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CBD pour les cheveux : ce que disent 4 études

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8 min de lectureMis à jour le

Sur le cuir chevelu, le CBD a surtout été étudié en laboratoire : dans des cellules en culture, il freine la production de sébum et, à forte concentration, il ralentit la pousse de follicules isolés. Chez l'humain, on ne dispose que d'une série de 35 cas, sans groupe témoin. Un cosmétique au CBD ne peut donc revendiquer ni l'arrêt de la chute ni la repousse, faute des preuves que la loi exige.

Flacons cosmétiques en verre ambré, dont un compte-gouttes et un flacon pompe, posés sur un plateau en bois

À retenir

  • Le follicule pileux humain a son propre système endocannabinoïde ; quand le récepteur CB1 y est activé, la pousse ralentit.
  • Sur des cellules sébacées humaines, le CBD diminue la production de lipides, d'où l'intérêt pour les cuirs chevelus gras.
  • Chez l'humain, la seule étude de repousse compte 35 personnes, sans placebo ni insu.
  • L'huile de graines de chanvre, présente dans beaucoup de ces soins, contient plus de 70 % d'acides gras polyinsaturés et presque pas de CBD.
  • Toute allégation cosmétique doit être prouvée, et un produit présenté comme soignant une maladie devient un médicament.

Quatre études, quatre niveaux de preuve

On appelle système endocannabinoïde l'ensemble des récepteurs (CB1, CB2) et des molécules que fabrique le corps pour les activer, comme l'anandamide. Il est présent dans la peau et dans le follicule, la petite poche d'où sort le cheveu. Dès qu'il est question de CBD et de cheveux, quatre publications reviennent, avec des niveaux de preuve très différents.

ÉtudeCe qui a été testéRésultat
Telek et al., 2007Follicules humains en culture, THC et anandamideLa pousse ralentit, par le récepteur CB1
Oláh et al., 2014Sébocytes humains en culture, CBDMoins de lipides produits, moins de prolifération
Szabó et al., 2020Follicules humains en culture, CBD à plusieurs concentrationsEffet anti-inflammatoire à faible dose, pousse freinée à forte dose
Smith et Satino, 202135 adultes avec alopécie androgénétique, sans groupe témoinPlus de cheveux comptés après 6 mois
Échelle des preuves : cellules en culture, follicules en culture, série de cas sans témoin, et aucun essai randomisé contre placebo
Niveau de preuve des études citées. Sources : Telek et al., 2007 ; Oláh et al., 2014 ; Szabó et al., 2020 ; Smith et Satino, 2021

En laboratoire : sébum et follicule

Trois des quatre travaux sont issus de l'université de Debrecen, en Hongrie. En 2007, Telek et ses collègues ont prélevé des follicules humains et les ont maintenus en culture. L'anandamide et le THC y freinaient l'allongement du cheveu et faisaient entrer le follicule trop tôt dans sa phase de régression, dite catagène. Bloquer le récepteur CB1 supprimait cet effet : le follicule fabrique donc lui-même des signaux qui ralentissent sa pousse.

La même équipe a étudié en 2014 les sébocytes, les cellules des glandes sébacées, dans un article du Journal of Clinical Investigation. Par l'intermédiaire du canal TRPV4, le CBD diminuait la production de lipides et la multiplication de ces cellules, avec en outre une action anti-inflammatoire. Les auteurs s'intéressaient à l'acné, et non au cuir chevelu. Ces résultats sont détaillés dans notre article sur le CBD et le sébum.

En 2020, Szabó et ses collègues ont appliqué du CBD à des follicules en culture. Sous le micromolaire, il agissait comme anti-inflammatoire ; aux concentrations micromolaires, il freinait la pousse. Une dose plus forte de CBD ne donne donc pas davantage de cheveux, et ces concentrations de laboratoire ne se transposent pas directement en dose de shampoing.

Chez l'humain : une série de 35 cas

Côté clinique, on ne dispose que d'une série de cas publiée en 2021 dans la revue Cannabis. Dans leur propre cabinet, ses deux auteurs ont suivi 28 hommes et 7 femmes atteints d'alopécie androgénétique, la calvitie d'origine hormonale et génétique. Pendant six mois, chaque participant appliquait une fois par jour un extrait de fleur de chanvre apportant environ 3 à 4 mg de CBD. Chez les hommes, le nombre moyen de cheveux comptés sur la zone suivie est passé de 18,3 à 33,2.

On ne peut pas en tirer de conclusion, pour trois raisons. L'étude n'avait ni groupe placebo ni insu : tous les participants recevaient l'extrait en le sachant. L'échantillon est réduit, et aucune autre équipe n'a reproduit le travail. Les auteurs notent par ailleurs qu'un tiers des patients a perdu un peu plus de cheveux le premier mois.

Huile de chanvre et CBD : deux ingrédients distincts

Dans beaucoup de soins capillaires « au chanvre », l'ingrédient principal est l'huile de graines de chanvre, inscrite Cannabis Sativa Seed Oil dans la liste INCI des ingrédients. Obtenue par pression des graines, elle ne contient presque pas de cannabinoïdes. Ce sont ses lipides qui intéressent la cosmétique : une analyse comparative parue en 2022 y trouve plus de 70 % d'acides gras polyinsaturés, avec une part importante d'oméga-3. Dans un soin, ils servent surtout à nourrir la fibre et à limiter le dessèchement.

Le CBD vient des fleurs et des feuilles. Dans la liste INCI, il figure sous le nom Cannabidiol ou sous celui d'un extrait de la plante. Une liste qui ne cite que l'huile de graines signale un produit sans CBD en quantité notable. Pour lire ces dénominations, voir notre article sur l'huile de massage au CBD.

Ce qu'un cosmétique au CBD peut promettre

Le règlement (CE) n° 1223/2009 définit le cosmétique par ses fonctions : nettoyer, parfumer, modifier l'aspect, protéger, maintenir en bon état. Son article 20 interdit de lui prêter des caractéristiques ou des fonctions qu'il n'a pas. Le règlement (UE) n° 655/2013 y ajoute six critères communs, parmi lesquels celui des éléments probants : une allégation doit reposer sur des preuves adéquates et vérifiables.

Il en découle deux conséquences :

  • promettre une repousse ou l'arrêt de la chute grâce au CBD, c'est avancer une allégation sans preuve, car la seule étude humaine n'a pas de groupe témoin ;
  • dès qu'un produit est présenté comme soignant l'alopécie, il relève du médicament. L'article L5111-1 du code de la santé publique qualifie ainsi toute substance « présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l'égard des maladies humaines ».

Un soin au CBD peut, lui, revendiquer ce que sa formule a démontré, comme nettoyer, nourrir la fibre ou apporter du confort. Les six critères sont passés en revue dans notre guide des allégations autorisées pour les cosmétiques au CBD. Pour lire le reste de l'étiquette, voir celui sur les allergènes parfumants.

Si vos cheveux tombent brutalement, en plaques ou pendant plusieurs mois, consultez un dermatologue : ces chutes ont des causes hormonales, carentielles ou auto-immunes, qui se diagnostiquent. Si vous devez passer un test capillaire, notre article sur ce que les cheveux révèlent au dépistage explique ce que ces tests recherchent.

Questions fréquentes

Aucune étude contrôlée ne le montre. Une série de 35 cas a compté davantage de cheveux après six mois d'application, sans groupe placebo. En laboratoire, à forte concentration, le CBD freine même la pousse des follicules.

Il réduit la production de lipides de cellules sébacées en culture, mais aucun essai n'a mesuré cet effet sur un cuir chevelu humain. Pour revendiquer un effet sur l'aspect gras, un soin doit l'avoir démontré avec sa propre formule.

Très peu. L'huile de graines de chanvre est riche en acides gras et quasiment dépourvue de cannabinoïdes. Le CBD, tiré des fleurs et des feuilles, apparaît sous son propre nom dans la liste des ingrédients.

Rien ne permet de l'affirmer. Promettre l'arrêt de la chute grâce au CBD revient à avancer une allégation sans preuve suffisante. Un produit qui prétend soigner l'alopécie relève, lui, du médicament.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.