Effet biphasique du CBD : 300 mg ont fait mieux que 600
Un effet biphasique croît avec la dose, atteint un maximum, puis décroît : la courbe dessine un U inversé. Pour le CBD, deux essais brésiliens l'ont observé sur l'anxiété provoquée par une prise de parole en public. Seule la dose de 300 mg se distinguait du placebo, contrairement à 100, 150, 600 et 900 mg. Ces doses dépassent de loin celles d'un produit du commerce, et le résultat ne vaut que pour ce test.

À retenir
- Une réponse biphasique, dite aussi « en cloche », monte avec la dose, culmine, puis redescend.
- Lors d'un discours, 300 mg de CBD ont abaissé l'anxiété mesurée en 2017 (60 volontaires) puis en 2019 (57 hommes), ce que n'ont pas fait les doses plus faibles ou plus fortes.
- Une piste de mécanisme vient du rat : à forte dose, le CBD activerait aussi des récepteurs TRPV1 qui s'opposent à son effet.
- Le THC présente le même profil : 7,5 mg ont atténué la détresse liée à un test de stress, et 12,5 mg ont dégradé l'humeur.
- Avec 300 mg, on est à 150 fois le repère provisoire de l'EFSA, fixé à 2 mg par jour pour 70 kg.
Ce que veut dire « effet biphasique »
En général, on attend d'une dose plus forte un effet plus fort. Une réponse biphasique s'écarte de cette règle. Si l'on place la dose en abscisse et l'effet en ordonnée, la courbe monte, atteint un sommet, puis redescend : les pharmacologues parlent de courbe en U inversé, ou en cloche.
Le CBD n'est pas le seul concerné. Les auteurs de l'essai de 2019 rappellent que chez l'animal, l'effet anxiolytique du cannabidiol suivait déjà des courbes en cloche (anxiolytique désigne ici ce qui abaisse l'anxiété mesurée pendant l'expérience). Il restait à vérifier si le même profil se retrouvait chez l'humain.
Deux essais, le même sommet à 300 mg
Une première réponse est venue de l'université de São Paulo, à Ribeirão Preto. En 2017, Antonio Zuardi et ses collègues ont réparti 60 volontaires des deux sexes, âgés de 18 à 35 ans, en cinq groupes : placebo, clonazépam 1 mg (un anxiolytique de référence), et CBD à 100, 300 ou 900 mg. Chaque participant devait parler devant les autres. Après le discours, deux groupes seulement déclaraient une anxiété plus basse que sous placebo, celui du clonazépam et celui du CBD à 300 mg.
En 2019, la même équipe a repris l'expérience avec d'autres doses. Dans l'essai de Linares et ses collègues, publié dans le Brazilian Journal of Psychiatry, les chercheurs ont administré 150, 300 ou 600 mg de CBD, ou un placebo, à 57 hommes en bonne santé. Les gélules étaient prises 90 minutes avant un test de prise de parole simulée. Pendant le discours, seul le groupe à 300 mg a montré une anxiété nettement inférieure à celle du placebo. Les scores ne différaient pas entre 150 mg, 600 mg et placebo.
| Essai | Participants | Doses de CBD testées | Dose qui se distingue du placebo |
|---|---|---|---|
| Zuardi et al., 2017 | 60 adultes, hommes et femmes | 100, 300 et 900 mg | 300 mg, après le discours |
| Linares et al., 2019 | 57 hommes | 150, 300 et 600 mg | 300 mg, pendant le discours |
Pourquoi une dose plus forte ferait moins
Chez l'humain, le mécanisme n'est pas démontré. La piste la plus citée vient d'une expérience sur le rat publiée en 2009, où Alline Campos et Francisco Guimarães ont injecté du CBD dans une zone du mésencéphale impliquée dans les réactions d'anxiété. La dose faible avait un effet anxiolytique, la dose forte non. Si les récepteurs TRPV1 étaient bloqués au préalable, la dose forte retrouvait un effet.
D'après leur hypothèse, le CBD activerait aussi, à forte concentration, ces récepteurs TRPV1, qui augmentent la libération de glutamate, un messager chimique excitateur. Cet effet contrarierait celui qui passe par d'autres cibles, comme les récepteurs 5-HT1A de la sérotonine. Les auteurs de l'essai de 2019 reprennent cette explication à titre de possibilité, sans la tenir pour établie.
Le THC présente lui aussi une réponse biphasique. À l'université de Chicago, Emma Childs et ses collègues ont donné par voie orale 0, 7,5 ou 12,5 mg de THC à 42 adultes, avant un test de stress social. À 7,5 mg, la détresse déclarée après le test diminuait ; à 12,5 mg, l'humeur négative augmentait, avant comme pendant les tâches. En France, le THC est un stupéfiant ; l'exemple sert seulement à montrer que ce profil ne se limite pas au CBD.
Ce que ces essais ne permettent pas de conclure
Ces résultats valent pour ce qu'ils mesurent, c'est-à-dire un champ étroit. Voici les principales limites, dont plusieurs sont signalées par les auteurs eux-mêmes :
- 12 à 15 personnes par dose ;
- une prise unique, et non un usage répété ;
- une seule situation (parler en public), chez des volontaires sans trouble anxieux ;
- en 2019, des hommes uniquement, et la seule anxiété déclarée, sans mesure hormonale ;
- un brevet sur des dérivés du CBD dont plusieurs auteurs sont co-inventeurs, ce que l'article déclare.
Rien dans ces essais ne fait de 300 mg une « bonne dose ». Ils montrent que, dans ce protocole, la relation entre dose et effet n'était pas linéaire, et ne permettent pas d'attribuer au CBD un effet sur un trouble anxieux. Le seul médicament à base de CBD autorisé, l'Epidyolex, est prescrit dans des épilepsies rares. Notre synthèse sur ce que disent les études cliniques situe ces travaux dans l'ensemble de la recherche.
Des doses sans commune mesure avec un produit du commerce
Une dose de 300 mg est élevée. Le 9 février 2026, l'EFSA a publié un niveau provisoirement sûr de 0,0275 mg par kilo de poids corporel et par jour pour le CBD en complément alimentaire. Pour un adulte de 70 kg, cela donne environ 2 mg. La dose de ces essais est 150 fois supérieure : l'équivalent de 15 gélules de 20 mg, ou de 3 ml d'une huile dosée à 100 mg par millilitre.
Selon l'EFSA, ce repère ne couvre ni les moins de 25 ans, ni la grossesse et l'allaitement, ni les personnes sous traitement. Le CBD modifie l'action de certaines enzymes du foie chargées d'éliminer des médicaments ; ce risque est détaillé dans notre article sur l'effet pamplemousse. En France, les aliments et compléments au CBD ne sont d'ailleurs pas autorisés, comme le rappelle notre point sur la dose de référence de l'EFSA.
La conclusion pratique est modeste : « plus » ne veut pas dire « plus fort ». Sur une huile de CBD, la concentration indiquée sur l'étiquette sert à convertir des gouttes en milligrammes. Notre article sur la prise sous la langue explique comment la voie d'administration modifie la quantité qui passe dans le sang.
Questions fréquentes
Une réponse qui croît avec la dose jusqu'à un maximum, puis décroît si la dose continue d'augmenter. Sur un graphique, elle trace un U inversé.
Oui, pour une situation précise. En 2017 et en 2019, deux essais de la même équipe brésilienne n'ont trouvé une anxiété plus basse que sous placebo qu'à 300 mg, lors d'une prise de parole. Rien ne le démontre pour d'autres usages ou pour une prise répétée.
Pas dans ces essais, où 600 et 900 mg n'ont pas fait mieux que le placebo alors que 300 mg s'en distinguaient. Passé un certain point, augmenter la quantité n'a pas augmenté l'effet mesuré.
Les chercheurs ont choisi des doses proches de celles des essais cliniques, entre 100 et 900 mg. Ces deux protocoles n'ont évalué aucune dose inférieure à 100 mg ; ils ne disent donc rien des quantités contenues dans un produit courant.
Oui, d'après un essai de 2017 mené sur 42 adultes : 7,5 mg de THC ont réduit la détresse déclarée après un test de stress, et 12,5 mg ont augmenté l'humeur négative. En France, le THC reste un stupéfiant.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.