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3x filtré : ce que signifie ce nom sur un hash, et ce qu'il ne garantit pas

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15 min de lecture

« 3x filtré », « 3 fois filtré » ou « triple filtré » est un nom commercial : il annonce trois passages de filtration, mais aucun texte ne fixe la méthode, la maille ni le résultat. Selon les fiches des vendeurs relevées le 27 octobre 2026, ce nom désigne trois tamis de plus en plus fins, du pollen retamisé ou trois passes sur une maille de 75 microns, avec des teneurs annoncées de 25 à 80 % de CBD. Le nombre décrit un tri, pas une teneur.

Petit tas de poudre de trichomes beige posé sur la pointe d'une lame de couteau, où l'on distingue quelques filaments végétaux orangés

À retenir

  • Le terme ne figure ni dans le texte qui encadre le chanvre en France, ni dans le manuel de l'ONUDC sur l'analyse du cannabis, ni dans les rapports de l'agence européenne des drogues consultés ici.
  • Un tamis trie par taille. Les têtes de trichomes, qui portent la résine, mesurent de 40 à 110 microns, et un débris végétal de même taille passe la même maille.
  • Chaque passage gagne en pureté et perd du rendement. Dans une étude de 2025, un premier tamisage classique donnait 40 à 50 % de têtes de trichomes, comptées au microscope.
  • La teneur dépend d'abord de la plante. Selon l'agence européenne, le passage du Maroc à des hybrides est sans doute l'une des causes principales de la hausse du THC de la résine en Europe.
  • Pour juger un « 3x filtré », lisez l'analyse du lot : cannabinoïde dominant, Δ⁹-THC à 0,30 % au plus, liste des molécules recherchées.

Que veut dire « 3x filtré » ?

« 3x filtré » se lit « trois fois filtré ». On le trouve aussi écrit « 3 fois filtré », « triple filtré », « 3xfff » ou, en italien, « triplo filtrato ». Le mot « filtré » est approximatif : pour fabriquer une résine, on ne filtre pas un liquide, on tamise une poudre ou, dans la méthode à l'eau glacée, on recueille les trichomes sur des sacs à mailles calibrées. Dans tous les cas, l'opération sépare les têtes de trichomes, ces petites glandes qui couvrent les fleurs femelles et contiennent les cannabinoïdes, du reste de la plante.

Le nom ne dit rien de plus. Il n'apparaît ni dans l'arrêté du 30 décembre 2021 qui encadre le chanvre en France, ni dans le manuel de l'ONUDC (l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime) sur l'identification du cannabis, ni dans les rapports de l'EUDA, l'agence de l'Union européenne sur les drogues, consultés le 27 octobre 2026. Aucune autorité n'a donc fixé combien de passages il faut, sur quelles mailles, ni quel résultat on doit obtenir. La fiche triplo filtrato du lexique classe le terme parmi les appellations déclaratives : le vendeur la revendique, personne ne la vérifie.

Trois tamis ou trois passes : les définitions des vendeurs

Le 27 octobre 2026, la première page de Google pour « 3x filtré » ne comptait que des boutiques de CBD, fiches produit et guides. Leurs définitions ne concordent pas. Nous les résumons sans lien, car aucune ne s'appuie sur une source indépendante.

Ce que la page décritMailles annoncéesTeneur annoncée
Trois tamisages à sec, de plus en plus finsnon préciséesaucune
Le « pollen » de la fleur, tamisé trois foisgrilles de 220, 160 puis 73 µm environ, ou sacs de 90, 60 puis 45 µmde 30 à 60 % de CBD « ou plus », pour la catégorie
Trois passages sur une même maille75 µm25 % de CBD
Des passages successifs dans des filtresde 60 à 120 µm20 % d'un mélange de « cannabinoïdes alternatifs » non nommés, et 5 % de CBN
Un tamisage à sec en plusieurs passes, puis un pressage à froidnon précisées80 % de CBD
Une filtration « en trois étapes », sans méthodenon précisées40 à 50 % de CBD selon le lot

Trois lectures coexistent. Pour certains, « 3x » compte des tamis de mailles décroissantes. Pour d'autres, il compte des passages répétés sur la même maille. Pour d'autres encore, il ne renvoie à aucune méthode décrite. Le « pollen » du commerce du CBD n'est d'ailleurs pas du pollen, mais une poudre de trichomes tamisés, comme l'explique notre guide du pollen de CBD.

Rien n'indique non plus si la séparation s'est faite à sec ou dans l'eau. Le manuel de l'ONUDC décrit le « ice hash », obtenu en agitant la matière sèche avec des glaçons, comme une poudre passée dans une série de tamis aux mailles de plus en plus fines : un lavage peut donc, lui aussi, se dire filtré plusieurs fois. Un des guides du tableau distingue enfin un « 3x filtré CBD » d'un « 3x filtré THC » : le nom circule sur les deux marchés.

D'où vient l'idée de passages successifs ?

Le tamisage est le geste de base des résines du pourtour méditerranéen. Le manuel de l'ONUDC, dans son édition révisée de 2022, le décrit en deux temps. La plante séchée est en général battue contre un mur pour détacher les parties qui produisent la résine, puis tamisée pour retirer graines et fibres. La poudre obtenue est enrichie en résine, donc en THC, mais au microscope elle garde encore de nombreux caractères botaniques. Le tamisage concentre la résine sans jamais l'isoler tout à fait.

Au Maroc, ce tamisage donne plusieurs qualités de poudre. En 2004, l'enquête conjointe du gouvernement marocain et de l'ONUDC a suivi l'opération et pesé la récolte sur trente parcelles. Pour 100 kg de plante séchée, les cultivateurs extrayaient 2,82 kg de poudre, répartie en trois qualités : 1,04 kg de première, 0,94 kg de deuxième et 0,84 kg de troisième. Le rapport ne décrit pas le geste qui sépare une qualité de la suivante. Analysées par le laboratoire de la Gendarmerie royale, les poudres titraient de 5,5 à 11,3 % de THC, 8,3 % en moyenne, contre 2,3 % pour la plante séchée. Notre article sur le hash marocain retrace cette filière et ses rendements.

Les méthodes modernes reprennent le principe avec des machines. Selon l'ONUDC, le « pollinator », un tambour garni d'un filet fin dans lequel tournent des fleurs séchées puis congelées, peut multiplier jusqu'à huit fois la teneur en THC par rapport à la matière de départ. Dans la tradition comme à l'atelier, le nombre de passages et le grade restent fixés par le producteur.

Ce qu'un passage de plus change à la pureté

Dans les études sur le tri des trichomes, la pureté d'une poudre de résine désigne la part de têtes de trichomes qu'elle contient, le reste étant des pieds de trichomes, des fragments de feuille et de la poussière. Elle se compte au microscope, pas sur un certificat de cannabinoïdes.

Encore faut-il savoir ce qu'un tamis peut séparer. En 2023, l'équipe de Zamir Punja, à l'université Simon Fraser au Canada, a mesuré au microscope les trichomes de deux variétés riches en THC. Les têtes des trichomes glandulaires y mesurent de 40 à 110 microns, celles des petits trichomes bulbeux de 15 à 30 microns. Une étude de 2015, citée par cette équipe, a relevé des têtes plus petites sur le chanvre pauvre en THC que sur des variétés riches en THC : 80 microns en moyenne, contre 129. Un tamis ne voit que le diamètre. Un éclat de feuille de 80 microns passe la même maille qu'une tête de 80 microns, quel que soit le nombre de passages.

Repasser la poudre retire donc des débris, au prix de la quantité. Deux auteurs, l'un de l'université Dalhousie au Canada, l'autre d'une entreprise de filtration, l'ont résumé en 2025 dans le Journal of Cannabis Research, en présentant un séparateur de trichomes : une hausse du rendement entraîne une perte de pureté. Au premier passage, les méthodes classiques y donnent une poudre à 40 à 50 % de têtes de trichomes en moyenne, 50 à 60 % avec un tamis rotatif, et 80 à 95 % avec un séparateur électrostatique : une comparaison dont l'un des auteurs commercialise le séparateur. Ce tri par la charge est décrit dans notre article sur le static hash.

Les suites de mailles citées par les vendeurs ne trient pas la même chose. Le tableau les compare aux mesures de 2023.

Suite annoncéeCe que chaque maille retient, au regard des têtes de 40 à 110 µm
220, 160 puis 73 µmLes deux premières grilles laissent passer toutes les têtes détachées et arrêtent surtout des débris. Seule la troisième recueille une fraction : les têtes de 73 à 110 µm, et les débris de même taille.
90, 60 puis 45 µmTrois fractions possibles, de 90 à 110 µm, de 60 à 90 µm et de 45 à 60 µm, la dernière plus chargée de têtes partielles. Le nom ne dit pas lesquelles ont été gardées.
Trois passes sur 75 µmUne seule fraction, au-dessus de 75 µm. Répéter le passage fait tomber la poussière fine, mais les débris plus gros que 75 µm restent.
De 60 à 120 µmUne fraction large, qui couvre presque toutes les têtes, entières ou non.

Ce découpage reste théorique : une tête n'est pas une bille, et celle qui tient encore à son pied se comporte comme une particule plus grosse. Il montre pourtant qu'un même « 3x » peut désigner une fraction étroite comme une fraction large. Une maille plus fine ne garantit pas non plus une poudre plus pure : sous 45 microns, elle retient aussi une partie des trichomes bulbeux, dont les têtes font de 15 à 30 microns, ainsi que des têtes cassées et de la poussière. L'outil micron du hash situe chaque maille sur l'échelle, et le guide 90u ou 120u détaille le rôle de chaque sac.

Le nombre de filtrations dit-il la teneur en CBD ?

Non. La teneur d'une résine dépend de deux choses : la part de têtes de trichomes dans la poudre, que le tamisage améliore, et la teneur de ces têtes en cannabinoïdes, que fixe la plante. Dans l'enquête marocaine de 2004, le tamisage donnait, selon les parcelles, des poudres à 5,5 % comme à 11,3 % de THC.

La hausse récente de la teneur des résines est d'ailleurs attribuée pour une large part à la génétique. Dès 2014, les chercheurs Pierre-Arnaud Chouvy et Kenza Afsahi observaient dans le Rif le remplacement rapide de la variété locale par des hybrides aux rendements en résine trois à cinq fois supérieurs. L'EUDA et Europol jugent cette modernisation probablement l'une des causes principales de la hausse de 191 % de la teneur en THC de la résine saisie en Europe depuis le début des années 2010. Dans son rapport européen sur les drogues de 2026, l'agence mesure 24,6 % de THC en moyenne dans la résine saisie en 2024 dans l'Union.

Ces repères situent les chiffres du tableau. L'ONUDC cite 25 % de THC pour une résine tirée de variétés très riches en THC, et 60 % pour une huile extraite au solvant. Une résine tamisée annoncée à 80 % de CBD dépasse de loin ce que ces sources décrivent pour une résine : seule l'analyse du lot peut dire ce qui produit ce chiffre.

Il en va de même pour le chanvre. Au catalogue, le hash 3x filtré affiche un profil de référence de 14,9 % de CBD, sans certificat d'analyse publié au 27 octobre 2026. Ce taux se situe dans la fourchette des hashs de notre comparatif de 14 résines, de 14,8 à 20,5 %, quel que soit leur procédé.

Comment juger une résine vendue « 3x filtré » ?

Le nom ne se vérifie pas sur le produit fini : aucune analyse ne compte les passages. Quatre questions donnent en revanche des réponses vérifiables.

  1. Que dit la fiche du procédé ? À sec ou à l'eau, la maille de chaque passage en microns, et la fraction gardée. Un « 3x » sans maille ne se compare à rien. La fiche dry sift du lexique décrit la méthode à sec.
  2. Que dit l'analyse du lot ? Le cannabinoïde dominant et son pourcentage mesuré, le Δ⁹-THC, et un numéro de lot identique à celui du sachet. L'arrêté du 30 décembre 2021 plafonne le Δ⁹-THC à 0,30 %, pour les extraits de chanvre comme pour les produits qui les contiennent. Notre guide pour lire un certificat d'analyse détaille chaque ligne.
  3. Quelles molécules ont été recherchées ? Si la fiche annonce un mélange de cannabinoïdes « alternatifs » sans les nommer, ou un effet qui fait planer, la question n'est plus la filtration. Des résines vendues comme du CBD ont été retrouvées additionnées de molécules semi-synthétiques, comme le décrit notre article sur le frozen boosté.
  4. Que montre l'œil ? Une poudre claire, sans fragment vert visible, qui s'assouplit à la chaleur de la main, signale un tamisage soigné. Elle ne prouve ni trois passages ni une teneur, comme l'explique notre article sur la couleur d'une résine.

Ce qu'une fiche affirme du procédé n'est pas sans portée. Le code de la consommation compte le mode de fabrication d'un bien, et les résultats des contrôles effectués sur lui, parmi les éléments sur lesquels une allégation fausse ou de nature à induire en erreur rend une pratique commerciale trompeuse (article L121-2). Le mot « 3x filtré » n'a pas de définition, mais la méthode qu'une fiche décrit reste une allégation.

Questions fréquentes

C'est un nom commercial pour une résine dont les trichomes auraient été séparés de la plante en trois passages de tamisage ou de filtration. Aucune norme ne définit ces passages : selon les vendeurs, il s'agit de trois tamis de plus en plus fins, de trois passes sur une même maille ou de pollen retamisé. Le nom ne renseigne pas sur la teneur.

Pas en vertu de son nom. Chaque passage retire des débris végétaux et rend la poudre plus pure, mais la teneur en cannabinoïdes dépend d'abord de la plante de départ. Dans l'enquête marocaine de 2004, des poudres tamisées dans la même région allaient de 5,5 à 11,3 % de THC selon les parcelles. Pour un hash CBD, seule l'analyse du lot donne le taux.

Le nombre de passages ne se vérifie pas sur le produit fini. Une couleur claire, peu de fragments verts et une texture qui s'assouplit à la chaleur signalent un tamisage soigné, sans prouver qu'il y en a eu trois. Le seul repère vérifiable reste l'analyse du lot, avec son numéro, son cannabinoïde dominant et son Δ⁹-THC.

Le dry sift désigne une méthode, le tamisage à sec, sans eau ni solvant. « 3x filtré » annonce un nombre de passages sans préciser la méthode : certains vendeurs l'appliquent à un dry sift tamisé trois fois, d'autres à une résine dont la fabrication n'est pas décrite. Un dry sift peut être vendu « 3x filtré », mais le nom seul ne prouve pas qu'il s'agit d'un dry sift.

Sources et dates

  • Relevé de la première page des résultats Google (France) pour « 3x filtré », 27 octobre 2026. Consulté le 27 octobre 2026.
  • ONUDC, Recommended Methods for the Identification and Analysis of Cannabis and Cannabis Products, édition révisée, Vienne, 2022. Consulté le 27 octobre 2026.
  • Royaume du Maroc (APDN) et ONUDC, Enquête sur le cannabis 2004, mai 2005. Consulté le 27 octobre 2026.
  • Punja Z. K., Sutton D. B., Kim T., « Glandular trichome development, morphology, and maturation are influenced by plant age and genotype in high THC-containing cannabis (Cannabis sativa L.) inflorescences », Journal of Cannabis Research, 4 avril 2023, DOI 10.1186/s42238-023-00178-9. Consulté le 27 octobre 2026.
  • MacGowan C., Martynenko A., « Electrostatic separator of cannabis trichomes: an innovative approach to extraction », Journal of Cannabis Research, 4 mai 2025, DOI 10.1186/s42238-025-00281-z. Consulté le 27 octobre 2026.
  • Chouvy P.-A., Afsahi K., « Hashish revival in Morocco », International Journal of Drug Policy, mai 2014, DOI 10.1016/j.drugpo.2014.01.001. Consulté le 27 octobre 2026.
  • EUDA et Europol, EU Drug Market: Cannabis, chapitre « Production », 16 novembre 2023. Consulté le 27 octobre 2026.
  • EUDA, European Drug Report 2026, chapitre sur le cannabis, 9 juin 2026. Consulté le 27 octobre 2026.
  • Arrêté du 30 décembre 2021 portant application de l'article R. 5132-86 du code de la santé publique, Journal officiel du 31 décembre 2021. Consulté le 27 octobre 2026.
  • Code de la consommation, article L121-2, version en vigueur depuis le 28 mai 2022. Consulté le 27 octobre 2026.
  • Photo d'ouverture : Coaster420, domaine public, via Wikimedia Commons, format adapté.

Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.