Le cannabis est-il légal au Maroc ? La loi 13-21 en 2026
Oui, mais seulement pour des usages médicaux, pharmaceutiques et industriels, dont le cosmétique et l'alimentaire, sous licence d'une agence publique, l'ANRAC. La loi n° 13-21 de 2021 limite la culture à trois provinces du Rif et plafonne à 1 % le THC des produits non médicaux. Fumer du cannabis au Maroc reste interdit, et ce seuil de 1 % dépasse celui de 0,3 % appliqué en France.

Sommaire
- 01Ce que la loi 13-21 autorise, et ce qu'elle interdit
- 02L'ANRAC : neuf licences, trois provinces, des coopératives
- 03Le seuil de 1 % de THC, fixé par arrêté
- 04Les chiffres de la filière en 2025
- 05Ce que ça change pour le CBD vendu en France
- 06Hash du Rif et résine CBD : deux produits sans rapport
- 07Questions fréquentes
> À retenir > > - La loi 13-21, promulguée le 14 juillet 2021, autorise culture, transformation et export sous licence de l'ANRAC. > - La culture n'est permise qu'à Al Hoceïma, Chefchaouen et Taounate, par des agriculteurs réunis en coopératives. > - Les produits non médicaux sont plafonnés à 1 % de THC, contre 0,3 % en France. > - En 2025, la filière déclare 3 141 hectares récoltés, dont 83 % en beldia, la variété locale. > - L'usage récréatif reste interdit ; la résine saisie en France titrait 29,6 % de THC en moyenne en 2024.
Ce que la loi 13-21 autorise, et ce qu'elle interdit
Le texte fondateur est la loi n° 13-21 relative aux usages licites du cannabis, promulguée par le dahir n° 1-21-59 du 14 juillet 2021 et publiée au Bulletin officiel du 5 août 2021. Son texte intégral est en ligne sur le site de l'ANRAC.
Son article premier écarte, pour ces usages, le dahir du 2 décembre 1922 sur les substances vénéneuses et celui du 24 avril 1954 qui prohibait le chanvre à kif. Il permet ainsi d'autoriser la culture, la transformation, le transport, la commercialisation, l'export et l'import. L'article 2 définit la fin industrielle comme les industries « notamment alimentaires et cosmétiques », à l'exclusion du médical et du pharmaceutique : le cosmétique est dans le périmètre dès l'origine.
Ce que la loi ne fait pas : légaliser l'usage personnel. La foire aux questions de l'ANRAC le résume, les produits sont réservés à des fins « exclusivement médicales, pharmaceutiques ou industrielles ». Le Maroc se range ainsi dans le modèle intermédiaire décrit dans notre panorama des trois modèles légaux du cannabis dans le monde : ni prohibition totale, ni légalisation récréative.
La culture hors du dispositif reste un délit. L'article 50 renvoie aux sanctions de la loi de 1974 sur les stupéfiants pour toute activité sans licence. L'article 51 punit de trois mois à deux ans de prison et de 5 000 à 100 000 dirhams d'amende l'agriculteur autorisé qui cultive hors des périmètres prévus ou dépasse la surface accordée.
L'ANRAC : neuf licences, trois provinces, des coopératives
L'article 31 crée l'Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis, établissement public dont le siège est à Rabat. L'article 3 liste neuf activités soumises à sa licence préalable, de la pépinière à l'export. Chaque licence vaut dix ans, renouvelable (article 27).
Les conditions posées aux cultivateurs dessinent toute la filière. Selon l'article 7, il faut :
- être de nationalité marocaine et majeur ;
- résider dans un douar, un village, de l'une des provinces autorisées ;
- adhérer à une coopérative créée à cet effet ;
- posséder la parcelle, ou l'accord de son propriétaire.
L'article 8 impose des semences certifiées par l'agence et la livraison de toute la récolte à la coopérative, au prix du contrat. Une commission détruit sur place tout excédent au-delà des quantités contractées (article 10). La FAQ de l'ANRAC fixe la géographie : Al Hoceïma, Chefchaouen et Taounate, le cœur historique du Rif.
Le seuil de 1 % de THC, fixé par arrêté
La loi ne donne aucun pourcentage. Ses articles 6 et 17 renvoient à un taux « fixé par voie réglementaire » : au-delà, la culture et la fabrication ne sont possibles que pour le médical et le pharmaceutique. Le chiffre vient d'un arrêté conjoint du 12 mai 2022, n° 1297-22, et la FAQ de l'ANRAC le confirme : 1 % de THC pour les activités industrielles autres que médicales.
Une question reste ouverte. La beldia, la population de plantes traditionnelle du Rif, couvre l'essentiel des surfaces légales. Aucun document officiel consultable n'indique sa teneur mesurée en THC, ni comment elle a été certifiée compatible avec le seuil de 1 %. L'agence dit seulement que les variétés autorisées sont soit importées, soit locales et certifiées par elle.
Les chiffres de la filière en 2025
L'ANRAC publie ses bilans par entretiens et communiqués, repris par l'agence de presse marocaine MAP. Selon son directeur général, cité par Yabiladi le 22 avril 2026, la campagne 2025 donne :
| Indicateur 2025 | Valeur |
|---|---|
| Surface récoltée | 3 141 ha, dont 2 622 ha de beldia et 519 ha de variétés importées |
| Agriculteurs ayant récolté | 4 776 |
| Matière sèche produite | 19 576 quintaux, contre 18 810 en 2024 |
| Licences en activité | 5 765, dont 5 492 pour la culture |
| Usines de transformation achevées | 5, pour 560 tonnes de capacité ; 11 en chantier |
| Produits enregistrés en 2025 | 110 : 59 cosmétiques, 50 compléments alimentaires, 1 médicament |
Le même bilan, relayé par Infomédiaire, fait état de 7 526 opérations de contrôle, qui ont conduit au retrait ou à la mise en procédure de retrait de licences. Deux lectures s'imposent. La production n'augmente que de 4 % d'une année sur l'autre, alors que la beldia pèse 83 % des surfaces. Et ces chiffres restent déclaratifs : aucun rapport annuel détaillé de l'agence n'est consultable en ligne à ce jour.
Ce que ça change pour le CBD vendu en France
Peu de chose, pour trois raisons cumulées.
La première est arithmétique. L'arrêté du 30 décembre 2021 plafonne à 0,30 % le Δ⁹-THC des extraits de chanvre et des produits qui les contiennent, comme l'explique notre article sur le taux de THC légal en France. Un produit marocain conforme à 1 % peut donc être un stupéfiant en France.
La deuxième est variétale. Le même arrêté réserve la culture, l'import et l'usage commercial aux variétés inscrites au catalogue commun européen ou au catalogue officiel français. La beldia n'y figure pas ; notre guide du catalogue européen des variétés explique comment le vérifier. Seules les variétés importées certifiées, 17 % des surfaces en 2025, ouvriraient une voie.
La troisième est juridique. L'arrêt Kanavape de la Cour de justice de l'Union européenne protège la libre circulation du CBD produit légalement dans un autre État membre. Le Maroc est un pays tiers : ses produits relèvent du régime d'importation, avec les documents de conformité que l'arrêté de 2021 exige.
Reste une déclaration à vérifier. Le directeur de l'ANRAC cite la France parmi les marchés où des produits marocains seraient présents, sans préciser lesquels. Il peut s'agir de cosmétiques ou de compléments, pas nécessairement de fleurs ou de résine. Aucune source publique ne documente à ce jour le THC mesuré de ces produits.
Hash du Rif et résine CBD : deux produits sans rapport
La filière légale coexiste avec un commerce illicite ancien. En 2004, l'ONUDC estimait que le Maroc fournissait environ 80 % de la résine importée en Europe de l'Ouest, et la France déclarait alors 82 % de résine d'origine marocaine sur son marché. Ce chiffre date de 2002 et ne doit plus être cité comme actuel.
Les données françaises récentes viennent de l'OFDT. Sa note sur l'offre de stupéfiants en 2024 désigne toujours le Maroc comme « principal pays producteur » de résine. Elle mesure une teneur moyenne en THC de 29,6 % dans la résine saisie en 2024, contre 15,9 % en 2012, et relie cette hausse aux hybrides européens revendus aux agriculteurs marocains.
L'écart avec une résine CBD légale est donc d'un facteur 100 environ : 0,3 % de Δ⁹-THC au plus d'un côté, près de 30 % de l'autre. Notre article sur le hash marocain et le tamisage du Rif raconte la méthode traditionnelle et ses versions CBD. Pour vérifier une résine vendue en boutique, lisez son certificat d'analyse : cannabinoïde dominant, Δ⁹-THC sous 0,30 % et numéro de lot correspondant au produit.
Questions fréquentes
Le cannabis est-il légal au Maroc ?
Partiellement. Depuis la loi 13-21 de 2021, les usages médicaux, pharmaceutiques, cosmétiques et industriels sont autorisés sous licence de l'ANRAC, dans trois provinces seulement. L'usage récréatif reste interdit, et la culture hors du dispositif reste pénalement sanctionnée.
Quel est le taux de THC autorisé au Maroc ?
1 % pour les activités industrielles autres que médicales, fixé par un arrêté conjoint du 12 mai 2022 et non par la loi elle-même. Les variétés au-delà de ce taux ne peuvent être autorisées que pour les industries médicales et pharmaceutiques.
Peut-on fumer du cannabis au Maroc en touriste ?
Non. La loi 13-21 n'autorise aucun usage personnel : elle encadre la culture et la transformation à des fins médicales et industrielles. La détention et l'usage restent régis par la loi de 1974 sur les stupéfiants.
Peut-on acheter du CBD marocain en France ?
Rien ne l'interdit par principe, mais le produit doit respecter le cadre français : 0,3 % de Δ⁹-THC au plus et une variété inscrite au catalogue européen ou français. La beldia, majoritaire au Maroc, n'est inscrite dans aucun des deux.
Le hash vendu en boutique CBD vient-il du Maroc ?
Pas légalement, s'il est issu de beldia. Une résine CBD vendue en France vient de chanvre de variété inscrite et doit titrer au plus 0,3 % de Δ⁹-THC, là où la résine saisie en France en 2024 en contenait 29,6 % en moyenne.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.