Test capillaire cannabis : le THC seul ne prouve pas l'usage
Un test capillaire peut trouver du THC sur un cheveu sans que la personne ait consommé de cannabis : la fumée, les mains ou une huile cosmétique suffisent à l'y déposer. Ce qui atteste d'un passage par l'organisme, c'est le THC-COOH, un métabolite fabriqué par le foie, à condition que le laboratoire le recherche. Pour un usager de CBD, le risque dépend donc de la façon dont le produit est consommé.

Sommaire
> À retenir > > - Le seuil de positivité recommandé est de 50 pg/mg de cheveu pour le THC, sur un segment de 3 cm au plus, soit environ trois mois de pousse. > - Le THC-COOH se cherche à des concentrations bien plus basses : le laboratoire doit pouvoir le quantifier dès 0,2 pg/mg. > - En laboratoire, la fumée d'une fleur à 0,4 % de THC a déposé environ 35 540 pg/mg de THC sur des mèches vierges, plus de 700 fois le seuil. > - Des consommateurs réguliers d'extraits riches en CBD sont restés négatifs au THC capillaire. > - En France, le dépistage routier se fait sur la salive, pas sur le cheveu.
Comment se lit une analyse de cheveux
Le cheveu garde la trace de ce qui a circulé dans le sang pendant sa pousse. Les recommandations générales de la Society of Hair Testing (SoHT), société savante internationale, retiennent une vitesse d'environ 1,0 cm par mois, en précisant qu'elle varie d'une personne à l'autre. La mèche se coupe à l'arrière du sommet du crâne, la zone où la pousse est la plus régulière.
Le consensus de la SoHT sur les stupéfiants, finalisé en 2021, fixe les règles d'interprétation. Le seuil s'applique aux cheveux de la tête et à des segments de 3 cm au plus : un segment plus long dilue le résultat. Le texte pose aussi trois limites. La concentration mesurée ne permet pas de calculer la quantité consommée. Les colorations, décolorations et l'exposition aux UV peuvent la modifier. Et l'analyse des eaux de lavage aide à repérer une contamination externe.
La Société française de toxicologie analytique résumait déjà la logique des matrices dans son consensus de 1999 : l'urine sert à établir une consommation récente, le cheveu une consommation répétée ou chronique. Le même texte juge « inacceptable » un résultat obtenu par simple test immunologique, sans confirmation par une méthode de référence.
Les seuils, et pourquoi le métabolite décide
Le consensus de 2021 retient 50 pg/mg pour le THC et 50 pg/mg pour le CBD. Un picogramme par milligramme correspond à un milliardième de gramme de molécule par gramme de cheveu. Pour le THC-COOH, le texte ne donne pas de seuil de décision mais une exigence de sensibilité : le laboratoire doit pouvoir le quantifier dès 0,2 pg/mg. Il précise que sa détection « appuie fortement » un usage de THC.
L'argument remonte à un travail de l'Institut de médecine légale de Strasbourg, publié en 1995 dans le Journal of Forensic Sciences. Ses auteurs y expliquaient que le THC-COOH documente une consommation mieux que le THC, lequel peut provenir d'une atmosphère enfumée. Sur 30 prélèvements analysés, 17 contenaient le métabolite, entre 0,02 et 0,39 ng/mg, soit 20 à 390 pg/mg.
Une étude de l'université de Fribourg, parue en 2015 dans Scientific Reports, porte un titre explicite : trouver des cannabinoïdes dans un cheveu ne prouve pas une consommation. Des volontaires ont pris du THC par la bouche : il ne s'est pas retrouvé en quantité notable dans leurs cheveux. Le THC-COOH, lui, apparaissait aussi dans des segments qui avaient poussé avant la prise, et dans la sueur et le sébum. Les auteurs concluent que les trois molécules peuvent passer d'un consommateur à un proche par les mains, la sueur ou la fumée. Ils citent les dossiers de protection de l'enfance parmi les situations concernées.
Une étude belge publiée en 2026 dans Drug Testing and Analysis nuance ce constat sur le terrain. Elle a analysé 639 échantillons de cheveux de conducteurs suivis pour récupérer leur permis. 76 étaient positifs au seul THC-COOH, 52 au seul THC. Les tests de lavage réalisés sur les échantillons positifs au seul métabolite étaient négatifs, ce qui plaide pour une origine interne. Les auteurs concluent que le THC-COOH, même sans THC, est une preuve valable d'usage. Les échantillons positifs au THC sans métabolite correspondent au profil d'une contamination.
Usager de CBD : trois situations très différentes
La voie de consommation change tout, et les études disponibles permettent de la chiffrer.
Une fleur fumée ou vapotée dépose du THC. Une équipe de Bologne a exposé des mèches vierges à la fumée et à la vapeur de cannabis dans un petit système fermé. Selon leur étude, publiée en 2024 dans Drug Testing and Analysis, un produit à 0,4 % de THC, un peu au-dessus de la limite française de 0,30 %, a déposé en moyenne 35,54 ng/mg de THC, soit 35 540 pg/mg. Un cannabis à 9,7 % en déposait 169,30 ng/mg. Fumer ou vapoter ne changeait pas significativement le résultat. Il s'agit d'une expérience in vitro en espace confiné, pas d'une mesure sur des consommateurs.
Un extrait avalé laisse peu de THC dans le cheveu. Une étude luxembourgeoise publiée en 2018 dans Forensic Science International a suivi des consommateurs réguliers d'extraits riches en CBD. Ils déclaraient 4 à 128 mg de CBD par jour, soit 0,1 à 4,3 mg de THC. Le CBD capillaire allait de 10 à 325 pg/mg, mais le THC n'a été trouvé que dans un échantillon, sous le seuil du laboratoire.
Une huile appliquée sur les cheveux peut en déposer. Dans une étude parue en 2019 dans Scientific Reports, dix volontaires ont appliqué chaque jour une huile de chanvre du commerce pendant six semaines. L'analyse de l'huile n'y avait pas trouvé de THC. Pourtant, 89 % des volontaires présentaient ensuite au moins un cannabinoïde dans leurs cheveux, avec un THC allant jusqu'à 0,13 ng/mg, soit 130 pg/mg. Aucun ne présentait de THC-COOH. Notre article sur le CBD pour les cheveux et le cuir chevelu détaille ces produits.
Dans deux de ces trois cas, une exposition externe peut produire un THC capillaire au-dessus du seuil sans produire de THC-COOH. Le résultat dépend alors de ce que le laboratoire recherche.
Un dernier facteur tient au produit lui-même. Le rapport soutenu par la MILDECA en décembre 2023 a analysé 248 produits achetés en France. 30 dépassaient la limite, avec 0,4 à 1,2 % de THC. En ajoutant le THCA, la forme acide que la chaleur transforme en THC, 21 % des échantillons passaient au-dessus de 0,3 %. Consommer un produit de ce type fait entrer du THC dans l'organisme, et donc du THC-COOH. Notre guide du taux de THC légal explique comment ce taux se mesure.
Où le test capillaire est utilisé en France
Pas au bord de la route. Le dépistage des stupéfiants au volant, encadré par les articles R235-1 et suivants du code de la route, repose sur un test salivaire. La confirmation se fait sur un prélèvement salivaire analysé en laboratoire, ou sur une prise de sang si le conducteur demande une contre-expertise. Le cheveu n'apparaît nulle part dans ce chapitre. Notre article sur le CBD au volant détaille les sanctions, et notre guide du test salivaire explique ce que mesure ce test.
On rencontre l'analyse capillaire dans des expertises ordonnées par un juge, des suivis d'abstinence ou des dossiers de protection de l'enfance. L'étude belge citée plus haut portait, elle, sur la récupération du permis de conduire en Belgique. Le cadre du dépistage en entreprise est traité dans notre article sur l'employeur et le test salivaire.
Face à un résultat capillaire, trois questions méritent d'être posées au laboratoire. Le THC-COOH a-t-il été recherché, et à quelle limite de quantification ? Les eaux de lavage ont-elles été analysées ? Et le segment analysé mesure-t-il 3 cm au plus ?
Questions fréquentes
Un consommateur de CBD peut-il être positif à un test capillaire ?
Au THC, oui, surtout s'il fume ou vapote des fleurs, ou s'il applique une huile de chanvre sur ses cheveux. Au THC-COOH, le métabolite qui atteste d'un passage par l'organisme, les études citées ici ne trouvent pas de positivité après une simple exposition externe. Un produit dont le taux de THC dépasse la limite légale change la donne.
Pourquoi chercher le THC-COOH plutôt que le THC ?
Parce que le THC peut se déposer de l'extérieur, par la fumée, les mains ou un cosmétique, alors que le THC-COOH est produit par le foie. Dans l'étude belge de 2026, les tests de lavage des échantillons positifs au seul métabolite étaient négatifs. L'étude de Fribourg rappelle toutefois que la sueur d'un consommateur peut transmettre du THC-COOH à un proche.
Sur quelle durée un test capillaire renseigne-t-il ?
Le seuil s'applique à un segment de 3 cm au plus. À environ 1,0 cm de pousse par mois, cela couvre à peu près trois mois. Cette vitesse varie selon les personnes, et la concentration ne permet pas de déduire la quantité consommée.
Un shampoing ou une coloration peuvent-ils fausser le résultat ?
Le consensus de la SoHT indique que la décoloration, la coloration, le lissage ou les UV peuvent modifier la concentration mesurée. Ces traitements doivent être notés au moment du prélèvement. La durée de présence des cannabinoïdes dans le corps est abordée dans notre article sur le CBD dans l'organisme.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.