CBD et mélatonine : deux mécanismes, aucun essai commun
La mélatonine est une hormone qui indique la nuit à l'horloge interne. Le CBD n'a pas d'action hormonale connue, et son effet sur le sommeil n'est pas démontré. Leur association n'a été évaluée dans aucun essai chez l'humain, et en France, une gomme ou une huile qui les réunit est une denrée au CBD, interdite à la vente.

À retenir
- En France, un complément alimentaire doit apporter moins de 2 mg de mélatonine par jour ; à 2 mg, il s'agit d'un médicament sur ordonnance.
- Selon une méta-analyse de 2013, l'endormissement était plus court de 7 minutes en moyenne sous mélatonine que sous placebo.
- En 2024, un essai n'a trouvé aucune différence de sévérité de l'insomnie entre 150 mg de CBD et un placebo.
- La mélatonine est éliminée par une enzyme, le CYP1A2, que le CBD freine ; leur association n'a jamais été testée chez l'humain.
La mélatonine : une hormone qui donne l'heure
La glande pinéale, dans le cerveau, sécrète la mélatonine pendant la nuit. Cette hormone n'endort pas à la manière d'un somnifère : elle indique à l'organisme que la période de repos commence et aligne l'horloge biologique sur l'alternance du jour et de la nuit. Selon l'Anses, elle agit aussi sur la température du corps, l'humeur et le système immunitaire.
Mesuré, son effet sur le sommeil reste modeste. Une méta-analyse parue en 2013 dans PLoS One a regroupé 19 essais portant sur 1 683 personnes atteintes de troubles primaires du sommeil. Comparée au placebo, la mélatonine a réduit le délai d'endormissement de 7 minutes en moyenne et allongé de 8 minutes la durée totale de sommeil.
En France, c'est la dose qui fixe le statut. Selon l'Anses, les compléments alimentaires sont autorisés s'ils apportent moins de 2 mg de mélatonine par jour. À 2 mg, il s'agit d'un médicament : le Circadin, comprimé à libération prolongée, se prescrit sur ordonnance aux patients de 55 ans ou plus, pour 13 semaines au maximum.
Le règlement (UE) 432/2012 autorise aussi pour la mélatonine deux allégations de santé dans l'Union. La première porte sur la réduction du temps d'endormissement, pour 1 mg pris avant le coucher ; la seconde sur les effets du décalage horaire, à partir de 0,5 mg.
Le CBD et le sommeil : ce que disent les essais
Le CBD (cannabidiol), cannabinoïde du chanvre, n'a pas d'effet psychotrope. Il agit sur plusieurs récepteurs, dont ceux du système endocannabinoïde, mais on ne lui connaît aucun mécanisme hormonal comparable à celui de la mélatonine.
Sur le sommeil, les essais contrôlés sont peu nombreux et portent sur de petits effectifs. En 2024, une équipe australienne a administré chaque soir, pendant deux semaines, 150 mg de CBD ou un placebo à 30 adultes souffrant d'insomnie. Entre les deux groupes, ni la sévérité de l'insomnie, ni le délai d'endormissement déclaré, ni les réveils nocturnes n'ont différé. Après deux semaines, l'efficacité du sommeil mesurée au poignet était meilleure sous CBD, et le bien-être déclaré plus élevé. Les autres essais sont repris dose par dose dans notre dossier sur le CBD et le sommeil.
La somnolence est en revanche bien documentée comme effet indésirable, surtout à forte dose. Selon la notice de l'Epidyolex, seul médicament à base de CBD, elle touche 23 % des patients. Ce n'est pas l'effet recherché, et notre article sur les effets secondaires du CBD le situe parmi les autres. Le CBD n'a aucune allégation de santé autorisée, et un vendeur n'a pas le droit d'écrire qu'il aide à dormir.
Ce qui se passe quand on les associe
L'effet de l'association sur le sommeil n'a été mesuré dans aucun essai chez l'humain. Le seul point documenté se situe dans le foie, où les deux molécules sont éliminées.
D'après la notice du Circadin, la mélatonine est surtout dégradée par les enzymes CYP1A1 et CYP1A2, et un médicament qui les freine en augmente le taux. Avec la fluvoxamine, un antidépresseur, l'exposition à la mélatonine est multipliée par 17. Le CBD freine justement le CYP1A2. Selon la notice de l'Epidyolex, 1 500 mg de CBD par jour ont presque doublé l'exposition à la caféine (+ 95 %), éliminée par la même enzyme. La notice le qualifie d'inhibiteur faible de cette enzyme.
Deux études de laboratoire ont porté sur la mélatonine elle-même. Une forte dose de CBD a multiplié par 2,85 l'exposition à la mélatonine chez la souris, selon une étude de 2024. En 2025, une autre équipe a associé des mesures sur cellules, chez le rat et chez le chien, à un modèle de calcul. Elle projette dans le pire des cas une exposition multipliée par 12 chez l'humain. Il s'agit d'une projection et non d'une mesure, qui indique seulement que l'interaction mérite d'être testée.
Ces auteurs voient dans l'association une piste pour l'insomnie, sans données humaines pour l'étayer. Depuis 2018, l'Anses recommande au contraire de privilégier les formulations simples, sans autre ingrédient que la mélatonine, et de ne pas cumuler plusieurs compléments, afin de limiter les interactions. Le mécanisme enzymatique est expliqué dans notre article sur les interactions du CBD et l'effet pamplemousse.
Ce que dit le droit français sur les produits combinés
Gommes, huiles ou gélules associant CBD et mélatonine sont des denrées alimentaires. Le CBD avalé relève du règlement (UE) 2015/2283 sur les nouveaux aliments, sous lequel aucun ingrédient à base de CBD n'a été autorisé. Le 20 mai 2026, le ministère de l'Agriculture a rappelé que les denrées contenant du CBD ne sont pas autorisées à la vente et a généralisé les contrôles, vente en ligne comprise. Quelle que soit sa dose de mélatonine, un produit combiné vendu aujourd'hui en France est donc hors la loi.
Ce qui reste en vente est détaillé dans notre point sur la réglementation du CBD en 2026 ; le format le plus touché fait l'objet de l'article sur le retrait des gommes au CBD. L'EFSA a publié le 9 février 2026 un niveau de sécurité provisoire d'environ 2 mg de CBD par jour pour un adulte de 70 kg. Notre article sur la dose de référence de l'EFSA le commente ; ce repère n'autorise aucun produit.
Qui doit éviter l'une ou l'autre
Les listes des deux agences se recoupent. L'Anses déconseille les compléments de mélatonine aux femmes enceintes ou allaitantes, aux enfants et adolescents, aux personnes atteintes de maladies inflammatoires ou auto-immunes et à celles dont l'activité demande une vigilance soutenue. En cas d'épilepsie, d'asthme, de troubles de l'humeur ou de traitement médicamenteux, elle demande un avis médical, et elle conseille de s'en tenir à un usage ponctuel.
Pour le CBD, l'EFSA considère que la sécurité n'est pas établie avant 25 ans, pendant la grossesse et l'allaitement, ni chez les personnes sous traitement. Comme les deux substances peuvent rendre somnolent, ne prenez pas le volant après les avoir consommées. Si vos nuits restent perturbées dans la durée, consultez un médecin plutôt que d'ajouter un complément.
Questions fréquentes
Non : le CBD est un cannabinoïde du chanvre, la mélatonine une hormone produite par le cerveau. Certains produits les réunissent volontairement dans une même formule ; ce sont des denrées au CBD, dont la vente n'est pas autorisée en France.
Cette association n'a été évaluée dans aucun essai humain. Le CBD freine le CYP1A2, l'enzyme qui élimine la mélatonine, et des études chez l'animal montrent que l'exposition à la mélatonine augmente. Demandez conseil à un médecin ou à un pharmacien, en particulier si vous suivez un traitement.
Moins de 2 mg par jour pour un complément alimentaire. Dosé à 2 mg en libération prolongée, le Circadin est un médicament, délivré sur ordonnance aux personnes de 55 ans ou plus.
On ne dispose d'aucune comparaison directe. La mélatonine a sur l'endormissement un effet modeste, mais mesuré, et bénéficie de deux allégations autorisées. Dans l'essai de 2024, le CBD n'a pas fait mieux qu'un placebo sur la sévérité de l'insomnie, et aucune allégation n'est autorisée pour lui.
Le CBN, autre cannabinoïde, est souvent vendu pour le soir. Il n'est pas davantage autorisé dans les aliments, et peu d'essais l'ont étudié sur le sommeil. Pour le détail, voir notre article sur le CBN et le sommeil.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.