CBD et personnes âgées : précautions et limites des études
Une personne âgée peut acheter du CBD en France, mais trois précautions pèsent plus lourd qu'à 40 ans : les interactions avec les médicaments du quotidien, la somnolence et le manque d'études après 65 ans. Parmi les 6 216 participants aux essais contrôlés de cannabinoïdes analysés en 2021, 68 seulement venaient d'essais réservés aux 65 ans et plus. Si vous suivez un traitement, consultez votre pharmacien ou votre médecin avant d'en prendre.

À retenir
- Le CBD n'est pas un médicament et ne traite aucune maladie liée à l'âge ; la loi interdit d'ailleurs de le présenter ainsi.
- À dose de médicament, il fait varier le taux sanguin de plusieurs traitements, parmi lesquels un anticoagulant et des antiépileptiques.
- Pour les personnes qui prennent des médicaments, l'EFSA n'a pas pu établir de dose sûre.
- Les plus de 65 ans sont très peu présents dans les essais, et l'Epidyolex n'a pas été étudié au-delà de 74 ans.
- En France, aliments et compléments au CBD doivent être retirés de la vente depuis mai 2026.
Pourquoi l'âge change la question
En vieillissant, on prend plus de médicaments, les organes qui les éliminent ralentissent parfois, et les effets indésirables se font davantage sentir. La Haute Autorité de santé a consacré un programme à la sécurité des prescriptions chez la personne âgée. Elle y rappelle qu'une prise en charge adaptée évite la plupart des accidents liés aux médicaments.
Le seul médicament à base de CBD suit la même logique. Publié par l'Agence européenne des médicaments, le résumé des caractéristiques de l'Epidyolex demande, chez le patient âgé, de choisir la dose avec prudence et de commencer par la plus faible. Il invoque la fréquence plus élevée, à cet âge, des atteintes du foie, des reins ou du cœur, des maladies associées et des traitements pris en même temps.
Ce que disent les essais, et ce qu'ils ne disent pas
La synthèse la plus large est une méta-analyse parue en 2021 dans PLOS Medicine, qui regroupe 46 essais contrôlés de cannabinoïdes naturels ou de synthèse menés chez 6 216 adultes de 58,6 ans en moyenne. Quatre de ces essais testaient le CBD seul : les auteurs n'y relèvent pas plus d'effets indésirables que sous placebo, et aucun effet indésirable grave lié au traitement.
Le problème vient de l'âge des participants. Seuls quatre essais ont recruté des personnes de 65 ans et plus, soit 68 participants âgés de 72,4 ans en moyenne, et un seul visait les 75 ans et plus. Les auteurs reconnaissent eux-mêmes que la tolérance pourrait être différente après 65 ou 75 ans.
Le dossier de l'Epidyolex présente la même lacune. Ses essais comptaient trop peu de patients de plus de 55 ans pour comparer leur réponse à celle des plus jeunes. Le devenir du CBD dans l'organisme n'y a pas été étudié au-delà de 74 ans.
Les interactions, premier point à vérifier
Plusieurs enzymes chargées d'éliminer les médicaments sont freinées par le CBD. Chez des volontaires sains qui en prenaient à dose d'Epidyolex, le taux d'un métabolite du clobazam, un antiépileptique, a été multiplié par 3 à 4, et celui de l'évérolimus, un immunosuppresseur, par 2,5. Un cas publié rapporte une forte hausse de l'INR, l'indicateur de coagulation, chez un patient sous warfarine. Ces mesures sont détaillées dans notre article sur l'effet pamplemousse du CBD.
Ces chiffres concernent des doses élevées, autour de 1 000 mg par jour ; aux doses des produits vendus au public, rien n'a été mesuré. D'où la réserve de l'EFSA : en fixant le 9 février 2026 un niveau provisoire de 2 mg par jour pour un adulte de 70 kg, elle précise que la sécurité n'est pas établie chez les personnes sous traitement. L'agence britannique des aliments, elle, leur déconseille le CBD. Notre article sur la dose de CBD par jour compare ces repères.
Somnolence et foie : les deux effets à surveiller
Dans les essais contrôlés de l'Epidyolex, une somnolence ou une sédation est apparue chez 29 % des patients sous CBD, surtout en début de traitement. Le taux atteignait 43 % chez ceux qui prenaient aussi du clobazam. D'après le résumé du produit, l'alcool et les autres dépresseurs du système nerveux peuvent accentuer cet effet. Chez une personne âgée, une somnolence inhabituelle fait aussi courir un risque de chute.
Le foie est le second point. Le CBD peut faire monter les enzymes hépatiques (les transaminases), d'autant plus que la dose est forte. Le même document signale, dans une étude hors épilepsie, deux patients âgés chez qui ces marqueurs ont augmenté, puis se sont normalisés après l'arrêt du CBD.
On oublie souvent qu'un produit au CBD peut contenir des traces de THC. Selon la MILDECA, elles peuvent passer dans la salive et rendre positif un dépistage routier ; les sanctions sont détaillées dans notre article sur le CBD au volant.
Quel produit, et dans quel cadre en France
En 2026, le cadre a changé. Le 20 mai, le ministère de l'Agriculture a rappelé que les denrées alimentaires contenant du CBD, compléments compris, ne sont pas autorisées et doivent être retirées de la vente. Ce qui reste en vente, dont les cosmétiques au CBD, est listé dans notre point sur la réglementation du CBD en 2026. Un cosmétique ne peut revendiquer aucun effet sur une maladie : la MILDECA précise que les allégations thérapeutiques sont interdites sous peine de sanctions pénales. Ce qu'une étiquette doit afficher est décrit dans notre guide pour évaluer une crème ou un baume au CBD.
Une pathologie se prend en charge par la voie médicale. L'expérimentation du cannabis médical a pris fin le 31 décembre 2024 ; selon l'ANSM, une phase de transition laisse les patients déjà inclus poursuivre leur traitement. L'évolution des textes est suivie dans notre article sur le cannabis médical en 2026, et notre guide pour choisir un CBD rappelle comment lire une analyse.
Avant d'en parler au pharmacien, notez tous vos médicaments, y compris ceux pris sans ordonnance. Ajoutez-y le produit envisagé avec sa teneur en CBD, et vos antécédents de maladie du foie ou de chute.
Questions fréquentes
Pas sans l'avis de leur médecin ou de leur pharmacien. Les interactions mesurées concernent des anticoagulants, des antiépileptiques et des immunosuppresseurs, et aucune agence n'a fixé de dose sûre en cas de traitement.
Non, car un produit au CBD vendu en boutique n'est pas un médicament. Seul l'Epidyolex, prescrit dans certaines épilepsies rares, dispose d'une autorisation de mise sur le marché. Pour le détail, voir notre article sur le remboursement du CBD.
Aucun cosmétique n'a le droit de le revendiquer, et les études ne permettent pas de l'affirmer. L'arthrose demande une prise en charge médicale ; la recherche est résumée dans notre article sur le CBD et l'arthrose.
À forte dose, la somnolence est l'effet indésirable le plus fréquent de l'Epidyolex. C'est un effet à surveiller, en particulier avec l'alcool ou un somnifère, et non une indication.
Aucun seuil officiel n'existe. Le dossier de l'Epidyolex recommande la prudence chez le patient âgé et ne contient aucune donnée au-delà de 74 ans.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.