Chanvre et cannabis : même espèce, séparés par 0,3 % de THC
*Chanvre et cannabis forment une seule espèce, Cannabis sativa L. La chimie et le droit les séparent : en France, le chanvre autorisé provient d'une variété inscrite au catalogue et contient au plus 0,30 % de Δ⁹-THC, la molécule psychotrope. Au-dessus, la plante et ses produits sont des stupéfiants ; en 2024, l'herbe saisie en France contenait en moyenne 14,3 % de THC.*

- 01Une seule espèce, Cannabis sativa L.
- 02Ce qui les sépare : le THC, mesuré
- 03D'où vient le seuil de 0,3 %
- 04Graines, huile de graines, fleurs : trois produits, trois plafonds
- 05Cultiver du chanvre en France : un métier d'agriculteur
- 06Cannabis médical et cannabis récréatif : deux cas à part
- 07Vérifier qu'un produit vient du chanvre autorisé
- 08Questions fréquentes
À retenir
- Botaniquement, il n'y a qu'une espèce. Dans l'usage courant, « chanvre » nomme les plantes pauvres en THC, « cannabis » celles qu'on cultive pour le THC.
- Deux botanistes ont proposé le seuil de 0,3 % en 1976 ; la France l'a repris en 2021, les aides agricoles européennes en 2023.
- Pour les graines de chanvre alimentaires, les plafonds sont différents : 3,0 mg de THC par kilo, et 7,5 mg/kg pour l'huile de graines.
- La culture des fleurs et des feuilles est réservée aux agriculteurs actifs, avec des semences certifiées.
- Le seuil s'applique aux produits. Au volant, la moindre trace de THC détectée suffit.
Une seule espèce, Cannabis sativa L.
Chanvre et cannabis dit récréatif relèvent de la même espèce, Cannabis sativa L., et diffèrent par la sélection. Les chanvres agricoles ont été choisis pour leur fibre, leurs graines ou, depuis peu, leur CBD ; les cannabis de type « drogue », pour leur teneur en THC.
Les mentions sativa, indica et « hybride » ne modifient pas ce partage. Une étude génétique publiée en 2019, portant sur 30 variétés vendues dans trois États américains, n'a trouvé pour ces trois catégories aucun appui génétique net. Ce que la distinction recouvre encore est expliqué dans notre article indica ou sativa.
Quant au mot « marijuana », il n'appartient pas au vocabulaire botanique. En droit français, on dit « cannabis » pour la plante classée stupéfiant et « chanvre » pour les variétés autorisées.
Ce qui les sépare : le THC, mesuré
La limite tient à une teneur : celle du Δ⁹-THC, ou delta-9-tétrahydrocannabinol. Voici les critères qui en découlent en France.
| Critère | Chanvre autorisé | Cannabis stupéfiant |
|---|---|---|
| Δ⁹-THC | 0,30 % au plus | 14,3 % en moyenne pour l'herbe saisie en 2024, 29,6 % pour la résine |
| Variété | Inscrite au catalogue, semences certifiées | Aucune variété autorisée |
| Culture | Réservée aux agriculteurs actifs | Interdite |
| Vente | Fleurs, résines et cosmétiques sous conditions ; aliments au CBD non autorisés | Interdite |
| Usage | Aucune infraction pour un produit conforme | Délit : 1 an de prison et 3 750 €, ou amende forfaitaire de 500 € |
Les teneurs du cannabis saisi sont celles de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives ; les moyennes de 2024 viennent de sa note sur l'offre de stupéfiants en 2024, publiée en février 2026. En 2011, elles étaient de 10,4 % pour l'herbe et de 12,3 % pour la résine. En moyenne, l'herbe saisie en 2024 contient près de 48 fois le plafond du chanvre. Pour d'autres critères de comparaison, voir notre article beuh ou weed.
D'où vient le seuil de 0,3 %
Personne n'a calculé ce chiffre à partir d'un effet sur l'humain. En 1976, les botanistes Ernest Small et Arthur Cronquist ont proposé de classer les plantes selon leur teneur en THC dans les fleurs femelles séchées, avec une limite à 0,3 % : type « drogue » au-dessus, chanvre en dessous. Selon l'Agence canadienne d'inspection des aliments, cette ligne sert encore de référence en Amérique du Nord.
En France, l'arrêté du 30 décembre 2021 réserve la culture et l'usage commercial aux variétés de Cannabis sativa L. dont la teneur en Δ⁹-THC n'est pas supérieure à 0,30 %. Le même plafond vaut pour les extraits de chanvre et les produits qui les contiennent. Le Conseil d'État a annulé le 29 décembre 2022 l'interdiction de vendre fleurs et feuilles brutes. Selon lui, ce seuil n'est pas un seuil de sécurité, mais aucun risque démontré ne justifiait une interdiction générale et absolue. Pour les aides agricoles européennes, le plafond est passé de 0,2 % à 0,3 % le 1er janvier 2023. La mesure de la teneur est expliquée dans notre article sur le taux de THC légal.
Graines, huile de graines, fleurs : trois produits, trois plafonds
Le chanvre, ce sont aussi des graines, qui se mangent et auxquelles le droit alimentaire impose des plafonds bien plus bas. Applicable depuis le 1er janvier 2023, le règlement (UE) 2022/1393 fixe 3,0 mg de THC par kilo pour les graines de chanvre et leurs dérivés, 7,5 mg/kg pour l'huile de graines. Le calcul additionne le Δ⁹-THC et sa forme acide, le THCA, corrigée d'un facteur 0,877.
Un taux de 0,30 % correspond à 3 000 mg par kilo : le plafond d'une fleur de chanvre vaut donc 1 000 fois celui d'une graine.
Dans sa note du 20 mai 2026, le ministère de l'Agriculture rappelle que les graines, l'huile de graines et les feuilles pour infusion sont les seuls produits du chanvre admis comme aliments. Ils doivent respecter ces teneurs et ne pas être enrichis en cannabinoïdes. Les denrées contenant du CBD ne sont pas autorisées. La différence entre l'huile de CBD et l'huile de graines de chanvre fait l'objet d'un article à part.
Cultiver du chanvre en France : un métier d'agriculteur
L'arrêté de 2021 le dit en toutes lettres : « Seuls des agriculteurs actifs au sens de la réglementation européenne et nationale en vigueur peuvent cultiver des fleurs et des feuilles de chanvre. » Ces fleurs et feuilles doivent venir de plantes issues de semences certifiées, de variétés inscrites au catalogue. Si vous faites pousser du cannabis chez vous, même avec des graines « CBD », vous sortez de ce cadre. Notre article sur les graines de CBD explique pourquoi on peut les acheter légalement, mais pas les cultiver.
La France est toujours le premier producteur de chanvre de l'Union, principalement pour la fibre et la graine. Les surfaces et les débouchés figurent dans notre point sur la culture du chanvre en France.
Cannabis médical et cannabis récréatif : deux cas à part
Le cannabis médical forme une catégorie distincte du chanvre comme du cannabis récréatif : des produits à base de THC et de CBD, prescrits par des médecins dans un cadre expérimental. D'après l'ANSM, l'expérimentation française n'inclut plus de patients depuis le 27 mars 2024. Ceux qui étaient déjà suivis poursuivent leur traitement pendant une phase de transition, qui se terminera trois mois après l'avis de la Haute Autorité de santé. Le calendrier est suivi dans notre article sur le cannabis médical en 2026.
Le cannabis récréatif est toujours interdit. Selon Service-public.fr, l'usage de stupéfiants est puni d'un an d'emprisonnement et de 3 750 € d'amende. Depuis le 20 août 2026, l'amende forfaitaire qui peut se substituer aux poursuites s'élève à 500 €, ou 400 € en cas de paiement sous 15 jours.
Les consommateurs de chanvre sont eux aussi concernés au volant. Le 21 juin 2023, la Cour de cassation a jugé que l'autorisation de vendre des produits sous 0,30 % de THC est sans effet sur le délit de conduite après usage de stupéfiants. Ce délit est constitué quelle que soit la dose. Notre article sur le CBD au volant détaille les peines.
Vérifier qu'un produit vient du chanvre autorisé
Une étiquette « chanvre » ou « CBD » ne prouve rien. Ce sont trois lignes de l'analyse du lot qui tranchent : un numéro de lot qui correspond au produit, un Δ⁹-THC de 0,30 % au plus, et l'absence de cannabinoïdes semi-synthétiques tels que le HHC, le H4CBD ou le THCP, classés stupéfiants en 2023 et 2024. Chaque ligne est reprise dans notre guide du certificat d'analyse. La page laboratoire regroupe les références du catalogue, dont les fleurs sont regroupées dans la catégorie fleurs CBD.
Questions fréquentes
Non. Avec 0,30 % de Δ⁹-THC au maximum, une fleur de chanvre n'a pas l'effet psychotrope du cannabis récréatif. L'article le CBD fait-il planer en donne les raisons.
Ils appartiennent à la même espèce, Cannabis sativa L. Ce qui les distingue, c'est la teneur en THC (0,30 % au plus pour le chanvre autorisé, 14,3 % en moyenne pour l'herbe saisie en France en 2024) et le statut légal qui en découle.
Non : l'arrêté du 30 décembre 2021 ne permet qu'aux agriculteurs actifs de cultiver fleurs et feuilles, à partir de semences certifiées. En dehors de ce cadre, cultiver revient à produire des stupéfiants.
Très peu, et dans une limite fixée par la loi depuis 2023 : 3,0 mg de THC par kilo pour les graines, 7,5 mg/kg pour l'huile de graines. Ces aliments sont autorisés tant qu'ils ne sont pas enrichis en cannabinoïdes.
Pas pour le droit français, qui ne l'inscrit pas sur la liste des stupéfiants. Le THC, en revanche, en est un : le produit qui contient du CBD doit donc respecter le plafond de 0,30 % de Δ⁹-THC. La réponse complète se trouve dans l'article le CBD est-il une drogue.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.