Hash CBD et solvants résiduels : ce que le COA doit montrer
Le tamisage à sec et le lavage à l'eau glacée n'emploient aucun solvant : un hash obtenu ainsi n'a rien à purger, et il n'y a rien à y rechercher. Un concentré extrait au butane, au propane ou à l'éthanol peut en revanche en garder des traces ; son certificat d'analyse doit alors publier une rubrique « solvants résiduels » chiffrée, solvant par solvant. Faute de limite française propre au chanvre, le repère vient de la pharmacie.

- 01Deux familles de procédés, une seule emploie un solvant
- 02Ce que mesure une analyse de solvants résiduels
- 03Les limites de référence : ICH Q3C, et rien de propre au chanvre
- 04Lire la rubrique sur un certificat : quatre vérifications
- 05Les résines du catalogue : ce que disent les fiches
- 06Questions fréquentes
À retenir
- Tamis, eau glacée, chaleur et pression n'emploient aucun solvant, donc aucune trace n'est possible.
- Avec le butane, le propane ou l'éthanol, il faut une purge, puis une mesure pour la vérifier.
- On mesure par chromatographie en phase gazeuse avec espace de tête.
- L'ICH Q3C fixe 2 ppm pour le benzène et 5 000 ppm pour l'éthanol ; le butane et le propane n'y figurent pas.
- Sans sa limite de quantification, un « non détecté » ne prouve rien.
Deux familles de procédés, une seule emploie un solvant
Le mot « hash » s'applique à des produits issus de procédés différents. Avant même de regarder une analyse, la question des solvants se règle en lisant comment le lot a été obtenu.
| Procédé | Ce qui sépare la résine | Solvant | Rubrique solvants sur le COA |
|---|---|---|---|
| Dry sift, static | Tamis étagés, charge électrostatique | Aucun | Sans objet |
| Ice-o-lator, bubble, frozen | Eau glacée et sacs filtrants | Aucun | Sans objet |
| Rosin | Chaleur et pression | Aucun | Sans objet |
| Wax, crumble, shatter | Dissolution puis purge sous vide | Butane, propane | Attendue |
| Extrait à l'éthanol | Dissolution puis évaporation | Éthanol | Attendue |
Les trois premières lignes correspondent à une séparation physique : les têtes de trichomes sont détachées de la matière végétale sans que rien soit dissous, et le rosin n'ajoute que chaleur et pression. Les deux dernières reposent sur une dissolution. Le solvant emporte cannabinoïdes et terpènes, puis on l'évapore ; quand l'évaporation reste incomplète, un résidu demeure.
Le butane présente aussi un danger à la fabrication. D'après une étude parue en 2015 dans le Journal of Medical Toxicology, un centre des grands brûlés du Colorado a admis 29 patients brûlés lors d'extractions au butane entre janvier 2008 et août 2014. Cette famille de produits et sa purge sont décrites dans nos guides de la wax CBD et du crumble.
Ce que mesure une analyse de solvants résiduels
On appelle solvant résiduel la part du solvant d'extraction qui reste dans le produit fini après la purge. Il ne se voit pas, et l'odorat ne le repère pas de manière fiable. Seule une mesure le révèle.
On utilise en général la chromatographie en phase gazeuse avec injection par espace de tête. L'échantillon, scellé dans un flacon, est chauffé : ses composés volatils passent dans le gaz situé au-dessus, que l'on injecte. La colonne les sépare, puis un détecteur les quantifie. Selon une revue parue en 2019 dans le Journal of the American Society for Mass Spectrometry, de nombreux États américains imposent ce test, le plus souvent avec un détecteur à ionisation de flamme. Parmi les solvants d'extraction à rechercher, elle cite l'hexane, l'éthanol, le butane et le propane. Plus coûteuse, la spectrométrie de masse identifie en outre chaque composé, ce qui aide quand deux pics se confondent.
La limite de quantification compte autant que le résultat. « Non détecté » signifie seulement « sous le seuil que cette méthode sait mesurer », et la mention perd son sens si ce seuil n'est pas donné.
Les limites de référence : ICH Q3C, et rien de propre au chanvre
Pour les extraits de chanvre, aucun texte français ou européen ne fixe de limite de solvants résiduels. Le règlement (UE) 2023/915 sur les contaminants fixe bien des teneurs en THC pour les denrées : 3,0 mg/kg pour les graines de chanvre et 7,5 mg/kg pour leur huile, selon le résumé du SPF Santé publique belge. Les solvants d'extraction n'y sont pas abordés, et une résine n'est de toute façon pas une denrée.
Le seul repère disponible vient du médicament. La ligne directrice ICH Q3C répartit les solvants en trois classes. La classe 1 regroupe ceux à éviter : cancérogènes avérés ou fortement suspectés, et dangereux pour l'environnement. La classe 2 réunit les solvants à limiter. La classe 3 rassemble ceux à faible potentiel toxique, avec une exposition admise de 50 mg par jour ou plus, soit 5 000 ppm. Selon l'Agence européenne des médicaments, la révision R9 s'applique dans l'Union depuis le 29 avril 2024.
| Solvant | Classe ICH | Limite ICH Q3C | Niveau d'action en Californie |
|---|---|---|---|
| Benzène | 1 | 2 ppm | 1 µg/g |
| Hexane | 2 | 290 ppm | 290 µg/g |
| Méthanol | 2 | 3 000 ppm | 3 000 µg/g |
| Éthanol, acétone, heptane, pentane, 2-propanol | 3 | 5 000 ppm | 5 000 µg/g |
| Butane, propane | Absents des tables | Aucune | 5 000 µg/g |
Dans la dernière ligne, le butane et le propane, solvants courants des concentrés, n'apparaissent dans aucune table ICH. La réglementation californienne du cannabis, qui publie ses propres niveaux d'action, les plafonne à 5 000 µg/g, soit 5 000 ppm. Sans valeur légale en France, ce chiffre donne l'ordre de grandeur attendu quand un certificat étranger affiche une colonne de limites.
Lire la rubrique sur un certificat : quatre vérifications
Pour un concentré au solvant, quelques secondes suffisent à contrôler la rubrique.
- Vérifiez le lot : le numéro du certificat doit être celui de l'emballage. Faute de correspondance, le document ne se rattache à rien.
- Cherchez une liste. Un certificat utile nomme chaque solvant recherché ; une simple mention « conforme » ou « PASS » ne permet aucune vérification.
- Repérez la limite de quantification, donnée pour chaque résultat en ppm ou en µg/g.
- Regardez la portée du laboratoire. La norme ISO/CEI 17025 fixe les exigences de compétence des laboratoires d'essais, et c'est le Cofrac qui accrédite en France. Une accréditation couvre des essais précis : celle des cannabinoïdes n'inclut pas forcément les solvants. Le contrôle est détaillé dans notre méthode pour vérifier la portée d'un laboratoire.
Une rubrique absente n'a pas le même sens partout. Sur un rosin ou un hash lavé, rien d'anormal, puisque aucun solvant n'a servi. Sur une wax ou un crumble, il manque une donnée. Ce que chaque famille doit fournir est listé dans le comparatif des certificats de concentrés.
Les résines du catalogue : ce que disent les fiches
Au relevé du 23 septembre 2026, la catégorie résines et hash CBD comptait 15 références. Leurs fiches décrivent un tamisage ou une séparation à l'eau glacée, suivis d'un pressage, avec la mention « sans solvant ». Aucune ne fait état d'une extraction au butane, au propane ou à l'éthanol, si bien que la rubrique solvants ne les concerne pas.
Ces fiches affichent un profil de cannabinoïdes de référence ; au 18 octobre 2026, aucun certificat de laboratoire n'est publié. La Rosift CBG/CBD, lot PG-26-3A2B, indique par exemple 20,2 % de CBG, 4,6 % de CBD, 0,5 % de CBC et 0,4 % de CBN. Notre page laboratoire explique comment lire le reste d'un dossier d'analyse, pesticides et métaux lourds compris.
Quel que soit le procédé, le cadre légal est le même. L'arrêté du 30 décembre 2021 plafonne à 0,30 % la teneur en Δ⁹-THC des variétés autorisées, des extraits de chanvre et des produits qui les intègrent (voir notre article sur le taux de THC légal). Comme le rappelle la MILDECA, un produit au CBD ne peut revendiquer aucune allégation thérapeutique, sous peine de sanctions pénales. Réservés aux adultes, ces produits ne sont pas destinés à l'ingestion.
Questions fréquentes
Non, s'il a été séparé mécaniquement : tamisage à sec, lavage à l'eau glacée et presse à rosin n'emploient aucun solvant, donc aucun butane ne peut rester. Un concentré au butane, lui, est purgé sous vide. Seule l'analyse de solvants résiduels de son lot dit si la purge a suffi.
Il n'existe pas de limite propre aux extraits de chanvre. On cite surtout la ligne directrice ICH Q3C : 2 ppm pour le benzène, 290 ppm pour l'hexane et 5 000 ppm pour les solvants de classe 3 comme l'éthanol. Le butane et le propane en sont absents ; en Californie, leur limite est de 5 000 µg/g.
Oui, à condition que la limite de quantification figure à côté, car « Non détecté » veut dire « sous le seuil de la méthode ». Avec un seuil de 10 ppm ou de 500 ppm, le résultat n'a pas la même portée.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.
Regardez d'abord le procédé indiqué sur la fiche : eau glacée, tamis, chaleur et pression. Si le produit est présenté comme extrait au butane, au propane ou à l'éthanol, lisez ensuite le certificat. Sa rubrique doit nommer chaque solvant, avec sa limite de quantification et un résultat chiffré.