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CBD légal en France en 2026 : ce qui reste en vente

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13 min de lectureMis à jour le

Oui, le CBD reste légal en France en 2026, mais plus sous toutes ses formes. Les produits au CBD qu'on avale (huiles vendues comme compléments alimentaires, gélules, bonbons, boissons, infusions de sommités fleuries) sont retirés de la vente depuis le 15 mai 2026. Aucun n'a d'autorisation au titre du règlement européen sur les nouveaux aliments. Les cosmétiques restent en vente, tout comme les fleurs et les résines qui ne sont pas présentées comme des aliments, avec au plus 0,30 % de Δ⁹-THC.

Champ de chanvre en pleine croissance, bordé par une forêt de conifères

À retenir

  • La Cour de justice de l'Union européenne a jugé le 19 novembre 2020 que le CBD n'est pas un stupéfiant.
  • Fleurs et résines peuvent être vendues depuis le 29 décembre 2022, date à laquelle le Conseil d'État a annulé leur interdiction.
  • Aucun aliment ni complément au CBD n'a reçu d'autorisation « Novel Food » : tous sont retirés depuis le 15 mai 2026.
  • L'EFSA a publié le 9 février 2026 un repère de 2 mg de CBD par jour pour un adulte de 70 kg. Ce repère n'autorise aucun produit.
  • Envisagée dans le budget 2026, une taxe de type tabac a été retirée du texte en janvier 2026.

CBD légal en 2026 : tout dépend de l'usage du produit

Selon la manière dont le produit est présenté, la même molécule dépend de trois cadres juridiques. Le seuil de THC vient du droit du chanvre. Le droit alimentaire dit si le produit peut être avalé, et celui des cosmétiques couvre ce qui s'applique sur la peau. Voici la situation en septembre 2026.

ProduitStatut en septembre 2026Texte qui s'applique
Huile présentée comme complément alimentaire, gélulesRetirés de la venteRèglement (UE) 2015/2283, plan de contrôle de la DGAL
Bonbons, chocolats, boissons au CBDRetirés de la venteRèglement (UE) 2015/2283
Infusion à base de sommités fleuriesRetirée de la venteRèglement (UE) 2015/2283
Graines, huile de graines, feuilles pour infusion aqueuseAutorisées, sans extrait de cannabinoïde ajoutéAliments consommés avant 1997
Fleurs et résines non présentées comme alimentsEn vente, Δ⁹-THC ≤ 0,30 %Arrêté du 30 décembre 2021, tel que modifié par le Conseil d'État
Cosmétiques au CBDEn venteRèglement (CE) 1223/2009
Produits contenant du HHC, du H4CBD ou du THCPInterditsListe des stupéfiants (ANSM)

L'emballage pèse autant que la composition. Vendue en sachet « à infuser », une fleur devient une denrée alimentaire et entre dans le champ du retrait. Vendue brute, sans mention alimentaire, la même fleur reste dans le cadre du chanvre. Le seuil de 0,30 % est expliqué dans notre article sur le taux de THC légal.

Ce qui a changé le 15 mai 2026 : les produits à avaler

La Direction générale de l'alimentation (DGAL) dépend du ministère de l'Agriculture. Le 15 avril 2026, elle a présenté aux syndicats de la filière un plan national de contrôles, appliqué à partir du 15 mai. La chambre d'agriculture de Provence-Alpes-Côte d'Azur en a publié les cibles : bonbons, huiles sublinguales étiquetées « complément alimentaire », gélules, capsules, chocolats, boissons, infusions à base de sommités fleuries. C'est l'étiquette qui déclenche le retrait. Tout produit alimentaire qui mentionne le CBD, le THC ou un autre cannabinoïde est concerné, quelle que soit sa teneur.

Le ministère a rendu sa position publique le 20 mai 2026, en termes nets : les denrées alimentaires contenant du CBD sont des produits illégaux qui doivent être retirés du marché, car l'innocuité du CBD n'a pas été démontrée. Des contrôles ciblés avaient lieu depuis 2023 ; ils s'étendent désormais à tous les circuits, y compris la vente en ligne. Le ministère relève aussi, depuis 2024, une nette hausse des intoxications liées à des aliments au CBD.

Le texte en cause est le règlement (UE) 2015/2283 sur les nouveaux aliments, dit « Novel Food ». Il vise toute denrée dont la consommation humaine était négligeable dans l'Union avant le 15 mai 1997. Une telle denrée n'entre sur le marché qu'avec une autorisation. Aucun ingrédient à base de CBD n'en a reçu, rappelait le SPF Santé publique belge dans une mise en garde du 5 mai 2026. Les gommes font partie des formats les plus touchés : notre article sur les gommes au CBD suit leur cas.

Pourquoi le CBD n'est pas interdit pour autant

Le retrait porte sur le statut alimentaire des produits. La molécule elle-même reste dans un cadre posé par deux décisions de justice.

La première a été rendue à Luxembourg. Le 19 novembre 2020, la Cour de justice de l'Union européenne a tranché l'affaire Kanavape (C-663/18). Elle a jugé qu'un État membre ne peut pas interdire la commercialisation du CBD légalement produit dans un autre État membre, même extrait de la plante entière. Une exception reste possible si la mesure protège la santé publique sans excéder le nécessaire. Selon la Cour, le CBD n'est pas, en l'état des connaissances, un stupéfiant au sens de la convention unique de l'ONU de 1961. Les effets de l'arrêt Kanavape sont détaillés dans un article à part.

La seconde est celle du Conseil d'État. L'arrêté du 30 décembre 2021 admettait les variétés de chanvre à 0,30 % de Δ⁹-THC au plus, tout en interdisant la vente des fleurs et feuilles brutes aux consommateurs. Le Conseil d'État a suspendu cette interdiction le 24 janvier 2022, puis l'a annulée le 29 décembre 2022 au motif qu'elle était disproportionnée. Le seuil de 0,30 % est resté en place. Pour le récit complet, voir l'article sur l'arrêté qui a voulu interdire les fleurs.

Frise chronologique : arrêt Kanavape en 2020, arrêté de 2021, suspension et annulation par le Conseil d'État en 2022, classement du HHC en 2023, du H4CBD et du THCP en 2024, retrait de la taxe en janvier 2026, avis de l'EFSA en février 2026, retrait des aliments au CBD le 15 mai 2026
Neuf décisions qui fixent le cadre du CBD en France. Sources : CJUE, Légifrance, Conseil d'État, ANSM, EFSA, ministère de l'Agriculture

Ce que dit l'EFSA en 2026, et ce que cela ne dit pas

En juin 2022, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) jugeait les données disponibles insuffisantes pour établir la sécurité du CBD comme nouvel aliment. Le 9 février 2026, elle a fixé un niveau de sécurité provisoire de 0,0275 mg de CBD par kilo de poids corporel et par jour. Pour un adulte de 70 kg, cela donne environ 2 mg par jour, facteur de sécurité lié aux incertitudes compris.

Ce repère a trois limites. Il ne concerne que les compléments alimentaires à base de CBD pur à 98 % au moins, sans nanoparticules. La sécurité n'est pas établie avant 25 ans, pendant la grossesse ou l'allaitement, ni chez les personnes sous traitement médicamenteux. Enfin, l'EFSA évaluera chaque demande d'autorisation sur les données de celui qui la dépose, et un niveau de sécurité n'autorise en soi aucun produit.

Un premier avis favorable a été rendu le 18 septembre 2026. Il porte sur un CBD de synthèse pur à 98 % au moins, dissous dans une huile MCT et vendu en complément alimentaire. L'EFSA l'a jugé sûr dans ses conditions d'emploi : 2 mg par jour au plus, pour des adultes de plus de 25 ans, hors grossesse et allaitement. Chez les personnes sous traitement, la sécurité n'est pas établie. Le 21 septembre, deux dossiers de CBD issu du chanvre ont reçu la conclusion inverse, un isolat de CBD et un extrait de chanvre : leur sécurité « ne peut pas être établie », car les demandeurs n'ont pas fourni les données réclamées. L'avis favorable n'autorise encore aucune vente, puisque la décision revient à la Commission européenne et aux États membres. Pour l'instant, rien ne change en France : la position du ministère de l'Agriculture du 20 mai 2026 vaut toujours pour les aliments et compléments au CBD.

Un ordre de grandeur : une huile titrée à 10 % contient environ 100 mg de CBD par millilitre, si bien que le repère de 2 mg tient dans un cinquantième de millilitre. Pour d'autres titrages, le calcul figure dans notre article sur la dose de référence de l'EFSA.

Un autre dossier suit son cours. À partir d'études animales, l'Anses a proposé le 21 mars 2025 de classer le CBD comme toxique pour la reproduction, catégorie 1B. Selon le SPF Santé publique belge, le comité d'évaluation des risques de l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a rendu un avis favorable à ce classement. Il s'agit d'une évaluation du danger, qui n'interdit aucun produit, et la Commission européenne doit encore statuer. Voir le détail dans notre article sur le classement proposé par l'Anses.

La taxe « tabac » sur le CBD : proposée, puis sortie du budget

Dans le projet de loi de finances pour 2026, l'article 23 portait sur la fiscalité des produits à fumer et du vapotage. D'une lecture à l'autre, l'idée d'assimiler les fleurs de CBD au tabac manufacturé a été discutée, selon Le Monde du Tabac du 20 janvier 2026. Le 20 novembre 2025, l'Assemblée nationale avait pourtant voté l'amendement I-1277, qui supprimait cet article.

Le 21 janvier 2026, l'article 23 ne figurait plus dans le texte retenu par le gouvernement pour engager sa responsabilité (article 49.3 de la Constitution). La loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026, n'a donc fait entrer en vigueur aucune accise propre aux fleurs de CBD par cette voie. Sur l'encadrement du CBD fumé, le débat reste ouvert.

Qualité : ce que montrent les analyses officielles

Le cadre légal ne renseigne pas sur ce que contient vraiment un produit. En 2023, les centres d'addictovigilance de Paris, Lyon et Montpellier ont analysé 223 échantillons en vente libre, dans une étude soutenue par la MILDECA. Parmi eux, 81 % affichaient une teneur en CBD différente de celle de l'étiquette, et 6 % contenaient des cannabinoïdes semi-synthétiques non déclarés, comme le HHC ou le H4CBD. Le seuil de 0,3 % de Δ⁹-THC était respecté par 87 % des échantillons.

En juin 2025, l'Anses et l'ANSM ont alerté sur plusieurs centaines d'intoxications survenues depuis début 2024 avec des produits présentés comme contenant du CBD. La plupart s'expliquaient par une substance interdite ajoutée à l'insu de l'acheteur, ou par un taux de THC au-dessus de 0,3 %. Le HHC est classé stupéfiant par l'ANSM depuis le 13 juin 2023, le H4CBD et le THCP depuis le 3 juin 2024.

En tant qu'acheteur, vous n'avez qu'un moyen de contrôle : le certificat d'analyse du lot. Vérifiez qu'il porte le même numéro de lot que le produit, que le Δ⁹-THC y est sous 0,30 % et, si possible, que le HHC, le H4CBD et le THCP sont absents. Notre guide pour lire un certificat d'analyse passe chaque ligne en revue ; la page laboratoire décrit les méthodes de mesure. Les fleurs de CBD du catalogue relèvent du cadre du chanvre ; le droit alimentaire ne s'y applique pas.

Questions fréquentes

Non. Le retrait touche les huiles présentées comme compléments alimentaires ou destinées à être avalées. Vendue comme cosmétique, une huile relève du règlement (CE) 1223/2009 et peut rester en vente, tant qu'elle ne revendique aucun usage alimentaire.

Oui. La vente de fleurs et feuilles brutes n'est plus interdite depuis la décision du Conseil d'État du 29 décembre 2022. La fleur doit provenir d'une variété autorisée et contenir au plus 0,30 % de Δ⁹-THC. Si elle est présentée comme une infusion, elle devient un aliment et le retrait s'applique.

Lorsque la Commission européenne aura autorisé un dossier évalué par l'EFSA. Le niveau de sécurité provisoire publié le 9 février 2026 marque une étape et n'autorise rien. À ce jour, il n'existe aucun calendrier officiel.

Non. En janvier 2026, l'article 23 du projet de loi de finances pour 2026 avait disparu du texte adopté. Cette voie n'a donc créé aucune accise propre aux fleurs de CBD.

Les feuilles de chanvre en infusion aqueuse étaient déjà consommées avant 1997, tout comme les graines et l'huile de graines. Pour le ministère de l'Agriculture, ce ne sont donc pas des nouveaux aliments, à condition qu'aucun extrait de cannabinoïde n'y soit ajouté et que les teneurs en THC soient respectées.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.