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Hash marocain : du tamisage du Rif aux versions CBD

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11 min de lectureMis à jour le

Le hash marocain désigne une résine obtenue par tamisage à sec de chanvre séché, historiquement la variété beldia du Rif, puis pressée en plaque. Le Maroc a ouvert une filière licite en 2021 avec la loi 13-21 et son agence de régulation, sur trois provinces et un plafond de 1 % de THC. En France, seule une résine de chanvre analysée sous 0,30 % de THC est légale.

Plaque de résine de chanvre pressée à la main, surface mate et tranche compacte
Sommaire
  1. 01Ce que désigne l'expression « hash marocain »
  2. 02Le Rif, géographie d'une culture ancienne
  3. 03Le tamisage à sec, un geste et son rendement
  4. 04Marocain, libanais, népalais : trois gestes
  5. 052021 : la loi 13-21 et son agence de régulation
  6. 06Ce qu'est une résine CBD légale en France
  7. 07Questions fréquentes
  8. 08Sources

Cet article est documentaire : il décrit une tradition technique, sa géographie et son cadre juridique, sans conseil d'achat ni mode opératoire. Une résine issue de cannabis riche en THC reste un stupéfiant au sens du droit français, quelles que soient son origine et son appellation. Chaque chiffre cité vient d'une source publique datée.

> À retenir > > - Le geste marocain est le tamisage à sec : plantes séchées, battage sur tamis, poudre pressée. > - La beldia est une population paysanne du Rif, pas une variété inscrite à un catalogue. > - Les dernières mesures publiques de surfaces datent de 2005 : 72 500 hectares, 89 900 foyers. > - En France, le seuil est 0,30 % sur le produit fini, et il se lit sur le certificat du lot.

Ce que désigne l'expression « hash marocain »

Le haschich est la résine du cannabis : les glandes de trichomes détachées de la fleur, puis agglomérées. Les traditions se distinguent par l'agent de séparation : l'eau glacée pour les résines lavées, le frottement des fleurs fraîches pour le charas himalayen, le tamis pour le Maroc et l'Afghanistan.

Deux mots reviennent dans la littérature marocaine. Le kif désigne la préparation traditionnelle de sommités hachées et, par extension, la poudre de trichomes recueillie au tamis. La beldia, « du pays » en arabe marocain, est la population de chanvre adaptée au terroir montagneux du Rif. Une population n'est pas une variété commerciale : les floraisons s'étalent, le rendement en résine reste bas, et rien n'y a été standardisé.

Le vocabulaire administratif en garde la trace. Le texte qui a prohibé cette culture pendant près de soixante-dix ans est le dahir du 24 avril 1954 « portant prohibition du chanvre à kif ». C'est nommément lui que la loi de 2021 est venue écarter.

Le Rif, géographie d'une culture ancienne

Le Rif est la région septentrionale du Maroc, bordée par la Méditerranée au nord et par l'Algérie à l'est. Il s'étend sur environ 350 kilomètres et se répartit entre trois régions administratives : Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, l'Oriental et Fès-Meknès. La culture du cannabis y est concentrée dans la partie centrale, entre Chefchaouen et Temsaman.

Autour de Ketama, elle est documentée depuis plus de cinq siècles. La rupture technique est plus récente : au début des années 1970, des voyageurs occidentaux introduisent dans le Rif des méthodes de séchage et de pressage venues d'Afghanistan et du Liban, qui transforment une production destinée au kif local en une production de plaques pour l'export.

Les seules mesures publiques de ces surfaces proviennent des enquêtes conjointes du gouvernement marocain et de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, par imagerie satellitaire.

AnnéeSurface cultivée dans le Rif
2003134 000 hectares
2004120 500 hectares
200572 500 hectares

En 2005, l'enquête recense 89 900 foyers cultivateurs et répartit les surfaces entre quatre provinces : Chefchaouen 40 529 hectares, soit 56 % du total, Taounate 12 362 hectares, Al Hoceima 11 671 hectares et Tétouan 7 916 hectares. Ces données décrivent une culture illicite et ont vingt ans : aucune enquête de méthode équivalente n'a été consultée pour les années suivantes.

Le tamisage à sec, un geste et son rendement

La méthode marocaine est celle du dry sift. Les plantes sont séchées, puis battues au-dessus d'un tamis. Les trichomes, rendus cassants par le froid et la dessiccation, se détachent et traversent la maille ; la poudre recueillie est ensuite pressée en plaque, à la main ou à chaud. La version contemporaine du procédé n'a rien changé au geste : elle a calibré les tamis, de 220u à 45u, et contrôlé la température.

Le rendement explique beaucoup de la filière. L'enquête de 2005 retient un taux d'extraction de 2,0 % : pour 53 300 tonnes de cannabis brut, elle estime une production potentielle de résine de 1 066 tonnes. La résine est marginale, ce qui pousse à multiplier les passes de tamis.

C'est là que se joue la qualité. La première passe donne le grade appelé « spécial » ; la deuxième, le « 00 » ou double zéro ; la troisième, un produit bien plus chargé en débris végétaux. Ce sont ces dernières passes, destinées à l'export, qui ont concentré les adultérants, paraffine et henné en tête. Sur le marché illicite, aucune analyse ne vient trancher : c'est la différence de fond avec un produit vendu avec son certificat.

Marocain, libanais, népalais : trois gestes

TraditionMatière de départSéparationCe que documentent les sources ouvertes
Maroc, le RifChanvre séché, historiquement la beldiaBattage sur tamis, poudre pressée en plaquePasses successives, grades « spécial » puis « 00 » ; pressage importé dans les années 1970
Liban, la BekaaChanvre séchéTamisage à sec ; le procédé reste peu documenté par les sources consultéesHaschich prohibé en 1926 sous mandat français ; loi du 21 avril 2020 ouvrant la culture à des fins de santé et industrielles
Inde et NépalFleurs fraîches, sur piedFrottage des sommités entre les paumesSeule tradition travaillée sur plante vivante ; format en bâtonnets ou en boules

Le charas est l'exception technique de la famille : là où le Maroc tamise de la matière sèche, les vallées indiennes et népalaises frottent les fleurs mûres à mains nues, plusieurs heures pour quelques grammes. La résine y emporte aussi ce que portent les mains et l'air de la parcelle, et sa surface s'oxyde en séchant.

Réserve d'honnêteté : les sources consultées documentent le Maroc et le charas, mais restent pauvres sur la méthode libanaise. Cette ligne se limite donc au vérifiable.

2021 : la loi 13-21 et son agence de régulation

Le texte fondateur est la loi n° 13-21 relative aux usages licites du cannabis, promulguée par le dahir n° 1-21-59 du 14 juillet 2021 et publiée au Bulletin officiel n° 7010 du 5 août 2021, page 1172.

Son article premier écarte nommément des textes anciens, dont le dahir du 2 décembre 1922 sur les substances vénéneuses et celui du 24 avril 1954 sur le chanvre à kif, pour permettre d'autoriser la culture, la production, la transformation, la commercialisation, le transport et l'exportation. Son article 2 définit la fin industrielle comme toute activité industrielle, notamment alimentaire et cosmétique, à l'exclusion des filières pharmaceutiques et de santé. L'article 27 fixe chaque autorisation à dix ans renouvelables, et l'article 31 crée l'agence de régulation, établissement public dont le siège est à Rabat.

La loi ne fixe elle-même aucun pourcentage : ses articles 6 et 17 renvoient à un taux de THC arrêté par voie réglementaire, au-delà duquel seules les filières de santé peuvent être autorisées. La foire aux questions de l'agence donne le chiffre et le périmètre : 1 % pour les activités industrielles hors santé, trois provinces autorisées, Al Hoceima, Chefchaouen et Taounate, et l'adhésion obligatoire à une coopérative. Le détail de la filière est repris dans notre article sur le cannabis légal au Maroc.

Ce qu'est une résine CBD légale en France

Le cadre français tient en deux décisions. L'arrêté du 30 décembre 2021 n'autorise que les variétés de Cannabis sativa L. inscrites au catalogue commun ou au catalogue français, dont « la teneur en delta-9-tétrahydrocannabinol n'est pas supérieure à 0,30 % », et applique au III le même seuil aux extraits et aux produits qui les intègrent. Le Conseil d'État a annulé le 29 décembre 2022 le II de cet article, qui interdisait la vente des fleurs brutes ; le seuil de 0,30 % reste en vigueur.

Trois écarts expliquent qu'un lot marocain licite n'alimente pas le marché français du CBD. Le premier est arithmétique : 1 % au Maroc contre 0,30 % en France, un produit conforme là-bas pouvant relever ici du régime des stupéfiants. Le deuxième est variétal : la France exige une variété inscrite à un catalogue, quand la beldia est une population paysanne jamais standardisée comme telle. Le troisième est probatoire : la conformité se vérifie lot par lot sur le produit fini, jamais sur une appellation.

Ce que la France autorise, ce sont des résines de chanvre conforme, analysées et vendues avec leur certificat. Nos résines et hash CBD regroupent quinze références issues des trois familles de séparation, toutes sans solvant, dont des pressés à la main hérités du tamisage à sec ; le comparatif des formats de résine en détaille les textures. La MILDECA rappelle deux limites : les denrées alimentaires à base de CBD mises sur le marché le sont illégalement, et aucune allégation de santé ne peut être revendiquée. Ces produits sont réservés aux adultes et ne sont pas destinés à l'ingestion.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la beldia ?

C'est la population de chanvre traditionnelle du Rif marocain, dont le nom signifie « du pays ». Adaptée aux sols pauvres et au climat sec, elle donne des fleurs peu chargées en résine mais au profil aromatique doux. Ce n'est pas une variété inscrite à un catalogue, et le mot sert aussi d'argument de vente sur des lots qui n'en contiennent pas.

Le Maroc peut-il exporter du CBD vers la France ?

Le cadre marocain plafonne le THC à 1 % pour les usages industriels hors santé, contre 0,30 % en France pour les extraits et les produits qui les intègrent. S'y ajoutent l'exigence d'une variété inscrite à un catalogue et le régime douanier d'un pays tiers. Aucun lot marocain licite sur le marché français du CBD n'a été identifié dans les sources consultées.

Quelle différence entre hash marocain et charas ?

La matière et le geste. Le hash marocain part de plantes séchées, battues sur un tamis, dont la poudre est pressée. Le charas part de fleurs fraîches sur pied, frottées entre les paumes, la résine étant roulée en bâtonnets. Le premier est une poudre compactée, le second une matière cireuse dès l'origine.

Sources


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.