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THCPO : l'ester du THCP, stupéfiant en France depuis 2024

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7 min de lectureMis à jour le

Le THCPO, ou THCP-O-acétate, est un THCP dont la fonction alcool a été convertie en ester acétate par synthèse chimique. Absent du chanvre, il n'a fait l'objet d'aucune étude sur ses effets chez l'humain. En France, il relève depuis le 3 juin 2024 de la décision de l'ANSM qui classe comme stupéfiants les dérivés du THC dont ce groupe est « estérifié ou non ».

Ballon de laboratoire d'où s'échappe une vapeur blanche, sur fond sombre

À retenir

  • Dans THCPO, THC-O ou HHC-O, le « O » signale un ester acétate, produit en laboratoire par réaction chimique.
  • Par rapport au THC, le THCPO a subi deux modifications : sa chaîne a été allongée à 7 carbones, puis il a été acétylé.
  • Les acétates de cannabinoïdes testés en vapoteuse dégagent du cétène, un gaz toxique pour les poumons.
  • La décision de l'ANSM ne nomme pas le THCPO ; sa définition générique l'englobe.
  • En France, un produit vendu comme « THCPO » ne peut pas être un produit CBD légal.

Ce que désigne le « O » de THCPO

Le suffixe « O » des noms commerciaux désigne un ester acétate. Le fabricant prend un cannabinoïde porteur d'un groupe hydroxyle (un OH, fonction alcool) et le fait réagir pour remplacer ce groupe par un acétate. Le THC devient ainsi THC-O, le HHC devient HHC-O, le HHCP devient HHCPO et le THCP devient THCPO.

Le THCPO résulte donc de deux transformations. En allongeant la chaîne latérale de 5 à 7 carbones, on obtient le THCP, que la plante ne produit qu'en traces. L'acétylation en position 1 du noyau, elle, n'a pas lieu dans la plante.

Schéma : le THC devient THCP par ajout de 2 carbones, puis THCPO par acétylation en position 1 ; la décision de l'ANSM de 2024 couvre les deux
Du THC au THCPO, et ce que couvre la décision de l'ANSM. Sources : Citti et al., 2019 ; ANSM, décision du 22 mai 2024

Le THCPO circule bel et bien. En 2025, un institut public japonais l'a identifié par résonance magnétique nucléaire dans des huiles vendues en ligne, aux côtés d'autres esters comme le THC-O-propionate ou le THCP-O-butanoate. En Allemagne, des traces de THCPO ont été détectées dans 7 des 79 échantillons saisis en Rhénanie-Palatinat entre 2021 et 2023, tous des fleurs.

Aucune donnée chez l'humain

En septembre 2026, PubMed ne recense sur le THCPO que des analyses de produits saisis ou achetés. Sa pharmacologie, sa toxicité et son devenir dans l'organisme humain n'ont fait l'objet d'aucune étude.

Le THC-O, plus ancien et plus répandu, n'est guère mieux documenté. En 2023, une enquête auprès de consommateurs a testé une idée propagée par des vendeurs, selon laquelle le THC-O aurait des effets psychédéliques. Parmi les répondants, 79 % ont jugé l'expérience « pas du tout » ou « un peu » psychédélique. Quant aux avis en ligne sur le THCPO, ils n'indiquent ni ce que contenait le produit ni la dose prise, et ne valent pas une mesure.

Chauffer un acétate : le problème du cétène

Le risque le mieux documenté vient du groupe acétate, plus que du cannabinoïde lui-même. Il a d'abord été décrit avec l'acétate de vitamine E, un additif retrouvé dans des liquides de vapotage : sous l'effet de la chaleur, ce groupe libère du cétène, un gaz toxique pour les poumons.

En 2022, des chimistes de l'université d'État de Portland ont vapoté trois acétates de cannabinoïdes (Δ⁸-THC-O, CBN-O et CBD-O). Ils ont retrouvé du cétène dans tous les condensats, y compris celui d'un produit du commerce. Publiée en 2026, une étude de l'université de Californie à Davis a chiffré le phénomène. Dans une vapoteuse du commerce, le groupe acétate se décomposait en cétène à plus de 99 %, soit un rendement de 1 à 4 % de cétène rapporté à la masse de cannabinoïde. Sans acétate, les mêmes cannabinoïdes ne produisaient aucun cétène.

Ces essais n'incluaient pas le THCPO. Il porte pourtant le même groupe acétate, à la même position que le THC-O, et rien n'autorise à penser qu'il se comporterait autrement une fois chauffé.

Le statut légal du THCPO en France

Entrée en vigueur le 3 juin 2024, la décision de l'ANSM du 22 mai 2024 ne nomme pas le THCPO. Elle s'appuie sur une définition générique : est stupéfiant tout dérivé du noyau benzo[c]chromène, le squelette chimique du THC, qui porte certaines substitutions. Deux de ces substitutions correspondent exactement au THCPO :

Position sur le noyauSubstitution visée par la décisionCe qu'elle couvre
Position 1Hydroxyle, estérifié ou nonL'ester acétate du THCPO, comme celui du THC-O
Position 3Chaîne alkyleLa chaîne à 7 carbones du THCP

L'ANSM nomme le THCP et le HHCPO, ester du HHCP. Le HHC-O avait été classé avant, en même temps que le HHC et le HHCP, à compter du 13 juin 2023. Ces étapes sont retracées dans notre chronologie de l'interdiction du HHC.

Les sanctions applicables sont celles des stupéfiants. L'article L3421-1 du Code de la santé publique punit l'usage d'un an d'emprisonnement et de 3 750 € d'amende, avec une amende forfaitaire de 500 €. La détention, le transport et la vente relèvent de l'article 222-37 du Code pénal, qui prévoit jusqu'à 10 ans d'emprisonnement.

Peu importe le nom commercial : dès lors qu'elle contient la molécule, une résine, une fleur ou une cartouche vendue sous l'étiquette THCPO est un stupéfiant.

Comment ne pas acheter de THCPO sans le savoir

Le THCPO n'apparaît pas toujours sur l'étiquette. Dans l'étude allemande, les esters se trouvaient surtout en traces, mêlés à d'autres cannabinoïdes de synthèse. En juin 2025, l'ANSM et l'Anses ont rapporté plusieurs centaines d'intoxications depuis début 2024 chez des consommateurs de produits présentés comme contenant du CBD. Le THC ou des cannabinoïdes de synthèse non signalés en étaient le plus souvent la cause.

Trois vérifications limitent ce risque :

  1. Le certificat d'analyse doit porter le numéro du lot vendu et lister les cannabinoïdes recherchés ; chaque ligne est détaillée dans notre guide pour lire un certificat d'analyse.
  2. Les semi-synthétiques (HHC, THCP, esters en « O ») figurent parmi les molécules recherchées par le laboratoire, avec la mention « non détectés ».
  3. Le prix et le discours correspondent à du CBD. Si un produit « au chanvre » promet un effet « plus fort », méfiez-vous.

Pour aller plus loin, voyez nos conseils pour repérer les cannabinoïdes de synthèse et notre article sur le PTC.

Questions fréquentes

Non. Le THCP, dont il dérive, n'existe qu'en traces dans certaines fleurs à dominante THC, et l'acétylation se fait en laboratoire.

Ce sont deux esters acétate. Le THCPO vient du THCP, le HHCPO du HHCP, version hydrogénée du THCP. En 2024, l'ANSM a nommé le HHCPO dans sa décision, et la même définition générique couvre le THCPO.

Il n'existe aucune étude chez l'humain. Les avis publiés en ligne ne précisent ni la composition réelle du produit ni la dose, et plusieurs analyses de saisies révèlent des mélanges de molécules de synthèse.

Vapotés, les acétates de cannabinoïdes testés libèrent du cétène, un gaz toxique pour les poumons. Le THCPO ne faisait pas partie des tests, mais il porte le même groupe acétate.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.