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CBD et sommeil : ce que montrent les essais, dose par dose

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9 min de lectureMis à jour le

Aucune autorité de santé ne reconnaît le CBD comme aide au sommeil, et les essais contrôlés ne fournissent pas de quoi le faire. Dans le plus rigoureux d'entre eux sur l'insomnie, 150 mg de CBD chaque soir pendant deux semaines n'ont pas réduit la sévérité de l'insomnie davantage qu'un placebo. Les doses testées sont de 12 à 150 fois supérieures au repère provisoire de 2 mg par jour fixé par l'EFSA en 2026.

Tête de chanvre séchée en macro sur fond noir, couverte de trichomes

À retenir

  • Chez 27 volontaires sains, 300 mg de CBD n'ont changé aucun des paramètres du sommeil mesurés en laboratoire.
  • Chez 30 adultes insomniaques, 150 mg par soir ont amélioré le bien-être qu'ils déclaraient, sans réduire la sévérité de l'insomnie.
  • L'étude la plus citée suivait 72 patients sans groupe placebo, et ne permet de rien conclure sur un effet du CBD.
  • Avec le médicament au CBD, pris à forte dose, 23 % des patients ont de la somnolence, classée comme effet indésirable.
  • Pour une insomnie qui dure, le traitement de première intention reste la thérapie cognitivo-comportementale.

Ce que disent les essais contrôlés

Dans un essai contrôlé, un groupe reçoit le produit et un autre un placebo, sans que les participants sachent lequel ils prennent. Seule cette méthode sépare l'effet d'une molécule de l'effet d'attente, qui pèse lourd quand on étudie le sommeil. Pour le CBD seul, ces essais sont rares et portent sur peu de personnes.

ÉtudeParticipantsCBD par priseRésultat face au placebo
Linares et al., 201827 volontaires sains, une nuit300 mgAucun effet sur l'architecture du sommeil
Narayan et al., 202430 adultes insomniaques, 2 semaines150 mgPas d'écart sur la sévérité de l'insomnie ; meilleur bien-être déclaré
Wang et al., 2025125 adultes insomniaques, 56 analysés300 mg + terpènes+1,3 point de sommeil profond et paradoxal, mesure au poignet

Mené au Brésil, l'essai de Linares a enregistré le sommeil de 27 volontaires en polysomnographie, l'examen de référence qui suit l'activité cérébrale pendant la nuit. Une prise de 300 mg de CBD n'a eu aucun effet significatif, ni sur le sommeil ni sur les tests cognitifs passés au réveil.

L'essai australien de Narayan, publié dans le Journal of Clinical Sleep Medicine, a inclus 30 adultes atteints d'insomnie modérée à sévère. Après deux semaines à 150 mg par soir, la sévérité de l'insomnie, le temps d'endormissement déclaré et les réveils nocturnes ne s'écartaient pas de ceux du groupe placebo. Le groupe CBD déclarait un meilleur bien-être, et l'efficacité du sommeil mesurée au poignet était meilleure à la deuxième semaine. Selon les auteurs, le CBD a fait jeu égal avec le placebo sur la plupart des critères de sommeil.

Le troisième essai combinait 300 mg de CBD et huit terpènes. Sur 125 participants inclus, 56 ont été analysés, les autres ayant abandonné ou n'ayant pas porté le capteur. Le temps passé en sommeil profond et paradoxal a gagné 1,3 point de pourcentage par rapport au placebo, et la durée totale de sommeil n'a pas changé. L'étude a été financée par l'entreprise Defined Research, dont six des huit auteurs détiennent des parts.

Barres horizontales sur échelle logarithmique : repère EFSA 2 mg, 25 mg dans l'étude Shannon, 150 mg dans l'essai Narayan, 300 mg dans les essais Linares et Wang, 700 mg pour l'Epidyolex chez un adulte de 70 kg
Doses de CBD étudiées pour le sommeil, face au repère de l'EFSA. Sources : EFSA, 2026 ; Shannon, 2019 ; Narayan, 2024 ; Linares, 2018 ; Wang, 2025 ; EMA, RCP Epidyolex

Pourquoi l'étude la plus citée ne prouve rien

De nombreux articles reprennent une série de cas publiée en 2019 dans The Permanente Journal. Une clinique américaine y décrit 72 adultes venus consulter pour de l'anxiété ou des troubles du sommeil, traités le plus souvent par 25 mg de CBD par jour. Au bout d'un mois, 66,7 % avaient de meilleurs scores de sommeil, qui ont ensuite fluctué.

Les auteurs reconnaissent eux-mêmes les limites : traitement ouvert, aucun groupe de comparaison, patients sous d'autres médicaments psychiatriques. Faute de placebo, on ne peut pas faire la part du CBD, de la consultation et du simple passage du temps. Une étude de ce type sert à formuler une hypothèse, que seuls des essais contrôlés peuvent ensuite vérifier.

Le repère de l'EFSA : 2 mg par jour

L'EFSA a publié le 9 février 2026 un niveau d'apport provisoirement sûr de 0,0275 mg de CBD par kilo de poids corporel et par jour, environ 2 mg pour un adulte de 70 kg. Ce niveau concerne un CBD pur à 98 % au moins. Il exclut les moins de 25 ans, la grossesse et l'allaitement, et les personnes sous traitement. C'est une limite de sécurité, que l'on ne doit pas lire comme une dose conseillée. Le calcul en gouttes figure dans combien de CBD par jour.

Les essais se situent donc très au-dessus : 150 mg font 75 fois ce repère, 300 mg 150 fois. En 2025, la commission de sécurité alimentaire de la Fondation allemande pour la recherche a examiné les données disponibles aux doses alimentaires. Dans sa revue parue dans Nutrients, elle ne trouve aucune preuve qui justifierait une allégation de santé, y compris pour le sommeil, la relaxation ou le stress.

La somnolence : un effet indésirable, pas une promesse

L'Epidyolex, seul médicament à base de CBD, se prescrit dans des épilepsies rares à raison de 10 à 25 mg par kilo et par jour, soit 700 à 1 750 mg pour 70 kg. Son résumé des caractéristiques place la somnolence parmi les effets indésirables les plus fréquents, chez 23 % des patients. Chez ceux qui prenaient aussi du clobazam, un autre antiépileptique, somnolence et sédation atteignaient 43 %, contre 14 % chez les autres. Le document conseille de ne pas conduire avant de connaître sa propre réaction au traitement.

Ces données appellent deux remarques. À ces doses, la somnolence est un effet secondaire et ne signale pas un sommeil de meilleure qualité. Le CBD interagit en outre avec d'autres molécules actives sur le cerveau : il est dégradé dans le foie par les enzymes CYP3A4 et CYP2C19, qui prennent aussi en charge de nombreux médicaments. Si vous prenez un somnifère, un anxiolytique ou un antidépresseur, demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien. Le mécanisme est expliqué dans l'effet pamplemousse du CBD.

Ce que recommandent les autorités pour les nuits difficiles

D'après l'enquête 2025 de l'Institut national du sommeil et de la vigilance, menée auprès de 1 000 personnes, les Français dorment en moyenne 7 h 04 en semaine. Près d'un quart d'entre eux dorment moins de 6 heures, et 73 % se réveillent au moins une fois par nuit.

La Haute Autorité de santé rappelle que les traitements non médicamenteux doivent précéder les somnifères, à savoir les règles d'hygiène du sommeil et la thérapie cognitivo-comportementale. Les benzodiazépines ne se justifient que dans l'insomnie aiguë, pour 4 semaines au plus. Mise à jour en 2023, la recommandation européenne sur l'insomnie fait de la thérapie cognitivo-comportementale de l'insomnie (TCC-I) le premier recours chez l'adulte, en consultation ou en ligne. Elle déconseille les antihistaminiques, la mélatonine à libération immédiate et la phytothérapie.

Deux produits voisins reviennent souvent. La mélatonine, hormone du rythme veille-sommeil, est comparée au CBD dans CBD et mélatonine. Quant aux gommes « sommeil » qui associent CBN et THC, elles sont illégales en France, comme l'explique notre article sur le CBN.

Le CBD n'est pas un médicament. Consultez si une insomnie dure plus de trois mois ou si une somnolence vous gêne dans la journée.

Questions fréquentes

Non. Aucune autorité française ou européenne ne le reconnaît comme tel. Dans l'essai le plus rigoureux sur l'insomnie, à 150 mg par soir, la sévérité de l'insomnie n'a pas différé de celle du groupe placebo. Aucun produit au CBD ne peut être vendu avec une allégation sur le sommeil.

Elles vont de 25 mg par jour, dans une série de cas sans placebo, à 300 mg par prise dans deux essais contrôlés. Le repère provisoire de l'EFSA est de 2 mg par jour pour 70 kg. Selon le compte-gouttes, une huile à 10 % apporte environ 5 mg par goutte.

Pas sans avis médical. Le CBD est dégradé par les mêmes enzymes du foie que de nombreux médicaments, et la notice de l'Epidyolex signale plus de somnolence avec certains traitements associés. Votre médecin ou votre pharmacien peut vérifier ce que vous prenez.

Les tests ne recherchent pas le CBD, mais ils détectent le THC d'un produit à spectre complet, sans seuil de tolérance. Dans un essai australien de 2024, une huile à 10 mg de THC et 200 mg de CBD n'était plus détectée par les tests salivaires 10 et 18 heures après une prise unique. L'usage régulier n'a pas été étudié. Pour le détail, voir le guide du test salivaire.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.