laboratoire de recherche aux boutiques de CBD
- 04Ce que les analyses ont trouvé dans des produits « CBD »
- 05Pourquoi le danger est réel, même à petite dose
- 06Comment vérifier un produit avant de l'acheter
- 07Questions fréquentes
À retenir
- On distingue le CBD, les dérivés obtenus à partir du CBD (HHC, H4-CBD) et les molécules entièrement synthétiques (PTC, MDMB-PINACA).
- Le HHC est classé stupéfiant depuis le 13 juin 2023. Le H4-CBD, le H2-CBD, le THCP et toute la famille du benzo[c]chromène l'ont rejoint le 3 juin 2024.
- Dans une étude d'addictovigilance, 12 produits « CBD » sur 223, soit 5,4 %, contenaient un dérivé non déclaré.
- Le 19 juin 2025, l'ANSM et l'Anses faisaient état de plusieurs centaines d'intoxications depuis début 2024, liées à des produits vendus comme du CBD.
- Un certificat d'analyse n'apporte une garantie que s'il nomme ces molécules dans la liste des composés recherchés.
Cannabinoïde de synthèse : trois familles à distinguer
On appelle cannabinoïde toute molécule qui agit sur les récepteurs CB1 et CB2 du système endocannabinoïde. Les effets psychotropes du THC viennent de sa liaison au CB1. Un cannabinoïde « de synthèse » sort d'une réaction chimique au lieu d'être extrait de la plante. En pratique, le terme couvre deux familles très différentes, et on le confond souvent avec le CBD.
| Famille | Exemples | Origine | Statut en France au 23 septembre 2026 |
|---|---|---|---|
| CBD | Cannabidiol | Extrait du chanvre, ou synthétisé à l'identique | Vendu si le produit contient au plus 0,30 % de Δ⁹-THC |
| Dérivés d'hémisynthèse | HHC, HHCO, HHCP, H4-CBD, H2-CBD, THCP | Fabriqués à partir d'un cannabinoïde du chanvre, souvent le CBD | Stupéfiants depuis le 13 juin 2023 ou le 3 juin 2024 |
| Cannabinoïdes entièrement synthétiques | JWH-018, MDMB-PINACA, molécules vendues sous le nom de PTC | Synthèse chimique, sans plante | Classés molécule par molécule, huit de plus le 3 juin 2024 |
L'hémisynthèse part d'une molécule naturelle et la modifie par une réaction chimique. Le H4-CBD, par exemple, est du CBD sur lequel on a fixé de l'hydrogène. Les molécules entièrement synthétiques n'ont souvent aucune parenté de structure avec le THC et se contentent d'imiter son action sur le récepteur.
Ce qui les rend dangereuses est résumé dans une revue parue en 2014 dans Drug and Alcohol Dependence. La plupart de celles qu'on a retrouvées dans des mélanges d'herbes se lient plus fortement au récepteur CB1 que le THC, et leurs effets sont de 2 à 100 fois plus puissants selon la molécule.
Le CBD de synthèse existe, et ce n'est pas le même sujet
Derrière la recherche « CBD de synthèse », deux sujets se mélangent souvent. Le cannabidiol peut être fabriqué par synthèse chimique, et la molécule obtenue est celle du chanvre, le trans-CBD. Comme il ne s'agit pas d'une molécule nouvelle, ce CBD n'entre pas dans la catégorie des cannabinoïdes de synthèse dont parle cet article.
Cela ne règle pas la question de sa sécurité comme aliment. En juillet 2025, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a examiné un CBD de synthèse pur à 99,5 %, proposé en complément alimentaire à 30 mg par jour. Faute des données demandées au fabricant, elle a conclu que sa sécurité ne pouvait pas être établie. Les fleurs et les résines sont des produits de la plante, et leur CBD n'est pas synthétisé. Pour les notions de base, voir notre article qu'est-ce que le CBD.
Du laboratoire de recherche aux boutiques de CBD
Les premières molécules ont été conçues dans des laboratoires universitaires, pour étudier les récepteurs cannabinoïdes. Le HU-210 vient de l'Université hébraïque de Jérusalem, la série JWH (dont le JWH-018) de l'équipe du chimiste John W. Huffman. Au début des années 2000, des laboratoires clandestins se sont mis à les pulvériser sur des plantes séchées. D'après la même revue de 2014, ces mélanges étaient vendus en Europe sous le nom de Spice, avec la mention « impropres à la consommation humaine ».
En France, le phénomène est entré sur le marché du CBD avec le HHC, dérivé d'hémisynthèse vendu en boutique jusqu'à son classement comme stupéfiant le 13 juin 2023. L'ANSM relevait à l'époque une consommation en hausse, « parfois à l'insu des usagers qui pensent consommer un autre produit, comme du CBD ». Notre article sur le classement du HHC retrace toute la chronologie.
D'autres molécules ont aussitôt pris le relais. Par une décision du 22 mai 2024, l'ANSM a inscrit de nouveaux cannabinoïdes sur la liste des stupéfiants à compter du 3 juin 2024 : le H4-CBD, le H2-CBD, toute molécule dérivée du noyau benzo[c]chromène, dont le THCP, et huit cannabinoïdes entièrement synthétiques. Une décision modificative du 3 juin 2024, publiée le lendemain, exclut le CBN, le CBNA, la THCV jusqu'à 0,3 % et le THCA d'un chanvre conforme. Contrairement à ce qu'on lit parfois, le THCA d'une fleur légale n'est donc pas interdit. Le H4-CBD a son propre article.
Viennent enfin les e-liquides vendus sous le nom de PTC, pour « pète ton crâne ». Le 6 février 2025, l'ANSM faisait état de nouveaux cas d'intoxication chez des adolescents hospitalisés en 2024. Ces produits sont décrits dans notre dossier sur le PTC.
Ce que les analyses ont trouvé dans des produits « CBD »
En juillet 2022 puis en avril 2023, trois centres d'addictovigilance et le laboratoire de toxicologie du CHU de Lille ont acheté 223 produits vendus comme du CBD : fleurs, résines, pollens, e-liquides, bonbons. Les produits à inhaler en formaient 85 %. Une note de synthèse de la MILDECA publie les résultats.
Pour l'acheteur, quatre résultats sont à retenir :
- Des dérivés cachés : 12 produits sur 223, soit 5,4 %, contenaient du HHC, du Δ⁸-THC ou du H4-CBD sans l'indiquer, le plus souvent dans l'achat de 2023.
- Du THC au-delà du seuil : 28 produits, soit 12,5 %, dépassaient 0,3 % de Δ⁹-THC, jusqu'à 1,2 % au maximum.
- Des étiquettes inexactes : seul un produit sur deux indiquait sa composition, et dans ce groupe, 19 % avaient un taux de CBD conforme à l'annonce, à 20 % près.
- Pas d'autre substance : l'analyse n'a retrouvé ni médicament, ni produit de coupe, ni autre nouvelle substance.
Selon les auteurs, leur échantillon ne représente pas le marché. Deux ans plus tard, le 19 juin 2025, l'ANSM et l'Anses ont alerté sur plusieurs centaines d'intoxications recensées depuis début 2024. En cause : des e-liquides, des produits à fumer et des aliments (huiles, gélules, bonbons) qui contenaient du HHC, du HHC-O, du H4-CBD, du MDMB-PINACA ou trop de THC.
Pourquoi le danger est réel, même à petite dose
Il y a d'abord la puissance. Avec une molécule 2 à 100 fois plus active que le THC, la marge d'erreur disparaît. Pulvérisée sur une fleur ou diluée dans un e-liquide, elle arrive en quantité inconnue de l'acheteur.
Viennent ensuite les effets observés. Pour les molécules classées en 2024, l'ANSM cite des vomissements, des pertes de connaissance, des comas, des convulsions, de la paranoïa, de l'anxiété, de l'hypertension, de la tachycardie et des cas d'insuffisance rénale. Les usagers les jugeaient souvent plus intenses que ceux du cannabis.
Le troisième risque est propre au marché du CBD : l'usager ne sait pas ce qu'il consomme. Quand vous achetez une fleur de CBD, vous attendez un produit sans effet psychotrope. Si elle contient un dérivé de synthèse, vous pouvez prendre le volant, travailler ou boire de l'alcool sans vous méfier. Aucune de ces molécules n'a été évaluée avant sa mise en vente.
Comment vérifier un produit avant de l'acheter
Une fleur pulvérisée a l'aspect d'une fleur ordinaire, et l'œil ne suffit pas. Quatre vérifications limitent le risque.
- Lisez la composition. HHC, H4-CBD, « tétrahydrocannabidiol », « CBD hydrogéné », THCP, PTC ou « Buddha Blue » sont des noms de stupéfiants. Méfiez-vous aussi d'un effet promis « proche du THC » ou « plus fort que le CBD ».
- Demandez le certificat d'analyse du lot. Son numéro de lot doit être celui du produit, et le Δ⁹-THC doit y apparaître à 0,30 % au plus, comme l'exige le seuil légal.
- Regardez quelles molécules ont été recherchées. L'étude de Lille a repéré ces dérivés par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse. Si le certificat ne cite que le CBD et le THC, il ne vous apprend rien sur le HHC ou le H4-CBD. Ces molécules doivent figurer dans la liste, avec la mention « non détecté » et une limite de détection.
- Prenez au sérieux un effet inattendu. En cas de forte somnolence, de palpitations ou d'angoisse, arrêtez, gardez le produit pour le faire analyser et contactez un centre antipoison. En cas de détresse, appelez le 15.
Chaque ligne d'un certificat est expliquée dans notre guide pour lire un certificat d'analyse. La page laboratoire présente les méthodes de mesure.
Questions fréquentes
Non. Le CBD est une molécule naturelle du chanvre, et il reste la même molécule quand on le produit par synthèse chimique. Les cannabinoïdes de synthèse sont d'autres molécules, conçues pour agir comme le THC sur le récepteur CB1.
Son risque diffère de celui des cannabinoïdes de synthèse, car la molécule est identique au CBD du chanvre. Sa sécurité comme aliment n'est toutefois pas établie : en juillet 2025, faute de données, l'EFSA n'a pas pu conclure sur un dossier à 30 mg par jour.
Non. Une décision de l'ANSM du 22 mai 2024, entrée en vigueur le 3 juin 2024, l'a inscrit sur la liste des stupéfiants. Sa vente, sa détention et son usage sont interdits, quelle que soit la dose.
Non, pas s'il provient d'un chanvre conforme. La décision modificative du 3 juin 2024 exclut de la liste le THCA présent dans un chanvre respectant l'arrêté du 30 décembre 2021.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.
On ne peut pas le voir à l'œil. Une analyse le révèle, à condition que le laboratoire ait cherché ces molécules. Demandez le certificat du lot, puis vérifiez que le HHC, le H4-CBD et le Δ⁸-THC apparaissent dans la liste des composés analysés.