CBC (cannabichromène) : molécule, taux et statut légal
Le CBC, ou cannabichromène, est un cannabinoïde du chanvre isolé en 1966. Il ne rend pas « planant » : les études ne lui trouvent pas d'activation du récepteur CB1, par lequel passe l'effet du THC. La plante en produit peu, environ 0,03 % de CBC dans un chanvre analysé au Canada en 2020, pour 0,58 % de CBD. En France, il n'est pas classé stupéfiant et relève des règles du CBD, soit 0,30 % de Δ⁹-THC au plus dans le produit fini.

À retenir
- Le CBC provient du même précurseur que le CBD et le THC, le CBGA, transformé par une enzyme qui lui est propre, la CBCA synthase.
- Dans un chanvre analysé en 2020, le CBC et sa forme acide représentaient ensemble environ 4 % du CBD total.
- Aucun essai clinique n'a encore étudié le CBC seul ; les données humaines disponibles portent sur un extrait dominé par le CBD.
- Le HHC, le H4CBD et le THCP, semi-synthétiques, sont classés stupéfiants ; le CBC ne l'est pas.
- Le CBC n'est pas un médicament, et aucune allégation de santé n'est autorisée à son sujet.
Définition : un cannabinoïde mineur, connu depuis 1966
Deux équipes ont décrit le cannabichromène en 1966, chacune de son côté. Dans Chemical Communications, Yehiel Gaoni et Raphael Mechoulam l'ont présenté comme un nouveau principe actif du haschich. La même année, une équipe allemande (Claussen, von Spulak et Korte) l'a publié dans Tetrahedron.
Le qualificatif « mineur » tient à la faible quantité produite par la plante ; il ne dit rien de son intérêt chimique. Une revue parue en 2024 dans le Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics rappelle que la plupart des variétés de cannabis n'en produisent que de petites quantités. Plusieurs études qu'elle résume ne lui trouvent aucune activation du récepteur CB1, ce qui concorde avec l'absence d'effet psychotrope.
| Cannabinoïde | Forme acide dans la plante | Enzyme qui la produit | Effet psychotrope | Statut en France |
|---|---|---|---|---|
| CBC | CBCA | CBCA synthase | Non | Autorisé si Δ⁹-THC ≤ 0,30 % |
| CBD | CBDA | CBDA synthase | Non | Autorisé si Δ⁹-THC ≤ 0,30 % |
| CBG | CBGA | Géranyltransférase | Non | Autorisé si Δ⁹-THC ≤ 0,30 % |
| THC | THCA | THCA synthase | Oui | Stupéfiant, toléré sous 0,30 % dans le chanvre autorisé |
Biosynthèse : une branche du CBGA
Le point de départ est le CBGA, ou acide cannabigérolique, présenté comme la molécule mère dans notre article sur le CBG. Trois enzymes se partagent ce substrat, la THCA synthase, la CBDA synthase et la CBCA synthase, et chacune en fait un acide différent : THCA, CBDA ou CBCA. C'est la génétique de la variété qui détermine laquelle l'emporte. Dans un chanvre à CBD, la CBDA synthase domine et la voie du CBCA reste minoritaire.
Sous l'effet de la chaleur et du séchage, le CBCA perd un groupe carboxyle et devient du CBC, par la même réaction qui change le CBDA en CBD. CBC et CBD partagent d'ailleurs la même formule brute et ne diffèrent que par l'agencement de leurs atomes.
Combien de CBC dans le chanvre
Les mesures publiées vont dans le même sens. En 2020, le Conseil national de recherches du Canada a validé une méthode de dosage de 17 cannabinoïdes, puis l'a appliquée à cinq lots de chanvre broyé. Ces lots contenaient en moyenne 0,289 mg de CBC et 0,520 mg de CBCA par gramme, pour 5,81 mg de CBD et 15,60 mg de CBDA.
Le total se calcule comme pour le CBD, en corrigeant la forme acide : CBC total = CBC + 0,877 × CBCA. Appliqué à ces lots, le calcul donne environ 0,07 % de CBC total et 1,95 % de CBD total, soit un CBC à environ 4 % du CBD.
Côté pratique, les fiches des produits Phytogrammes consultées le 23 septembre 2026 affichent six cannabinoïdes (CBD, CBDA, CBG, CBN, THC, THCA), sans le CBC. Un produit vendu pour sa teneur en CBC devrait indiquer cette teneur, mesurée sur le lot. Pour savoir où la trouver, voir notre guide pour lire un certificat d'analyse.
Ce que la recherche a mesuré, et ses limites
Les données sur le CBC proviennent surtout de cellules et d'animaux, et la revue de 2024 les recense :
- sur les récepteurs, le CBC est, parmi les cannabinoïdes testés, celui qui active le plus fortement le canal TRPA1 ; il active aussi TRPV1 et le récepteur CB2 ;
- chez l'animal, surtout la souris et le rat, des effets ont été relevés dans des tests de douleur, d'inflammation et de crises convulsives, par des mécanismes qui restent discutés ;
- en culture, il s'est montré actif contre certaines bactéries à Gram positif.
Chez l'humain, aucun essai n'a étudié le CBC isolé. Les seules données de pharmacocinétique (le devenir de la molécule dans l'organisme) proviennent d'un extrait dont l'analyse a révélé plus de CBC que de THC : 20 mg/ml de CBD, 1,1 mg/ml de CBC et 0,9 mg/ml de THC. Aux doses quotidiennes les plus fortes, les participants recevaient 26,4 mg de CBC, avec 480 mg de CBD et 21,6 mg de THC. Le CBC restait dosable dans le sang, et cette dose a été tolérée au sein de ce mélange.
Les auteurs de la revue relèvent que des produits au CBC sont en vente libre alors que presque aucune donnée n'existe sur leur sécurité et leur efficacité. Le CBC n'est pas un médicament ; le seul médicament autorisé à base de cannabidiol, l'Epidyolex, contient du CBD purifié.
Statut légal du CBC en France
Le CBC ne figure pas sur la liste des stupéfiants et relève du cadre du chanvre. L'arrêté du 30 décembre 2021 autorise les variétés de Cannabis sativa L. inscrites aux catalogues officiels dont la teneur en Δ⁹-THC ne dépasse pas 0,30 %, et étend ce seuil aux extraits et aux produits qui en contiennent. L'interdiction de vendre fleurs et feuilles brutes a été annulée par la décision du Conseil d'État du 29 décembre 2022.
Ne confondez pas le CBC avec les cannabinoïdes semi-synthétiques. L'ANSM a classé le HHC, le HHCO et le HHCP comme stupéfiants à compter du 13 juin 2023, puis le H4CBD, le THCP et d'autres dérivés à compter du 3 juin 2024. Ces molécules sont obtenues par transformation chimique, alors que le CBC existe à l'état naturel dans la plante. Notre article sur l'interdiction du H4CBD retrace cette décision.
Un extrait de CBC destiné à être avalé relève, comme les extraits de CBD, du régime des nouveaux aliments : le règlement (UE) 2015/2283 n'admet sur le marché que les nouveaux aliments autorisés. La situation française est décrite dans notre point sur la réglementation du CBD en 2026.
Par prudence, notez que l'ANSES a proposé le 21 mars 2025 de classer le CBD comme présumé toxique pour la reproduction. Cette proposition concerne le CBD ; pour le CBC, aucune donnée équivalente n'existe. Faute de données, appliquez les mêmes précautions pendant la grossesse et l'allaitement, comme l'explique notre article sur le classement proposé par l'ANSES.
Où trouve-t-on du CBC
On trouve rarement du CBC isolé. Il est surtout présent en petite quantité dans les fleurs et dans les huiles à spectre complet, qui conservent l'ensemble des cannabinoïdes de la plante. L'idée que ces composants mineurs modifient l'effet du CBD s'appelle l'effet d'entourage ; chez l'humain, elle reste une hypothèse que rien n'a établie.
Questions fréquentes
Juridiquement, non : en France, il n'est pas classé stupéfiant et se vend aux mêmes conditions que le CBD, avec au plus 0,30 % de Δ⁹-THC. Aucun effet psychotrope ne lui est connu.
Non : plusieurs études ne lui trouvent aucune activation du récepteur CB1, par lequel passe l'effet du THC. Le risque vient de ce que contient réellement le produit, trop de THC ou un cannabinoïde semi-synthétique ajouté.
Ils naissent tous deux du CBGA et ont la même formule brute, mais chacun est produit par sa propre enzyme et leurs structures diffèrent. Dans les modèles de laboratoire, le CBC agit surtout sur les canaux TRPA1 et TRPV1 et sur le récepteur CB2. Le chanvre contient beaucoup plus de CBD.
C'est rare : dans le chanvre analysé en 2020, le CBC total ne faisait qu'environ 4 % du CBD total. Une teneur élevée en CBC se vérifie sur l'analyse du lot ; le nom du produit ne la prouve pas.
Non. Le CBC existe naturellement dans le chanvre et n'est pas classé, alors que le HHC, cannabinoïde semi-synthétique, est classé stupéfiant en France depuis le 13 juin 2023.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.