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CBN en France : statut légal et 3 essais sur le sommeil

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24 min de lectureMis à jour le

Le CBN, ou cannabinol, est un cannabinoïde que le chanvre ne fabrique presque pas : il naît du THC qui s'oxyde avec le temps, la chaleur et la lumière, et un laboratoire peut aussi le produire. En France, l'ANSM l'exclut nommément de la famille de cannabinoïdes classée comme stupéfiant en 2024, mais aucun aliment qui en contient, complément compris, n'est autorisé, comme l'a rappelé le ministère de l'Agriculture le 20 mai 2026. Sur le sommeil, deux essais contrôlés contre placebo n'ont pas atteint leur critère principal, et un troisième, financé par le fabricant du produit testé, rapporte une amélioration du sommeil déclarée par questionnaire en ligne.

Fleur de chanvre séchée et émiettée sur un papier brun, aux teintes ternies d'une matière qui a vieilli

À retenir

  • Isolé en 1896 d'une résine de chanvre indien, le CBN est le premier cannabinoïde connu. Sa formule est C₂₁H₂₆O₂.
  • La plante ne le synthétise pas : il vient de l'oxydation du THC. En laboratoire, on l'obtient aussi à partir de THC ou de CBD.
  • L'ANSM l'exclut par son nom, avec son acide, le CBNA, de la famille de cannabinoïdes classée comme stupéfiant à compter du 3 juin 2024. Ses dérivés, comme le CBNO, ne figurent pas dans cette exclusion.
  • Aucun cannabinoïde ne figure sur la liste européenne des nouveaux aliments autorisés. Le 20 mai 2026, le ministère de l'Agriculture a annoncé des contrôles étendus aux denrées qui contiennent du CBD ou tout autre cannabinoïde.
  • En 1975, 50 mg de CBN n'ont donné aucune sensation d'ivresse à cinq volontaires ; associé au THC, il a accentué certains de ses effets.
  • Les essais de 2024 (293 adultes) et de 2026 (20 patients) sur le sommeil n'ont pas atteint leur critère principal. Un troisième essai de 2024, financé par le fabricant du produit testé, rapporte une amélioration du sommeil déclarée par questionnaire en ligne.

Qu'est-ce que le CBN ?

CBN est l'abréviation de cannabinol, une molécule de formule C₂₁H₂₆O₂ (310,4 g/mol). Son cycle A, celui qui porte le méthyle en position 9, est entièrement aromatique. Le Δ⁹-THC a la même charpente, mais ce cycle y garde quatre atomes d'hydrogène de plus (C₂₁H₃₀O₂, 314,5 g/mol). Le CBN n'est donc pas « du vieux THC » : c'est une autre molécule, qui apparaît quand le THC perd ces hydrogènes en s'oxydant.

C'est aussi le premier cannabinoïde jamais isolé. Thomas Barlow Wood, W. T. Newton Spivey et Thomas Hill Easterfield l'ont extrait en 1896 du charas, la résine du chanvre indien, puis l'ont décrit en détail en 1899 dans « Cannabinol. Part I ». Robert Cahn en a proposé la structure en 1932, et Roger Adams et ses collègues l'ont confirmée en 1940 en réalisant sa synthèse. Une revue parue en 2021 dans Frontiers in Pharmacology rappelle l'isolement de 1896 et les travaux d'Adams.

Fiche d'identité du CBN

DonnéeValeur
Nom courantCannabinol (CBN)
Nom chimique (IUPAC)6,6,9-triméthyl-3-pentylbenzo[c]chromén-1-ol
Formule bruteC₂₁H₂₆O₂
Masse molaire310,4 g/mol
Numéro CAS521-35-7
PubChem CID2543
Forme acideCBNA (acide cannabinolique) : C₂₂H₂₆O₄, 354,4 g/mol, PubChem CID 3081990
OrigineDégradation du THC ; la plante ne le synthétise pas
Première description1896, Journal of the Chemical Society, Transactions, vol. 69, p. 539-546

Les identifiants viennent de la base publique PubChem.

MoléculeOrigine dans la planteEffet psychotropeStatut en France
THCChauffage du THCAOuiStupéfiant ; le chanvre autorisé en contient 0,30 % au plus
CBDChauffage du CBDANonAutorisé, hors denrées alimentaires
CBGChauffage du CBGANonNon classé, hors denrées alimentaires
CBNOxydation du THCFaible, moins que le THCExclu nommément du classement, hors denrées alimentaires

Le CBGA, l'acide dont la plante tire ensuite les autres cannabinoïdes, est présenté dans notre article sur le CBG.

D'où vient le CBN : vieillissement du THC ou laboratoire ?

La revue de 2021 rappelle ce que beaucoup de fiches produit passent sous silence : la plante ne synthétise pas le CBN. Il résulte de la dégradation du Δ⁹-THC, que la lumière ultraviolette et la chaleur transforment peu à peu, même quand la conservation est bonne. Une fleur fraîche en contient donc très peu, alors qu'une fleur ou une résine stockée longtemps à l'air et à la lumière en accumule à mesure que son THC baisse.

Schéma : le CBGA devient THCA puis THC par la chaleur ; l'oxygène, la lumière et le temps transforment ensuite le THC en CBN
D'où vient le CBN. Source : Walsh et al., Frontiers in Pharmacology, 2021

Le CBN a aussi une forme acide, le CBNA, que l'ANSM présente comme son précurseur. Le CBNA porte un groupe carboxyle de plus ; en le perdant sous forme de CO₂, il devient du CBN. Notre article CBD ou CBN chiffre la perte de THC d'un cannabis stocké plusieurs années, et notre guide de la date de durabilité minimale explique comment l'oxydation d'une résine fait basculer son THC vers le CBN.

En laboratoire, le vieillissement n'est pas nécessaire. Une équipe italienne a montré en 2018 que l'iode convertit proprement en CBN le Δ⁹-THC, mais aussi le CBD et leurs formes acides, y compris à partir d'extraits bruts de chanvre à fibres. La même équipe a publié en 2019 une synthèse totale du CBN en une seule opération, à partir de citral et d'alkylrésorcinols, des molécules qui ne sont pas des cannabinoïdes. La revue de 2021 range elle aussi la semi-synthèse et la synthèse complète parmi les voies de production des cannabinoïdes mineurs.

Le nom « CBN » sur une étiquette ne dit donc rien de la façon dont la molécule a été obtenue. Seul un certificat d'analyse montre le THC qui reste, et la présence éventuelle de HHC, de H4CBD ou de THCP si le laboratoire les a recherchés.

Le CBN fait-il planer ? Ce qu'on a mesuré chez l'humain

Peu d'études ont donné du CBN à des humains, et elles sont anciennes ou petites. Elles décrivent un effet faible ou nul quand il est pris seul, et un léger renforcement des effets du THC quand les deux sont associés.

En 1975, des chercheurs ont donné à cinq volontaires masculins, par voie orale et à une semaine d'intervalle, un placebo, 50 mg de CBN, 25 mg de THC et deux associations (12,5 mg de THC avec 25 mg de CBN, puis 25 mg de THC avec 50 mg de CBN). Le THC a accéléré le cœur, le CBN non. Sur un questionnaire de 66 paires d'adjectifs, les volontaires se sont dits drogués, ivres, étourdis et somnolents sous THC, mais pas sous CBN. Avec les associations, ils se sentaient plus drogués, ivres, étourdis et somnolents qu'avec le THC seul, un renforcement que les auteurs jugent faible. Avec cinq participants, l'étude donne une indication et ne permet pas de conclure.

L'essai de 2026 sur l'insomnie, décrit plus bas, nuance ce tableau. À 300 mg, le CBN a augmenté le score « je ressens un effet » une heure après la prise, et le score « j'aime l'effet » le lendemain ; les autres échelles, dont « je plane » et « je me sens sous sédation », n'ont pas bougé. Les auteurs notent que ce résultat contredit la plupart des études anciennes, qui présentaient le CBN comme non enivrant, et rappellent qu'une étude de 1973 par voie intraveineuse avait déjà rapporté un effet psychoactif faible à forte dose. Toujours à 300 mg, le temps de réaction au test de vigilance du lendemain s'est allongé, et certaines mesures de conduite sur simulateur, comme la distance au véhicule qui précède, ont changé, sans écart sur la tenue de trajectoire.

Les mesures sur récepteurs vont dans le même sens. Dans une même étude de 1997, menée sur des cellules en culture, le CBN se fixait au CB1, le récepteur de l'effet psychotrope, avec une constante d'affinité de 211 nM, contre 66,5 et 80,3 nM pour le Δ⁹-THC : son affinité était environ trois fois plus faible. Sur le CB2, l'écart était du même ordre (126 nM contre 32 nM). Pour obtenir la moitié de l'effet maximal sur le CB1, il fallait 120 nM de CBN contre 11 nM de THC. D'un laboratoire à l'autre, les valeurs publiées pour le CBN sur le CB1 humain vont de 13 à 1 100 nM dans la base ChEMBL, d'où l'intérêt de comparer des chiffres issus d'une même expérience.

Pour vous, le risque concret d'un produit vendu « au CBN » tient donc moins au CBN qu'à ce qui l'accompagne : du THC résiduel, ou un dérivé vendu sous un nom proche (voir le statut légal plus bas).

Les autres effets prêtés au CBN en ligne, sur la douleur, l'inflammation, l'appétit ou les bactéries, reposent sur des travaux chez le rat, chez la souris ou en laboratoire, sur des cellules et des bactéries, d'après la revue de 2021. Ce ne sont pas des résultats obtenus chez l'humain.

Le CBN est-il légal en France ?

Oui pour la molécule elle-même. La décision de l'ANSM qui a classé comme stupéfiant, en 2024, une famille chimique de cannabinoïdes exclut le CBN par son nom, comme son acide, le CBNA. Ses dérivés ne figurent pas dans cette exclusion, et aucun aliment qui contient du CBN n'est autorisé.

La décision de l'ANSM du 22 mai 2024, publiée le 24 mai et entrée en vigueur le 3 juin 2024, ajoute à l'annexe IV de l'arrêté du 22 février 1990 « toute substance dérivée du noyau benzo[c]chromène », que son cycle A soit hydrogéné ou non, en tout ou en partie, et qu'elle soit substituée ou non aux positions que le texte énumère. L'énumération se termine par ces mots : « à l'exclusion du cannabinol ou CBN ». La décision du 3 juin 2024, publiée le 4 juin, ajoute à cette exclusion « l'acide cannabinolique ou CBNA », ainsi que le THCA du chanvre conforme. À la lecture du texte, le CBN répond à la définition chimique de la famille, et le texte prend soin de l'en écarter.

Ne le confondez pas avec les molécules semi-synthétiques que l'ANSM a classées : le HHC et deux dérivés à compter du 13 juin 2023, puis le H4CBD, le THCP et d'autres dérivés à compter du 3 juin 2024. Si un produit « au CBN » en contenait, il tomberait sous le coup de ces décisions. Le CBN n'est pas non plus un tétrahydrocannabinol, puisque son cycle A est aromatique : à la lecture du texte, l'inscription « Tétrahydrocannabinols, leurs esters, éthers, sels », transférée à l'annexe III par une décision du 6 février 2026, ne le vise pas.

L'exclusion ne nomme que le CBN et le CBNA. À la lecture du texte, les dérivés du CBN qui répondent à la définition générique sont donc des stupéfiants depuis le 3 juin 2024.

MoléculeDifférence avec le CBNStatut en France, à la lecture du texte
CBN (cannabinol)Molécule de référenceExclu nommément, non stupéfiant
CBNA (acide cannabinolique)Groupe carboxyle en position 2Exclu nommément par la décision du 3 juin 2024
CBNO (en principe l'acétate de cannabinol)Hydroxyle de la position 1 estérifiéCouvert par la définition générique, stupéfiant depuis le 3 juin 2024
CBNM (éther méthylique du cannabinol)Fonction alkoxy (méthoxy) en position 1Couvert par la définition générique, stupéfiant depuis le 3 juin 2024
CBNP (cannabiphorol)Chaîne à sept carbones en position 3, au lieu de cinqCouvert par la définition générique, stupéfiant depuis le 3 juin 2024

Le sigle CBNO ne figure ni dans les textes ni dans PubChem. Par analogie avec le HHCO, que l'ANSM désigne comme l'acétate de HHC, et avec le THCPO, son « O » désigne en principe un acétate, ici l'acétate de cannabinol. Les trois lettres « CBN » dans un nom de produit ne disent donc rien de son statut.

Un produit au CBN reste aussi soumis au cadre du chanvre. L'arrêté du 30 décembre 2021 autorise les variétés inscrites au catalogue européen ou français dont la teneur en Δ⁹-THC n'est pas supérieure à 0,30 %, et applique ce plafond aux extraits et aux produits qui les contiennent. Comme un extrait riche en CBN peut venir de THC dégradé, vérifiez sur le certificat d'analyse le taux de THC qui reste.

Pour les produits à avaler, la règle est autre. Le 20 mai 2026, dans un communiqué intitulé « Denrées alimentaires contenant du cannabidiol (CBD) : des produits illégaux qui doivent être retirés du marché », le ministère de l'Agriculture a rappelé que ces denrées ne sont pas autorisées au titre du règlement (UE) 2015/2283 sur les nouveaux aliments. Il y annonce des contrôles généralisés à toutes les denrées qui contiennent ou mettent en avant « du CBD ou tout autre cannabinoïde », compléments alimentaires compris. La liste de l'Union des nouveaux aliments autorisés, dans sa version consolidée du 10 août 2026, ne compte d'ailleurs aucun cannabinoïde. Une gomme, une gélule ou une huile au CBN à avaler n'est donc pas autorisée comme aliment, pas plus que son équivalent au CBD. Nos articles sur le retrait des gommes au CBD et sur la réglementation du CBD en 2026 détaillent ce cadre. Quand une gomme associe CBN et THC, s'y ajoute un problème de stupéfiant, expliqué dans notre article sur les gommes CBN + THC.

FormeStatut en France
Fleur ou résine de chanvre, qui contient des traces de CBNCadre du chanvre : Δ⁹-THC à 0,30 % au plus
Huile à avaler, gélule ou gomme au CBNNouvel aliment non autorisé
Produit « CBNO » ou autre dérivé du CBNStupéfiant, à la lecture du texte

Statut vérifié le 28 octobre 2026 sur la liste consolidée des stupéfiants de l'ANSM, mise à jour le 26 juin 2026. L'ANSM y précise que la version de l'arrêté de 1990 disponible sur Légifrance ne prend pas en compte ses décisions depuis février 2022 : avec cet arrêté, ce sont ces décisions, publiées sur son site, qui sont opposables.

CBN et sommeil : ce que mesurent les essais contrôlés

Nous avons trouvé trois essais contrôlés contre placebo qui ont testé le CBN seul sur le sommeil. Les deux du tableau n'ont pas atteint leur critère principal : le premier a été conduit par des auteurs affiliés à deux entreprises qui vendent des produits au cannabis, le second par des chercheurs australiens sur financement universitaire, avec 20 patients et une nuit par dose. Le troisième, conduit pour le fabricant du produit testé et mesuré par questionnaires en ligne, est décrit après eux.

Le surnom de « cannabinoïde du sommeil » est arrivé avant les données. En 2021, la revue citée plus haut relevait encore que les preuves d'un effet du CBN sur le sommeil restaient minces.

Bonn-Miller et al., 2024Lavender et al., 2026
Participants293 adultes de 18 à 55 ans analysés, sommeil jugé « mauvais » ou « très mauvais »20 adultes avec une insomnie diagnostiquée par un médecin
Dose20 mg de CBN, 7 nuits de suite30 mg, 300 mg et placebo, une nuit chacun, en plan croisé
Critère principalQualité du sommeil : non significatif (p = 0,082)Éveil après endormissement : non significatif
Résultats secondairesMoins de réveils nocturnes (p = 0,025)À 300 mg, endormissement plus rapide de 7 minutes
MesureQuestionnairesPolysomnographie en laboratoire
Auteurs et financementAuteurs affiliés à Canopy Growth et à Wana BrandsPromoteur : Woolcock Institute ; financeur : Lambert Initiative, université de Sydney
ToléranceFatigue du lendemain inchangée ; le résumé ne chiffre pas les événements indésirables247 événements indésirables légers ou modérés : 91 à 300 mg, 73 à 30 mg, 83 sous placebo

Le premier essai, publié dans Experimental and Clinical Psychopharmacology, comparait un placebo, 20 mg de CBN seul et trois associations CBN + CBD (avec 10, 20 ou 100 mg de CBD). Avec le CBN seul, le nombre de réveils et le score global de perturbation du sommeil ont baissé ; ajouter du CBD n'a rien apporté de plus. Le délai d'endormissement et la fatigue du lendemain sont restés les mêmes. Ses neuf auteurs sont affiliés à Canopy Growth Corporation et à Wana Brands, deux entreprises qui vendent des produits au cannabis.

Le second essai, paru en 2026 dans le Journal of Sleep Research, mesure plus finement mais porte sur un tout petit effectif. À 300 mg, quinze fois la dose de l'essai précédent, le CBN a réduit de 7 minutes le temps d'endormissement et un peu diminué les micro-éveils ; à 30 mg, ni l'endormissement ni l'éveil nocturne n'ont changé. Les auteurs reconnaissent eux-mêmes les limites : 20 participants, une seule nuit par dose, beaucoup de critères testés. Ils concluent que leur essai n'apporte pas de preuve directe d'efficacité du CBN contre l'insomnie en pratique courante. L'étude a été promue par le Woolcock Institute et financée par la Lambert Initiative de l'université de Sydney, un centre de recherche sur les cannabinoïdes financé par mécénat ; plusieurs auteurs déclarent des honoraires de conseil, notamment d'une association professionnelle australienne du cannabis médical. Sur l'ensemble des nuits, les 20 participants ont rapporté 247 événements indésirables légers ou modérés, dont 83 sous placebo.

Le troisième essai, publié en 2024 dans Pharmaceuticals, a réparti par tirage au sort 1 020 adultes américains recrutés en ligne, qui souhaitaient améliorer leur sommeil, entre un placebo, de la mélatonine et trois doses de CBN, puis les a suivis cinq semaines. Tout s'est fait à distance : le sommeil n'a été mesuré que par un questionnaire rempli en ligne, sans examen en laboratoire. Les trois groupes CBN et le groupe mélatonine ont déclaré un sommeil moins perturbé que le groupe placebo, sans différence entre eux. L'essai a été conduit par les salariés d'une société de recherche, sous contrat avec le fabricant du produit testé, et environ un quart des participants n'ont rempli aucun questionnaire de suivi.

Sur ces bases, aucun effet du CBN sur le sommeil n'est établi. Aucune autorité sanitaire ne lui en a reconnu, et sa vente ne peut s'accompagner d'aucune allégation de santé. Présenté comme soignant l'insomnie, un produit devient un médicament par présentation, au sens de l'article L5111-1 du code de la santé publique. Pour l'insomnie, la Haute Autorité de santé décrit trois étapes, règles d'hygiène du sommeil, puis thérapie cognitivo-comportementale, puis hypnotique en dernier recours, l'hypnotique étant limité à quatre semaines, et le CBN n'apparaît à aucune d'elles. Si votre insomnie dure, parlez-en à un médecin. Notre point sur le CBD et le sommeil fait le même exercice pour le CBD.

Précautions : THC résiduel, médicaments, conduite

Avec un produit au CBN, le premier risque vient de ce qu'il contient d'autre. En juin 2025, l'ANSM et l'Anses ont signalé plusieurs centaines d'intoxications depuis 2024 avec des produits vendus comme CBD. Elles tenaient le plus souvent à des cannabinoïdes de synthèse ou à un THC supérieur à 0,3 %. Les deux agences rappellent aussi qu'associé à certains médicaments, le CBD peut réduire leur efficacité ou accroître leurs effets indésirables.

Nous n'avons pas trouvé d'essai chez l'humain consacré aux interactions entre le CBN et des médicaments, mais son métabolisme a été étudié en laboratoire. Sur des microsomes de foie humain, il est surtout transformé par deux enzymes du cytochrome P450 : le CYP2C9, qui en fait du 11-hydroxy-CBN, et le CYP3A4, qui en fait du 8-hydroxy-CBN. Les auteurs de l'essai de 2026 rappellent que des médicaments courants, comme certains antidépresseurs, modifient l'activité des enzymes du cytochrome P450, ce qui pourrait accroître l'exposition à l'un ou l'autre produit, ou l'altération des capacités le lendemain. Chez la souris, une étude de 2025 a aussi montré que le CBN freine la dégradation de la mélatonine par une autre enzyme, le CYP1A2, et multiplie par quatre l'exposition du sang à la mélatonine ; cet effet n'a pas été vérifié chez l'humain. Si vous suivez un traitement, demandez l'avis d'un pharmacien.

Par précaution, les femmes enceintes ou allaitantes et les mineurs sont exclus.

Le CBN apparaît-il dans un test de dépistage ?

Le test salivaire des contrôles routiers recherche le THC, et le CBN n'est pas sa cible. Le risque réel reste le THC d'un extrait de chanvre à spectre complet : comme le rappelle la Mildeca, un prélèvement peut être positif au THC après un produit dont la vente est autorisée, et la loi ne prévoit aucun seuil pour l'infraction de conduite après usage de stupéfiants. Les peines encourues sont détaillées dans notre article sur le CBD au volant.

Les tests urinaires du cannabis, utilisés notamment en milieu médical, recherchent un métabolite du THC, le THC-COOH. Une équipe de l'université de l'Utah a montré en 2020 que deux de ces tests réagissent aussi au CBN. Avec le test EMIT II Plus, il faut environ cinq fois plus de CBN que de THC-COOH pour atteindre le seuil de positivité, et l'effet s'ajoute à celui du THC ; avec le test MultiGent de Microgenics, il en faut vingt fois plus. Selon les auteurs, ces données peuvent aider à décider d'une analyse de confirmation quand un résultat ne correspond pas à ce qui était attendu ; une méthode comme la spectrométrie de masse identifie le métabolite du THC lui-même. Nous n'avons pas trouvé d'étude équivalente sur les kits salivaires routiers.

Lire l'analyse d'un produit au CBN

Quatre lignes comptent sur un certificat d'analyse : le CBN, en pourcentage ou en mg/ml ; le Δ⁹-THC, à 0,30 % au plus ; le THCA, qui redonne du THC une fois chauffé ; enfin l'absence de HHC, de H4CBD et de THCP, si le laboratoire les a recherchés. Vérifiez aussi que le numéro de lot est celui du flacon.

Si le certificat indique à la fois du CBN et du CBNA, le CBN total se calcule ainsi : CBN + 0,876 × CBNA. Le coefficient vient des masses molaires, 310,4 ÷ 354,4 = 0,876 : en devenant du CBN, le CBNA perd environ 12 % de sa masse sous forme de CO₂. Sur une étiquette ou un certificat, « CBNO » ou « CBN-O » ne désigne pas du CBN : par analogie avec le HHCO, le sigle désigne en principe un acétate, qui relève des stupéfiants à la lecture du texte.

Chaque rubrique est reprise dans notre guide du certificat d'analyse, et la page laboratoire regroupe les références du catalogue.

Questions fréquentes

CBN est l'abréviation de cannabinol, une molécule du chanvre de formule C₂₁H₂₆O₂. La plante ne la synthétise pas : elle apparaît quand le THC s'oxyde, ou elle est produite en laboratoire à partir de THC ou de CBD.

Non. La décision de l'ANSM du 22 mai 2024, en vigueur le 3 juin 2024, l'exclut par son nom de la famille benzo[c]chromène qu'elle classe comme stupéfiant, et une décision du 3 juin 2024 étend cette exclusion au CBNA. Le HHC, lui, est classé depuis le 13 juin 2023, le H4CBD et le THCP depuis le 3 juin 2024. Statut vérifié le 28 octobre 2026.

Pris seul, très peu. En 1975, 50 mg de CBN par voie orale n'ont donné à cinq volontaires ni accélération du cœur ni sensation d'ivresse ; associé au THC, il a accentué certains de ses effets. En 2026, dans un essai sur 20 adultes insomniaques, 300 mg ont produit en moyenne un léger effet ressenti. Le risque principal reste le THC résiduel que peut contenir un produit au CBN.

À forte concentration, il peut faire réagir deux tests urinaires courants du THC : selon une étude de 2020, il en faut cinq à vingt fois plus que du métabolite du THC pour franchir le seuil. Une analyse de confirmation, par spectrométrie de masse par exemple, fait la différence. Le test salivaire routier, lui, recherche le THC.

Pas en tant qu'aliment : aucun cannabinoïde ne figure sur la liste européenne des nouveaux aliments autorisés. Le 20 mai 2026, le ministère de l'Agriculture a annoncé des contrôles généralisés aux denrées qui contiennent du CBD ou tout autre cannabinoïde, compléments alimentaires compris.

Deux essais contrôlés contre placebo n'ont pas atteint leur critère principal : la qualité du sommeil en 2024 (p = 0,082), l'éveil nocturne mesuré en laboratoire en 2026. Un troisième, mené en 2024 pour le fabricant du produit testé, rapporte un sommeil déclaré moins perturbé qu'avec le placebo, d'après des questionnaires en ligne. Ces résultats ne permettent pas d'établir un effet du CBN sur le sommeil.

La plante n'en produit pas directement. Il faut l'obtenir par vieillissement ou par conversion chimique du THC ou du CBD, puis contrôler ce qui reste dans l'extrait, ce qui rend la production plus complexe.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.