TerpèneMonoterpène
Myrcène
C₁₀H₁₆136,23 g/mol
Terpène majeur du chanvre et du houblon, sans activité mesurée sur CB1 ni CB2 ; sédatif chez la souris à forte dose.
En clair
Le myrcène est l'un des parfums naturels les plus présents dans le chanvre, et on le trouve aussi dans le houblon, la citronnelle ou les agrumes. C'est un terpène, pas un cannabinoïde : en laboratoire, il ne se fixe pas sur les récepteurs CB1 et CB2 et ne modifie pas l'action du THC sur ces récepteurs. Des effets sédatifs ont été observés chez la souris, à des doses élevées ; ils n'ont pas été étudiés chez l'être humain.
Récepteurs et activité
- CB1Sans activité mesurée
Aucune hyperpolarisation ; réponses au Δ9-THC et au CP55,940 inchangées
Santiago et al. 2019, Cannabis Cannabinoid Res (nouvel onglet) · potentiel de membrane (FLIPR), cellules AtT20 exprimant le CB1 humain ; seul de 300 pM à 30 µM, et à 100 nM ou 10 µM associé au Δ9-THC (10 µM)
- CB2Sans activité mesurée
Aucune hyperpolarisation ; réponses au Δ9-THC et au CP55,940 inchangées
Santiago et al. 2019, Cannabis Cannabinoid Res (nouvel onglet) · potentiel de membrane (FLIPR), cellules AtT20 exprimant le CB2 humain ; seul de 300 pM à 30 µM, et à 100 nM ou 10 µM associé au Δ9-THC (10 µM)
- CB1Sans activité mesurée
Pas de déplacement du radioligand ni d'effet sur l'AMPc, seul ou avec le Δ9-THC ou le 2-AG
Finlay et al. 2020, Front Pharmacol (nouvel onglet) · déplacement du [3H]CP55,940 sur membranes de cellules HEK et AMPc (BRET CAMYEL), CB1 humain ; 10 µM
- CB2Sans activité mesurée
Pas de déplacement du radioligand ni d'effet sur l'AMPc, seul ou avec le Δ9-THC ou le 2-AG
Finlay et al. 2020, Front Pharmacol (nouvel onglet) · déplacement du [3H]CP55,940 sur membranes de cellules HEK et AMPc (BRET CAMYEL), CB2 humain ; 10 µM
- CB1Sans activité mesurée
Pas d'activation de Gi ; réponses au CP55,940, au 2-AG et à l'anandamide inchangées
Alayoubi et al. 2025, Pain (nouvel onglet) · activation des protéines Gαi1 et Gαo (BRET TRUPATH), cellules HEK293T exprimant le CB1 humain ; 10 µM
- TRPV1Agoniste
Activation à des concentrations micromolaires (courants de forte amplitude à 150 µM) ; pas d'EC50 rapportée
Jansen et al. 2019, Channels (Austin) (nouvel onglet) · flux calcique et courants en patch-clamp, cellules HEK à expression inductible de TRPV1 humain ou de rat ; réponse inhibée par la capsazépine
- CYP2B1Inhibiteur
Ki = 140 nM · rat
De-Oliveira et al. 1997, Toxicol Lett (nouvel onglet) · activité pentoxyrésorufine-O-dépentylase (PROD), microsomes hépatiques de rats traités au phénobarbital ; inhibition compétitive (CI50 = 0,14 µM)
Effets mesurés
Non caractérisé. Aucun essai humain contrôlé contre placebo n'a mesuré les effets de Myrcène : aucun niveau n'est donc affiché.
Niveaux calculés à partir d'essais humains contrôlés contre placebo : écart au placebo sur 100, à la dose et par la voie indiquées. Lire la méthode
Point d’ébullition
- α-Pinène156 °C
- Myrcène167 °C
- Limonène178 °C
- Linalol198 °C
- β-Caryophyllène256 °C
À pression atmosphérique, parmi les terpènes du profil.
Sources : Myrcène, PubChem (HSDB), Limonène, NIST Chemistry WebBook, β-Caryophyllène, PubChem (JECFA), Linalol, PubChem (CRC Handbook), α-Pinène, PubChem (HSDB).
Pharmacologie
Le myrcène (β-myrcène) est un monoterpène acyclique, l'un des terpènes les plus abondants du cannabis ; c'est un terpène, et non un cannabinoïde. Trois études in vitro n'ont mesuré aucune activité directe sur les récepteurs CB1 et CB2 humains, ni liaison, ni activation, ni modulation de la réponse au Δ9-THC (Santiago 2019 ; Finlay 2020 ; Alayoubi 2025) : ces résultats ne soutiennent pas l'hypothèse d'un « effet d'entourage » passant par ces récepteurs. Chez l'animal, il a montré des effets antinociceptifs chez la souris (Rao 1990 ; Alayoubi 2025) et chez le rat (Lorenzetti 1991 ; McDougall 2022), parfois bloqués par des antagonistes cannabinoïdes, ainsi que des effets sédatifs et myorelaxants chez la souris à 100 et 200 mg/kg par voie intrapéritonéale, avec une prolongation d'environ 2,6 fois du sommeil induit par un barbiturique à 200 mg/kg (do Vale 2002). In vitro, il active aussi le canal TRPV1 (Jansen 2019). Aucune étude de sa pharmacocinétique chez l'être humain n'avait été publiée selon le National Toxicology Program (NTP 2010), et une revue de 2021 relève que les études chez l'humain manquent (Surendran 2021). Administré par gavage à fortes doses pendant deux ans, il a induit des tumeurs rénales chez le rat mâle et hépatiques chez la souris mâle (NTP 2010) ; le Centre international de recherche sur le cancer l'a classé dans le groupe 2B, et la FDA a retiré en 2018 le myrcène de synthèse de la liste des aromatisants autorisés en application de la clause Delaney, tout en jugant improbable qu'il induise des tumeurs chez l'humain aux niveaux d'exposition actuels.
Cadre légal
- International
Non inscrit aux conventions de contrôle
OICS, liste jaune (65e éd., 2026) et liste verte (36e éd., 2025) (nouvel onglet)
- Union européenne
Substance aromatisante autorisée (FL 01.008) ; non contrôlé
- France
Non classé comme stupéfiant
ANSM, liste consolidée des stupéfiants, mise à jour du 26/06/2026 (nouvel onglet)
Sources : EUR-Lex, UNODC, CND, ANSM, IUPHAR/BPS, ChEBI, EUDA. Notre méthode.
Pour aller plus loin
Monoterpène très répandu dans le règne végétal : constituant majeur de l'huile essentielle de houblon (NTP 2010), principal composant analgésique identifié dans l'huile essentielle de citronnelle, Cymbopogon citratus (Lorenzetti 1991), présent aussi dans les agrumes (FDA 2018). Le chanvre le produit lui-même : dans les inflorescences femelles de 22 plants de la variété « Finola », il représentait en moyenne 27 ± 21 % des monoterpènes (Booth 2017), et il figure, avec le β-caryophyllène et le limonène, parmi les trois terpènes aux plus fortes teneurs moyennes dans 42 843 échantillons de cannabis commercial analysés aux États-Unis (Smith 2022). C'est un terpène, et non un cannabinoïde.
Monoterpène acyclique formé à partir du pyrophosphate de géranyle (GPP) par des terpène synthases. Le GPP, précurseur à dix carbones des monoterpènes, généralement issu de la voie du MEP, sert aussi de brique à la biosynthèse des cannabinoïdes (Booth 2017). Dans le chanvre, deux myrcène synthases à produit unique ont été caractérisées fonctionnellement : CsTPS3FN, de la variété « Finola », et CsTPS30PK, de la variété Purple Kush, qui ne forment que du myrcène à partir du GPP et ne partagent que 54,5 % d'identité en acides aminés ; d'autres terpène synthases du chanvre en produisent aussi, dont CsTPS5FN, pour laquelle il est le monoterpène majoritaire (37 % des produits) (Booth 2017).
Monoterpène acyclique à dix carbones (C10H16), sans cycle, sans atome d'oxygène et sans stéréocentre : une chaîne octa-1,6-diène portant un méthylène en position 3 et un méthyle en position 7 (ChEBI). Le motif formé par les carbones 1, 2, 3 et 10 est un diène conjugué apparenté au 1,3-butadiène, et celui des carbones 1 à 4 et 10 rappelle l'isoprène ; la formation d'un diépoxyde à partir de ce motif n'est pas démontrée (NTP 2010). Sa structure n'a aucune parenté avec le squelette benzo[c]chromène des cannabinoïdes classiques.
Aucune étude d'absorption, de distribution, de métabolisme ni d'excrétion chez l'être humain n'avait été publiée selon le rapport du NTP (2010). Chez le rat, il est bien absorbé par la peau ; chez des rates ayant reçu 1 g/kg par voie orale, la concentration sanguine était de 14,1 ± 3,0 µg/mL à 60 minutes et la demi-vie d'élimination de 285 minutes ; dans cette étude de 1993, résumée par le NTP, le composé inchangé a été détecté dans le tissu adipeux, le cerveau, le foie, les reins et les testicules (NTP 2010). Chez la souris, des effets centraux ont été observés après 100 à 200 mg/kg par voie intrapéritonéale (do Vale 2002 ; Alayoubi 2025).
Chez le rat, après administration orale, cinq métabolites urinaires ont été identifiés : le 10-hydroxylinalol, le 7-méthyl-3-méthylène-oct-6-ène-1,2-diol, le 1-hydroxyméthyl-4-isopropénylcyclohexanol, le 10-carboxylinalol et l'acide 2-hydroxy-7-méthyl-3-méthylène-oct-6-énoïque. Des microsomes hépatiques de rats prétraités au phénobarbital le convertissent en 10-hydroxylinalol en présence de NADPH et d'oxygène, plus vite que des microsomes témoins ou induits par le 3-méthylcholanthrène, et la réaction est inhibée par la métyrapone et le monoxyde de carbone (Madyastha 1987) ; le NTP y voit un métabolisme préférentiel par les CYP2B (NTP 2010). In vitro, il inhibe de façon compétitive le CYP2B1 hépatique de rat (Ki = 0,14 µM), avec un effet presque nul sur le CYP1A1 (CI50 supérieure à 50 µM) (De-Oliveira 1997). Chez le rat, une dose orale unique de 1 g/kg a prolongé le sommeil induit par le pentobarbital (131 ± 15 contre 64 ± 15 minutes), tandis que 14 jours de traitement l'ont raccourci (21 ± 13 contre 35 ± 19 minutes), ce que les auteurs interprètent comme une induction des CYP2B (Freitas 1993). Le métabolisme humain n'a pas été caractérisé dans les sources consultées.
Dans les études de cancérogenèse du NTP (gavage dans l'huile de maïs à 0,25, 0,5 ou 1 g/kg, 5 jours par semaine pendant deux ans), le β-myrcène a montré des preuves claires d'activité cancérogène chez le rat F344/N mâle (néoplasmes des tubules rénaux) et chez la souris B6C3F1 mâle (adénomes et carcinomes hépatocellulaires, hépatoblastomes), et des preuves équivoques chez les femelles des deux espèces ; tous les rats mâles traités à 1 g/kg sont morts avant la fin de l'étude par toxicité rénale. Il ne s'est pas montré génotoxique (tests d'Ames, micronoyaux chez la souris) (NTP 2010). Le Centre international de recherche sur le cancer l'a classé dans le groupe 2B, « peut-être cancérogène pour l'homme » (Monographies, volume 119, publié en 2019). En 2018, la FDA a retiré le myrcène de la liste des substances aromatisantes de synthèse autorisées (21 CFR 172.515) : la clause Delaney impose ce retrait dès qu'un additif induit des cancers chez l'animal, alors que l'agence jugeait improbable qu'il induise des tumeurs chez l'humain aux niveaux d'exposition actuels, en raison de son absence de génotoxicité, d'un mécanisme rénal en partie propre au rat mâle (néphropathie à α2u-globuline) et de la fréquence spontanée élevée des tumeurs hépatiques chez la souris B6C3F1 ; ce retrait ne change pas le statut des aliments qui contiennent naturellement du myrcène (FDA 2018). Chez la rate gestante, la dose sans effet nocif observé sur l'embryon et le fœtus a été fixée à 0,5 g/kg (Delgado 1993). Chez la souris, à 100 mg/kg par voie intrapéritonéale, ni la locomotion ni la température corporelle n'ont changé, mais les femelles atteintes de douleur neuropathique ont développé une aversion de place conditionnée (Alayoubi 2025). Le NTP le décrit comme irritant et rapporte, d'après une source de 1978, des dermatites, des conjonctivites, de la somnolence et des symptômes de type asthmatique chez l'humain (NTP 2010).
Dans les inflorescences de chanvre, le myrcène est identifié par chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse, par comparaison de l'indice de rétention et du spectre de masse à un étalon authentique (Booth 2017). Il figure parmi les terpènes dosés dans les analyses de cannabis commercial compilées par Smith et coll. (2022). Aucune méthode de dépistage biologique propre au myrcène n'a été retrouvée dans les sources consultées.
Références
- Santiago M et al. Absence of Entourage: Terpenoids Commonly Found in Cannabis sativa Do Not Modulate the Functional Activity of Δ9-THC at Human CB1 and CB2 Receptors. Cannabis Cannabinoid Res, 2019 (nouvel onglet)PMID 31559333
- Finlay DB et al. Terpenoids From Cannabis Do Not Mediate an Entourage Effect by Acting at Cannabinoid Receptors. Front Pharmacol, 2020 (nouvel onglet)PMID 32269529
- Alayoubi M et al. Elucidating interplay between myrcene and cannabinoid receptor 1 receptors to produce antinociception in mouse models of neuropathic pain. Pain, 2025 (nouvel onglet)PMID 40839768
- LaVigne JE et al. Cannabis sativa terpenes are cannabimimetic and selectively enhance cannabinoid activity. Sci Rep, 2021 (nouvel onglet)PMID 33859287
- McDougall JJ, McKenna MK. Anti-Inflammatory and Analgesic Properties of the Cannabis Terpene Myrcene in Rat Adjuvant Monoarthritis. Int J Mol Sci, 2022 (nouvel onglet)PMID 35887239
- Booth JK et al. Terpene synthases from Cannabis sativa. PLoS One, 2017 (nouvel onglet)PMID 28355238
- Smith CJ et al. The phytochemical diversity of commercial Cannabis in the United States. PLoS One, 2022 (nouvel onglet)PMID 35588111
- National Toxicology Program. Toxicology and carcinogenesis studies of beta-myrcene (CAS No. 123-35-3) in F344/N rats and B6C3F1 mice (gavage studies). NTP TR 557, 2010 (nouvel onglet)PMID 21415873
- IARC Monographs Volume 119: Some Chemicals That Cause Tumours of the Urinary Tract in Rodents, 2019 (beta-myrcene, Group 2B) (nouvel onglet)
- FDA. Food Additive Regulations; Synthetic Flavoring Agents and Adjuvants. Federal Register 83 FR 50490, 9 October 2018 (nouvel onglet)
- Commission Implementing Regulation (EU) No 872/2012, Union list of flavouring substances (FL No 01.008, myrcene) (nouvel onglet)
- Madyastha KM, Srivatsan V. Metabolism of beta-myrcene in vivo and in vitro: its effects on rat-liver microsomal enzymes. Xenobiotica, 1987 (nouvel onglet)PMID 3604259
- De-Oliveira AC et al. In vitro inhibition of CYP2B1 monooxygenase by beta-myrcene and other monoterpenoid compounds. Toxicol Lett, 1997 (nouvel onglet)PMID 9242356
- Freitas JC et al. Effect of beta-myrcene on pentobarbital sleeping time. Braz J Med Biol Res, 1993 (nouvel onglet)PMID 8257941
- Jansen C et al. Myrcene and terpene regulation of TRPV1. Channels (Austin), 2019 (nouvel onglet)PMID 31446830
- Rao VS et al. Effect of myrcene on nociception in mice. J Pharm Pharmacol, 1990 (nouvel onglet)PMID 1983154
- Lorenzetti BB et al. Myrcene mimics the peripheral analgesic activity of lemongrass tea. J Ethnopharmacol, 1991 (nouvel onglet)PMID 1753786
- do Vale TG et al. Central effects of citral, myrcene and limonene, constituents of essential oil chemotypes from Lippia alba. Phytomedicine, 2002 (nouvel onglet)PMID 12587690
- Delgado IF et al. Study on embryo-foetotoxicity of beta-myrcene in the rat. Food Chem Toxicol, 1993 (nouvel onglet)PMID 8444385
- Surendran S et al. Myrcene, what are the potential health benefits of this flavouring and aroma agent? Front Nutr, 2021 (nouvel onglet)PMID 34350208
Identifiants
Nomenclature
- Nom IUPAC
- 7-méthyl-3-méthylidèneocta-1,6-diène
- Autres noms
- β-myrcène · bêta-myrcène · β-myrcene · β-géraniolène · 7-méthyl-3-méthylène-1,6-octadiène · FEMA 2762
Identifiants
- Formule
- C₁₀H₁₆
- CAS
- 123-35-3
- PubChem CID
- 31253(nouvel onglet)
- InChIKey
- UAHWPYUMFXYFJY-UHFFFAOYSA-N
- SMILES
- CC(=
CCCC(= C) C= C) C
Format d'ingestion LLM : superset structuré de la fiche (identifiants, liaison, statut légal versionné). Corpus complet.


