L'arrêt Kanavape : ce qu'il a changé pour le CBD en France
Le 19 novembre 2020, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans l'arrêt Kanavape (affaire C-663/18), qu'un État membre « ne peut interdire la commercialisation du cannabidiol (CBD) légalement produit dans un autre État membre lorsqu'il est extrait de la plante de cannabis sativa dans son intégralité ». Une telle interdiction ne peut se justifier que par un objectif de protection de la santé publique proportionné. Cette décision a permis le développement du marché français du CBD.

Sommaire
D'où vient l'affaire Kanavape ?
L'affaire concernait une entreprise française, Kanavape, poursuivie pour avoir commercialisé une cigarette électronique au CBD produit à partir de la plante entière, y compris les fleurs et les feuilles. La réglementation française de l'époque n'autorisait pourtant la production de CBD qu'à partir des graines et des fibres de la plante. Le tribunal correctionnel de Marseille a saisi la Cour de justice de l'Union européenne d'une question préjudicielle.
Ce que la Cour a tranché
La Cour de justice a relevé que, d'après l'état actuel des connaissances scientifiques, à la différence du THC, le CBD en cause « n'apparaît pas avoir d'effet psychotrope ni d'effet nocif sur la santé humaine ». Ce constat écarte sa classification comme stupéfiant au sens des conventions des Nations unies de 1961 et 1971. Elle a également jugé que la France ne pouvait pas interdire la commercialisation d'un CBD légalement produit dans un autre État membre, au nom du principe de libre circulation des marchandises.
Les conséquences concrètes pour la France
À la suite de cet arrêt, la France a dû revoir sa réglementation nationale, qui limitait jusqu'alors la production de CBD aux seules fibres et graines de chanvre. Le cadre réglementaire a depuis évolué à plusieurs reprises : l'arrêté du 30 décembre 2021 a fixé le seuil de THC à 0,3 %, puis le Conseil d'État a tranché définitivement fin 2022 la bataille judiciaire autour de la vente des fleurs de CBD.
Un contexte européen plus large
L'arrêt Kanavape n'est pas resté isolé : plusieurs États membres de l'Union européenne ont dû, dans la foulée, revoir leurs propres restrictions nationales sur le CBD à la lumière de ce même principe de libre circulation des marchandises. Cette harmonisation progressive explique pourquoi le marché européen du CBD s'est structuré de façon relativement homogène depuis 2020. Des différences de réglementation subsistent toutefois d'un pays à l'autre, notamment sur le statut Novel Food des produits ingérés.
Un arrêt toujours structurant en 2026
Plusieurs années après, l'arrêt Kanavape reste la référence juridique de base du secteur CBD en France. Il a établi que le CBD n'est pas un stupéfiant, et les évolutions réglementaires suivantes se sont construites sur ce principe, y compris le statut Novel Food pour les produits ingérés et les débats plus récents sur les cannabinoïdes de synthèse.
Questions fréquentes
Pourquoi cette affaire concernait-elle une entreprise française ?
Parce que Kanavape avait été poursuivie en France pour avoir utilisé la plante entière de chanvre, alors interdite, pour produire son CBD.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.