Gorilla Glue #4 : l'accident de 2012 et le procès de 2017
La Gorilla Glue #4, aujourd'hui appelée GG4, est une variété de cannabis américaine à THC dominant, née vers 2012 d'une pollinisation imprévue entre Chem's Sister, Sour Dubb et Chocolate Diesel. Ses éleveurs, connus sous les pseudonymes Josey Whales et Lone Watie, lui ont donné le nom d'une marque de colle à cause de sa résine collante, et le fabricant de cette colle a poursuivi leur société, GG Strains, en 2017. En France, une fleur de CBD conforme vendue sous ce nom vient d'une autre plante, une variété de chanvre inscrite au catalogue.

- 01Gorilla Glue #4 en bref : sa carte d'identité
- 02Qui a créé la Gorilla Glue, et comment
- 03Le procès de 2017 : une colle contre une plante
- 04Pourquoi une variété aussi résineuse a tant circulé
- 05Quel est le profil aromatique mesuré de la Gorilla Glue ?
- 06Un nom de variété ne garantit pas la génétique
- 07Existe-t-il des graines de Gorilla Glue ?
- 08Gorilla Glue CBD : le même nom, une autre plante
- 09Gorilla Glue CBD : que vérifier sur une fleur vendue sous ce nom ?
- 10Questions fréquentes
À retenir
- La variété est apparue vers 2012 chez GG Strains, à Las Vegas, à la suite d'un croisement que ses éleveurs n'avaient pas prévu, puis elle a circulé sous forme de boutures.
- Sa résine aurait été si collante que le téléphone de l'éleveur lui serait resté collé à la main, d'où le nom.
- Le fabricant de la colle Gorilla Glue a porté plainte le 24 mars 2017 devant un tribunal fédéral de l'Ohio ; l'ordonnance d'accord signée le 21 septembre 2017 interdit à GG Strains le mot « Gorilla » aux États-Unis.
- Dix échantillons vendus comme Gorilla Glue #4 et analysés en Californie en 2015 et 2016 avaient le β-caryophyllène pour terpène principal, devant le limonène et le myrcène.
- Analysée en 2022, une variété de chanvre italienne vendue comme « Gorilla Glue » descend d'une variété de chanvre industriel, Carmagnola CS.
- Quel que soit son nom, une fleur de CBD s'évalue sur l'analyse de son lot, qui doit indiquer au plus 0,30 % de Δ⁹-THC.
Gorilla Glue #4 en bref : sa carte d'identité
La Gorilla Glue #4, aujourd'hui GG4, est une variété de cannabis à THC dominant obtenue vers 2012 par GG Strains, une société de Las Vegas, et diffusée sous forme de boutures. Rien n'établit de lien génétique entre elle et les fleurs de chanvre vendues sous son nom en Europe.
| Élément | Ce qu'en disent les sources | Source |
|---|---|---|
| Nom d'origine | Gorilla Glue #4 | plainte de 2017, § 31 |
| Noms actuels | GG4, ou Original Glue | GG Strains, page de la marque sur Leafly |
| Sélections sœurs | GG1 (Sister Glue) et GG5 (New Glue), autrefois Gorilla Glue #1 et #5 | GG Strains, sur Leafly ; Boulder Weekly |
| Obtenteur | GG Strains LLC, société du Nevada établie à Las Vegas | ordonnance du 21 septembre 2017, § 3 |
| Année | vers 2012 | Boulder Weekly, 19 octobre 2017 |
| Parents annoncés | Chem's Sister × Sour Dubb × Chocolate Diesel | Boulder Weekly ; GG Strains |
| Diffusion | par boutures, « des centaines » remises à des cultivateurs ; « clone only » selon l'obtenteur | plainte, § 32 ; GG Strains |
| Authentification | en 2017, GG Strains vérifiait par génotypage l'authenticité des plantes commercialisées par ses partenaires agréés | ordonnance, § 13 |
| Chimiotype | THC dominant, avec un CBD sous le seuil de quantification, d'après l'analyse de plants « Gorilla Glue » d'un cultivateur de l'Ontario | Ahrens et al., Plants, 2024 |
| Terpène principal | β-caryophyllène, dans 10 échantillons californiens de 2015-2016 | Fischedick, 2017, détaillé plus bas |
| Statut en France | cannabis relevant du régime des stupéfiants, hors de la dérogation accordée au chanvre | paragraphe suivant |
En France, le cannabis est classé comme stupéfiant sans distinction de variété, et l'article R. 5132-86 du code de la santé publique en interdit notamment la production, la détention, l'offre, la cession, l'acquisition et l'emploi. L'arrêté du 30 décembre 2021 n'autorise, par dérogation, que les variétés de Cannabis sativa L. inscrites aux catalogues européen ou français dont la teneur en Δ⁹-THC est de 0,30 % au plus. Cultivar à THC dominant, la GG4 n'entre pas dans cette dérogation : sa culture, sa détention et sa vente relèvent du régime des stupéfiants. Pour une question sur le cannabis ou ses risques, Drogues Info Service répond gratuitement et anonymement au 0 800 23 13 13.
Qui a créé la Gorilla Glue, et comment
La Gorilla Glue #4 est issue de GG Strains, une société du Nevada installée à Las Vegas. D'après la plainte déposée contre elle en 2017, elle a été fondée par deux hommes qui se font appeler Josey Whales et Lone Watie, et qui se présentent comme les éleveurs d'origine de la variété. Selon le même document, ils l'ont inscrite à des compétitions et en ont distribué des centaines de boutures à des cultivateurs.
L'origine se raconte en peu de mots. Un article du Boulder Weekly d'octobre 2017 la fait naître en 2012 d'une « liaison accidentelle » entre des plants de Chem's Sister, Sour Dubb et Chocolate Diesel. Le numéro renvoie à un phénotype, c'est-à-dire une plante retenue parmi ces descendants. GG Strains vendait aussi des Gorilla Glue #1 et #5. Selon la société, la GG4 a été la première de ses sélections diffusée au public, et la GG1 (Sister Glue) comme la GG5 (New Glue) ne sont sorties qu'à l'hiver 2016, en diffusion limitée.
Quant au nom, il vient d'une anecdote que la plainte reprend d'une interview de l'éleveur. Après avoir taillé les fleurs, Josey Whales aurait constaté que son téléphone lui restait collé à la main. La plante, aurait-il dit à son interlocuteur, le faisait « coller comme de la Gorilla Glue », une marque de colle américaine. La plainte situe ce choix dans l'ouest des États-Unis, « au début ou au milieu des années 2010 » ; la date de 2012 vient de la presse. Le Boulder Weekly prête aussi à la variété plusieurs Cannabis Cups en quelques années, et les deux victoires que nous avons pu dater sont présentées plus bas.
Le procès de 2017 : une colle contre une plante
Le fabricant de la colle a réagi. Le 24 mars 2017, The Gorilla Glue Company, entreprise de l'Ohio, a assigné GG Strains devant le tribunal fédéral du district sud de l'Ohio, sous le numéro 1:17-cv-00193 (registre de l'affaire). La plainte invoquait la contrefaçon de marque, la dilution de marque, la concurrence déloyale et le cybersquatting, c'est-à-dire l'usage abusif d'un nom de domaine.
L'argument principal était commercial. Selon la plainte, les consommateurs associent une résine « collante » à un cannabis de qualité, et GG Strains aurait choisi ce nom pour profiter de la notoriété de la colle. GG Strains contestait ces griefs. D'après le Boulder Weekly, elle soutenait que les deux marques pouvaient coexister, et le 22 mai 2017 elle a demandé au tribunal de rejeter la plainte pour incompétence et mauvais choix de juridiction, ou à défaut de renvoyer l'affaire devant un autre tribunal.
Que prévoit l'accord qui a clos le procès en 2017 ?
Le litige s'est terminé par une ordonnance d'accord et d'injonction permanente, signée le 21 septembre 2017 par le juge Michael R. Barrett et enregistrée le lendemain. Sans reconnaître de faute, GG Strains y renonce au mot « Gorilla » aux États-Unis et s'engage à céder au fabricant de colle, le 1er janvier 2020, ses droits sur les noms Gorilla Glue #1, #4 et #5.
| Date | Étape | Source |
|---|---|---|
| 24 mars 2017 | Dépôt de la plainte | registre, pièce 1 |
| 22 mai 2017 | GG Strains demande le rejet de la plainte ou le renvoi de l'affaire | registre, pièce 16 |
| 19 septembre 2017 | Accord transactionnel entre les parties, non publié ; projet d'ordonnance déposé le même jour | ordonnance, § 18 (b) ; registre, pièce 27 |
| 21 septembre 2017 | Ordonnance signée, enregistrée le 22 : affaire close définitivement, chaque partie gardant ses frais d'avocat | ordonnance, § 18 (j) et (k) |
| 18 décembre 2017 | Fin des 90 jours pendant lesquels GG Strains et ses licenciés peuvent garder les anciens noms ; ensuite, un ancien nom ne peut plus suivre qu'un nouveau nom et la mention « formerly known as » (anciennement) | ordonnance, § 18 (d) et (g) |
| septembre 2018 | Fin des 12 mois accordés à GG Strains pour abandonner le mot « Gorilla », les images de gorille et la mention « formerly known as » | ordonnance, § 18 (d) et (g) |
| 1er janvier 2020 | Retrait de la page « History » du site de GG Strains, transfert du domaine gorillaglue4.com au fabricant de colle, cession des noms Gorilla Glue #1, #4 et #5 | ordonnance, § 18 (d), (e) et (f) |
L'ordonnance s'applique aussi aux cultivateurs et aux dispensaires agréés par GG Strains, avec une exception lorsque la réglementation d'un État interdit de renommer une plante déjà enregistrée sous l'ancien nom. GG Strains avait d'ailleurs déposé « Gorilla Glue #4 » comme marque au Colorado (§ 15). Les interdictions d'usage du nom sont limitées aux États-Unis : la reconnaissance des marques du fabricant, l'abandon du mot « Gorilla » et l'interdiction faite aux licenciés valent « in the United States » (§ 18 (a), (d) et (g)). L'ordonnance ne mentionne pas le nom GG4. D'après le Boulder Weekly, l'accord a renommé les variétés GG4, GG1 et GG5. Sur sa page Leafly, GG Strains présente aujourd'hui la GG4 sous le nom d'Original Glue.
Le nom d'origine survit pourtant sur des fleurs de CBD vendues en Europe. Les interdictions de l'ordonnance ne visent pas ce marché, mais la plainte de 2017 indiquait que le fabricant avait aussi des marques enregistrées hors des États-Unis, notamment dans l'Union européenne (§ 27).
Pourquoi une variété aussi résineuse a tant circulé
La résine de la Gorilla Glue vient des trichomes, ces petites glandes qui couvrent les fleurs femelles. Comme le rappelle une étude publiée en 2020 dans Scientific Reports, les cannabinoïdes et les terpènes y sont produits et stockés. Une plante riche en trichomes fournit beaucoup de matière pour les extraits et le hash, et intéresse donc les cultivateurs comme les fabricants de résine. Le rôle des trichomes dans la plante est expliqué dans notre article sur les trichomes.
Sa diffusion a fait le reste, avec des centaines de boutures distribuées, des prix en compétition et un nom qui se retient. On retrouve le parcours d'autres variétés très répandues, comme l'OG Kush, dont le nom a lui aussi voyagé bien au-delà de la plante d'origine.
Quels concours la Gorilla Glue a-t-elle remportés ?
Deux victoires sont documentées en 2014 : la catégorie hybride de la Cannabis Cup de Los Angeles en février, puis celle de la Medical Cannabis Cup du Michigan en juillet. Dans les deux cas, les résultats nomment l'établissement qui avait présenté la plante : Standard Seed Collective, puis Herbal Solutions.
| Concours organisé par High Times | Date | Résultat | Présentée par | Source |
|---|---|---|---|---|
| Cannabis Cup de Los Angeles, à San Bernardino | février 2014 | 1re place, catégorie hybride | Standard Seed Collective | Leafly, 11 février 2014 |
| Medical Cannabis Cup du Michigan | résultats publiés le 27 juillet 2014 | 1re place, catégorie hybride | Herbal Solutions | High Times |
GG Strains revendique aussi une première place à la World Cup organisée par High Times en Jamaïque en 2015. La page de résultats de l'organisateur, datée du 15 novembre 2015 et consultée dans sa copie archivée, ne couvre que les catégories de la Jamaican Cup (indica, sativa, hash, culture et prix du public) et ne cite pas la Gorilla Glue. Faute d'autre source de l'organisateur, cette victoire reste à vérifier. Ces prix ont aidé le nom à circuler ; ils ne disent rien de la plante vendue aujourd'hui sous ce nom.
Quel est le profil aromatique mesuré de la Gorilla Glue ?
Dix échantillons de Gorilla Glue #4 analysés en Californie entre 2015 et 2016 avaient le β-caryophyllène pour terpène principal, suivi du limonène et du myrcène en quantités voisines. Ce profil vaut pour ces lots : il ne garantit rien sur une fleur vendue sous ce nom aujourd'hui.
Ces données viennent d'une étude de Justin Fischedick, parue en 2017 dans Cannabis and Cannabinoid Research. Un laboratoire californien y a dosé les terpènes de 233 échantillons de 30 variétés riches en THC, tous remis par le même dispensaire médical de Hayward entre février 2015 et février 2016. Chaque échantillon portait le nom que lui donnait le dispensaire, et les lots venaient en général de plusieurs producteurs. Pour la Gorilla Glue #4, les moyennes des dix échantillons sont les suivantes.
| Terpène (Fischedick, 2017) | Moyenne, en mg par gramme de fleur | Soit, en % de la fleur |
|---|---|---|
| β-caryophyllène | 7,8 | 0,78 |
| limonène | 4,2 | 0,42 |
| myrcène | 3,8 | 0,38 |
| humulène | 2,5 | 0,25 |
| linalol | 0,9 | 0,09 |
| α-bisabolol | 0,9 | 0,09 |
| β-pinène | 0,6 | 0,06 |
Notre article sur les terpènes du CBD explique comment passer d'une unité à l'autre : 7,8 mg par gramme représentent 0,78 % du poids de la fleur. Dans le classement de l'étude, la Gorilla Glue #4 appartient au groupe dominé par le β-caryophyllène, aux côtés des variétés de la famille Cookies, dont la Girl Scout Cookies. Elle y forme pourtant sa propre classe, baptisée « Glue » et partagée avec la Super Glue : après le β-caryophyllène viennent le limonène et le myrcène dans un rapport proche de 1 pour 1, alors que les Cookies associent plutôt le limonène et l'humulène.
Les descriptions de dégustation sont d'une autre nature. GG Strains annonce un arôme terreux, de pin et de chocolat, et un goût « chimique » rappelant le diesel. Pour ces notes de type « gas » ou diesel, une étude publiée en 2023 dans ACS Omega désigne une famille de composés soufrés que la plante produit en faibles quantités, plutôt que les terpènes. Ses auteurs décrivent l'odeur attendue d'une Gorilla Glue comme âcre, soufrée et épicée.
Une « Gorilla Glue » de chanvre italienne, présentée plus bas, a aussi été analysée. Les deux profils ont un point commun, le caryophyllène en tête, mais ils n'ont pas été mesurés de la même façon :
| Mesure | GG4, Californie (Fischedick, 2017) | « Gorilla Glue » de chanvre, Italie (Mazzara et al., 2022) |
|---|---|---|
| Échantillons | 10 lots vendus sous ce nom, 2015-2016 | fleurs récoltées en septembre et octobre 2020 |
| Terpène principal | β-caryophyllène, 7,8 mg par gramme de fleur | (E)-caryophyllène, 18,9 g pour 100 g d'huile essentielle |
| Limonène | 4,2 mg par gramme de fleur | 6,8 g pour 100 g d'huile essentielle |
| Myrcène | 3,8 mg par gramme de fleur | 7,2 g pour 100 g d'huile essentielle |
| Sélinadiènes | non recherchés | sélina-3,7(11)-diène et sélina-4(15),7(11)-diène, 12,5 % et 7,1 % de l'huile essentielle |
| Formes du β-pinène et du linalol | non recherchées | (−)-β-pinène et (+)-linalol seulement |
Les unités diffèrent d'une colonne à l'autre : la fleur entière d'un côté, l'huile essentielle obtenue par distillation de l'autre. Les chiffres ne se comparent donc pas entre eux ; seul l'ordre des terpènes peut l'être.
Le profil change aussi avec le temps. En Allemagne, une fleur de cannabis médical étiquetée « Gorilla Glue 4 », conservée plusieurs mois à température ambiante dans son emballage d'origine et analysée après sa date limite d'utilisation, gardait le limonène parmi ses monoterpènes dominants. Sa teneur en monoterpènes avait pourtant nettement baissé, celle du myrcène surtout, alors que les sesquiterpènes restaient conformes aux indications du fabricant (Hundertmark et al., Drug Testing and Analysis, 2026).
Un nom de variété ne garantit pas la génétique
Un nom très répandu renseigne mal sur le contenu du sachet. En 2019, une étude parue dans le Journal of Cannabis Research a analysé l'ADN de 122 échantillons de 30 variétés, achetés dans 20 dispensaires de trois États américains. Ses auteurs ont observé des différences génétiques significatives entre échantillons vendus sous le même nom.
La chimie n'est pas plus fiable. Une équipe a examiné 89 923 échantillons testés en laboratoire dans six États. Elle a conclu en 2022 que les noms commerciaux ne correspondent pas de façon constante à la composition mesurée en cannabinoïdes et en terpènes. Ni l'une ni l'autre de ces études ne portait sur la Gorilla Glue.
Un cas publié la concerne pourtant directement. Dans l'étude de 2023 parue dans ACS Omega, une équipe de chercheurs a comparé des extraits de cannabis provenant de dispensaires de la région de Los Angeles. Celui qui était vendu comme « Gorilla Glue » sentait l'agrume et la mandarine, une odeur que les auteurs attribuent à des thiols, des composés soufrés : le 3-mercaptohexanol et deux de ses esters. Une Gorilla Glue n'étant pas réputée sentir ainsi, ils jugent l'échantillon probablement mal étiqueté et issu d'une autre variété.
Le contrôle décrit dans le dossier judiciaire est génétique : d'après l'ordonnance de 2017, GG Strains vérifiait alors par génotypage l'authenticité des plantes de ses partenaires. Hors d'un tel contrôle, le nom seul ne prouve rien sur la plante.
Existe-t-il des graines de Gorilla Glue ?
Selon son obtenteur, la GG4 d'origine ne se diffuse qu'en bouture. Une graine vendue sous ce nom ne la reproduit donc pas : elle donne une plante génétiquement nouvelle. En France, la réglementation du chanvre interdit en outre le bouturage et la vente de plants.
La plainte de 2017 parle de « centaines » de boutures remises à des cultivateurs, et GG Strains présente toujours la GG4 comme « clone only », disponible uniquement en bouture. Une bouture est un fragment de la plante mère : elle en garde le patrimoine génétique. Une graine naît au contraire de la fécondation entre deux parents et mélange leurs gènes, si bien que deux graines d'un même sachet peuvent donner des plantes différentes.
En France, l'arrêté du 30 décembre 2021 impose que les fleurs et les feuilles de chanvre soient produites à partir de plantes issues de semences certifiées. Il interdit la vente de plants et la pratique du bouturage, et seuls des agriculteurs actifs peuvent cultiver des fleurs et des feuilles de chanvre. Le Conseil d'État n'a annulé, le 29 décembre 2022, que le II de l'article 1er de cet arrêté, qui interdisait la vente de fleurs brutes. Le 26 mars 2025, il a rejeté une demande d'abrogation qui contestait ces trois règles. Un cultivar à THC dominant diffusé seulement par boutures n'a donc aucune place dans la filière française du chanvre. Le statut des graines et les sanctions prévues en cas de culture sont détaillés dans notre article sur les graines de CBD, et l'histoire de l'arrêté dans notre dossier sur l'interdiction de 2021 et son annulation.
Gorilla Glue CBD : le même nom, une autre plante
En Europe, on trouve ce nom sur du chanvre à faible teneur en THC. Dans la revue Plants, une équipe italienne a publié en 2022 l'analyse de neuf variétés de chanvre commerciales, dont une vendue sous le nom « Gorilla Glue ». Selon les auteurs, celle-ci dérive, comme la variété 24 K, de la variété industrielle Carmagnola CS, et rien n'indique de parenté avec la GG4 américaine.
Les mesures de l'équipe, faites sur des fleurs récoltées à l'automne 2020, décrivent un chanvre riche en CBDA, dont le profil terpénique est détaillé plus haut :
| Mesure (Mazzara et al., 2022) | « Gorilla Glue » italienne |
|---|---|
| CBDA dans la fleur séchée | 63,5 mg par gramme, soit environ 6,4 % |
| Δ⁹-THC dans la fleur séchée | 0,16 mg par gramme, soit 0,016 % |
| Famille de terpènes dominante | sesquiterpènes |
| Terpène principal | (E)-caryophyllène |
Le (E)-caryophyllène, autre nom du bêta-caryophyllène, est un terpène poivré présenté en détail dans notre article sur le bêta-caryophyllène. Ce profil vaut pour cette plante et ce lot uniquement, et non pour tout ce qui porte le même nom.
En France, une fleur est légale si elle provient d'une variété inscrite au catalogue européen ou français et si le produit fini contient au plus 0,30 % de Δ⁹-THC. Le Conseil d'État a annulé le 29 décembre 2022 l'interdiction de vendre les fleurs brutes. Le nom commercial d'une fleur diffère souvent de celui de sa variété inscrite, et notre guide du catalogue européen des variétés explique pourquoi.
Phytogrammes ne vend pas de fleur sous ce nom. Pour comparer des fleurs de CBD, notre grille pour choisir un CBD sur des critères vérifiables part du lot et de sa variété, jamais du nom.
Gorilla Glue CBD : que vérifier sur une fleur vendue sous ce nom ?
Sur une fleur de CBD, le nom « Gorilla Glue » n'engage ni la génétique ni la composition : seuls le certificat d'analyse du lot et la variété de chanvre d'origine renseignent. Une étude d'addictovigilance soutenue par la MILDECA a d'ailleurs constaté en 2023 que, parmi les produits au CBD dont l'étiquette annonçait une teneur, 19 % seulement la respectaient à 20 % près.
Les centres d'addictovigilance de Paris, Lyon et Montpellier et le laboratoire de toxicologie du CHU de Lille ont acheté 223 produits au CBD en juillet 2022 et en avril 2023, dont 66 % sur des sites de vente en ligne. Les produits à inhaler en représentaient 85 % : fleurs, résines, pollens, liquides de vapotage. Selon leur note de synthèse, 12,5 % dépassaient 0,3 % de Δ⁹-THC, avec un maximum de 1,2 %. Un produit sur deux seulement affichait sa composition, 69 % contenaient moins de CBD qu'annoncé, et 5,4 % renfermaient du HHC, du Δ⁸-THC ou du H4-CBD absents de l'étiquette. Ces chiffres valent pour l'ensemble des produits étudiés, toutes catégories confondues, et les auteurs précisent que leur panel n'est pas représentatif du marché.
Devant une fleur vendue sous ce nom, voici les points à contrôler :
- le numéro du lot et la date d'analyse sur le certificat, qui doivent correspondre au sachet ; notre méthode pour lire un certificat d'analyse reprend chaque ligne ;
- une teneur en Δ⁹-THC de 0,30 % au plus, seuil expliqué dans notre article sur le taux de THC légal et vérifiable avec notre outil de contrôle du taux de THC ;
- le CBD et le CBDA indiqués séparément, puisque la fleur contient surtout la forme acide, comme la « Gorilla Glue » italienne (ce que disent les certificats sur le taux de CBD) ;
- un profil terpénique s'il est fourni, sachant qu'un terpène absent ne rend pas une fleur non conforme ;
- la variété de chanvre d'origine, qui doit figurer aux catalogues européen ou français ;
- le séchage et l'affinage, qui pèsent sur l'arôme et la conservation (séchage et curing) ;
- la couverture de trichomes, visible à la loupe ;
- l'âge du lot, puisque les monoterpènes diminuent avec le temps, comme sur l'échantillon allemand cité plus haut (lire la DDM d'une fleur).
La même note rappelle que le CBD n'est pas inerte sur le plan pharmacologique : sa consommation peut provoquer somnolence et troubles de la vigilance, et sa prise avec des médicaments demande un avis médical, des interactions ayant été décrites. Les auteurs proposent aussi d'afficher sur les étiquettes une interdiction d'usage avant 18 ans et pendant la grossesse ou l'allaitement ; ce sont des propositions. Aucun texte français ne fixe d'âge légal pour le CBD lui-même, mais les produits du vapotage, e-liquides au CBD compris, ne peuvent pas être vendus aux mineurs. Pour une association avec un traitement, notre outil sur les interactions donne des repères ; pour la route, consultez notre outil sur les tests salivaires.
Questions fréquentes
Elle a été créée par deux éleveurs de GG Strains, une société du Nevada, connus sous les pseudonymes Josey Whales et Lone Watie. Selon la presse de 2017, la variété est issue en 2012 d'un croisement imprévu entre Chem's Sister, Sour Dubb et Chocolate Diesel.
D'après la plainte de 2017, qui reprend une interview de l'éleveur, la résine était si collante qu'après la taille des fleurs son téléphone lui serait resté collé à la main. Il aurait dit que la plante le faisait coller « comme de la Gorilla Glue », du nom d'une marque de colle américaine.
GG reprend les initiales de Gorilla Glue, et 4 le numéro de la plante retenue par GG Strains. Le fabricant de la colle a poursuivi la société pour contrefaçon de marque en mars 2017, et l'ordonnance d'accord de septembre 2017 lui interdit le mot « Gorilla » aux États-Unis. D'après le Boulder Weekly, l'accord a renommé les variétés GG4, GG1 et GG5 ; GG Strains présente aussi la GG4 sous le nom d'Original Glue.
Dans dix échantillons californiens analysés en 2015 et 2016, le β-caryophyllène dominait (7,8 mg/g en moyenne), devant le limonène (4,2 mg/g) et le myrcène (3,8 mg/g). La « Gorilla Glue » de chanvre italienne analysée en 2022 est elle aussi menée par le caryophyllène, mais elle contient des sélinadiènes que l'étude californienne ne recherchait pas.
Oui, à condition que la fleur provienne d'une variété de chanvre inscrite au catalogue et que le produit fini contienne au plus 0,30 % de Δ⁹-THC. Le nom n'en apporte aucune preuve : seule l'analyse du lot permet de le vérifier.
Rien ne permet de l'affirmer. L'originale mesurée en 2015-2016 et la version italienne de 2022 sont toutes deux dominées par le caryophyllène, mais ce sont deux plantes différentes, mesurées avec des méthodes différentes, et l'arôme d'un lot dépend aussi de sa fraîcheur. Seul le profil terpénique du lot, quand il est publié, renseigne.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.
Par une ordonnance d'accord et d'injonction permanente signée le 21 septembre 2017 par le juge Michael R. Barrett, dans l'affaire 1:17-cv-00193 du district sud de l'Ohio. L'affaire a été close sans reconnaissance de faute, chaque partie a gardé ses frais, et GG Strains devait céder au fabricant ses droits sur les noms Gorilla Glue #1, #4 et #5 le 1er janvier 2020.