Séchage et curing du CBD : ce qu'ils changent à l'analyse
Le séchage retire à une fleur de chanvre environ les trois quarts de son poids, puis le curing, un affinage de quelques semaines en contenant fermé, rééquilibre son humidité. Ces étapes ne fabriquent pas de CBD : elles font passer une partie du CBDA en CBD, emportent des terpènes et décident du risque de moisissure. Un séchage à 75 °C convertit environ 9 % du CBDA, un séchage lent à l'air moins de 0,1 %.

Sommaire
- 01Entre la coupe et le bocal : ce qui change dans la fleur
- 02Le mode de séchage déplace le CBDA vers le CBD
- 03Le curing : trois semaines d'équilibrage
- 04Séchage contrôlé : moins de pertes, moins de moisissures
- 05L'activité de l'eau, le chiffre qui protège la fleur
- 06Les terpènes, premiers à partir
- 07Ce que la loi impose à la fleur de CBD, et ce qu'elle n'impose pas
- 08Questions fréquentes
> À retenir > > - Une fleur fraîche contient de 75 à 81 % d'eau ; le séchage la ramène sous 7 %. > - Le mode de séchage change la répartition entre CBDA et CBD sur l'analyse, pas le total en cannabinoïdes. > - La norme ASTM D8197 fixe l'activité de l'eau d'une fleur séchée entre 0,55 et 0,65. > - Un séchage lent à l'air libre peut laisser une forte charge de moisissure sans trace visible. > - Aucun texte français ne fixe de limite microbiologique propre à la fleur de CBD vendue hors du circuit médical.
Entre la coupe et le bocal : ce qui change dans la fleur
Une fleur fraîchement coupée porte ses cannabinoïdes surtout sous forme acide. Le principal est le CBDA, la forme dont la chaleur tire le CBD, décrite dans notre fiche sur le CBDA. Dans l'étude de Cornell détaillée plus bas, les fleurs fraîches contenaient de 74,9 à 80,6 % d'eau, et les formes acides y pesaient plus de 100 fois les formes neutres.
Deux étapes suivent. Le séchage retire l'eau : huit heures à l'étuve, une semaine ou deux à l'air. Le curing laisse ensuite les fleurs séchées en contenant fermé, à l'obscurité, pour que l'humidité du cœur et celle de la surface s'égalisent. Pendant ces semaines, trois facteurs travaillent : la chaleur, le temps et l'air.
Le mode de séchage déplace le CBDA vers le CBD
En 2025, une équipe de l'université Cornell a publié dans la revue Plants une comparaison de trois méthodes de séchage, suivie d'un curing de trois semaines, sur deux variétés de chanvre cultivées en serre. La part du CBDA convertie en CBD dépend presque entièrement de la chaleur.
| Méthode | Conditions | CBDA converti après séchage | Après 3 semaines de curing |
|---|---|---|---|
| Air chaud | 75 °C, 8 heures | 8,5 à 9,0 % | 8,3 à 9,2 % |
| Air ambiant | 25 °C, 45 % d'humidité relative, 7 jours | moins de 0,1 % | 1,5 à 1,8 % |
| Lyophilisation | sous vide, 24 heures | moins de 0,1 % | 1,0 à 1,3 % |
Le point décisif tient en une phrase des auteurs : ni le séchage ni le curing n'ont modifié de façon significative la teneur totale en cannabinoïdes. Deux lots de la même parcelle, séchés différemment, afficheront donc des lignes CBD et CBDA distinctes pour un même total. Comparer deux fleurs sur la seule ligne « CBD », c'est comparer en partie leurs séchages.
Le calcul qui neutralise cet écart est le CBD total : CBD + 0,877 × CBDA. Le coefficient corrige la masse que le CBDA perd en devenant CBD. Une fleur à 1,0 % de CBD et 12,0 % de CBDA contient ainsi environ 11,5 % de CBD total. Notre guide de lecture d'un certificat d'analyse montre où trouver ces deux lignes, et l'article sur la décarboxylation décrit la réaction elle-même.
Un séchage à basse température laisse le CBD presque entièrement sous forme acide. Sur neuf variétés commerciales de fleurs de chanvre analysées dans une étude parue en 2022, le CBDA pesait de 20,7 à 67,8 mg par gramme, le CBD de 0,16 à 1,10 mg seulement.
Le curing : trois semaines d'équilibrage
Dans l'étude de Cornell, les fleurs séchées ont été affinées trois semaines à l'obscurité, vers 25 °C et 45 % d'humidité relative, en bocaux de verre ou en sachets métallisés. Leur teneur en eau est remontée, jusqu'à 13,6 % selon les lots. Le type de contenant n'a pas changé cette teneur de façon significative.
Le curing a poursuivi la conversion, lentement : les lots séchés à l'air ambiant sont passés de moins de 0,1 % à environ 1,5 à 1,8 % de CBDA converti. Il n'a pas augmenté la charge en levures et moisissures, à condition que la température et l'humidité soient tenues.
Le séchage à air chaud avait laissé la charge microbienne la plus basse, jusqu'à 100 fois inférieure à celle des deux autres méthodes. Il a aussi donné les fleurs les plus sombres et les moins vertes. Les auteurs recommandent l'air chaud suivi d'un curing en bocal de verre. Leur étude ne mesurait pas les terpènes, et les auteurs citent eux-mêmes leur profil au curing parmi les questions à étudier.
Séchage contrôlé : moins de pertes, moins de moisissures
Une équipe israélienne du centre Volcani a publié en 2024 une comparaison entre séchage à l'air libre et séchage en chambre contrôlée, sur des chémovars médicaux riches en THCA. La réaction est de même nature que pour le CBDA. Le séchage traditionnel se faisait à 15 °C et 50 à 55 % d'humidité relative pendant 14 jours. Les chambres gardaient 15 °C, mais sous moins de 10 % d'humidité relative, et le séchage y durait six jours.
Les écarts mesurés sont nets :
- à l'air libre, le THCA a reculé d'environ 20 % et le THC a été multiplié par 3,5 ; en chambre, le THCA est resté stable ;
- après 12 jours à l'air libre, un chémovar portait 31 millions d'unités formant colonie (UFC) d'Alternaria alternata par gramme, contre 2 millions après six jours en chambre ;
- environ 80 % des inflorescences de ce chémovar séchées à l'air libre étaient fortement infestées, sans moisissure visible sur les lots de chambre ;
- la durée totale de séchage et de curing a baissé d'au moins 60 %.
Deux millions d'UFC par gramme sans rien de visible : c'est la raison pour laquelle l'œil ne suffit pas. Nos repères pour reconnaître une fleur moisie détaillent ce que l'on peut voir et ce qui demande une analyse.
L'activité de l'eau, le chiffre qui protège la fleur
L'activité de l'eau mesure l'eau disponible pour les micro-organismes, pas l'eau totale. Deux fleurs au même taux d'humidité peuvent avoir des activités différentes. La norme ASTM D8197 fixe pour la fleur de cannabis séchée une fenêtre de 0,55 à 0,65, à tenir de la fin du séchage jusqu'à la vente.
Chaque borne a sa raison. Sous 0,55, la fleur casse à la manipulation et au stockage. Au-dessus de 0,65, la norme vise à écarter le développement de micro-organismes comme les moisissures. Le curing sert précisément à amener la fleur dans cette fenêtre, et la conservation à l'y garder, ce que détaille notre article sur la conservation des fleurs.
Les terpènes, premiers à partir
Les terpènes sont volatils, et les plus légers s'en vont d'abord. Dans l'étude israélienne de 2024, le séchage a fait perdre de 3 à 20 % du bêta-myrcène selon le chémovar, et jusqu'à 58 % du d-limonène selon les conditions. La part relative des sesquiterpènes, plus lourds, a augmenté de 15 à 50 %. Le profil aromatique d'une fleur sèche n'est donc plus celui de la plante fraîche. Notre article sur les terpènes décrit ces familles.
La même équipe a suivi des inflorescences stockées 130 jours à 4 °C. Le lot témoin, gardé sous air, a perdu 23 % de son THCA. Le meilleur groupe, traité avant récolte à l'acide hexanoïque puis conservé sous vide, en a gardé 96 %. L'alpha-pinène, le bêta-pinène et le linalol sont restés stables dans tous les groupes, tandis que le bêta-myrcène reculait de 19 à 51 %.
Ce que la loi impose à la fleur de CBD, et ce qu'elle n'impose pas
La règle commune porte sur le THC : 0,30 % de Δ⁹-THC au plus. Aucun texte français ne fixe en revanche de limite de levures, de moisissures ou de mycotoxines propre à la fleur de chanvre vendue hors du circuit médical.
Ces exigences existent pour le cannabis médical. L'arrêté du 16 octobre 2020, qui fixe les spécifications des médicaments de l'expérimentation française, renvoie aux monographies de la Pharmacopée européenne et à la ligne directrice de l'Agence européenne des médicaments sur les aspects microbiologiques des médicaments à base de plantes. Un producteur de fleurs de CBD peut s'y référer, rien ne l'y oblige.
À l'achat, quatre vérifications restent à votre portée :
- lire les lignes CBD et CBDA ensemble, ou le CBD total ;
- chercher une analyse microbiologique (levures et moisissures totales, UFC par gramme) quand le vendeur en publie une ;
- préférer une date de conditionnement récente, les terpènes baissant même au froid ;
- ne pas tenir l'absence de moisissure visible pour une preuve.
Notre page laboratoire décrit les méthodes d'analyse, et nos critères de choix sont réunis dans le guide des fleurs à fumer. Les fleurs du catalogue sont regroupées dans la catégorie fleurs de CBD.
Questions fréquentes
Pourquoi deux lots de la même variété affichent-ils des taux de CBD différents ?
Parce que le séchage change la répartition entre CBDA et CBD sans changer le total. Un séchage à 75 °C convertit environ 9 % du CBDA, un séchage à l'air moins de 0,1 %. Comparez le CBD total, soit CBD + 0,877 × CBDA.
Combien de temps dure un curing ?
Les protocoles étudiés retiennent trois semaines en contenant fermé, à l'obscurité, vers 25 °C et 45 % d'humidité relative. Le séchage en chambre contrôlée raccourcit l'ensemble séchage et curing d'au moins 60 %.
Quelle humidité une fleur de CBD doit-elle avoir ?
La mesure utile est l'activité de l'eau, entre 0,55 et 0,65 selon la norme ASTM D8197. En dessous, la fleur casse ; au-dessus, le risque de moisissure augmente.
Une fleur peut-elle être moisie sans que cela se voie ?
Oui. Dans l'étude israélienne de 2024, des lots sans moisissure visible portaient encore 2 millions d'UFC d'Alternaria alternata par gramme. Seule une analyse microbiologique le montre.
Le curing augmente-t-il le taux de CBD ?
Il fait passer un peu de CBDA en CBD, de l'ordre de 1 à 2 % du CBDA sur trois semaines pour une fleur séchée à froid. Le total en cannabinoïdes, lui, ne bouge pas.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.