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Séchage et curing des fleurs de CBD : ce qui décide de la qualité
Par L’équipe Phytogrammes ·
Entre la coupe et le sachet, une fleur perd environ 80 % de son poids et une partie de ses terpènes, et une fraction de ses cannabinoïdes acides se transforme. La façon dont ces semaines se déroulent explique une bonne part de ce qu'un acheteur perçoit ensuite, et modifie jusqu'aux chiffres imprimés sur le certificat d'analyse.

Ce qui se joue après la récolte
Une fleur fraîchement coupée contient l'essentiel de ses cannabinoïdes sous forme acide, principalement du CBDA, précurseur du CBD décrit dans notre article sur les formes acides du cannabis. Elle contient aussi beaucoup d'eau, et une charge microbienne héritée du champ ou de la serre.
Le séchage retire l'eau. Le curing, qui suit, laisse la matière s'équilibrer en atmosphère fermée pendant plusieurs semaines. Ces deux étapes ne sont pas de simples formalités logistiques : elles déterminent la teneur affichée, le profil aromatique et la stabilité du produit.
La température de séchage change ce que l'analyse affiche
C'est le résultat le plus net d'une étude publiée dans Plants en 2025 par une équipe de l'université Cornell, qui a comparé trois méthodes sur du chanvre industriel : séchage à air chaud, séchage à l'air ambiant et lyophilisation.
Le séchage à air chaud, à 75 °C pendant huit heures, a converti de 8,5 à 9,0 % du CBDA en CBD. Le séchage à l'air ambiant, à 25 °C et 45 % d'humidité relative pendant sept jours, en a converti moins de 0,1 %. La lyophilisation, également moins de 0,1 %.
Ce détail a des conséquences pratiques. Deux lots issus de la même parcelle, séchés différemment, présenteront des lignes CBD et CBDA distinctes sur leur analyse, sans que le total en cannabinoïdes ait changé. Un acheteur qui compare uniquement la ligne « CBD » compare donc en partie des procédés de séchage. Notre guide de lecture d'un certificat d'analyse explique pourquoi il faut lire les deux lignes ensemble.
Une étude israélienne parue dans Plants en 2024 confirme la logique sur des chémovars médicaux : le séchage en atmosphère contrôlée, à 15 °C et moins de 10 % d'humidité relative, a préservé le THCA, tandis qu'un séchage à l'air libre en a perdu 20 % et a multiplié par 3,5 la formation de THC. Elle réduit par ailleurs d'au moins 60 % la durée totale de séchage et de curing.
Le curing : trois semaines qui redistribuent les formes
Dans l'étude de Cornell, les fleurs séchées ont ensuite été affinées trois semaines en bocaux de verre ou en sachets, à l'obscurité, autour de 24 à 25 °C et 45 % d'humidité relative. Leur humidité est remontée de 3,3 % à 13,6 %, ce qui correspond à l'équilibrage recherché.
Pendant ce temps, le rapport entre formes acides et formes neutres a continué de baisser, avec une décarboxylation supplémentaire de 1,5 à 1,8 % pour les lots séchés à l'air ambiant, tandis que la teneur totale en cannabinoïdes, elle, n'a pas bougé de façon significative. Le curing ne crée donc rien : il redistribue.
L'activité de l'eau, le vrai indicateur
La notion utile ici n'est pas le taux d'humidité mais l'activité de l'eau, qui mesure l'eau disponible pour les micro-organismes plutôt que l'eau totale. La spécification de référence du secteur, la norme ASTM D8197, fixe une fenêtre de 0,55 à 0,65 pour la fleur de cannabis séchée, à maintenir sur toute la chaîne, du séchage jusqu'à la mise en rayon.
Les deux bornes ont chacune leur raison. En dessous de 0,55, la fleur devient cassante et se dégrade à la manipulation. Au-dessus de 0,65, le risque de développement fongique augmente : la littérature agroalimentaire situe la limite basse de croissance des moisissures et levures autour de 0,61.
L'écart entre séchage lent et séchage maîtrisé se lit d'ailleurs directement sur la charge fongique. L'étude israélienne a mesuré, sur un chémovar donné, 31 millions d'unités formant colonie par gramme d'Alternaria alternata après douze jours de séchage à l'air libre, contre 2 millions après séchage en atmosphère contrôlée, et rapporte qu'environ 80 % des inflorescences séchées à l'air libre étaient fortement infestées, sans moisissure visible sur les lots en atmosphère contrôlée. Nos repères pour reconnaître une fleur moisie restent utiles à l'achat.
Les terpènes, ce qui se perd et à quelle vitesse
Les terpènes s'évaporent, et les plus légers partent les premiers. Les travaux israéliens rapportent des pertes de monoterpènes de 3 à 20 % pour le bêta-myrcène selon le chémovar, et jusqu'à 58 % pour le d-limonène selon la méthode employée, tandis que les sesquiterpènes, plus lourds, voient leur proportion relative augmenter de 15 à 40 %.
Sur la durée, une troisième étude de la même équipe a suivi des inflorescences stockées à 4 °C pendant cent trente jours. Le lot témoin, conservé sous air, a perdu 23 % de son THCA ; le lot conservé sous vide avec traitement préalable, 4 %. Côté terpènes, l'alpha-pinène, le bêta-pinène, le linalol et le d-limonène sont restés stables dans le meilleur groupe, tandis que le bêta-myrcène perdait 37 %.
Traduction pour un acheteur : un profil terpénique riche à l'analyse indique un séchage soigné et un produit récent, et justifie les conseils de conservation détaillés dans notre article sur la conservation des fleurs.
Ce qu'aucun texte n'impose aux fleurs de CBD
Il faut le dire clairement, parce que peu de vendeurs le font. Il n'existe pas, en France ni dans l'Union européenne, de limite microbiologique réglementaire applicable spécifiquement à la fleur de chanvre vendue comme produit de consommation non médicinal.
Les seuils existent, mais ailleurs : la Pharmacopée européenne fixe des critères de qualité microbiologique pour les drogues végétales à usage médicinal, et l'arrêté du 16 octobre 2020 y renvoie pour le cannabis à usage médical. Un producteur de fleurs de CBD peut choisir de s'y référer, mais rien ne l'y contraint.
Cela déplace la charge de la preuve sur le vendeur. Chez Phytogrammes, chaque lot est analysé par un laboratoire indépendant et le certificat est publié avant l'achat, et nos critères de sélection sont détaillés dans comment reconnaître les meilleures fleurs.
Questions fréquentes
Pourquoi deux lots de la même variété affichent-ils des taux différents ?
Parce que le séchage change la répartition entre CBDA et CBD sans modifier le total en cannabinoïdes. Un séchage à chaud peut décarboxyler près de 9 % du CBDA, un séchage lent moins de 0,1 %. Il faut donc lire les deux lignes de l'analyse, pas seulement celle du CBD.
Combien de temps dure un curing correct ?
Les protocoles étudiés retiennent trois semaines en contenant fermé, à l'obscurité, autour de 24 °C et 45 % d'humidité relative. Les procédés en atmosphère contrôlée raccourcissent nettement l'ensemble séchage et affinage.
Quel taux d'humidité une fleur doit-elle avoir ?
La référence utile est l'activité de l'eau, fixée entre 0,55 et 0,65 par la norme ASTM D8197. En dessous la fleur casse, au-dessus le risque fongique augmente. C'est une notion différente du taux d'humidité, qui mesure l'eau totale.
Une fleur de CBD peut-elle contenir des moisissures sans que cela se voie ?
Oui. Les mesures publiées montrent des charges fongiques élevées sur des fleurs séchées à l'air libre, y compris sans moisissure visible dans certains cas. C'est un argument de plus pour privilégier des lots analysés.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.