THCP : 33 fois l'affinité du THC, stupéfiant depuis 2024
Le THCP (Δ⁹-tétrahydrocannabiphorol) est un cannabinoïde décrit en 2019 qui, en laboratoire, se lie au récepteur CB1 environ 33 fois mieux que le THC. La plante n'en produit que des traces, et le THCP vendu en boutique sort d'une synthèse. En France, il est classé stupéfiant depuis le 3 juin 2024, sous quelque forme que le produit soit présenté.

À retenir
- Entre le THCP et le THC, la seule différence est la chaîne latérale : 7 carbones au lieu de 5.
- In vitro, son affinité pour le récepteur CB1 atteint environ 33 fois celle du THC. Aucun essai n'a mesuré son effet chez l'humain.
- Les fleurs de cannabis analysées en contenaient au plus 0,014 % ; dans une variété à dominante CBD, il n'a pas été détecté.
- Il est stupéfiant depuis le 3 juin 2024, en application d'une décision de l'ANSM du 22 mai 2024.
- Un produit « au THCP » n'a donc rien d'un produit CBD, et sa détention relève du Code pénal.
Qu'est-ce que le THCP ?
Le THCP est un phytocannabinoïde : une molécule que le cannabis fabrique lui-même. Une équipe italienne l'a isolé et décrit dans Scientific Reports le 30 décembre 2019. Dirigée par Cinzia Citti et Giuseppe Cannazza (université de Modène et Reggio d'Émilie, CNR Nanotec de Lecce), elle étudiait FM2, une variété de cannabis médical cultivée en Italie. Le même article décrit aussi le CBDP, équivalent à chaîne longue du CBD.
Son noyau est celui du Δ⁹-THC. Seule change la chaîne latérale, cette queue d'atomes de carbone fixée au noyau, qui compte 7 carbones (groupe heptyle) au lieu de 5 (groupe pentyle). Le suffixe « phorol » vient du sphaerophorol, nom courant du résorcinol à chaîne heptyle qui forme cette partie de la molécule.
Ne le confondez pas avec le THCPO, un THCP converti en ester par synthèse, ni avec le HHCP, qui en est la version hydrogénée.
Une affinité mesurée en laboratoire, pas un effet mesuré chez l'humain
Pour mesurer la liaison du THCP aux récepteurs cannabinoïdes, l'équipe de 2019 a utilisé une constante appelée Ki : plus elle est basse, plus la molécule s'accroche au récepteur. Le Ki du THCP est de 1,2 nM pour CB1 et de 6,2 nM pour CB2, celui du THC sur CB1 de 40 nM. Les auteurs en tirent une affinité environ 33 fois plus forte.
Injecté à la souris à raison de 2,5 à 10 mg/kg, le THCP a produit les quatre signes classiques d'une activité proche de celle du THC : moins d'activité motrice, immobilité, baisse de la température et réaction atténuée à la douleur. Ces données viennent d'animaux, avec des doses injectées.
Aucun essai contrôlé n'a été mené chez l'humain, et la littérature se limite à des observations isolées. En 2025, une équipe du New Jersey a publié le cas d'un homme hospitalisé après la prise de 8 mg de THCP. Consommateur régulier de THC, sans antécédent psychotique, il a eu des symptômes psychotiques pendant 48 heures et s'est blessé. Un cas unique ne permet pas d'établir un risque moyen ; il montre au moins qu'une forte affinité mesurée en laboratoire n'a rien d'anodin.
Dans la plante, des traces ; en boutique, de la synthèse
En 2021, une étude américaine a dosé le THCP dans 14 plantes de six chimiotypes, c'est-à-dire de six profils chimiques. Les 13 échantillons de fleurs de variétés à dominante THC en contenaient tous, entre 0,0023 % et 0,0136 % du poids. Dans la variété à dominante CBD, il n'a pas été détecté. À 0,01 %, il faudrait extraire 10 kg de fleurs pour obtenir 1 g de THCP.
Le THCP vendu de 2021 à 2024 ne provenait donc pas d'une extraction. Entre décembre 2021 et décembre 2023, un laboratoire de police allemand a analysé 79 échantillons saisis en Rhénanie-Palatinat, des fleurs et des résines contenant des cannabinoïdes semi-synthétiques. On trouvait du Δ⁹-THCP dans 47,5 % d'entre eux, presque toujours accompagné de son isomère Δ⁸. Selon les auteurs, cette association signe une synthèse chimique, la cyclisation en milieu acide d'un analogue du CBD à chaîne longue.
Une fleur de chanvre qui contient du THCP en quantité mesurable a donc très probablement reçu un ajout de synthèse. Le HHC a suivi le même procédé, comme le montre notre chronologie de l'interdiction du HHC.
Le cadre légal en France depuis le 3 juin 2024
Par une décision du 22 mai 2024, entrée en vigueur le 3 juin 2024, l'ANSM a inscrit de nouveaux cannabinoïdes sur la liste des stupéfiants. Le texte vise toute substance dérivée du noyau benzo[c]chromène qui porte certaines substitutions, dont une chaîne alkyle en position 3. L'ANSM nomme expressément le THCP parmi les molécules concernées. Un an plus tôt, elle avait déjà classé le HHC, le HHCO et le HHCP à compter du 13 juin 2023.
| Molécule | Statut en France | Depuis |
|---|---|---|
| HHC, HHCO, HHCP | Stupéfiants | 13 juin 2023 |
| THCP, HHCPO, H4CBD, H2CBD, et les dérivés couverts par la définition générique comme le THCPO | Stupéfiants | 3 juin 2024 |
| CBN | Exclu de la classification générique | 3 juin 2024 |
| THCA du chanvre dont le THC ne dépasse pas 0,30 % | Exclu de la classification | 3 juin 2024 |
| CBD, CBG | Non classés, produit fini à 0,30 % de Δ⁹-THC au plus | Arrêté du 30 décembre 2021 |
Ce classement modifie les sanctions encourues. L'article L3421-1 du Code de la santé publique punit l'usage d'un stupéfiant d'un an d'emprisonnement et de 3 750 € d'amende, avec une amende forfaitaire de 500 €. Le transport, la détention, l'offre, la cession et l'acquisition tombent sous l'article 222-37 du Code pénal, qui prévoit jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 7 500 000 € d'amende.
Le THCA appelle une précision : l'ancienne version de cet article le rangeait parmi les molécules interdites, ce qui est faux pour le chanvre conforme. La modification du 3 juin 2024 l'exclut en effet quand la teneur en THC respecte le seuil de 0,30 %. Notre article sur le THCA donne le détail.
Repérer le THCP sur une étiquette ou un certificat
Sur l'emballage, cherchez les noms THCP, THC-P, Δ⁹-THCP, Δ⁸-THCP, THCPO et HHCP. Méfiez-vous aussi des formules « effet renforcé », « nouvelle génération » ou « plus fort que le CBD » sur un produit dit « au chanvre ».
Sur un certificat d'analyse, contrôlez trois points :
- le numéro de lot, qui doit correspondre au produit vendu ;
- la liste des cannabinoïdes recherchés, car un laboratoire qui n'a pas cherché le THCP ne peut pas conclure qu'il est absent ;
- pour le THCP et le HHC, la mention « non détecté » (ou « < LOQ », sous la limite de quantification), et un Δ⁹-THC de 0,30 % au plus.
Pour lire un certificat d'analyse ligne par ligne, suivez notre guide ; la page laboratoire présente les méthodes de mesure. Le risque est concret : en juin 2025, l'ANSM et l'Anses ont signalé plusieurs centaines d'intoxications survenues depuis début 2024 chez des consommateurs de produits présentés comme contenant du CBD. Elles étaient le plus souvent liées à du THC ou à des cannabinoïdes de synthèse non déclarés. Les signaux d'alerte sont détaillés dans nos conseils pour éviter les cannabinoïdes de synthèse.
Questions fréquentes
Non. Une décision de l'ANSM du 22 mai 2024 l'a classé stupéfiant à compter du 3 juin 2024. Le vendre, le détenir ou en consommer est interdit, que le produit se présente comme une fleur, une résine, un liquide ou une gomme.
Seulement à l'état de traces. En 2021, une étude en a mesuré entre 0,0023 % et 0,0136 % dans des fleurs à dominante THC, et ne l'a pas détecté dans une variété à dominante CBD. Celui du commerce est synthétique.
In vitro, son affinité pour le récepteur CB1 est environ 33 fois plus élevée, et chez la souris il agit à faible dose. Aucun essai chez l'humain n'a quantifié son effet. Un cas publié en 2025 rapporte un épisode psychotique de 48 heures après une prise de 8 mg.
Le THCPO est l'ester acétate du THCP, obtenu par une seconde transformation chimique et absent de la plante. La décision de l'ANSM de 2024 couvre l'un comme l'autre.
L'usage est puni d'un an d'emprisonnement et de 3 750 € d'amende, ou d'une amende forfaitaire de 500 €. La détention, le transport ou la vente exposent à 10 ans d'emprisonnement et 7 500 000 € d'amende au plus.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.