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Skunk : histoire d'un cultivar et ce qu'en dit l'analyse

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10 min de lectureMis à jour le

Le mot « skunk » recouvre deux objets que rien n'oblige à confondre. D'un côté Skunk #1, un cultivar né du croisement d'une lignée afghane avec l'Acapulco Gold et la Colombian Gold, stabilisé en Californie puis diffusé par les semenciers néerlandais. De l'autre « skunk » tout court, nom générique employé par la presse britannique et par des rapports publics pour parler du cannabis à forte teneur en THC. La fleur Skunk du catalogue n'appartient qu'au premier registre : chanvre à Δ⁹-THC sous 0,3 %, lot PG-26-7188 mesuré à 14,3 % de CBD.

Têtes de chanvre résineuses en gros plan, illustrant une lignée de cultivars anciens
Sommaire
  1. 011. Skunk #1 : un croisement documenté, une sélection californienne
  2. 022. Comment « skunk » est devenu un nom commun
  3. 033. Les deux sens du mot, mis côte à côte
  4. 044. Les chiffres français, et ce qu'ils mesurent
  5. 055. La Skunk du catalogue : un chanvre, et son lot
  6. 066. Ce que l'analyse de lot mesure réellement
  7. 07Questions fréquentes
  8. 08Sources

Peu de noms de variétés ont autant voyagé ni autant dérivé.

> À retenir > > - Skunk #1 est un croisement à trois parents, stabilisé en Californie entre la fin des années 1970 et le début des années 1980. > - « Skunk » sans numéro désigne, au Royaume-Uni, une catégorie de produit et non une variété. > - Le rapport européen de 2004 recommande d'écrire sinsemilla plutôt que skunk. > - La fleur vendue ici titre 14,3 % de CBD sur le lot PG-26-7188, Δ⁹-THC sous 0,3 %.

1. Skunk #1 : un croisement documenté, une sélection californienne

1.1 Trois origines réunies dans une même lignée

Les bases variétales ouvertes attribuent Skunk #1 au collectif californien Sacred Seed Co. La lignée réunit trois origines géographiques : une génétique afghane, l'Acapulco Gold mexicaine et la Colombian Gold. La sélection visait non un arôme mais une régularité : une descendance homogène génération après génération, là où un sachet de graines donnait jusqu'alors des plantes dissemblables. C'est cette stabilisation, plus que le croisement, qui vaut à Skunk #1 sa place dans l'histoire de la sélection variétale.

Les sources ouvertes ne s'accordent pas à l'année près. Leafly situe la première floraison à la fin des années 1970 ; la notice anglophone de Wikipédia place l'apparition de ces lignées au début des années 1980 aux États-Unis, avant leur développement à plus grande échelle par des cultivateurs néerlandais. Retenir la fourchette plutôt que trancher est la position honnête.

1.2 Le passage aux Pays-Bas, puis la dérive du nom

Le nom franchit l'Atlantique au tournant des années 1980. Leafly recense la descendance du Skunk #1 original dans les jardins de Sensi Seeds, Dutch Passion, Flying Dutchmen, Nirvana Seeds et Royal Queen Seeds. « Skunk » devient alors un préfixe et un suffixe commodes : Super Skunk, Lemon Skunk, Skunk Haze. Le mot cesse d'identifier une plante pour désigner une famille, puis une manière de cultiver.

Cinq fleurs Kush comparées lot par lot montrent qu'un nom de famille partagé ne dit rien du contenu d'un sachet.

2. Comment « skunk » est devenu un nom commun

2.1 Le mot entre dans le vocabulaire public britannique

En juillet 2007, le ministère de l'Intérieur britannique demande à l'Advisory Council on the Misuse of Drugs de réexaminer la classification du cannabis. Le rapport publié en 2008, « Cannabis: Classification and Public Health », reproduit les termes de la saisine : la préoccupation porte sur les formes les plus concentrées de la substance, « commonly known as skunk ». Le mot n'y désigne plus un croisement californien, mais un segment du marché.

Le même rapport range les produits disponibles au Royaume-Uni en trois familles : la résine, l'herbe dite classique, et la sinsemilla « including skunk ». Son glossaire définit la sinsemilla comme les sommités florales de plantes femelles non fécondées issues de culture intérieure intensive, et le skunk comme une forme de sinsemilla à l'odeur caractéristique. Un nom de variété est devenu une sous-catégorie administrative.

2.2 Ce que l'Observatoire européen reproche à ce vocabulaire

Quatre ans plus tôt, l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies avait déjà signalé le problème. Son rapport « An overview of cannabis potency in Europe », signé Leslie A. King et publié en 2004, précise qu'il lit comme sinsemilla tout ce que la littérature appelle « flowering tops », « nederwiet » ou « skunk », et recommande d'employer sinsemilla plutôt que ces appellations de marché. Le motif est méthodologique : un nom commercial ne porte aucune définition analytique.

Le rapport examine aussi les chiffres qui circulaient alors. Il juge presque sans utilité une déclaration de presse de 2004 plaçant la forme la plus concentrée, le skunk, à 30 % de THC, faute de connaître la valeur basse, la moyenne ou la taille de l'échantillon. Le reproche porte non sur le nombre mais sur l'absence de protocole derrière lui : exactement la logique d'un certificat de lot.

3. Les deux sens du mot, mis côte à côte

Ce que le mot recouvreSkunk #1, le cultivar« skunk », le nom génériqueSkunk, la fiche du catalogue
Natureune lignée stabiliséeune catégorie de produitun chanvre vendu au gramme
Origine de l'appellationsélection californienne, 1970-1980presse et rapports publics britanniquesreprise du nom de lignée
Défini parun croisement et des générations de sélectionune odeur et une teneur élevée en THCune variété au catalogue et un lot analysé
Cannabinoïde mis en avantaucunle THCle CBD
Chiffre de référenceaucun13,9 % de THC en médiane (2005)14,3 % de CBD, lot PG-26-7188
Δ⁹-THCvariable, hors cadre françaisélevé par constructionstrictement inférieur à 0,3 %

La médiane de 13,9 % vient d'une étude reprise par le rapport britannique de 2008, sur 452 échantillons remis par cinq forces de police anglaises en 2005 ; les mêmes travaux donnent 3,5 % pour la résine et 2,1 % pour l'herbe classique. Valeurs d'un marché illicite, pas d'un catalogue.

4. Les chiffres français, et ce qu'ils mesurent

L'OFDT publie chaque année un bilan de l'offre de stupéfiants. L'édition consacrée à 2024, parue en février 2026, donne une teneur moyenne en THC de 29,6 % pour les saisies de résine, contre 15,9 % en 2012, soit une hausse de 86 % en douze ans. Pour l'herbe, la teneur moyenne s'établit à 14,3 % en 2024, quasiment stable par rapport aux 14,1 % de 2023.

Ces moyennes portent sur des produits saisis et ne disent rien du chanvre vendu en boutique, qui relève d'un régime distinct. La coïncidence vaut pourtant d'être relevée : 14,3 % est la teneur moyenne en THC de l'herbe saisie en France en 2024, et c'est aussi la teneur en CBD du lot de notre Skunk. Même nombre, deux molécules sans rapport, deux cadres juridiques opposés. Le seuil du chanvre est détaillé dans ce que recouvre la limite de 0,3 %.

5. La Skunk du catalogue : un chanvre, et son lot

La fleur Skunk de la catégorie fleurs CBD est cultivée en intérieur, sans correctif de croissance ni pesticide de synthèse. Son nez est boisé et résineux, marqué par le β-caryophyllène. Le lot en cours porte le numéro PG-26-7188 et affiche, par HPLC : 14,3 % de CBD, 1,0 % de CBG, 0,7 % de CBDA, 0,3 % de CBN, 0,0 % de THCA, et un Δ⁹-THC affiché à 0,3 % que la fiche précise strictement inférieur au seuil de 0,3 %. La grille va de 4,95 € le gramme à 1,92 € au palier 50 g.

Le cadre est celui de l'arrêté du 30 décembre 2021, qui réserve la filière aux variétés de Cannabis sativa L. inscrites au catalogue commun ou au catalogue français, avec une teneur en Δ⁹-THC qui n'est pas supérieure à 0,30 %, et de la décision du Conseil d'État n° 444887 du 29 décembre 2022, qui a annulé l'interdiction de vente des fleurs brutes. Produit non alimentaire, réservé aux adultes, qui n'est pas un médicament.

La conséquence est le cœur de cet article : la Skunk vendue ici et le « skunk » des rapports britanniques ne partagent que cinq lettres. Rapportée au Δ⁹-THC, la composition de cette fleur est sans rapport avec celle des échantillons de sinsemilla de la littérature. Laisser planer le doute tromperait dans un sens comme dans l'autre.

6. Ce que l'analyse de lot mesure réellement

Le lot est analysé par un laboratoire indépendant accrédité ISO 17025, selon quatre méthodes distinctes.

  • HPLC, pour le profil cannabinoïde : de là viennent les 14,3 % de CBD et la ligne Δ⁹-THC qui conditionne la légalité du lot.
  • GC-MS, pour les terpènes : ce qui objective le nez boisé et la dominante β-caryophyllène.
  • ICP-MS, pour les métaux lourds, que la plante peut accumuler depuis son substrat.
  • LC-MS/MS, pour les résidus de pesticides.

Reste ce qu'aucune de ces méthodes ne mesure : la filiation génétique. Aucun certificat ne dit si la plante descend réellement du Skunk #1 californien. Un nom de variété reste une revendication commerciale que seule une analyse génétique vérifierait, absente du dossier. Tout le reste se vérifie ligne par ligne, et c'est ce que la réglementation regarde. La démarche est détaillée sur notre laboratoire ; la conservation et l'expédition sont regroupées dans la FAQ.

Questions fréquentes

Skunk est-il un cultivar ou une catégorie ?

Les deux, selon le contexte, et c'est la source de la confusion. Skunk #1 est un cultivar précis, croisement d'une lignée afghane, de l'Acapulco Gold et de la Colombian Gold, stabilisé en Californie entre la fin des années 1970 et le début des années 1980. « Skunk » sans numéro est devenu, dans la presse et des rapports publics britanniques, un nom générique pour le cannabis à forte teneur en THC.

La fleur Skunk du catalogue contient-elle beaucoup de THC ?

Non. Sur le lot PG-26-7188, le Δ⁹-THC est affiché à 0,3 % et la fiche le précise strictement inférieur au seuil de 0,3 %. Le cannabinoïde majoritaire est le CBD, mesuré à 14,3 % par HPLC. Composition sans rapport avec les échantillons de sinsemilla de la littérature britannique.

Pourquoi les rapports publics britanniques emploient-ils le mot « skunk » ?

Parce que la saisine politique l'employait. En juillet 2007, la demande de réexamen de la classification adressée à l'Advisory Council on the Misuse of Drugs visait les formes les plus concentrées de cannabis, « commonly known as skunk ». Le rapport de 2008 a repris le terme et l'a défini en glossaire comme une forme de sinsemilla à l'odeur caractéristique.

Que vaut le taux de CBD annoncé sur une fiche Skunk ?

Il vaut ce que vaut le certificat qui l'accompagne. Une valeur sans numéro de lot, sans méthode et sans laboratoire accrédité ne se vérifie pas. Ici, les 14,3 % renvoient au lot PG-26-7188, mesuré par HPLC dans un laboratoire accrédité ISO 17025. Un lot suivant aura ses propres valeurs.

Sources


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.