CBD pour chat : 7 fois moins absorbé que chez le chien
Pour le chat, aucune dose de CBD n'est validée, et la France n'autorise aucun médicament vétérinaire au CBD. Les essais publiés ont testé de 2 à 30,5 mg de CBD par kilo, sur de petits groupes de chats en bonne santé. Leur principal enseignement : à dose égale, le chat absorbe bien moins de CBD que le chien, avec de grands écarts d'un animal à l'autre. La décision revient à votre vétérinaire.

À retenir
- Avec 2 mg/kg, le pic sanguin de CBD a atteint 43 ng/mL chez le chat contre 301 chez le chien, soit environ 7 fois moins.
- Chez des chats sains, on a surtout relevé de la salivation, des léchages, des secousses de tête et une somnolence passagère.
- On ne connaît aucun effet établi du CBD sur une maladie du chat. Sur le stress du transport, un essai n'a vu aucune différence avec un placebo.
- En France, dès qu'un produit au CBD revendique un effet thérapeutique chez l'animal, c'est un médicament vétérinaire, et aucun n'est autorisé.
- Le risque le mieux décrit vient du THC : chez le chat, les huiles qui en contenaient ont causé davantage d'effets neurologiques.
Ce que les essais publiés ont mesuré chez le chat
On compte cinq études publiées où des chats en bonne santé ont reçu du CBD, dont trois contre placebo. Aucune n'a inclus de chats malades. Les effectifs sont petits, et au moins quatre de ces études ont été financées par des fabricants de produits pour animaux (Ellevet Sciences, Canopy Growth et Mars Petcare).
| Étude | Chats | Dose de CBD | Durée | Ce qui a été observé |
|---|---|---|---|---|
| Deabold et al., 2019 | 8 | 2 mg/kg deux fois par jour | 12 semaines | Absorption faible, léchages et secousses de tête fréquents, ALAT élevées chez 1 chat |
| Kulpa et al., 2021 | 20, dont 4 sous CBD seul | 11 doses croissantes, de 2,8 à 30,5 mg/kg | Doses espacées d'au moins 3 jours | Effets légers et passagers : salivation, somnolence |
| Coltherd et al., 2024 | 19, puis 20 | 4 mg/kg par jour, avec le repas | 4 semaines, puis 26 | Bien toléré sur 26 semaines ; ALAT en hausse à 4 semaines dans le premier essai |
| Lyons et al., 2024 | 12 | 2 ou 5 mg/kg, extrait à 1 part de THC pour 20 de CBD | Dose unique, suivi 48 h | Salivation chez 2 chats à la dose forte, écarts entre chats supérieurs à 100 % |
| Weller et al., 2024 | 40 | 4 mg/kg | Dose unique | Aucun effet sur le cortisol ni sur le comportement pendant un transport |
Les ALAT (alanine aminotransférases) sont des enzymes du foie. Quand une prise de sang en montre davantage, c'est que le foie travaille ou souffre ; les vétérinaires les suivent pendant tout traitement prolongé.
Pourquoi un chat ne se dose pas comme un chien
Deabold et ses collègues ont administré le même produit, à la même dose, à 8 chiens et 8 chats. Le pic de CBD dans le sang a atteint 301 ng/mL chez le chien, contre 43 ng/mL chez le chat. Sur la journée, l'exposition totale (l'aire sous la courbe) s'établissait à 1 297 contre 164 ng·h/mL.
Que le chat absorbe moins ne justifie pas d'augmenter la dose. La forme du produit pèse lourd sur les chiffres : une revue parue en 2025 dans le Journal of Feline Medicine and Surgery rapporte, selon les études, des pics de 42 ng/mL avec une base d'huile de poisson et de 465 ng/mL avec une pâte. Le repas joue aussi. À dose identique, on a mesuré 463 ng/mL chez des chats nourris et 269 ng/mL à jeun.
Le chat transforme aussi les cannabinoïdes autrement que l'humain. La même revue décrit chez lui des hydroxylations en position 6 et 4', quand l'humain produit surtout un dérivé hydroxylé en 7. De façon plus générale, il élimine mal de nombreux composés phénoliques : il lui manque l'enzyme UGT1A6, inactivée chez tous les félins, d'où sa sensibilité au paracétamol. Aucune étude n'a montré que ce déficit concerne le CBD. Il aide seulement à comprendre pourquoi les données du chien ou de l'humain ne valent pas pour le chat.
S'ajoutent de grands écarts entre individus. Dans l'essai de Lyons, à certains temps de prélèvement, le coefficient de variation des concentrations passait 100 % : à dose égale, les taux sanguins différaient fortement d'un chat à l'autre.
Les effets indésirables observés
Les chats sains des essais n'ont présenté que des effets légers. Chez Deabold, les chercheurs ont noté, sur 1 344 observations en douze semaines, 476 épisodes de léchage excessif (35,4 %) et 339 de secousses de tête (25,2 %). Chez Kulpa, l'huile de CBD a surtout entraîné de la salivation et une somnolence d'environ une heure, qui ont cessé sans traitement. Vomissements et diarrhées ont été imputés à l'huile de support MCT plutôt qu'au CBD.
Le foie demande de la vigilance. Dans l'essai de Deabold, un chat a eu des ALAT au-dessus des normes du début à la fin. Dans le premier essai de Coltherd, à quatre semaines, les ALAT du groupe CBD étaient 1,44 fois plus élevées que sous placebo. Deux chats de ce groupe ont été exclus de l'étude longue sur suspicion de cholangite, une inflammation des voies biliaires. Sur 26 semaines, l'écart n'est pas réapparu.
Le danger le mieux décrit reste le THC. Chez Kulpa, les huiles qui en contenaient ont entraîné plus d'effets neurologiques et de changements de comportement que l'huile de CBD. La revue de 2025 note aussi que l'association CBD et THC a prolongé ces effets. Une huile vendue pour l'humain peut contenir du THC dans la limite légale de 0,3 %. Le taux mesuré compte donc autant que la dose de CBD.
Chez l'humain, le CBD freine les enzymes du foie qui éliminent certains médicaments, ce qui modifie leur action. Ce mécanisme n'a pas été étudié chez le chat ; il est détaillé dans notre article sur les interactions du CBD avec les médicaments. Si votre chat suit déjà un traitement, l'avis du vétérinaire compte d'autant plus.
Le cadre légal en France
Dès qu'un produit au CBD revendique un effet thérapeutique pour un animal, par exemple contre la douleur, il relève du médicament vétérinaire. L'Anses le rappelle : il lui faut alors une autorisation de l'Anses ou de la Commission européenne, délivrée sur des critères de qualité, de sécurité et d'efficacité. En France, aucun médicament vétérinaire au CBD n'est autorisé.
Par exception, un vétérinaire peut prescrire un médicament humain s'il n'existe aucun médicament vétérinaire adapté : c'est la « cascade » prévue à l'article L5143-4 du Code de la santé publique. Pour la douleur du chien et du chat, l'agence du médicament vétérinaire (ANMV) a rappelé que des médicaments autorisés existent, ce qui exclut le recours au CBD par cette voie.
Pour l'alimentation, la note du ministère de l'Agriculture du 20 mai 2026 demande de retirer les denrées au CBD destinées aux humains, qui n'ont pas d'autorisation au titre des nouveaux aliments. Les produits pour animaux n'y sont pas abordés. Ce régime est détaillé dans notre point sur la réglementation du CBD en 2026. Le cheval relève en plus des règles des courses : voir le CBD chez les équidés.
Avant d'en parler à votre vétérinaire
Plutôt qu'un nom de marque, apportez des informations précises. Votre vétérinaire aura besoin de :
- l'âge et le poids du chat, et la liste de ses traitements en cours ;
- la concentration réelle du produit, exprimée en mg de CBD par mL ;
- le taux de Δ⁹-THC mesuré, et la confirmation que le produit ne contient pas d'autres cannabinoïdes comme le HHC ;
- les excipients (huile de support, arômes, édulcorants).
Un ordre de grandeur suffit à voir pourquoi une huile pour humain convient mal. Pour un chat de 4 kg, la dose la plus basse des essais (2 mg/kg) donne 8 mg, soit 0,16 mL d'une huile à 5 % : moins d'un cinquième de millilitre. Il ne s'agit pas d'une posologie. Le calcul montre qu'une erreur de quelques gouttes change complètement la dose.
Pour vérifier ces données, il faut le certificat d'analyse du produit. Notre guide explique comment lire un certificat d'analyse, et la page laboratoire décrit les méthodes de mesure. Le chien a d'autres repères et d'autres limites : voir notre article sur le CBD pour chien et le cadre vétérinaire.
Questions fréquentes
Les essais sur des chats en bonne santé n'ont relevé que des effets légers et passagers, jusqu'à 30,5 mg/kg en doses espacées, avec des hausses d'enzymes du foie chez quelques chats. Le principal risque vient du THC. Les chats malades ou déjà traités n'ont pas été étudiés.
Aucune dose n'est validée. Pour les prises répétées ou uniques, les essais ont employé 2 à 5 mg/kg, et jusqu'à 30,5 mg/kg en doses croissantes espacées. Ces doses servaient la recherche et ne valent pas recommandation. Seul votre vétérinaire peut juger d'un usage pour votre chat.
Pas sans avis vétérinaire. Pour un animal de quelques kilos, une huile pour humain est très concentrée, et elle peut contenir des arômes et jusqu'à 0,3 % de THC. Les données du chien ne valent pas pour le chat, qui absorbe et transforme le CBD autrement.
Non. Il n'existe aucun médicament vétérinaire au CBD autorisé. Pour la douleur, l'ANMV estime que la cascade ne permet pas de prescrire du CBD, puisque des médicaments autorisés existent.
Rien ne le montre. En 2024, un essai sur 40 chats a donné 4 mg/kg deux heures avant un transport : ni le cortisol ni le comportement n'ont différé du placebo.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.