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← Journal/17 août 2026·7 min de lecture

Bêta-caryophyllène : le terpène qui se lie aux récepteurs CB2

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Le bêta-caryophyllène occupe une position singulière parmi les terpènes du chanvre : c'est le seul composé aromatique courant dont la liaison à un récepteur cannabinoïde ait été démontrée. Une équipe de l'ETH Zurich l'a établi en 2008. Cela en fait un objet d'étude intéressant, pas un principe actif dont les effets seraient établis chez l'humain.

Bêta-caryophyllène : le terpène qui se lie aux récepteurs CB2

Un terpène qui n'est pas seulement une odeur

Les terpènes sont les molécules volatiles responsables de l'odeur des plantes. Le bêta-caryophyllène, souvent abrégé BCP, porte des notes poivrées et boisées. On le trouve dans le poivre noir, dont l'huile essentielle de graine en contient plus d'un tiers, dans le clou de girofle, le houblon, le romarin et le basilic, ainsi que dans les fleurs de chanvre : l'article de 2008 qui l'a rendu célèbre note qu'il peut représenter jusqu'à 35 % de l'huile essentielle de Cannabis sativa. Les auteurs estiment l'apport alimentaire quotidien courant entre 10 et 200 mg.

Sa structure le distingue de la plupart de ses voisins : c'est un sesquiterpène bicyclique, plus lourd et moins volatil que le myrcène ou le limonène. Pour le contexte général, notre article sur le rôle et la chimie des terpènes du chanvre situe le BCP parmi les autres composés du profil aromatique, et le guide simple des terpènes explique comment les repérer sur une étiquette.

La découverte de 2008 : un « cannabinoïde alimentaire »

En juin 2008, Jürg Gertsch et ses collègues publient dans les Proceedings of the National Academy of Sciences un article au titre direct : « Beta-caryophyllene is a dietary cannabinoid ». Leur démonstration comporte plusieurs volets.

Le (E)-bêta-caryophyllène se lie sélectivement au récepteur cannabinoïde de type 2, avec une constante d'affinité mesurée à 155 nanomolaires, et se comporte comme un agoniste fonctionnel de ce récepteur. Il n'active pas le récepteur CB1, celui dont la stimulation produit les effets psychotropes du THC : le BCP n'est donc pas psychoactif. Chez la souris, une administration orale à 5 mg par kilogramme réduit fortement une réponse inflammatoire induite par la carragénine, effet absent chez des souris dépourvues de récepteurs CB2, ce qui rattache l'observation au mécanisme proposé.

La conclusion des auteurs est prudente et vaut d'être reprise telle quelle : le BCP est un ligand fonctionnel non psychoactif du récepteur CB2 présent dans l'alimentation. Le mot important est alimentation.

Un arôme alimentaire, pas un ingrédient réglementé à part

Le bêta-caryophyllène est enregistré comme substance aromatisante autorisée dans l'Union européenne sous le numéro FL 01.007, au titre du règlement (CE) n° 1334/2008 sur les arômes. Il a fait l'objet d'évaluations de sécurité par l'EFSA dans le cadre des groupes d'évaluation des arômes, pour les hydrocarbures aliphatiques et alicycliques, avec données de génotoxicité et études de 90 jours chez le rat. Le comité mixte FAO-OMS l'a évalué en 2004 sous le numéro JECFA 1324 et conclu à l'absence de préoccupation de sécurité aux niveaux d'apport constatés comme agent aromatisant. Sa fiche dans la liste de l'Union porte toutefois une note indiquant que son évaluation n'est pas close : il est autorisé à l'emploi, pas définitivement classé sans réserve.

Ce statut a deux conséquences pratiques. La première : sa présence dans un produit alimentaire ou aromatique est banale, et ne transforme pas ce produit en préparation cannabinoïde. La seconde : aucune allégation de santé portant sur le bêta-caryophyllène n'est autorisée dans l'Union européenne. Un fabricant qui écrirait qu'un produit au BCP agit sur l'inflammation sortirait du cadre, quelle que soit la littérature préclinique.

Ce que la recherche montre, et où elle s'arrête

L'essentiel des travaux publiés depuis 2008 concerne des modèles animaux et des systèmes cellulaires : signaux anti-inflammatoires, effets sur des modèles de douleur neuropathique, travaux sur des modèles de neuroprotection. Ces résultats justifient la poursuite des recherches. Ils ne disent rien de fiable sur ce qu'une fleur de chanvre contenant du BCP produit chez une personne.

Trois limites méritent d'être posées franchement. Les doses utilisées chez l'animal, rapportées au poids, sont sans commune mesure avec ce qu'apporte l'inhalation ou l'ingestion d'un profil terpénique naturel. La biodisponibilité orale du BCP est faible et variable. Enfin, aucun essai clinique de taille suffisante n'a évalué le bêta-caryophyllène isolé chez l'humain sur un critère clinique. La même prudence s'applique à l'hypothèse de l'effet d'entourage, qui reste une hypothèse de travail et non un mécanisme établi.

Ce que ça change pour le choix d'un produit

Concrètement, peu de choses, et c'est honnête de le dire. Un profil terpénique riche est un indicateur de fraîcheur et de soin apporté au séchage : les terpènes s'évaporent avec le temps, la chaleur et la lumière. À ce titre, la présence de bêta-caryophyllène sur une analyse renseigne davantage sur la qualité de conservation que sur un quelconque effet attendu.

Un mot sur la vaporisation, parce qu'une erreur y circule partout. Les tableaux de « températures d'ébullition des terpènes » attribuent au bêta-caryophyllène une valeur d'environ 120 à 130 °C. Cette valeur provient d'une mesure effectuée sous pression réduite, à 14 mm Hg, c'est-à-dire sous vide. À la pression atmosphérique, celle d'un vaporisateur, les bases de données chimiques comme PubChem donnent, d'après le JECFA, un point d'ébullition de 256 °C. Un sesquiterpène lourd se libère progressivement bien avant son point d'ébullition, mais le chiffre de 120 °C n'a pas la signification qu'on lui prête : notre guide des températures de vaporisation détaille les paliers utiles.

Et comme pour tout le reste, le seul document qui engage est l'analyse du lot : chez Phytogrammes, le certificat est publié avant l'achat.

Questions fréquentes

Le bêta-caryophyllène est-il un cannabinoïde ?

Au sens chimique, non : c'est un sesquiterpène, pas un cannabinoïde. L'expression « cannabinoïde alimentaire » employée par Gertsch et ses collègues renvoie à son comportement pharmacologique, la liaison au récepteur CB2, et non à sa famille chimique.

Le bêta-caryophyllène est-il psychoactif ?

Non. Il se lie au récepteur CB2, majoritairement présent en périphérie et dans les cellules immunitaires, et n'active pas le récepteur CB1 responsable des effets psychotropes du THC. C'est d'ailleurs ce qui a rendu la découverte de 2008 notable.

Dans quels aliments trouve-t-on du bêta-caryophyllène ?

Le poivre noir en est la source la plus concentrée, avec le clou de girofle, le houblon, le romarin, le basilic et l'origan. Il est autorisé comme substance aromatisante dans l'Union européenne sous le numéro FL 01.007, et l'apport alimentaire quotidien courant est estimé entre 10 et 200 mg.

À quelle température le bêta-caryophyllène se vaporise-t-il ?

La valeur de 120 à 130 °C que reprennent la plupart des tableaux correspond à une mesure sous pression réduite. À pression atmosphérique, le point d'ébullition retenu par le JECFA est de 256 °C. Ce terpène lourd s'exprime donc dans les paliers hauts de vaporisation, pas dans les plus bas.

Faut-il choisir une fleur de [CBD](/wiki/cbd) sur son taux de bêta-caryophyllène ?

Ce n'est pas un critère d'efficacité, aucune allégation n'étant démontrée chez l'humain. C'est en revanche un marqueur de fraîcheur et de qualité de séchage, à lire avec le reste du profil terpénique et surtout avec les taux de cannabinoïdes et de Δ⁹-THC de l'analyse du lot.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.