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CBD et sclérose en plaques : ce que la recherche établit
Par L’équipe Phytogrammes ·
Les données cliniques favorables dans la sclérose en plaques portent sur un médicament associant THC et CBD, autorisé en France depuis 2014 mais jamais commercialisé. La revue Cochrane de référence ne recense aucun essai de cannabidiol seul, et le seul essai de cannabidiol purifié publié depuis a échoué sur la spasticité. Cet article rapporte l'état des publications et ne remplace aucun avis médical.

La maladie, en quelques repères
L'INSERM indique qu'environ 110 000 personnes sont touchées en France, avec 4 000 à 6 000 nouveaux cas par an, un homme pour trois femmes dans la forme rémittente, et un début vers 30 ans en moyenne. Il s'agit de la première cause de handicap sévère non traumatique chez l'adulte jeune.
La spasticité est une complication fréquente de la maladie. Sa prise en charge relève d'un neurologue, et les questions personnelles doivent lui être adressées.
Le point de vocabulaire qui change tout
Le produit à l'origine des données favorables s'appelle nabiximols, commercialisé sous le nom de Sativex. Ce n'est pas du cannabidiol : c'est un médicament, dont chaque pulvérisation apporte 2,7 mg de delta-9-THC et 2,5 mg de cannabidiol. Il contient donc du THC, et il est classé comme stupéfiant.
Son autorisation de mise sur le marché a été délivrée en France le 8 janvier 2014. Son indication vise les symptômes liés à une spasticité modérée à sévère due à une sclérose en plaques, chez des adultes n'ayant pas suffisamment répondu à d'autres traitements antispastiques, en appoint et non en remplacement.
Fait décisif que beaucoup d'articles omettent : ce médicament n'est pas commercialisé en France. Une réponse du gouvernement à une question écrite, publiée le 28 février 2023, confirme qu'il reste indisponible malgré son autorisation dans dix-sept autres pays européens, les négociations de prix ayant échoué et le laboratoire ayant retiré sa demande de remboursement. Environ 5 000 patients français pourraient être concernés.
Ce que l'évaluation française en dit
L'avis de la Commission de la transparence de la Haute Autorité de santé, rendu le 22 octobre 2014, est sévère et mérite d'être cité précisément. Le service médical rendu est jugé faible, et l'amélioration du service médical rendu inexistante, soit le niveau V. La commission relève un rapport entre efficacité et effets indésirables modeste, et considère que l'impact sur la qualité de vie n'est pas démontré.
Le détail des essais pivots éclaire ce jugement. Le premier montrait une différence de 0,52 point sur une échelle de spasticité cotée de 0 à 10, en deçà de l'écart prévu au protocole. Le deuxième, mené chez 337 patients, était négatif sur son critère principal. Le troisième reposait sur un plan enrichi : sur 572 patients ayant reçu le produit en ouvert, seuls les 241 déjà répondeurs ont été randomisés.
Un point technique traverse ces trois essais : l'échelle d'Ashworth, cotée par le clinicien, n'était significative dans aucun d'entre eux. Seules les échelles rapportées par le patient bougeaient. La commission estimait le bénéfice cliniquement pertinent chez environ 10 à 20 % des patients insuffisamment soulagés.
La synthèse Cochrane, et ce qu'elle ne couvre pas
La revue Cochrane publiée en mai 2022 sur les cannabinoïdes dans la sclérose en plaques réunit 25 essais randomisés et 3 763 participants. Sur la spasticité rapportée par le patient, le nabiximols augmente probablement le nombre de personnes déclarant une réduction importante, avec un rapport de cotes de 2,51 et un intervalle de confiance à 95 % de 1,56 à 4,04, à un niveau de certitude modéré.
Sur la qualité de vie liée à la santé, en revanche, la différence moyenne standardisée est de moins 0,08, intervalle de confiance de moins 0,17 à 0,02 : aucun effet. Les risques sont documentés, avec un rapport de cotes de 2,41 pour les arrêts liés à un effet indésirable, 2,61 pour les troubles du système nerveux et 1,94 pour les troubles psychiatriques.
La limite essentielle est la suivante : les 25 essais portent sur du THC ou une association THC et CBD. Aucun ne teste le cannabidiol seul.
Le seul essai de cannabidiol purifié
Il a été publié en 2025 dans Naunyn Schmiedeberg's Archives of Pharmacology. Mené en Iran chez 49 patients recevant jusqu'à 80 mg de cannabidiol purifié par jour pendant un mois, il conclut que le cannabidiol ne réduit pas significativement la sévérité de la spasticité. Des différences apparaissent sur deux critères secondaires, la marche chronométrée et la douleur.
La prudence s'impose : essai monocentrique, 49 participants, quatre semaines, et des critères secondaires positifs alors que la cible annoncée était négative. Ce travail formule une hypothèse, il ne la démontre pas.
Deux résultats négatifs qu'il serait malhonnête de taire
Sur la progression de la maladie, l'essai CUPID publié en 2013 dans The Lancet Neurology a suivi 498 patients pendant trois ans sous THC oral. Le rapport de risque sur la progression du handicap était de 0,92, intervalle de confiance de 0,68 à 1,23, valeur p de 0,57. Les auteurs concluent à une absence d'effet global sur la progression.
Sur la spasticité elle-même, un essai de phase III achevé en 2022 chez 68 patients, comparant le nabiximols au placebo sur une mesure cotée par le clinicien, n'a pas atteint son critère principal : différence de 0,04, intervalle de confiance de moins 0,16 à 0,23, valeur p de 0,7152.
Où en est le cadre français
Les médicaments à base de cannabis sortent de la phase d'expérimentation. La Haute Autorité de santé a été saisie en mars 2025 et retient cinq indications, dont la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques, les formes fumées étant exclues. Son avis définitif était attendu et nous n'avons pas vérifié sa publication à la date de cet article. Nos articles sur le cannabis médical en France et sur la vente de cannabis thérapeutique suivent ce dossier.
Une distinction pour finir : le cannabidiol vendu librement n'est pas un médicament, et la seule spécialité à base de cannabidiol autorisée dans l'Union européenne concerne des épilepsies rares. Nos articles sur les études cliniques et sur les différences entre CBD et THC précisent ces frontières.
Questions fréquentes
Le CBD vendu en boutique agit-il sur la spasticité ?
Aucune donnée ne permet de l'affirmer. La revue Cochrane de 2022, qui réunit 25 essais, ne comporte aucun essai de cannabidiol seul, et le seul essai de cannabidiol purifié publié depuis, chez 49 patients, conclut à une absence de réduction significative de la spasticité.
Le Sativex est-il disponible en France ?
Non. Il dispose d'une autorisation de mise sur le marché depuis le 8 janvier 2014, mais il n'a jamais été commercialisé, les négociations de prix ayant échoué. Une réponse gouvernementale de février 2023 confirme cette indisponibilité, alors qu'il est autorisé dans dix-sept autres pays européens.
Les cannabinoïdes ralentissent-ils l'évolution de la maladie ?
Non, selon les données disponibles. L'essai CUPID, mené chez 498 patients pendant trois ans, n'a montré aucun effet global sur la progression du handicap, avec un rapport de risque de 0,92 et une valeur p de 0,57. Aucun essai ne soutient un rôle de traitement de fond.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.
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