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Haschich coupé : ce que valent les 6 signes les plus cités

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10 min de lectureMis à jour le

Un haschich coupé est une résine à laquelle on a ajouté autre chose que des trichomes : soit une charge pour gagner du poids, soit une molécule active qui imite un effet. Forme, odeur, couleur, texture : aucun des signes qui circulent ne permet de le repérer sur un morceau donné, et les études publiées n'ont détecté les ajouts qu'en laboratoire. Le marché du CBD est concerné aussi, et seule une analyse de lot indique ce que contient une résine.

Sommité de chanvre en gros plan sur fond sombre, couverte de trichomes, les glandes dont on tire la résine

À retenir

  • Une charge inerte ajoute du poids. Un adultérant actif, souvent un cannabinoïde de synthèse, produit l'effet.
  • Sur 90 résines de rue achetées à Madrid, 25 % avaient été adultérées volontairement.
  • En Europe, 270 des 1 142 échantillons vendus comme cannabis contenaient un cannabinoïde de synthèse.
  • En France, en 2023, du HHC ou de l'ADB-BUTINACA a été trouvé dans des produits vendus comme CBD, achetés parfois en boutique.
  • Aucun signe visuel ne remplace une mesure : seul le certificat d'analyse du lot donne des quantités.

Ce que « coupé » veut dire : trois cas à ne pas confondre

Le haschich est la résine du chanvre. Il est fait des têtes de trichomes, les petites glandes qui couvrent la fleur, détachées de la plante puis, le plus souvent, pressées. Dans une résine « coupée », on trouve en plus une matière qui ne devrait pas y être. Il faut distinguer trois cas.

Le diluant est une matière sans effet pharmacologique, ajoutée pour augmenter le poids vendu. L'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) cite l'exemple du sucre dans la cocaïne. Dans une résine, une charge passe d'autant plus inaperçue que la matière contient déjà beaucoup de débris végétaux. Ces passes de tamis sont décrites dans notre article sur le hash marocain et le tamisage du Rif.

L'adultérant actif agit sur l'organisme. On l'ajoute pour donner un effet à une matière peu dosée. Ces dernières années, il s'agit surtout de cannabinoïdes de synthèse, chimiquement sans parenté avec le THC, et de cannabinoïdes hémisynthétiques fabriqués à partir du CBD, comme le HHC.

La contamination, elle, est involontaire : moisissures, bactéries et corps étrangers arrivent pendant la fabrication, le transport ou le stockage.

Ce que les analyses publiées ont trouvé

Le phénomène est documenté par trois séries de données, toutes issues de laboratoires.

À Madrid, une étude parue en 2019 dans Forensic Science International a analysé 90 résines achetées dans la rue en Communauté de Madrid. Les chercheurs ont relevé des éléments étrangers dans 64,7 % des lingots et 30,2 % des boulettes, et un quart des échantillons avaient été adultérés volontairement. Sur le plan microbiologique, Escherichia coli était présente sur 93 % des boulettes et 29,4 % des lingots, et la moisissure Aspergillus dans 10 % des échantillons. Au total, les auteurs jugent 88,3 % des échantillons impropres à la consommation.

Barres comparant lingots et boulettes de résine à Madrid : éléments étrangers 64,7 % contre 30,2 %, E. coli 29,4 % contre 93 %, impropres 58,8 % contre 100 %
Aucune forme n'est sûre : chacune échoue sur un critère différent. Source : Pérez-Moreno et al., Forensic Science International, 2019

En Europe, neuf services d'analyse de drogues ont publié en 2022 un relevé commun dans l'International Journal of Drug Policy. Parmi 1 142 échantillons vendus comme cannabis (herbe, résine ou e-liquide), 270 contenaient un cannabinoïde de synthèse, le MDMB-4en-PINACA. Tous les échantillons de cannabis adultérés contenaient moins de 1 % de THC. Trois incidents graves suivis d'une hospitalisation ont été signalés.

En France, l'OFDT fait analyser des produits collectés auprès d'usagers, dans le cadre du dispositif SINTES. Pour l'année 2023, son Point SINTES n° 10 compte 731 collectes, dont 63 % correspondaient au produit attendu. Parmi les collectes non conformes, l'adultération a été confirmée 47 fois, contre 21 en 2022. Le rapport mentionne trois herbes de cannabis adultérées, à l'ADB-BUTINACA, au MDMB-4en-PINACA et au MDMB-BUTINACA. Les 29 résines analysées avaient une médiane de 30,0 % de Δ⁹-THC, avec un maximum à 47,0 %.

Le marché du CBD n'est pas à l'abri

Ce rapport SINTES touche aussi les acheteurs de CBD. En 2023, 32 échantillons, dont 6 résines, contenaient au moins un cannabinoïde hémisynthétique. La plupart venaient de boutiques de CBD, en ligne (10 collectes) ou physiques (10 collectes). Cinq e-liquides vendus comme du CBD contenaient tous de l'ADB-BUTINACA.

Selon l'ANSM, le HHC est classé stupéfiant depuis le 13 juin 2023, et le H4CBD et le THCP le sont depuis le 3 juin 2024. Une résine « CBD » qui contiendrait l'une de ces molécules ne serait donc pas un produit légal. Elles ne se voient pas et ne se sentent pas. Notre article sur les cannabinoïdes de synthèse dans le CBD explique par quels circuits elles passent.

Les 6 signes cités, confrontés aux mesures

Le tableau met chaque signe courant face à ce qu'en disent les données publiées.

Signe souvent citéCe qui a été mesuréCe qu'il prouve sur un morceau donné
Forme, boulette ou lingotÉléments étrangers : 64,7 % des lingots, 30,2 % des boulettes (Madrid)Une tendance statistique, rien sur la pièce regardée
Odeur inhabituelleÀ Madrid, tous les échantillons à odeur fécale étaient des boulettes porteuses d'E. coliUne odeur normale n'écarte rien
Couleur très claireAucun lien mesuré entre teinte et pureté dans les sources consultéesRien : la teinte suit la matière de départ et le procédé
Effet absent ou inattenduLes échantillons adultérés du relevé européen titraient moins de 1 % de THCUne alerte après coup, pas un diagnostic
Taux annoncé par le vendeurMédiane de 30,0 % et maximum de 47,0 % sur 29 résines (SINTES 2023)Un chiffre annoncé n'est pas un chiffre mesuré
Texture, dureté, cassureAucune donnée publiée ne les relie à une adultérationRien d'exploitable

Sur le graphique de Madrid, les lingots contiennent plus souvent des corps étrangers, et les boulettes plus souvent E. coli. Choisir une forme ne supprime donc aucun risque, on en échange simplement un contre un autre. Les 270 échantillons du relevé européen se vendaient comme du cannabis ordinaire, et c'est en laboratoire que la molécule ajoutée a été détectée.

Cet article laisse de côté les tests vendus pour un usage à domicile, qu'aucune des sources consultées n'évalue sur la résine.

« Filtré », « blanc », « spécial » : des mots, pas des résultats

« Filtré » désigne une étape de séparation : les trichomes sont triés à sec sur des tamis étagés, ou à l'eau glacée sur des mailles calibrées. Cette étape enlève des débris végétaux. Une molécule ajoutée après coup reste en place, et le mot n'indique rien sur les pesticides ou les métaux venus de la plante.

« Blanc » renvoie à une teinte très pâle, entre le beige et le crème. Elle dépend surtout de la matière de départ et du procédé : un tamisat qui contient peu de débris est clair, une résine chauffée ou pressée fonce. Dans les sources consultées, rien ne relie la pâleur à l'absence d'adultérant. Ces nuances sont détaillées dans notre article sur la couleur d'une résine CBD, et celui sur le jaune mousseux montre comment un nom de couleur sert d'argument de vente.

« Spécial » et « double zéro » sont des grades de tamisage : ils indiquent de quelle passe vient la poudre. Ce ne sont pas des noms de variétés, car au sens réglementaire, une variété désigne la plante. La Commission européenne recense 116 variétés de chanvre inscrites en 2024 au catalogue commun, la liste qui autorise leur culture sous 0,3 % de THC.

Ce qu'une analyse de lot établit, ligne par ligne

Un certificat d'analyse vaut pour un lot identifié, et pour lui seul. Lisez d'abord cinq lignes :

  1. Le nom du laboratoire et sa portée d'accréditation. En France, c'est le Cofrac qui accrédite les laboratoires selon la norme ISO/IEC 17025, pour une liste précise d'essais. Notre guide pour vérifier la portée d'un laboratoire explique comment la lire.
  2. Le numéro de lot, qui doit être celui du sachet.
  3. Le Δ⁹-THC : l'arrêté du 30 décembre 2021 le limite à 0,30 %, extraits compris.
  4. La liste des cannabinoïdes recherchés. Si le rapport ne mentionne ni HHC, ni H4CBD, ni THCP, il ne prouve pas leur absence.
  5. La microbiologie et les métaux, s'ils ont été mesurés : c'est sur ces lignes qu'apparaît une contamination.

Chaque bloc est repris dans notre guide pour lire un certificat d'analyse.

Questions fréquentes

Une résine qui contient autre chose que des trichomes : soit un diluant, ajouté pour le poids, soit une molécule active ajoutée pour l'effet, souvent un cannabinoïde de synthèse. Une contamination involontaire par des moisissures ou des bactéries relève d'un autre cas.

Non. Aucune des études consultées ne propose de signe visuel ou olfactif concluant pour un morceau donné. Dans le relevé européen de 2022, les 270 échantillons adultérés se vendaient comme du cannabis ordinaire.

Oui. En 2023, le dispositif SINTES a détecté des cannabinoïdes hémisynthétiques, dont le HHC, dans 32 échantillons (6 résines parmi eux), souvent achetés en boutique de CBD. Pour l'exclure, il faut un certificat qui inclut ces molécules dans la liste des substances recherchées.

Pas forcément. « Filtré » renvoie à la séparation des trichomes, « blanc » à une teinte très pâle, et ni l'un ni l'autre n'indique si un adultérant est présent.

La teneur maximale en Δ⁹-THC des variétés autorisées et de leurs extraits est fixée à 0,30 % par l'arrêté du 30 décembre 2021. Le 29 décembre 2022, le Conseil d'État a annulé l'interdiction de vendre fleurs et feuilles brutes, sans modifier ce seuil.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.