Température de vaporisation du CBD : ce que disent les mesures
Les vaporisateurs testés en laboratoire étaient le plus souvent réglés entre 185 et 210 °C. À 210 °C, cinq appareils évalués en 2016 ont délivré de 46 à 70 % du CBD présent dans la fleur. Les valeurs de 157 °C pour le THC et de 160 à 180 °C pour le CBD, recopiées partout, ne sont pas des points d'ébullition mesurés à pression normale. La matière commence à brûler vers 230 °C, et c'est justement ce que la vaporisation doit éviter.

À retenir
- Le « 157 °C » du THC est une température de distillation sous vide. Une étude de 2025 estime son point d'ébullition à 245 °C.
- Le « 160 à 180 °C » du CBD sort du même tableau de 2001, sans aucune mesure à pression normale.
- Réglés à 210 °C, les modèles électriques testés en 2016 ont transformé au moins 94,6 % des acides (CBDA, THCA) en formes neutres.
- En 2009, c'est à 170 °C que la vapeur avait le plus mauvais rapport entre cannabinoïdes et sous-produits.
- La vaporisation réduit fortement les composés de combustion ; inhaler comporte quand même des risques.
D'où viennent les tableaux de températures
Presque tous les tableaux en ligne reprennent une revue publiée en 2001 par McPartland et Russo dans le Journal of Cannabis Therapeutics. Ses tableaux de constituants du cannabis attribuent un « point d'ébullition » à chaque molécule : 157 °C pour le THC, 160 à 180 °C pour le CBD, 185 °C pour le CBN, 220 °C pour le CBC. Selon une note, les valeurs s'entendent à pression atmosphérique, sauf mention contraire.
Pour le THC, la valeur n'a pas été obtenue à pression atmosphérique. Une étude de 2025 du Journal of Cannabis Research a retrouvé l'origine du chiffre. 157 °C est la température à laquelle des chimistes distillaient le THC sous un vide poussé, à 0,05 Torr, dans des travaux de 1941 et 1964. Les auteurs ont ensuite mesuré le point d'ébullition à pression normale par analyse thermogravimétrique, et obtenu environ 245 °C. À notre connaissance, aucune mesure équivalente n'a été publiée pour le CBD, dont le « 160 à 180 °C » n'a donc pas de source vérifiable.
Pour les terpènes, le tableau est juste, à une exception près. Nous avons comparé ses valeurs aux entrées de la base PubChem, qui compile les données de référence à 760 mmHg.
| Composé | Tableau de 2001 | Référence à pression normale | Écart |
|---|---|---|---|
| Alpha-pinène | 156 °C | 155 à 156 °C | Aucun |
| Myrcène | 166 à 168 °C | 166 à 167 °C | Aucun |
| Limonène | 177 °C | 175 à 176 °C | Négligeable |
| Linalol | 198 °C | 198 °C | Aucun |
| Bêta-caryophyllène | 119 °C | environ 256 °C | Plus de 130 °C |
| THC | 157 °C | 245 °C (étude de 2025) | Près de 90 °C |
| CBD | 160 à 180 °C | Non mesuré | Inconnu |
Le bêta-caryophyllène pose le même problème que le THC. PubChem indique une ébullition vers 130 °C sous une pression réduite de 14 mmHg, et vers 256 °C à pression normale : les 119 °C du tableau semblent eux aussi tirés d'une mesure sous vide. Ce terpène est présenté dans notre article sur le bêta-caryophyllène.
Pourquoi un vaporisateur marche sous le point d'ébullition
Pour passer en vapeur, une molécule n'a pas besoin d'atteindre son point d'ébullition : l'eau d'une flaque s'évapore à 20 °C sans jamais bouillir. Les cannabinoïdes se comportent de la même façon, et s'évaporent d'autant plus vite que la température monte. Réglé à 200 °C, un vaporisateur libère donc du THC et du CBD, alors que leur ébullition se situe plus haut.
La chaleur a un second effet. La fleur contient surtout du CBDA, la forme acide du CBD, qui doit perdre un groupe carboxyle pour devenir du CBD. À ces températures, cette conversion est presque instantanée. La réaction est détaillée dans notre article sur la décarboxylation.
Ce que les études ont mesuré
La première étude publiée remonte à 2004. Avec un appareil de table, Gieringer et ses collègues ont vaporisé des échantillons de 200 mg de cannabis entre 155 et 218 °C, puis comparé la vapeur à la fumée. Selon leur article du Journal of Cannabis Therapeutics, l'appareil a délivré de 36 à 61 % du THC de l'échantillon. La phase gazeuse de la vapeur contenait surtout des cannabinoïdes, plus trois autres composés à l'état de traces ; la fumée en comptait plus de 111, dont des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Les auteurs placent le début de la combustion vers 230 °C. Des associations favorables à la réforme des lois sur le cannabis et le fabricant de l'appareil ont financé une partie de l'étude.
En 2016, une équipe suisse a publié dans PLOS One une validation de cinq vaporisateurs, testés avec des fleurs riches en THC et d'autres riches en CBD. Quatre modèles électriques étaient réglés à 210 °C. Le cinquième, chauffé au gaz, ne se réglait pas.
| Appareil (type) | Part du CBD délivrée |
|---|---|
| Arizer Solo (électrique, de poche) | 70,0 % |
| DaVinci Vaporizer (électrique, de poche) | 56,7 % |
| Plenty Vaporizer (électrique, à main) | 56,1 % |
| Volcano Medic (électrique, de table) | 51,4 % |
| Vape-or-Smoke (à gaz, sans réglage) | 45,9 % |
Les modèles électriques ont converti au moins 94,6 % des acides en formes neutres. L'appareil à gaz, le seul à montrer des traces visibles de combustion, n'en a converti que 87,7 à 93,3 %. Le contrôle de la température pèse donc plus que le format de l'appareil.
Une étude néerlandaise de 2009 contredit une idée répandue. Avec un vaporisateur de table, la vapeur obtenue à 170 °C présentait le plus mauvais rapport entre cannabinoïdes et sous-produits. À 200 et 230 °C, ce rapport était nettement meilleur que celui de la fumée d'une cigarette de cannabis. Baisser la température ne rend donc pas forcément la vapeur plus « propre ».
Quelle température choisir
Aucune étude n'a comparé les réglages pour le CBD seul. Faute de mesure dédiée, les travaux cités donnent un repère prudent : commencez vers 185 à 200 °C, ne montez jusqu'à 210 °C qu'en cas de besoin, et n'approchez pas 230 °C. L'équipe de 2004 réglait son appareil sur 202 °C. Elle cite une de ses études antérieures, menée avec un autre modèle, qui trouvait un optimum vers 185 °C et voyait apparaître des composés toxiques au-dessus de 200 °C.
- Sous 180 °C, le CBD se libère plus lentement, et la seule mesure disponible, faite à 170 °C, est défavorable.
- Entre 185 et 210 °C, vous êtes dans la plage de la plupart des réglages étudiés. Les terpènes, dont la majorité bout entre 155 et 200 °C, se libèrent aussi.
- Au-delà de 210 °C, vous approchez de la combustion, que les auteurs de 2004 situent vers 230 °C.
Reste le choix entre conduction et convection. En conduction, la matière chauffe au contact d'une paroi chaude ; en convection, de l'air chaud la traverse. L'étude de 2016 ne départage pas les deux, puisque l'écart le plus net opposait les appareils à température réglable au modèle à gaz sans réglage. Pour une fleur de CBD, une mouture régulière aide à répartir la chaleur. Une résine demande d'autres réglages et un autre nettoyage, détaillés dans notre article sur le hash au vaporisateur. Celui sur les accessoires utiles aide à choisir le matériel.
Conduction ou convection : comment un vaporisateur chauffe
Un vaporisateur à fleurs se compose de trois éléments : une source de chaleur, une chambre où l'on place la matière et un circuit d'air qui mène à l'embout. Les appareils diffèrent par le chemin que suit la chaleur jusqu'à la fleur.
En conduction, c'est la chambre qui chauffe, et elle transmet sa chaleur à la fleur par contact. La couche posée contre la paroi chauffe en premier, le centre de la chambre plus lentement. Il en découle deux choses. Une mouture régulière et un remplissage homogène répartissent mieux la chaleur. Et la matière continue de chauffer entre deux inspirations, car la paroi reste chaude.
En convection, une résistance chauffe de l'air qui traverse ensuite la fleur. La chaleur gagne alors tout le volume au lieu de progresser depuis les bords, à condition que l'air circule. La fleur chauffe donc surtout pendant l'inspiration, ou tant qu'une soufflerie pousse l'air sur les appareils de table qui remplissent un ballon. Une mouture trop fine ou trop tassée gêne ce passage.
Beaucoup d'appareils associent les deux principes. Quel que soit le modèle, la température affichée est celle que lit la sonde à l'endroit où elle se trouve, qui n'est pas forcément celle de la fleur. Les études citées plus haut donnent des températures de réglage : les repères de 185 à 210 °C s'appliquent donc à l'affichage, et non à une mesure prise au cœur de la matière.
Vaporiser n'est pas sans risque
Les études décrivent une baisse des composés de combustion, qui ne disparaissent pas pour autant. Les auteurs de 2016 rappellent que la vaporisation cherche à éviter la formation de goudrons, d'hydrocarbures aromatiques polycycliques, de monoxyde de carbone et de benzène, sans en conclure que l'inhalation est anodine. Aucune de ces études n'a examiné les effets sur la santé à long terme.
Deux précisions encore. Vaporiser une fleur est une autre pratique que vapoter un e-liquide, dont les solvants et les arômes sont chauffés par une résistance ; ce format est traité dans notre article sur le dosage des e-liquides au CBD. La chaleur convertit aussi en THC le THCA d'une fleur conforme : la vapeur en contient des traces, même quand la fleur respecte le seuil de 0,30 % de Δ⁹-THC.
Questions fréquentes
Les réglages étudiés se situent pour la plupart entre 185 et 210 °C. Commencez vers 185 à 200 °C et ne montez qu'en cas de besoin : au-delà, vous approchez de la combustion, vers 230 °C. Aucune étude n'a comparé les températures pour le CBD seul.
Il s'évapore déjà, mais moins vite qu'à 200 °C. La fourchette de 160 à 180 °C n'est pas un point d'ébullition mesuré à pression normale. Pour le THC, le chiffre équivalent de 157 °C est une température de distillation sous vide, et son ébullition réelle est estimée à 245 °C.
Oui. En 2016, des vaporisateurs électriques réglés à 210 °C ont converti au moins 94,6 % des acides en CBD et en THC. Inutile de chauffer la fleur au préalable.
Les deux conviennent. Dans l'étude de 2016, l'écart le plus net séparait les appareils électriques à température réglable de l'appareil à gaz sans réglage, qui délivrait moins de CBD et laissait des traces de combustion.
Les études trouvent beaucoup moins de composés de combustion dans la vapeur. En 2004, elle contenait trois composés à l'état de traces, contre plus de 111 dans la fumée. Ces chiffres montrent une réduction des sous-produits sans prouver que le risque disparaît.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.