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Frozen boosté au 10-OH-HHC ou au THC-X : ce que disent les analyses

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16 min de lecture

Un frozen boosté est une résine vendue sous le nom de frozen à laquelle on a ajouté une molécule semi-synthétique ou de synthèse, annoncée par exemple à 40 % de 10-OH-HHC ou à 50 % de THC-X. Ce n'est pas un produit au CBD : la molécule ajoutée est obtenue par transformation chimique, et son étiquette est souvent fausse. Un liquide étiqueté « 80 % 10-OH-HHC », dont l'analyse a été publiée en 2024 par une équipe japonaise, n'en contenait pas du tout. En France, le HHC est classé stupéfiant depuis le 13 juin 2023. Une clause générique vise depuis le 3 juin 2024 les dérivés de son noyau chimique, substitués ou non aux positions qu'elle énumère, à quelques exclusions près comme le CBN ; le 10-OH-HHC n'y est pas nommé.

Portoir de flacons d'échantillon en verre vides dans un laboratoire d'analyse, là où l'on identifie une molécule ajoutée à une résine
Sommaire
  1. 01Que veut dire « frozen boosté » ?
  2. 02Pourquoi un frozen boosté n'est pas du CBD
  3. 0310-OH-HHC, THC-X : ce que disent les analyses
  4. 04Ce que dit le droit français
  5. 05Comment un laboratoire repère un ajout
  6. 06Risques et réduction des risques
  7. 07Questions fréquentes

À retenir

  • « Frozen » désigne une façon d'obtenir la résine ; « boosté » signifie qu'une molécule a été ajoutée après coup.
  • Un liquide étiqueté « 80 % 10-OH-HHC », analysé dans une revue scientifique, ne contenait pas cette molécule (Watanabe et al., 2024).
  • En 2025, des herbes et des résines vendues comme CBD, collectées en Île-de-France par le dispositif de veille SINTES, contenaient des cannabinoïdes hémisynthétiques ou de synthèse qui changeaient d'un produit à l'autre (OFDT).
  • Le THC-X n'a aucune identité chimique publiée : le nom ne dit pas quelle molécule le sachet contient.
  • Nous n'avons trouvé aucune étude sur le dépistage du 10-OH-HHC ou du THC-X ; pour les cannabinoïdes classés en 2024, l'ANSM juge les tests immunochimiques insuffisants, et un laboratoire identifie la molécule par chromatographie couplée à la spectrométrie de masse.

Cette page est une page d'information et de réduction des risques. Elle ne renvoie vers aucun produit.

Que veut dire « frozen boosté » ?

Dans le vocabulaire du hash, « frozen » désigne une résine séparée à partir de plantes congelées dès la récolte. Le mot décrit un procédé, pas une molécule. « Boosté » ajoute autre chose : une substance pulvérisée ou mélangée à la résine pour en changer les effets, que la plante n'a pas produite en ces quantités.

Le relevé de la première page de Google pour « frozen drogue », le 18 octobre 2026, montre des fiches de vente pour un frozen annoncé à 40 % de 10-OH-HHC, ou pour un frozen présenté comme de très haute qualité et dosé à 50 % de THC-X. Sur la recherche « 3x filtré c'est quoi », une autre résine est vendue comme du CBD additionné de 30 % de « 10-OH », sans autre précision. Ces pourcentages sont des promesses d'étiquette. Aucun ne vient avec une méthode d'analyse publiée.

La pratique n'est pas propre au frozen. Une équipe de toxicologie de Mayence a analysé 80 produits saisis en Allemagne qui contenaient des cannabinoïdes semi-synthétiques, et décrit un marché de fleurs et de résines pauvres en THC pulvérisées au HHC (Hundertmark et al., Drug Testing and Analysis, 2025). L'OFDT, dans son rapport TREND daté de juin 2026 et publié le 15 juillet 2026, note que ces produits sont vendus « comme de simples produits CBD », parfois à l'insu des clients, parfois au contraire mis en avant pour leurs effets.

Pourquoi un frozen boosté n'est pas du CBD

Le CBD est un cannabinoïde que le chanvre produit lui-même. Les molécules qui « boostent » une résine appartiennent à deux autres familles, que l'OFDT distingue nettement :

FamilleComment on l'obtientExemples citésAction sur le récepteur CB1
Phytocannabinoïdesproduits par la planteCBD, Δ9-THC, CBN, CBGle Δ9-THC est un agoniste partiel ; le CBD ne fait pas planer
Cannabinoïdes hémisynthétiquestransformation chimique d'un cannabinoïde de la plante, THC ou CBDHHC, H4-CBD, HHCPO, Δ8-THCagonistes partiels, selon l'OFDT
Cannabinoïdes de synthèsefabriqués à partir de précurseurs, sans lien avec la planteMDMB-PINACA, ADB-BUTINACA, CUMYL-PINACAagonistes complets, selon l'OFDT

Le support, lui, est souvent pauvre en cannabinoïdes naturels. Le dispositif SINTES de l'OFDT collecte des produits pour des motifs de veille, comme un produit nouveau ou un effet indésirable inhabituel : ses analyses de 2025 sur des herbes et des résines présentées comme CBD en Île-de-France ne décrivent donc pas l'ensemble du marché. Elles montrent de faibles teneurs en THC ou en CBD, et des molécules ajoutées qui changent d'un produit à l'autre : « sur sept résines et sept herbes « CBD », dix cannabinoïdes d'hémisynthèse et sept cannabinoïdes de synthèse différents ont été identifiés », écrit l'OFDT.

Une résine de CBD qui fait planer n'est donc pas un CBD « plus fort » : elle contient autre chose, comme l'explique notre article sur le CBD qui fait planer.

10-OH-HHC, THC-X : ce que disent les analyses

Le 10-OH-HHC est une molécule connue des chimistes. Une revue publiée en 2024 dans le Journal of Cannabis Research la décrit comme un dérivé hydroxylé du HHC, synthétisé dès 1980 par l'équipe de Raphael Mechoulam, isolé à l'état de composé mineur d'une variété de cannabis très puissante et connu comme métabolite mineur du HHC (Caprari et al., 2024). Les vendeurs disent l'obtenir à partir du CBD, sans plus de détail. Selon cette revue, aucune mesure de son affinité pour le récepteur CB1 n'est publiée.

Ce que contiennent réellement les produits vendus sous ce nom est une autre question. Une équipe japonaise a analysé un liquide pour cigarette électronique étiqueté « 80 % 10-OH-HHC » par chromatographie en phase gazeuse et liquide couplée à la spectrométrie de masse. Le 10-OH-HHC était absent ; le produit contenait du CBD, du CBN et deux composés que les auteurs ont estimés être des isomères du tétrahydrocannabidiol, la molécule appelée H4-CBD (Watanabe et al., Drug Testing and Analysis, 2024). Leur conclusion tient en une phrase : l'étiquette ne peut pas servir de preuve.

Le THC-X n'a pas d'identité chimique établie. La même revue de 2024 relève que les sites marchands le décrivent tour à tour comme un mélange d'esters de Δ8-THC, comme un autre nom du Δ10-THC ou comme un THC fluoré. Le seul certificat d'analyse cité par les auteurs, qui circule en ligne et n'a pas été publié dans une revue, décrivait un mélange de Δ8-THC, d'acétates de THC (THC-O) et de THCP. Au 19 octobre 2026, nous n'avons trouvé aucune publication à comité de lecture ni aucun texte officiel qui identifie une molécule appelée THC-X.

La dose est aussi imprévisible que l'identité. Dans les 80 produits saisis en Allemagne, la teneur en HHC allait d'une valeur trop faible pour être quantifiée à 70,9 % du poids, et environ un quart des échantillons dépassaient 0,3 % de Δ9-THC.

Ce que dit le droit français

Le classement français combine des molécules nommées et des familles entières. Le tableau ci-dessous suit la liste consolidée des stupéfiants publiée par l'ANSM, dans sa mise à jour du 26 juin 2026, qui est la dernière en ligne au 19 octobre 2026.

Molécule annoncéeStatut en France au 19 octobre 2026Texte
HHCstupéfiant nommé depuis le 13 juin 2023, inscrit à l'annexe III depuis janvier 2026décisions de l'ANSM du 12 juin 2023 et du 16 janvier 2026
H4-CBDstupéfiant nommé depuis le 3 juin 2024décision de l'ANSM du 22 mai 2024
THCP, HHCPOvisés par la clause générique du noyau benzo[c]chromène, que l'ANSM cite pour ces deux moléculesdécision de l'ANSM du 22 mai 2024
Δ8-THC, THC-OLe Δ8-THC et le THC-O relèvent, selon notre lecture, de l'entrée « tétrahydrocannabinols, leurs esters, éthers, sels », à l'annexe III depuis le 6 février 2026.arrêté du 22 février 1990 ; décision de l'ANSM du 6 février 2026
10-OH-HHCnon nommé ; dérivé du même noyau que le HHC, mais son hydroxyle en position 10 ne figure pas parmi les substitutions que la clause énumère ; lecture retenue ici : visé par la clause génériquedécisions de l'ANSM du 22 mai et du 3 juin 2024
THC-Xsans identité chimique, il ne peut être classé en tant que tel ; tout dépend de la molécule réellement présenteaucun

La clause générique, en vigueur depuis le 3 juin 2024, vise « toute substance dérivée du noyau benzo[c]chromène », hydrogénée ou non, avec une liste de substitutions possibles en positions 1, 2 ou 4, 3, 6 et 9, et des exclusions, comme le CBN, que la décision du 3 juin 2024 a complétées. L'ANSM précise que cette famille inclut notamment le HHC, le HHCO, le HHCP, le HHCPO, le THCP et le THCA, et que ces substances se vendent sous forme d'huile, de résine, d'herbe, de spray, de gummies ou d'e-liquide. Pour le 10-OH-HHC, l'absence de la position 10 dans cette liste laisse une question d'interprétation qu'aucun texte de l'ANSM ne tranche au 19 octobre 2026. La lecture retenue par notre Canna·wiki, comme pour le 9-OH-HHC, est celle d'une molécule visée par la clause générique : rien ne permet de la tenir pour légale. Au Royaume-Uni, le comité consultatif ACMD a recommandé le 22 mai 2025 de classer nommément le 10-OH-HHC.

Deux points ne dépendent pas de cette question. Un produit issu du chanvre ne reste dans le cadre légal que si sa teneur en Δ9-THC ne dépasse pas 0,30 % (arrêté du 30 décembre 2021), et un produit étiqueté 10-OH-HHC peut contenir tout autre chose, comme l'a montré l'analyse japonaise. Nos articles sur le HHC, sur le H4CBD et sur le Δ8-THC retracent chacun leur classement.

Comment un laboratoire repère un ajout

À l'œil, au nez ou au toucher, rien ne distingue un frozen boosté d'un frozen de chanvre : les échantillons européens adultérés au MDMB-4en-PINACA étaient vendus comme du cannabis ordinaire, et seule l'analyse a révélé la molécule (Oomen et al., 2022). Notre article sur le haschich coupé montre pourquoi les signes visuels ne valent pas une analyse.

Sur le produit lui-même, les laboratoires de toxicologie procèdent en deux temps :

  1. Un criblage large. La chromatographie en phase gazeuse ou liquide, couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS, LC-MS/MS, LC-HRMS), sépare les composés du mélange et propose une identité à chacun. C'est ce criblage qui a fait apparaître, dans le liquide « 10-OH-HHC », des pics qui ne correspondaient pas à l'étiquette.
  2. Une confirmation. Un composé inconnu est isolé puis identifié par résonance magnétique nucléaire, qui distingue aussi les isomères entre eux. La revue de 2024 indique que les deux formes du 10-OH-HHC ne se séparent qu'à de faibles écarts de temps de rétention, et que la résonance magnétique reste nécessaire pour les attribuer.

Un certificat qui ne mesure que le CBD, le THC et quelques cannabinoïdes naturels ne dit rien d'une molécule qu'il ne recherchait pas. Dans les deux études citées, les molécules ajoutées n'ont été trouvées que parce que les laboratoires les cherchaient : par un criblage non ciblé dans un cas, par une méthode élargie aux cannabinoïdes semi-synthétiques dans l'autre. Notre article sur les 12 « CBD » sur 223 qui cachaient un cannabinoïde de synthèse détaille ce que ce type de recherche a donné ailleurs.

Chez une personne, la détection est plus difficile encore. Pour les cannabinoïdes classés en 2024, l'ANSM indique qu'ils ne sont pas détectables par un dépistage urinaire classique, que les tests immunochimiques sont insuffisants et que leur recherche exige une chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem. Les études publiées donnent des résultats qui varient selon la molécule et le test. Dans une étude allemande, le HHC a rendu positif un test urinaire du cannabis, mais pas un test salivaire (Lucuta et al., 2025). Sur sang total, un immunoessai du THC n'a montré que 3 % de réactivité croisée pour l'acétate de THC et 0,5 % pour le THCP (Moody et al., 2022). Nous n'avons trouvé aucune étude publiée sur le dépistage du 10-OH-HHC ou du THC-X (recherche PubMed du 19 octobre 2026).

Risques et réduction des risques

Les effets indésirables rapportés pour ces produits ne sont pas ceux du CBD. L'OFDT décrit, chez des personnes qui avaient consommé sans le savoir des résines ou des herbes « CBD » adultérées, des sensations de chaleur, des tremblements, des hallucinations, des angoisses qui pouvaient durer jusqu'à cinq jours et des pertes de connaissance. L'ANSM cite pour cette famille des vomissements, des comas, des convulsions, une paranoïa, une tachycardie et des douleurs thoraciques pouvant évoquer un infarctus, plus intenses avec les cannabinoïdes de synthèse.

Le risque tient surtout à l'inconnu : une molécule que l'étiquette ne nomme pas, ou nomme à tort, à une dose que personne n'a mesurée. Notre page sur le PTC décrit le cas extrême des e-liquides aux cannabinoïdes de synthèse.

Si un malaise survient après une consommation, appelez le 15 ou le 112, ne laissez pas la personne seule et gardez le produit sans le manipuler : il peut être analysé. Pour une question, Drogues Info Service répond au 0 800 23 13 13, appel anonyme et gratuit, tous les jours de 8 h à 23 h. Le centre d'addictovigilance ou le centre antipoison de votre région peut aider à savoir ce qui a été consommé, et les effets indésirables se déclarent sur le portail signalement.social-sante.gouv.fr.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un frozen boosté ?

C'est une résine vendue comme frozen à laquelle une molécule semi-synthétique ou de synthèse a été ajoutée, par exemple du HHC ou un produit annoncé comme 10-OH-HHC ou THC-X. La plante n'a pas produit cette molécule en ces quantités.

Qu'est-ce que le THC-X ?

C'est un nom commercial. Aucune publication scientifique ni aucun texte officiel n'en donne la formule : selon les vendeurs, il s'agirait d'esters de Δ8-THC, de Δ10-THC ou d'un THC fluoré. Seule une analyse du produit dit ce qu'il contient.

Peut-on reconnaître un frozen boosté à l'œil ?

Non. La couleur, l'odeur et la texture ne révèlent pas une molécule ajoutée. Il faut une chromatographie couplée à la spectrométrie de masse, et un certificat qui ne cherche que le CBD et le THC ne la verra pas.

Un test salivaire détecte-t-il le 10-OH-HHC ou le THC-X ?

Nous n'avons trouvé aucune étude publiée qui teste le 10-OH-HHC ou le THC-X sur un test salivaire. Pour des molécules voisines, les résultats varient : dans une étude allemande, le HHC a rendu positif un test urinaire du cannabis, mais pas le test salivaire employé, et sur sang total un immunoessai du THC ne réagit qu'à 3 % avec l'acétate de THC et à 0,5 % avec le THCP. Un test rapide ne dit donc pas quelle molécule a été consommée, et qu'il la détecte ou non ne change rien à son statut légal.

Sources et dates

  • Relevé des pages de résultats Google (France) pour « frozen drogue » et « 3x filtré c'est quoi », 18 octobre 2026.
  • Watanabe S., Murakami T. et al., « Discrepancies between the stated contents and analytical findings for electronic cigarette liquid products », Drug Testing and Analysis, 2025 (en ligne le 22 juillet 2024), DOI 10.1002/dta.3777.
  • Caprari C., Ferri E., Vandelli M. A., Citti C., Cannazza G., « An emerging trend in Novel Psychoactive Substances (NPSs): designer THC », Journal of Cannabis Research, 3 mai 2024, DOI 10.1186/s42238-024-00226-y.
  • Hundertmark M. et al., « Characterising a New Cannabis Trend: Extensive Analysis of Semi-Synthetic Cannabinoid-Containing Seizures From Germany », Drug Testing and Analysis, 2025, DOI 10.1002/dta.3886.
  • OFDT, Lovera M. et al., TREND, Tendances récentes à Paris et en Île-de-France en 2025, rapport daté de juin 2026, publié le 15 juillet 2026.
  • ANSM, « L'ANSM inscrit de nouveaux cannabinoïdes sur la liste des stupéfiants », 24 mai 2024, mis à jour le 11 mars 2025 ; décisions du 22 mai 2024, du 3 juin 2024, du 16 janvier 2026 et du 6 février 2026 ; liste consolidée des stupéfiants, mise à jour du 26 juin 2026.
  • ACMD (Royaume-Uni), lettre au ministre sur les cannabinoïdes semi-synthétiques, 22 mai 2025.
  • Oomen P. E. et al., International Journal of Drug Policy, 2022, DOI 10.1016/j.drugpo.2021.103493.
  • Moody M. T. et al., Journal of Analytical Toxicology, 2022, DOI 10.1093/jat/bkac051.
  • Lucuta L. et al., Forensic Science International, 2025, DOI 10.1016/j.forsciint.2025.112437.
  • Drogues Info Service, horaires en vigueur depuis le 1er octobre 2026 (annonce du 30 septembre 2026).

Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.