Alcool ou cannabis : lequel est le plus nocif ? Les chiffres
Sur presque toutes les mesures publiées, l'alcool fait plus de dégâts que le cannabis : plus de décès, une dépendance plus fréquente, un écart plus faible entre la dose bue et la dose toxique. Le cannabis comporte lui aussi des risques, surtout consommé tous les jours et à forte teneur en THC. Pris ensemble, les deux multiplient par 29 le risque d'être responsable d'un accident mortel au volant.

À retenir
- Noté par un panel de 40 experts européens, l'alcool obtient 72 sur 100 en nocivité globale. Hors héroïne et crack, aucune autre drogue ne dépasse 38.
- Santé publique France attribue à l'alcool 41 000 décès par an en France ; l'OMS, 2,6 millions dans le monde en 2019.
- Selon une grande enquête américaine, 22,7 % des buveurs sont devenus dépendants au cours de leur vie, et 8,9 % des usagers de cannabis.
- Une étude conduite sur 11 sites trouve un risque de trouble psychotique multiplié par 4,8 chez les usagers quotidiens de cannabis à 10 % de THC ou plus.
- Sur la route, le risque d'accident mortel est multiplié par 1,65 avec le cannabis seul, par 17,8 en moyenne avec l'alcool seul et par 29 avec les deux.
Ce que mesurent les classements de nocivité
Avant de comparer deux substances, il faut décider sur quoi porte la comparaison. La méthode la plus citée, l'analyse multicritère, fait noter chaque drogue par des experts sur une série de dommages, que l'on pondère ensuite. En 2010, le comité britannique de David Nutt a évalué 20 drogues sur 16 critères : neuf concernent l'usager, sept l'entourage et la société. L'alcool arrive premier avec un score global de 72 sur 100, devant l'héroïne (55) et le crack (54). Il l'emporte surtout sur les dommages causés aux autres, avec 46 points : blessures, criminalité, coûts économiques, difficultés familiales.
En 2015, un panel de 40 experts a refait l'exercice à l'échelle de l'Union européenne, avec un résultat presque identique : l'alcool obtient 72, l'héroïne 55 et le crack 50. Toutes les autres drogues, cannabis compris, restent à 38 ou moins.
Ces classements restent des jugements d'experts. Les dommages à la société dépendent aussi du nombre d'usagers : comme l'alcool est très répandu, ses coûts collectifs grimpent mécaniquement. Ce qu'une substance fait à la personne qui la consomme se mesure autrement.
Toxicité et mortalité : l'alcool loin devant
La toxicologie calcule une marge d'exposition : la dose qui devient dangereuse chez l'animal, divisée par la dose qu'une personne consomme réellement. Plus le chiffre est bas, plus la consommation habituelle approche du seuil toxique. En 2015, Dirk Lachenmeier et Jürgen Rehm ont fait ce calcul pour l'alcool, le tabac, le cannabis et les principales drogues illicites. Pour un buveur, l'alcool tombe sous 10, dans la catégorie « risque élevé », avec la nicotine, la cocaïne et l'héroïne. Rapporté à une population, il est la seule substance qui reste dans cette catégorie. Le cannabis dépasse 10 000, de loin la marge la plus large des substances étudiées.
La marge d'exposition ne mesure que la toxicité aiguë. Les accidents, les troubles psychiques et les maladies qui s'installent sur des années n'y figurent pas, et ces maladies pèsent lourd dans le cas de l'alcool. L'Organisation mondiale de la santé le classe comme agent cancérogène établi et lui attribue 2,6 millions de décès dans le monde en 2019. En France, Santé publique France compte 41 000 décès par an liés à l'alcool : c'est la troisième cause de mortalité évitable, après le tabac et la pollution de l'air.
Dépendance : qui devient dépendant, et en combien de temps
Alcool et cannabis peuvent tous deux rendre dépendant, à des rythmes différents. L'étude de référence est celle de Catalina Lopez-Quintero et de ses collègues, publiée en 2011 et tirée d'une grande enquête américaine en population générale, la NESARC. Les auteurs ont estimé la probabilité qu'une personne ayant commencé à consommer devienne dépendante un jour.
| Substance | Dépendance au cours de la vie | Dans les 10 ans après le début | Délai médian des cas |
|---|---|---|---|
| Nicotine | 67,5 % | 15,6 % | 27 ans |
| Alcool | 22,7 % | 11,0 % | 13 ans |
| Cocaïne | 20,9 % | 14,8 % | 4 ans |
| Cannabis | 8,9 % | 5,9 % | 5 ans |
On tire deux enseignements de ces chiffres. Un buveur a environ 2,5 fois plus de risques qu'un usager de cannabis de devenir dépendant. Mais quand la dépendance au cannabis s'installe, elle arrive tôt : la moitié des cas apparaissent dans les 5 ans, contre 13 ans pour l'alcool. L'Observatoire français des drogues et des tendances addictives rappelle que l'usage problématique et la dépendance au cannabis sont bien documentés, et que le risque augmente quand on commence jeune.
Les risques propres au cannabis
Le risque propre au cannabis qui ressort le plus touche la santé mentale. Publiée en 2019 dans The Lancet Psychiatry, l'étude EU-GEI a comparé 901 personnes ayant vécu un premier épisode psychotique à 1 237 témoins, sur 11 sites d'Europe et du Brésil. L'usage quotidien de cannabis multipliait par 3,2 le risque de trouble psychotique par rapport aux personnes qui n'en avaient jamais consommé. Le facteur passait à 4,8 avec des produits estimés à 10 % de THC ou plus. Il atteignait 4 à Paris, l'un des trois sites où ces produits étaient les plus consommés. Ces travaux sont détaillés dans notre article sur le cannabis et la santé mentale.
Selon l'OFDT, la consommation peut aussi diminuer à moyen terme les capacités de mémorisation et d'apprentissage. La façon de consommer joue : fumé avec du tabac, le cannabis cumule ses propres dommages avec ceux de la combustion et de la nicotine. Notre article sur le tabac et le cannabis compare les deux.
Alcool et cannabis ensemble : le risque se multiplie
En pratique, la question porte souvent moins sur « lequel » que sur « les deux à la fois ». C'est la route qui fournit la réponse la plus nette. Publiée en 2016 par l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière, l'étude ActuSAM a analysé les accidents mortels survenus en France en 2011.
Positif au cannabis, un conducteur a 1,65 fois plus de risques d'être responsable d'un accident mortel. Avec de l'alcool, le facteur vaut 17,8 en moyenne : 6,4 entre 0,5 et 0,8 g/l, et jusqu'à 44,4 au-delà de 2 g/l. Avec les deux, il atteint 29. Parmi les conducteurs responsables sous l'effet du cannabis, plus d'un sur deux avait aussi bu.
Les sanctions tiennent compte de ce cumul. D'après la fiche officielle de service-public.fr, conduire après usage de stupéfiants est puni de 3 ans de prison et 9 000 € d'amende, quelle que soit la quantité. Si l'alcool s'y ajoute, la peine passe à 5 ans et 15 000 €. Une huile à spectre complet peut suffire à rendre un test positif, comme l'explique notre article sur le CBD au volant.
Et le CBD dans cette comparaison ?
Cette comparaison ne concerne pas le CBD vendu légalement en France. Il vient de variétés de chanvre dont la teneur en Δ⁹-THC ne dépasse pas 0,30 %, et n'a pas l'effet psychotrope du THC (voir notre article sur la définition du CBD). Toutes les études citées plus haut portent sur du cannabis riche en THC.
Le CBD demande tout de même des précautions. Il interagit avec certains médicaments, et les produits à spectre complet contiennent des traces de THC. Pour ce qui est de s'en servir pour boire moins, les essais restent rares et de petite taille ; notre point sur le CBD et l'alcool résume ce qui a été mesuré. Le CBD n'est pas un traitement de la dépendance.
Questions fréquentes
Oui pour la mortalité, la toxicité et le risque de dépendance. Le panel d'experts britannique (2010) comme le panel européen (2015) classent l'alcool premier, avec 72 sur 100. Le cannabis a cependant ses risques propres, surtout pour la santé mentale quand il est consommé tous les jours.
Pour le cannabis, Lachenmeier et Rehm trouvent une marge de plus de 10 000 entre la dose consommée et la dose toxique, la plus large des substances étudiées. Cette marge ne mesure que la toxicité immédiate. Les accidents et les troubles psychiques n'y entrent pas.
Oui. D'après l'étude ActuSAM, le risque d'être responsable d'un accident mortel est multiplié par 29 quand le conducteur a pris les deux, contre 1,65 pour le cannabis seul et 17,8 pour l'alcool seul. Le cumul est aussi puni plus sévèrement.
La dépendance au cannabis est moins fréquente, mais plus rapide. Environ 9 % des usagers de cannabis deviennent dépendants au cours de leur vie, contre 23 % des buveurs. La moitié de ces dépendances apparaissent pourtant dans les 5 ans, contre 13 ans pour l'alcool.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.