Cannabis et santé mentale : ce que change le taux de THC
Le risque psychique lié au cannabis dépend surtout de deux variables : la quantité de THC et la fréquence de consommation. Dans une étude conduite dans 11 villes, les usagers quotidiens d'un cannabis à 10 % de THC ou plus avaient un risque de trouble psychotique multiplié par 4,8. Le CBD, sans effet psychotrope, ne fait pas partie de ce tableau. Il ne s'agit pas non plus d'un traitement.

À retenir
- La résine saisie en France en 2023 contenait en moyenne 29 % de THC. Un produit CBD légal en contient 0,30 % au plus.
- Le profil le plus associé aux premiers épisodes psychotiques est celui d'un usage quotidien de cannabis très dosé.
- Commencer avant 18 ans est associé, chez le jeune adulte, à davantage de dépression et de tentatives de suicide.
- Sur le CBD en santé mentale, les essais sont petits et leurs résultats divergent. Le seul médicament au CBD autorisé concerne des épilepsies rares.
- Si vous traversez une difficulté psychique, Mon soutien psy, le 3114 et Drogues Info Service vous sont accessibles sans ordonnance.
Le THC, la dose et la fréquence
Dans le cannabis, c'est le THC (delta-9-tétrahydrocannabinol) qui provoque l'ivresse, et c'est aussi lui que la recherche associe aux troubles psychiques. L'étude européenne EU-GEI, publiée en 2019 dans The Lancet Psychiatry portait sur 11 sites d'Europe et du Brésil. Elle a comparé 901 personnes prises en charge pour un premier épisode psychotique à 1 237 habitants des mêmes villes.
Deux chiffres résument les résultats. Par rapport à l'absence d'usage, une consommation quotidienne multiplie par 3,2 la probabilité d'un trouble psychotique. Avec un cannabis quotidien à 10 % de THC ou plus, le facteur passe à 4,8. Si le lien est causal, estiment les auteurs, l'absence de cannabis très dosé aurait évité 30 % des premiers épisodes à Londres et 50 % à Amsterdam.
En France, le cannabis de rue dépasse de loin ce seuil de 10 %. Dans son bilan de l'offre de stupéfiants en 2023, l'OFDT relève une teneur moyenne de 29 % pour la résine saisie et de 14 % pour l'herbe. La résine était à 15,9 % en 2012.
L'adolescence, période la plus exposée
La maturation du cerveau continue après 18 ans, et l'âge de la première consommation influe sur le risque. Une méta-analyse parue en 2019 dans JAMA Psychiatry a rassemblé 11 études longitudinales, soit 23 317 personnes suivies de l'adolescence jusqu'à 18 à 32 ans. Pour les jeunes adultes ayant consommé du cannabis avant 18 ans, elle obtient ces estimations :
| Trouble chez le jeune adulte | Risque relatif estimé (odds ratio) |
|---|---|
| Dépression | 1,37 |
| Anxiété | 1,18, non significatif |
| Idées suicidaires | 1,50 |
| Tentative de suicide | 3,46 |
Pour chaque individu, le risque reste « modéré à faible », précisent les auteurs. Le problème de santé publique vient du nombre de jeunes exposés.
Les registres danois éclairent la question autrement, avec une étude de 2023 portant sur près de 6,9 millions de personnes suivies entre 1972 et 2021. Chez les garçons de 16 à 20 ans, un trouble de l'usage du cannabis y est associé à un risque de schizophrénie multiplié par 3,84, contre 1,81 chez les filles du même âge. En 2021, la part des cas de schizophrénie attribuable à ce trouble était de 15 % chez les hommes.
Association ou cause : ce que la recherche peut affirmer
Toutes ces études sont observationnelles : elles mesurent une association et ne suffisent pas, à elles seules, à prouver que le cannabis cause le trouble. Plusieurs éléments convergent pourtant :
- l'effet augmente avec la dose, la fréquence et la précocité de l'usage ;
- chez les hommes, au Danemark, la part des schizophrénies attribuable au cannabis a augmenté en moyenne de 4,8 % par an entre 1972 et 2021 ;
- dans l'étude EU-GEI, l'incidence des psychoses est la plus élevée dans les villes où circule le plus de cannabis très dosé.
La synthèse des connaissances sur le cannabis de l'OFDT résume la position des autorités sanitaires françaises. Un usage régulier peut aggraver certains troubles psychiatriques, et plus la consommation commence tôt, plus le risque de dépendance est élevé. Selon la même source, 10,8 % des 18-64 ans avaient consommé du cannabis dans l'année en 2023, et 23,5 % des 18-24 ans.
Le CBD : un autre profil, des essais encore modestes
Le CBD (cannabidiol) ne provoque pas l'ivresse propre au THC. Dans son arrêt Kanavape du 19 novembre 2020, la Cour de justice de l'Union européenne s'est prononcée en l'état des connaissances scientifiques. À la différence du THC, a-t-elle retenu, « le CBD en cause n'apparaît pas avoir d'effet psychotrope ni d'effet nocif sur la santé humaine ».
Il existe des essais cliniques sur le CBD en santé mentale. Ils portent sur peu de participants, et leurs résultats divergent :
| Étude | Participants | Dose de CBD | Résultat |
|---|---|---|---|
| Bergamaschi et al., 2011 | 24 personnes avec anxiété sociale | 600 mg, une fois | Moins d'anxiété déclarée lors d'une prise de parole simulée |
| McGuire et al., 2018 | 88 patients schizophrènes sous traitement | 1 000 mg par jour, 6 semaines | Écart faible sur les symptômes positifs, en complément du traitement |
| Kwee et al., 2022 | 80 patients anxieux en thérapie d'exposition | 300 mg par séance | Aucune différence avec le placebo |
Ces essais sont publiés par Bergamaschi et al., McGuire et al. et Kwee et al.. Ils testent des doses de 300 à 1 000 mg de CBD pur, et aucun n'a débouché sur une autorisation. Seul médicament autorisé ayant le CBD pour unique principe actif, l'Epidyolex est réservé aux crises d'épilepsie de trois maladies rares ; voir notre article sur le CBD et l'épilepsie. Ce que le cadre français permet d'en dire est détaillé dans notre point sur le CBD et le stress occasionnel.
Une précaution pratique : le CBD modifie l'activité de plusieurs enzymes du foie chargées de dégrader des antidépresseurs, des anxiolytiques ou des antiépileptiques. Si vous avez un suivi pour un trouble psychique, parlez-en à votre médecin avant d'en prendre. Le mécanisme est décrit dans notre article sur les interactions du CBD avec les médicaments.
Produit CBD : ce qu'il faut vérifier
Ce qui sépare un cannabis de rue d'un produit CBD, c'est le THC. L'arrêté du 30 décembre 2021 limite à 0,30 % la teneur en delta-9-THC des variétés de chanvre autorisées, de leurs extraits et des produits qui les contiennent. Notre article sur le taux de THC légal explique ce seuil.
Encore faut-il que ce plafond soit vérifié par une mesure. Sur le certificat d'analyse, la ligne du Δ⁹-THC doit être sous 0,30 % et le numéro de lot doit être celui du produit. Chaque ligne est expliquée dans notre guide pour lire un certificat d'analyse, et les méthodes de mesure sur la page laboratoire.
Où trouver de l'aide en France
Si l'anxiété envahit votre quotidien, si vous avez des idées noires ou si vous ne contrôlez plus votre consommation de cannabis, adressez-vous à un professionnel plutôt qu'à un produit. Trois dispositifs sont accessibles sans ordonnance.
- Mon soutien psy : jusqu'à 12 séances par an chez un psychologue partenaire, à 50 € la séance, remboursées à 60 % par l'Assurance maladie. Vous pouvez prendre rendez-vous directement sans passer par votre médecin.
- Le 3114 est le numéro national de prévention du suicide. Il est gratuit et joignable 24 h sur 24, 7 jours sur 7.
- Drogues Info Service répond au 0 800 23 13 13 : cette ligne d'écoute, ouverte 7 jours sur 7, permet de parler de sa consommation ou de celle d'un proche.
L'usage de cannabis est aussi pris en charge dans les consultations jeunes consommateurs et les centres d'addictologie (CSAPA). D'après l'OFDT, environ 54 000 personnes y ont été suivies pour le cannabis en 2022.
Questions fréquentes
Les études disponibles ne lui associent pas le risque psychotique observé avec le THC, et la CJUE a retenu en 2020 qu'il ne semblait pas avoir d'effet psychotrope. Les données sur le long terme restent rares. Le risque concret vient du produit, s'il contient plus de 0,30 % de THC ou un cannabinoïde de synthèse ajouté.
L'étude EU-GEI fixe le seuil de haute puissance à 10 %. Au-dessus, un usage quotidien multipliait par 4,8 le risque de trouble psychotique. La fréquence pèse autant que le taux.
La plupart des usagers ne développent pas de schizophrénie. Les études relèvent un risque accru, en particulier chez les jeunes hommes et chez ceux qui consomment chaque jour des produits très dosés. L'association qu'elles établissent est forte ; elle ne prédit pas le sort de chaque usager.
Demandez d'abord un avis médical. Le CBD agit sur des enzymes du foie qui éliminent de nombreux psychotropes et peut ainsi modifier leur concentration dans le sang. Votre médecin ou votre pharmacien est à même d'évaluer l'association.
Les fleurs et résines de CBD s'adressent aux adultes. Aucun produit CBD grand public n'est pensé pour un adolescent, dont le cerveau poursuit sa maturation.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.