Hash libanais : la Bekaa, le tamisage et les surnoms rouge et blond
Le hash libanais est une résine de cannabis obtenue en battant puis en tamisant des plantes séchées, surtout dans la plaine de la Bekaa, avant pressage. Les surnoms « rouge » et « jaune », ou « blond », dépendent de la période de récolte, selon la presse économique libanaise. Sur un hash CBD vendu en France, « libanais » désigne un style, pas une origine.

Sommaire
- 01D'où vient le hash libanais ?
- 02Comment le hash libanais est-il fabriqué ?
- 03Rouge ou blond : que désignent ces noms ?
- 04Quelle place le Liban occupe-t-il aujourd'hui ?
- 05Que veut dire « libanais » sur un hash CBD vendu en France ?
- 06Comment lire l'analyse d'un hash « libanais » CBD ?
- 07Quels risques présente le hash libanais de rue ?
- 08Questions fréquentes
Le haschich de la Bekaa circule hors du Liban depuis au moins les années 1920. Pour 1928, sa récolte était estimée à 60 tonnes, dont 90 % prenaient la route de l'Égypte, selon le Bulletin des stupéfiants de l'ONU (ONUDC, Bulletin on Narcotics, 1965).
Ce dossier est documentaire. Il décrit un produit illicite pour expliquer un vocabulaire, sans en faire un guide d'achat.
> À retenir > > - Au Liban, la résine se sépare traditionnellement en battant et en tamisant des plantes séchées, puis se presse. > - Le « rouge libanais » de la Bekaa a été produit en grandes quantités jusqu'au début des années 1990. > - « Rouge » et « jaune » renvoient à la période de récolte ; aucune source consultée ne relie ces couleurs à une teneur. > - En France, un hash vendu comme « libanais » doit provenir d'une variété de chanvre autorisée et ne pas dépasser 0,30 % de Δ⁹-THC.
D'où vient le hash libanais ?
La production se concentre dans la Bekaa, une plaine agricole de l'est du pays. Les archives de l'ONU y documentent un commerce ancien. Le Bulletin des stupéfiants de 1965 décrit ainsi le Sinaï comme une route du haschich venu du Liban vers la vallée du Nil.
Les autorités libanaises ont cherché des cultures de remplacement dès les années 1960. Selon le Bulletin de 1967, l'observateur libanais auprès de la Commission des stupéfiants annonçait un plan en faveur du tournesol (ONUDC, Bulletin on Narcotics, 1967). L'État fournissait semences et engrais, et garantissait un prix environ deux fois supérieur à celui du marché.
Les exportations prennent pourtant de l'ampleur. Dans les années 1960 et 1970, le Maroc et le Liban deviennent de grands exportateurs de haschich (Afsahi et Darwich, 2016). Leurs marchés se situent en Europe de l'Ouest et centrale, en Afrique et au Moyen-Orient. Les auteurs, qui enquêtent dans la Bekaa depuis 1995, relèvent aussi l'absence de marché local au Liban.
Les chercheurs Pierre-Arnaud Chouvy et Kenza Afsahi situent ensuite un tournant (International Journal of Drug Policy, 2014). La Bekaa a produit en grandes quantités un hash réputé, le « Red Lebanon », jusqu'au début des années 1990. Selon eux, les guerres régionales et la lutte antidrogue au Liban ont pesé sur cette production dans les années 1980 et 1990. Le Maroc en aurait tiré profit, par un effet de report.
Le cannabis libanais se range mal dans les deux types courants. Une classification botanique de 2020 relève des formes intermédiaires dans de nombreux spécimens d'herbier du Moyen-Orient, Liban compris (McPartland et Small, PhytoKeys, 2020). Ses auteurs jugent possible que des génétiques d'Asie centrale y soient arrivées au XIIIe siècle, puis au XVIIe.
Comment le hash libanais est-il fabriqué ?
La méthode est celle du tamisage à sec. Chouvy et Afsahi rappellent que le tamisage était la technique privilégiée dans la Bekaa. Ils jugent probable, d'après l'ethnobotaniste Robert Clarke, que le Maroc ait emprunté au Liban, de façon indirecte, ses gestes de battage et de tamisage.
Une description publiée en 1950 dans le Bulletin des stupéfiants détaille ces gestes au Levant (ONUDC, Bulletin on Narcotics, 1950). Les plantes arrachées sèchent sur des claies, puis on les bat. La résine tombe en poussière et se recueille sur des toiles, avant d'être tamisée.
La poudre remplit ensuite des sacs de toile, parfois de peau. Exposés quelques instants à la vapeur d'eau bouillante, les sacs sont empilés puis fortement pressés. On obtient des paquets aplatis aux bords arrondis, les « turbahs » du Levant, d'environ 25 cm sur 15 à 16 et de 4 à 5 cm d'épaisseur. Ils pèsent de 500 grammes à 2 kilos.
| Étape | Levant, description de 1950 | Afghanistan, enquête de 2009 |
|---|---|---|
| Matière | Plantes arrachées, séchées sur claies | Plantes coupées, séchées au champ puis à la ferme |
| Séparation | Battage, poussière recueillie sur toiles, tamisage | Battage sur un fût, trois tamisages sur toile |
| Mise en forme | Sacs passés à la vapeur, empilés et pressés | Pétrissage chauffé, manuel ou mécanique |
| Format | Paquets aplatis de 0,5 à 2 kg | Pièces roulées à la main, blocs moulés |
Les deux traditions partagent la séparation à sec et divergent sur la mise en forme. Le hash afghan passe par la chaleur et le pétrissage. Le hash marocain du Rif partage, lui, avec le Liban le tamisage puis le pressage.
Le charas suit une autre logique : la résine se frotte à la main sur des plantes fraîches, encore sur pied. Chouvy et Afsahi ne situent ce procédé que dans le sous-continent indien, et la fiche charas du lexique le décrit.
Rouge ou blond : que désignent ces noms ?
Le magazine économique Le Commerce du Levant donne, en 2018, l'explication la plus directe trouvée dans la presse. Le surnom, « Libanais rouge » ou « Libanais jaune », dépend selon lui de la période de la saison où a lieu la récolte (Le Commerce du Levant, 2018).
Son édition anglaise parle de « red » et de « gold ». Le français courant emploie aussi « blond libanais » pour cette seconde catégorie.
Les sources consultées s'arrêtent là. Aucune ne dit quelle récolte est la plus précoce, ni ce qui se passe ensuite au séchage. Les explications qui circulent, récolte précoce pour le blond, maturation ou vieillissement pour le rouge, viennent de vendeurs et de forums, pas d'études publiées.
L'étude de 2014 cite le « Red Lebanon » comme le hash réputé de la Bekaa. Elle ne donne aucune mesure qui relierait sa couleur à une teneur en THC.
Sur un hash CBD, la couleur ne prouve pas davantage. Elle peut venir de la variété, de la part de matière végétale, de l'oxydation ou d'un ajout, et l'œil ne sait pas trancher. L'article sur la couleur d'une résine CBD détaille ces quatre causes.
Quelle place le Liban occupe-t-il aujourd'hui ?
Le Liban reste un pays d'origine important pour la résine (ONUDC, World Drug Report 2021, 2021). Pour la résine saisie de 2015 à 2019, il figure parmi les pays d'origine les plus cités, derrière le Maroc et l'Afghanistan, avec le Pakistan.
Au Proche et au Moyen-Orient, la résine saisie venait surtout du Liban, selon six pays de la région, dont la Jordanie et la Syrie. À Chypre, environ 60 % de la résine saisie en 2019 provenait du Liban.
Côté surfaces, les chiffres disponibles sont des estimations de presse. Le magazine évaluait les cultures entre 20 000 et 30 000 hectares (Le Commerce du Levant, édition anglaise, 2019). Il compte en dounoums, dix dounoums faisant un hectare. Chaque dounoum produirait de 1 000 à 2 000 kg de cannabis brut, pour 4 à 8 kg de résine.
La loi a changé en 2020. Le 21 avril, le Parlement libanais a légalisé la culture du cannabis à des fins médicales. Selon une analyse publiée en 2022, le texte ne vise que le cannabis titrant moins de 1 % de THC (El-Khoury et al., 2022). Il crée aussi une autorité de régulation chargée de délivrer les licences.
Ce cadre ne couvre donc pas le haschich traditionnel de la Bekaa, riche en THC. Son seuil diffère aussi du plafond français de 0,30 % : un produit conforme au droit libanais n'est pas, par défaut, vendable en France.
Que veut dire « libanais » sur un hash CBD vendu en France ?
L'article 1er de l'arrêté du 30 décembre 2021 exige une variété de Cannabis sativa L. inscrite au catalogue européen ou français (Légifrance, consultation le 6 octobre 2026). Son Δ⁹-THC ne peut excéder 0,30 %, un plafond qui s'étend aux extraits et aux produits qui en contiennent.
Le haschich libanais traditionnel reste donc un stupéfiant, et un hash CBD « libanais » ne peut pas être ce produit. Sur l'étiquette, le mot décrit un style : une résine tamisée à sec, pressée en plaque, parfois rougeâtre ou blonde. Il ne renseigne ni sur la variété, ni sur le pays de culture, ni sur la teneur.
Les mentions « rouge » ou « blond » reprennent une couleur ou un nom de marché. Seule l'analyse du lot indique le cannabinoïde dominant et le Δ⁹-THC. Les trois pièges du hash CBD légal complètent ce cadre : cannabinoïde de synthèse ajouté, conduite après consommation et usage alimentaire.
Comment lire l'analyse d'un hash « libanais » CBD ?
L'analyse se lit ligne par ligne, en partant du numéro de lot.
| Ligne | Ce qu'elle doit montrer | Ce qu'elle ne prouve pas |
|---|---|---|
| Numéro de lot | Le même numéro que sur le sachet | La qualité d'un autre lot |
| Laboratoire | Nom, accréditation ISO 17025 et sa portée | La conformité d'un produit non analysé |
| Δ⁹-THC | Une valeur au plus égale à 0,30 %, avec sa marge de mesure | L'absence d'une molécule non recherchée |
| Cannabinoïde dominant | CBD ou CBG, en pourcentage mesuré | Un lien avec la couleur ou le nom |
| CBN | Une valeur mesurée | Un âge précis de la résine |
| Contaminants | Métaux lourds et pesticides, si le dossier les inclut | L'absence de contaminants non analysés |
Le guide de lecture d'un certificat d'analyse montre où trouver chacune de ces lignes. Pour un exemple chiffré, l'article sur le hash afghan, cité plus haut, détaille un lot réel ligne par ligne.
Chez Phytogrammes, les fiches de la catégorie résines, hash et pollen CBD indiquent le numéro de lot et le profil mesuré des résines.
Cas pratique Un hash CBD vendu comme « libanais rouge » affiche un taux de CBD, mais aucun numéro de lot. Demandez le certificat du lot en vente, puis comparez son numéro avec celui du sachet. Sans cette correspondance, le chiffre affiché ne décrit pas votre produit, quelle que soit sa couleur.
Quels risques présente le hash libanais de rue ?
Hors du cadre CBD, le hash libanais reste un stupéfiant, quelle que soit sa couleur. Rien n'indique sa teneur au moment de l'achat. Or, en France, les résines titraient en moyenne 29 % de THC en 2023, contre 12,3 % en 2011 (OFDT, consultation le 6 octobre 2026).
Un nom de couleur ne dit rien de cette teneur, ni d'un éventuel coupage. Les signes censés trahir un haschich coupé ne valent pas une analyse de laboratoire. Après une consommation suivie d'un malaise, appelez le 15.
Questions fréquentes
Le hash libanais est-il légal en France ?
Non. Le hash libanais traditionnel est tiré de cannabis riche en THC et relève des stupéfiants. Une résine n'est vendable légalement que si elle provient d'une variété de chanvre cataloguée et ne dépasse pas 0,30 % de Δ⁹-THC.
Quelle différence entre libanais rouge et libanais blond ?
Selon Le Commerce du Levant, le surnom dépend de la période de la saison où a lieu la récolte. Les sources consultées ne précisent pas davantage. Aucune ne relie la couleur à une teneur en THC ou en CBD.
Le Liban a-t-il légalisé le cannabis ?
Le Parlement a légalisé la culture du cannabis à des fins médicales le 21 avril 2020. Selon une analyse publiée en 2022, le texte ne vise que le cannabis à moins de 1 % de THC. Le haschich traditionnel, riche en THC, reste en dehors de ce cadre.
Un hash CBD « libanais » vient-il du Liban ?
Rien dans le nom ne l'indique. En France, l'exigence porte sur la variété, qui doit figurer au catalogue européen ou français. « Libanais » décrit un style de résine tamisée et pressée ; c'est la traçabilité du lot qui renseigne sur sa provenance.
Sources et dates
Toutes les sources liées ont été consultées le 6 octobre 2026. Les dates ci-dessous désignent des publications ou des relevés.
- ONUDC, Bulletin des stupéfiants : articles de 1950, 1965 et 1967 ; récolte estimée pour 1928.
- Afsahi et Darwich, International Journal of Drug Policy, vol. 31 : publication en 2016.
- Chouvy et Afsahi, International Journal of Drug Policy, vol. 25 : publication en 2014.
- McPartland et Small, PhytoKeys, vol. 144 : publication en 2020.
- Le Commerce du Levant : édition française du 29 novembre 2018, édition anglaise du 3 janvier 2019.
- El-Khoury et al., Cannabis and Cannabinoid Research, vol. 7 : publication en 2022 ; loi du 21 avril 2020.
- ONUDC, World Drug Report 2021, livret 3 : mentions de 2015 à 2019.
- Arrêté du 30 décembre 2021, article 1er : version en vigueur depuis le 29 décembre 2022.
- OFDT, synthèse « Cannabis » : teneurs moyennes de 2011 et de 2023.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.
Comment est fabriqué le hash libanais ?
Par tamisage à sec. Les plantes séchées sont battues, puis la poudre de résine est tamisée et pressée. Une description de 1950 mentionne des sacs de toile passés à la vapeur, empilés puis pressés en paquets aplatis.