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Indica vs sativa : 89 923 analyses, pas de frontière chimique

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9 min de lectureMis à jour le

Indica et sativa sont d'anciens noms botaniques : ils décrivaient la silhouette et l'origine d'une plante, et rien de son effet. Sur 89 923 échantillons de cannabis analysés dans six États américains, la composition ne sépare pas les produits étiquetés « indica », « sativa » ou « hybride ». Pour une fleur de CBD vendue en France, le bon repère est le chémotype mesuré en laboratoire : teneurs en CBD, en THC (0,30 % au plus) et en terpènes.

Plants de cannabis en culture sous serre, feuillage dense sous une verrière

À retenir

  • En 1753, Linné nomme Cannabis sativa ; en 1785, Lamarck décrit Cannabis indica, d'après la forme et la provenance des plantes.
  • Le commerce a inversé la botanique : ce que les catalogues de graines appellent « sativa » correspond à la sous-espèce indica.
  • D'après trois études génétiques et chimiques, l'étiquette indica ou sativa renseigne mal sur le contenu d'une plante.
  • Le chémotype, le rapport entre THC et CBD, se mesure. Un chanvre CBD appartient au chémotype III.
  • Pour choisir, fiez-vous au certificat d'analyse du lot plutôt qu'à la mention sativa ou indica.

D'où viennent les mots indica et sativa

Tout part d'un livre. Les botanistes font commencer la nomenclature moderne avec la publication de Species Plantarum par Linné en 1753, où Cannabis sativa prend date. Le spécimen décrit par Linné était une plante européenne cultivée pour sa fibre, sans effet enivrant. En 1785, Lamarck décrit une seconde espèce venue d'Inde, Cannabis indica : des plantes plutôt hautes, peu ramifiées, aux folioles étroites.

Or les vendeurs appellent aujourd'hui « indica » une plante trapue aux feuilles larges, et « sativa » une plante haute aux feuilles fines. Dans une revue de 2018, le botaniste John McPartland résume l'écart en une phrase : la « Sativa » du commerce est en réalité indica, l'« Indica » est afghanica, et la « Ruderalis » est le plus souvent sativa. Il retient une seule espèce, Cannabis sativa, divisée en deux sous-espèces, sativa et indica.

Schéma : dans le commerce, « Sativa » correspond à la sous-espèce indica, « Indica » à la variété afghanica, « Ruderalis » le plus souvent à la sous-espèce sativa ; une seule espèce, Cannabis sativa L.
Noms commerciaux et noms botaniques. Sources : McPartland, 2018 ; McPartland et Small, 2020

Le droit désigne lui aussi le chanvre autorisé sous le nom Cannabis sativa L., quelle que soit la silhouette de la variété. Selon l'article 4 du règlement européen sur la politique agricole commune, seules les variétés dont la teneur en THC ne dépasse pas 0,3 % ouvrent droit aux aides. La Commission européenne recensait 116 variétés de chanvre inscrites au catalogue commun en 2024, et la France fournit plus de 60 % de la production de l'Union. Pour lire ce catalogue, voyez notre article sur le catalogue européen des variétés.

Ce que montrent la génétique et la chimie

Trois études ont comparé l'étiquette au contenu, sur du cannabis vendu en Amérique du Nord. Leurs conclusions concordent.

ÉtudeÉchantillonsCe qu'elle a mesuréRésultat
Sawler et al., 201581 cannabis, 43 chanvres14 031 marqueurs génétiquesCorrélation modérée (r² = 0,36) avec l'ascendance sativa déclarée
Watts et al., 2021137 avec données complètesGénome et terpènesÉchantillons « sativa » et « indica » indiscernables à l'échelle du génome
Smith et al., 202289 923Terpènes et cannabinoïdesAucune séparation des profils selon l'étiquette

Parue dans PLOS ONE en 2015, l'étude de Sawler et ses collègues relève deux autres points. Dans 6 comparaisons sur 17, des échantillons vendus sous le même nom de variété étaient génétiquement plus proches d'échantillons portant un autre nom. Le chanvre, lui, s'y révèle plus proche du cannabis de type « indica » que du type « sativa ».

En 2021, l'équipe de Watts, dans Nature Plants, a étudié plus de 100 échantillons sous trois angles : terpènes, cannabinoïdes et plus de 100 000 marqueurs génétiques. À l'échelle du génome, les échantillons étiquetés « sativa » et « indica » ne se distinguaient pas. Certains gènes de synthèse des terpènes étaient toutefois associés à l'étiquette.

La plus large est l'étude de Smith et ses collègues, publiée en 2022 dans PLOS ONE, sur 89 923 échantillons testés dans six États américains. Leurs profils de terpènes forment trois familles : β-caryophyllène et limonène, myrcène et pinène, terpinolène et myrcène. Des étiquettes indica, sativa et hybride se retrouvent dans chacune, sans séparation nette. Les auteurs qualifient d'infondé le marketing qui présente l'indica comme sédative et la sativa comme énergisante. Ces molécules sont décrites dans notre article sur les terpènes du chanvre.

L'idée « sativa stimulante, indica relaxante » : ce qu'on en sait

Cette idée s'appuie sur des témoignages et non sur des essais. On cite souvent une enquête en ligne publiée en 2014 auprès de 95 consommateurs de cannabis médical aux États-Unis. Les répondants associaient l'indica au sommeil et à la sédation, la sativa à l'euphorie et à l'énergie. Les auteurs en admettent les limites : participants non tirés au sort, effectifs très faibles pour certaines questions. Surtout, personne n'a vérifié les étiquettes en laboratoire. On ignorait donc ce que contenait vraiment le produit consommé, et l'attente suscitée par l'étiquette peut suffire à orienter la réponse.

Le neurologue Ethan Russo, spécialiste des cannabinoïdes, va plus loin. Dans un entretien publié en 2016, il juge impossible de deviner la composition d'une plante d'après sa taille, ses ramifications ou ses feuilles. Il propose d'abandonner ces deux mots au profit d'analyses des cannabinoïdes et des terpènes. Nous n'avons trouvé aucun essai clinique comparant à l'aveugle des produits « sativa » et « indica » de composition connue.

Pour une fleur de CBD, la question a encore moins de sens. Le CBD n'a pas l'effet psychotrope du THC, et un produit conforme contient au plus 0,30 % de Δ⁹-THC. L'article le CBD fait-il planer ? détaille ce point.

Le chémotype, la classification qui se mesure

Les chercheurs, eux, classent le cannabis par chémotype, autrement dit par profil de cannabinoïdes. Une revue parue en 2022 dans Plants en distingue cinq.

ChémotypeCannabinoïde dominantRapport THC/CBDPlantes concernées
ITHCSupérieur à 1Cannabis de type drogue
IITHC et CBD à parts prochesProche de 1Types mixtes
IIICBDInférieur à 1Chanvre industriel et chanvre à CBD
IVCBGCBG majoritaireChanvre à CBG
VPresque aucunSans objetChanvre à fibres

Une fleur de CBD vendue en France appartient au chémotype III, ou au IV pour les variétés riches en CBG. Deux plantes de silhouettes opposées peuvent avoir le même chémotype, et deux plantes d'aspect identique, des chémotypes différents. Un certificat d'analyse mesure ce chémotype, alors que le mot sativa ou indica n'en dit rien.

Choisir une fleur de CBD sans se fier à l'étiquette

Sur une fiche produit, la mention indica ou sativa renseigne sur l'origine génétique, parfois de façon approximative. Le certificat d'analyse apporte cinq données plus parlantes :

  1. Le numéro de lot, qui doit être le même sur le sachet et sur l'analyse.
  2. La teneur en CBD, exprimée en pourcentage de la masse.
  3. Le Δ⁹-THC, à 0,30 % au plus.
  4. Le profil de terpènes (myrcène, limonène, β-caryophyllène), si le laboratoire l'a mesuré.
  5. L'absence de HHC, de H4CBD ou de THCP, qui sont classés stupéfiants.

Les fiches des fleurs de CBD indiquent le terpène dominant de chaque variété, et l'article sur la qualité d'un CBD à fumer réunit nos critères de choix.

Questions fréquentes

À l'origine, la forme et la provenance : Linné a nommé Cannabis sativa en 1753, Lamarck Cannabis indica en 1785. Les botanistes y voient aujourd'hui deux sous-espèces d'une même espèce, et les analyses montrent que l'étiquette commerciale prédit mal la composition.

Aucun des deux ne fait un bon critère. Choisissez d'après le certificat d'analyse : teneur en CBD, Δ⁹-THC à 0,30 % au plus, profil de terpènes. Ces valeurs sont mesurées, alors qu'indica et sativa restent des étiquettes.

Non. La teneur en CBD dépend du chémotype de la variété, que fixent sa génétique et sa culture. Une fleur dite indica peut contenir plus de CBD qu'une fleur dite sativa, et l'inverse est vrai aussi.

C'est une variété née du croisement de deux lignées. Le mot décrit une généalogie, souvent déclarée par le vendeur, et n'en dit pas plus sur la composition.

En droit, oui : le chanvre autorisé est désigné sous le nom Cannabis sativa L., quelle que soit sa forme. En génétique, l'étude de 2015 le trouve plus proche du cannabis vendu comme « indica ».


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.