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CBD et acouphènes : ce que dit vraiment la recherche
Par L’équipe Phytogrammes ·
Sur la question des cannabinoïdes et des acouphènes, l'état de la recherche est inconfortable à résumer : il n'existe pratiquement aucune donnée humaine, et l'étude animale la plus citée conclut à une absence d'amélioration, voire à une aggravation du comportement de type acouphène. Voici ce que dit la littérature, et pourquoi le raisonnement mécanistique ne suffit pas.

Ce qu'est un acouphène, et pourquoi il résiste
Un acouphène est la perception d'un son, sifflement, bourdonnement ou tintement, sans source extérieure. L'INSERM estime qu'environ 10 % de la population adulte est concernée, les formes très invalidantes représentant moins de 1 % des cas, et rappelle dans le même dossier qu'il n'existe pas de traitement curatif à ce jour. Une enquête européenne harmonisée menée dans douze pays auprès de 11 427 adultes, publiée dans The Lancet Regional Health - Europe en 2022, aboutit à une prévalence de 14,7 % pour l'acouphène en général et de 1,2 % pour les formes sévères.
Cette absence de solution curative explique l'intensité de la demande, et l'attention portée à toute molécule présentée comme une piste. La prise en charge reconnue combine aujourd'hui appareillage auditif quand une perte d'audition est associée, thérapies sonores, thérapie cognitive et comportementale, et accompagnement de la détresse liée au symptôme.
Pourquoi le système endocannabinoïde est cité dans ce dossier
L'argument que l'on rencontre le plus souvent est mécanistique, et il repose sur des faits réels. Un grand nombre de neurones du noyau cochléaire du rat portent des récepteurs cannabinoïdes CB1, structure du tronc cérébral impliquée dans plusieurs modèles de genèse des acouphènes. Une équipe de l'université d'Otago a montré dès 2007, dans Hearing Research (Zheng et coll.), que l'induction d'un acouphène par le salicylate modifie cette expression : le nombre de neurones principaux exprimant CB1 diminue significativement dans la partie ventrale du noyau, sans changement significatif dans la partie dorsale. Le système endocannabinoïde est donc bien présent sur le trajet.
Un récepteur présent dans une structure n'est pas un effet démontré sur un symptôme. C'est exactement le point où beaucoup de contenus s'arrêtent, en laissant le lecteur combler le vide. La suite de la littérature ne va pas dans le sens espéré.
Ce que montrent les études animales : un signal défavorable
La même équipe a testé le passage du mécanisme à l'effet, deux fois, et a obtenu deux fois le résultat inverse de celui qu'on espérait. En 2010, dans Hearing Research, ni le WIN55,212-2 ni le CP55,940, deux agonistes cannabinoïdes de synthèse, n'ont réduit le comportement lié à l'acouphène dans un modèle salicylate ; aux doses les plus élevées, les deux molécules l'ont significativement augmenté.
En 2015, l'expérience a été reprise avec un traumatisme acoustique et une combinaison de Δ⁹-THC et de CBD en rapport 1:1, à 1,5 mg par kilogramme chacun, choisie pour approcher la composition d'un médicament existant. Le titre de l'article, publié dans Frontiers in Neurology, résume le résultat : « Cannabinoid CB1 Receptor Agonists Do Not Decrease, but may Increase Acoustic Trauma-Induced Tinnitus in Rats ». Les cannabinoïdes ont significativement augmenté le nombre d'animaux présentant un acouphène dans le groupe exposé au traumatisme, sans effet équivalent chez les témoins. Les auteurs concluent qu'ils pourraient favoriser la perception de l'acouphène lorsqu'une atteinte auditive préexiste.
Ce protocole associait THC et CBD, ce qui ne permet pas d'attribuer le résultat au seul cannabidiol : le CBD isolé n'a jamais été testé dans un modèle d'acouphène. C'est un vide, pas un résultat favorable. Les deux mêmes auteurs ont d'ailleurs signé en 2019 une mise au point dans Current Opinion in Neurology intitulée « Cannabinoid drugs: will they relieve or exacerbate tinnitus? », estimant que recourir aux cannabinoïdes disponibles pour soulager un acouphène est prématuré et non étayé par les données.
Ce que l'on sait chez l'humain : presque rien
Aucun essai clinique n'a évalué le cannabidiol contre placebo sur l'acouphène. Le registre ClinicalTrials.gov ne recense aucune étude croisant cannabidiol et acouphènes, et le seul essai jamais enregistré sur le cannabis dans cette indication, ouvert par un hôpital israélien, a été retiré sans avoir inclus un seul participant.
L'écart avec la demande est saisissant. Une enquête publiée en 2023 dans le Journal of Otolaryngology - Head & Neck Surgery (Mavedatnia et coll.) auprès de 45 patients acouphéniques rapporte que 96 % d'entre eux envisageraient un traitement par cannabis et que 36 % en avaient déjà consommé. Autrement dit : une attente quasi unanime, et zéro essai achevé en face.
Cette pauvreté de données est en soi une information. Elle explique pourquoi aucune agence sanitaire ne reconnaît de cannabinoïde comme prise en charge de l'acouphène. Le même schéma se retrouve ailleurs : notre point sur ce que disent vraiment les études cliniques sur le CBD détaille pourquoi la taille des échantillons et la durée des protocoles limitent la portée de la plupart des travaux publiés.
Ce que dit le cadre français
En France, aucun produit au CBD ne peut revendiquer un effet sur les acouphènes, ni sur aucune pathologie : une telle allégation ferait basculer le produit dans la catégorie du médicament, avec les obligations d'autorisation qui l'accompagnent. Un acouphène nouveau, unilatéral, pulsatile ou accompagné d'une perte auditive brutale relève d'un avis médical rapide, sans attendre.
Ce que nous pouvons faire, à notre place de vendeur, c'est publier ce que contiennent nos produits. Chaque lot est analysé par un laboratoire indépendant et le certificat est consultable avant l'achat. Sur les effets indésirables documentés et les interactions à connaître, notre page dédiée aux effets secondaires du CBD rassemble les données disponibles, et la question voisine des céphalées est traitée dans CBD et migraine.
Questions fréquentes
Le CBD peut-il faire disparaître un acouphène ?
Rien dans la littérature disponible ne permet de l'affirmer. Aucun essai clinique randomisé n'a testé le cannabidiol seul sur cette indication, et le principal travail animal conclut à une absence d'amélioration. L'INSERM rappelle par ailleurs qu'aucun traitement curatif de l'acouphène n'existe à ce jour.
Le CBD peut-il aggraver des acouphènes ?
Deux expériences de l'université d'Otago, en 2010 avec des agonistes de synthèse et en 2015 avec un mélange THC et CBD, ont observé une augmentation du comportement de type acouphène, surtout en cas d'atteinte auditive préalable. Ces protocoles ne permettent pas d'isoler le rôle du CBD, et la transposition à l'humain n'est pas établie, mais le signal mérite d'être connu.
Pourquoi lit-on autant de témoignages positifs en ligne ?
Parce qu'un symptôme fluctuant, très sensible à l'attention et au niveau de stress, se prête particulièrement aux effets placebo et aux biais de sélection : les personnes déçues témoignent moins. C'est la raison d'être des essais contrôlés contre placebo, qui manquent ici.
À qui s'adresser en cas d'acouphène gênant ?
À un médecin, en première intention un médecin traitant qui pourra orienter vers un ORL. Un bilan auditif identifie une éventuelle perte d'audition associée, souvent centrale dans la prise en charge. Aucun produit de bien-être ne remplace cette étape.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.