Strain hunter : le métier de chasseur de variétés de cannabis
Un strain hunter, ou « chasseur de variétés », voyage pour récolter les graines de landraces, ces populations locales de cannabis sélectionnées par des générations de cultivateurs d'une même région. Il cherche à préserver une diversité génétique que l'hybridation commerciale fait disparaître. Son travail relève surtout de la botanique, et le droit encadre chaque graine qu'il rapporte.

À retenir
- Une landrace est cultivée depuis des générations dans une même région, à l'écart des hybrides modernes.
- D'après une étude de 2020 portant sur environ 1 100 spécimens d'herbier, l'hybridation menace d'extinction les landraces d'Asie centrale et du Sud.
- Le séquençage de 110 génomes place la domestication du cannabis en Asie de l'Est, au début du Néolithique.
- Pour collecter des graines à l'étranger, il faut l'accord du pays d'origine, selon le protocole de Nagoya adopté en 2010.
- En France, on ne peut cultiver que des variétés inscrites au catalogue, à 0,30 % de Δ⁹-THC au plus.
Ce que fait un strain hunter
Strain veut dire variété, au sens commercial, et hunter chasseur. L'expression s'est répandue avec Strain Hunters, une série documentaire produite par un semencier néerlandais, qui y filmait ses expéditions. La série en a donné une image d'aventure, alors que le travail réel est plus lent.
Sur place, le chasseur de variétés rencontre les cultivateurs, relève les conditions de culture et le climat, observe les plantes en fleur et prélève des graines. Une fois rentré, il les sème, garde les plants les plus stables et met de côté une partie du lot. Certains croisent ensuite ces lignées avec des variétés existantes, quand d'autres veulent seulement les garder intactes.
Peu de gens exercent ce métier : quelques sélectionneurs, souvent liés à des semenciers, et des chercheurs attachés à des collections de ressources génétiques.
Landrace : la cible du chasseur
La landrace est une population traditionnelle propre à une région, que la sélection des cultivateurs a façonnée au fil des siècles. Le strain moderne, lui, sort de croisements dirigés. Une landrace est donc une plante cultivée restée locale, et non une plante sauvage.
Deux botanistes, John McPartland et Ernest Small, ont proposé la classification la plus citée. Pour une étude publiée en 2020 dans PhytoKeys, ils ont examiné environ 1 100 spécimens conservés dans 15 herbiers. Ils distinguent deux grands types de cannabis à drogue : le type « Sativa », venu d'Asie du Sud (Inde), et le type « Indica », venu d'Asie centrale (Afghanistan, Pakistan, Turkestan). Ces mots ont pris depuis un sens commercial très différent, comme l'explique notre article sur indica et sativa.
Des variétés connues descendent de landraces. La Haze a ainsi été assemblée à partir de populations du Mexique, de Colombie, d'Inde du Sud et de Thaïlande (voir notre article sur la famille Haze).
Pourquoi ces variétés s'effacent
On parle d'introgression : des gènes étrangers entrent dans une population locale. Pour McPartland et Small, l'hybridation menace d'extinction les landraces d'Asie centrale et du Sud. Ils donnent un exemple : vers 1980, des landraces afghanes avaient été introduites dans le sud du Cachemire, et des plants échappés poussaient près des cultures. Selon eux, il est urgent de collecter et de conserver ces populations dans leurs régions d'origine, et leur mise en banque de graines est une priorité immédiate.
La génétique montre ce que vaut ce réservoir. Dans une étude publiée en 2021 dans Science Advances, une équipe internationale, conduite notamment à l'université de Lausanne, a séquencé le génome complet de 110 plantes de cannabis venues du monde entier. D'après ses résultats, le cannabis a été domestiqué en Asie de l'Est au début du Néolithique. Les variétés actuelles, à fibre comme à drogue, viennent toutes d'un ancien réservoir génétique, représenté aujourd'hui par des plantes retournées à l'état sauvage et par des landraces de Chine. Pour la période récente, voir notre article sur l'histoire du chanvre en Europe.
Rapporter des graines : ce que dit le droit
En droit international, la graine a un statut à part. À son article 1er, la Convention unique sur les stupéfiants de 1961 définit le cannabis comme les sommités fleuries ou fructifères de la plante, « à l'exclusion des graines ». Le transport n'est pas libre pour autant, car chaque pays fixe ses propres règles d'exportation des graines, souvent restrictives.
Le droit de la biodiversité s'applique aussi. Adopté le 29 octobre 2010, le protocole de Nagoya pose que l'utilisateur d'une ressource génétique doit obtenir le consentement préalable du pays où elle se trouve. Il doit aussi négocier avec ce pays des conditions d'utilisation, partage des avantages compris. Collecter une landrace sans cet accord pose donc un problème juridique, même si la graine elle-même n'est pas un stupéfiant.
En France, semer obéit à d'autres règles. L'arrêté du 30 décembre 2021 n'autorise que les variétés de Cannabis sativa L. inscrites au catalogue commun européen ou au catalogue officiel français, dont la teneur en Δ⁹-THC ne dépasse pas 0,30 %. Il réserve la culture des fleurs et des feuilles aux agriculteurs actifs, avec des semences certifiées. Une landrace rapportée de voyage ne répond à aucune de ces conditions. Ce qu'un particulier peut acheter, et ce qu'il n'a pas le droit de semer, est détaillé dans notre article sur les graines de CBD.
De la landrace au chanvre CBD cultivé en France
Le chanvre à CBD cultivé en France repose sur des variétés inscrites au catalogue, sélectionnées pour une composition stable et un THC contrôlé, et non sur des landraces importées telles quelles. La Commission européenne dénombrait 116 variétés de chanvre au catalogue commun en 2024. Pour le consulter, voir notre guide du catalogue européen des variétés.
Les landraces n'interviennent qu'en amont. Les programmes de sélection puisent dans la diversité génétique disponible, dont font partie les collections conservées en banques de graines. L'étude de Lausanne a aussi observé que la sélection pour la fibre ou pour l'effet psychotrope a désactivé certains gènes de synthèse des cannabinoïdes. Chaque orientation a ainsi laissé de côté une partie du patrimoine de départ.
Le nom d'une variété rappelle souvent une origine. Durban est une ville d'Afrique du Sud, et l'Afghanistan compte parmi les foyers du type Indica. Notre fleur Durban Poison et notre résine Afghan restent des produits de chanvre à 0,30 % de Δ⁹-THC au plus, et non les populations d'origine elles-mêmes. Ce que contient un lot, le nom ne le dit pas : il faut une analyse, que notre guide du certificat d'analyse apprend à lire. Toutes nos fleurs de CBD affichent leur plafond de Δ⁹-THC.
Questions fréquentes
Un sélectionneur qui voyage pour récolter les graines de landraces, ces populations locales de cannabis cultivées depuis des générations dans une même région. Il les documente et les conserve, et les croise parfois avec d'autres variétés.
Rarement sans formalités. La Convention de 1961 exclut bien les graines de la définition du cannabis, mais chaque pays a ses propres règles d'exportation. Le protocole de Nagoya exige en plus l'accord du pays d'origine pour utiliser une ressource génétique. En France, une graine non inscrite au catalogue ne peut pas être semée.
Pas directement. En France, on cultive des variétés inscrites au catalogue, sous 0,30 % de Δ⁹-THC. Des gènes de landraces peuvent toutefois entrer en amont dans des programmes de sélection.
Une landrace est une population locale, que des générations de cultivateurs ont façonnée dans un seul environnement. Une variété commerciale est issue de croisements orientés vers un objectif précis : rendement, stabilité ou composition.
Des variétés modernes sont introduites près des cultures locales et se croisent avec elles. Selon une étude de 2020, cette hybridation menace d'extinction les landraces d'Asie centrale et du Sud ; ses auteurs appellent à les conserver en banques de graines.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.