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Durban Poison : histoire d'une landrace sud-africaine et de ses versions CBD

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12 min de lectureMis à jour le

La Durban Poison descend d'une population de cannabis cultivée dans la région de Durban, en Afrique du Sud : une landrace, au sens agronomique. Retravaillée par des sélectionneurs américains à partir de la fin des années 1970, elle a ensuite gagné les catalogues des semenciers néerlandais. En France, une fleur de CBD portant ce nom est un chanvre plafonné à 0,3 % de THC, et c'est l'analyse du lot qui le vérifie.

Feuilles de cannabis aux folioles fines, en gros plan ; photo d'illustration.
Sommaire
  1. 01Qu'est-ce qu'une landrace ?
  2. 02Comment la Durban Poison est-elle arrivée chez les sélectionneurs ?
  3. 03D'où viennent les mots Durban et Poison ?
  4. 04À quoi ressemble une Durban Poison ?
  5. 05Toutes les Durban Poison vendues sont-elles identiques ?
  6. 06Quels terpènes associe-t-on à la Durban Poison ?
  7. 07Que vend-on en France sous le nom Durban Poison ?
  8. 08Comment lire l'analyse d'une fleur vendue comme Durban Poison ?
  9. 09Questions fréquentes
  10. 10Sources et dates

Son arrivée en Occident est attribuée à Ed Rosenthal. Selon le sélectionneur Sam the Skunkman, Rosenthal a collecté les graines dans un coffeeshop d'Amsterdam (Sensi Seeds, 2025). Il les a ensuite emportées aux États-Unis et confiées à son associé, Mel Frank. Le récit d'un voyage de Rosenthal en Afrique du Sud, que l'on lit souvent, ne figure dans aucun des témoignages de sélectionneurs consultés.

> À retenir > > - La Durban Poison vient d'une landrace de la région de Durban, retravaillée aux États-Unis puis cultivée aux Pays-Bas. > - Son introduction est attribuée à Ed Rosenthal ; Sam the Skunkman situe la collecte des graines à Amsterdam. > - Le terpinolène lui est souvent associé, mais un échantillon publié en 2020 était dominé par le myrcène. > - En France, le nom reste commercial : la conformité et le profil se lisent sur l'analyse du lot.

Qu'est-ce qu'une landrace ?

Le mot anglais landrace se traduit par « variété de pays ». Une définition publiée en 2005 en fait une population dynamique de plante cultivée, d'origine historique et d'identité distincte (Camacho Villa et al., 2005). Elle n'a pas fait l'objet d'une amélioration formelle. Elle est souvent diverse, adaptée à son milieu et liée à une agriculture traditionnelle.

Le cannabis est arrivé en Afrique bien avant les semenciers. McPartland et Small rappellent que des génétiques d'Asie du Sud ont gagné l'Afrique de l'Est dès le XIIIe siècle (PhytoKeys, 2020). Les sources consultées ne datent pas, en revanche, l'arrivée de la plante dans la région de Durban.

Mel Frank et le semencier Dutch Passion parlent tous deux de landrace. La Durban Poison des catalogues est pourtant le fruit d'une sélection. Mel Frank raconte avoir pris cette landrace, qu'il jugeait médiocre, et l'avoir rapidement rendue « puissante » (Paradise Burning, 2018).

La fiche de Dutch Passion indique d'ailleurs « Durban x Unknown Indica », soit un croisement avec une indica non identifiée (Dutch Passion, consultation le 6 octobre 2026). La même page la présente comme une landrace pure à dominante sativa. Les deux mentions cohabitent sans explication.

La population d'origine a pu changer elle aussi. McPartland et Small notent que des génétiques d'Asie centrale ont été introduites en Afrique du Sud dans les années 1980. Ils jugent les landraces d'Asie centrale et du Sud menacées d'extinction par hybridation, un risque que tentent de limiter les chasseurs de variétés.

Comment la Durban Poison est-elle arrivée chez les sélectionneurs ?

Le parcours de la lignée repose sur deux témoignages de sélectionneurs. Mel Frank raconte avoir rencontré Dave Watson et Rob Clarke vers 1978 ou 1979, puis avoir échangé des graines avec eux. Il dit avoir donné à Watson son « Afghani 1 » et sa Durban Poison. Sa Durban mûrissait, précise-t-il, dès août et début septembre.

Dave Watson, connu sous le surnom de Sam the Skunkman, raconte la suite. Il jugeait la lignée reçue imparfaite : « une seconde lignée, intersexuée ». Il dit l'avoir cultivée quatre ou cinq ans en Californie pour écarter les plantes intersexuées. Selon lui, elle a ensuite été sa première variété à réussir en plein air sous le climat des Pays-Bas.

McPartland et Small font remonter à Watson, en 1985, l'usage des noms de « strains » pour les hybrides d'indica et de sativa.

D'où viennent les mots Durban et Poison ?

Durban est une ville portuaire de la province du KwaZulu-Natal, sur la côte est de l'Afrique du Sud. La base de variétés Leafly rattache la variété à cette ville, comme Dutch Passion (Leafly, consultation le 6 octobre 2026). Le lieu de culture exact n'apparaît dans aucune des sources consultées.

Le mot « Poison » n'a pas d'origine documentée. Ni les entretiens de Mel Frank et de Sam the Skunkman, ni la fiche de Dutch Passion ne l'expliquent. Ce semencier vend aujourd'hui ses graines sous le nom « Durban Poison® », avec le symbole de la marque enregistrée.

À quoi ressemble une Durban Poison ?

Dutch Passion décrit une plante qui montre d'abord de larges feuilles de type indica. En fin de floraison apparaissent de longues fleurs, traversées de feuilles fines de type sativa. En extérieur, elle peut atteindre 3 à 4 mètres. Ses têtes sont « très denses pour une sativa », et sa floraison dure environ 8 à 9 semaines en intérieur.

Le même semencier lui prête un goût épicé, aux notes d'anis, de réglisse, de citron et de clou de girofle. Ce sont des descripteurs de dégustation, pas des mesures. Les mots indica et sativa décrivent eux aussi une silhouette plus qu'une composition, comme le montre la comparaison entre indica et sativa.

Toutes les Durban Poison vendues sont-elles identiques ?

En grande partie, d'après une étude génétique de 2019. Ses auteurs ont réuni 122 échantillons de 30 variétés dans trois États américains, puis comparé leur ADN (Journal of Cannabis Research, 2019). Sept des neuf échantillons de Durban Poison se rattachaient à 96 % au même groupe génétique.

Deux échantillons discordaient. En les écartant, le nombre de comparaisons classées « non apparentées » passait de 13 à 0. La base en ligne consultée par les auteurs donnait la Durban Poison à 100 % sativa et la Sour Diesel à 90 %. Pourtant, la première se rattachait en moyenne à 86 % au premier des deux groupes génétiques de l'étude, la seconde à 14 % seulement.

Quels terpènes associe-t-on à la Durban Poison ?

La base Leafly place le terpinolène en tête, devant le myrcène et l'ocimène. Elle le décrit comme un terpène herbacé et floral, présent aussi dans la pomme, le lilas et la noix de muscade. Ce profil est minoritaire dans les analyses américaines. Une étude de 2022 a réuni 89 923 analyses issues de six États (Smith et al., PLOS ONE, 2022). Parmi les échantillons dominés par le THC, elle distingue trois grands profils de terpènes.

Les profils à caryophyllène et limonène ou à myrcène et pinène regroupent 87,4 % des échantillons dominés par le THC. Le troisième, riche en terpinolène et en myrcène, comptait environ deux fois plus de produits étiquetés « sativa » qu'attendu.

Un échantillon de Durban Poison donne une autre image (Hanuš et Hod, Medical Cannabis and Cannabinoids, 2020). Il faisait partie de 54 inflorescences de chémotypes différents, toutes achetées auprès de cultivateurs israéliens. Le β-myrcène y dominait, devant le caryophyllène et l'α-pinène. Le terpinolène ne figurait pas parmi ses composés principaux. Les auteurs rappellent qu'un pourcentage relatif ne dit rien de la quantité présente dans la plante.

SourceCe qui a été analyséTerpènes en tête
Leafly, base de variétésFiche Durban PoisonTerpinolène, myrcène, ocimène
Hanuš et Hod, 20201 échantillon acheté en Israëlβ-myrcène, caryophyllène, α-pinène
Smith et al., 202289 923 analyses de six États, Durban Poison non citéeProfil terpinolène et myrcène minoritaire, plus souvent étiqueté « sativa »

Le terpinolène est un monoterpène. Cette famille supporte moins bien le séchage que les sesquiterpènes, comme le détaille l'article sur la chimie des terpènes. Un lot ancien ou mal conservé peut donc en afficher moins que prévu, d'où l'intérêt de conserver les fleurs à l'abri de la lumière et de la chaleur.

Que vend-on en France sous le nom Durban Poison ?

En France, seules les variétés de chanvre inscrites au catalogue européen ou au catalogue français sont autorisées, en vertu de l'arrêté du 30 décembre 2021. Le Δ⁹-THC de la plante ne doit pas excéder 0,30 %. Le Conseil d'État a annulé, par sa décision du 29 décembre 2022, l'interdiction de vendre leurs fleurs brutes.

Une fleur de CBD vendue sous le nom Durban Poison est donc un chanvre soumis à ces règles, pas la landrace sud-africaine. Comme le rappelle notre présentation du catalogue européen des variétés, un nom de vente ne correspond presque jamais à une dénomination inscrite. Le nom signale une ressemblance aromatique ou une parenté revendiquée, sans prouver l'une ou l'autre.

Les effets attribués à la Durban Poison décrivent la plante d'origine, riche en THC. Un chanvre plafonné à 0,30 % de Δ⁹-THC n'en hérite pas. Chez Phytogrammes, la fiche Durban Poison CBD publie le profil HPLC des cannabinoïdes, avec le numéro du lot concerné.

Comment lire l'analyse d'une fleur vendue comme Durban Poison ?

Les contrôles de base sont ceux de toute fleur, du numéro de lot au THC total. Notre guide des six lignes d'un certificat d'analyse les passe en revue. Pour une Durban Poison, regardez surtout le tableau des terpènes. Le terpinolène, que Leafly place en tête, peut y dominer ou céder la place au myrcène, comme dans l'échantillon publié en 2020. Comparez des teneurs en mg/g ou en pourcentage de la masse, plutôt que des parts relatives de la fraction volatile. Vérifiez aussi la date d'analyse : un monoterpène mesuré il y a longtemps a pu diminuer depuis.

Aucun certificat ne prouve une ascendance sud-africaine : il faudrait un test génétique pour relier une plante à la lignée de Mel Frank et de Sam the Skunkman.

Cas pratique Le certificat d'une Durban Poison de CBD affiche le bon numéro de lot et un THC total sous 0,30 %. Son tableau de terpènes place le myrcène devant le pinène, sans terpinolène notable. La fleur est conforme sur le THC, et son profil rappelle l'échantillon publié en 2020 plutôt que la fiche Leafly. Si le terpinolène compte pour vous, demandez le tableau d'un autre lot avant d'acheter.

Questions fréquentes

La Durban Poison CBD est-elle légale en France ?

Oui, si deux conditions sont réunies : la plante vient d'une variété de chanvre cataloguée, et son Δ⁹-THC reste à 0,30 % au plus. Le nom ne le garantit pas : la conformité se vérifie sur le certificat du lot, THCA compris.

Ed Rosenthal a-t-il rapporté la Durban Poison d'Afrique du Sud ?

Les témoignages consultés ne le disent pas. Sam the Skunkman raconte que Rosenthal a collecté les graines dans un coffeeshop d'Amsterdam, avant de les confier à Mel Frank aux États-Unis. Le récit d'un voyage en Afrique du Sud reste invérifié.

Une Durban Poison contient-elle toujours du terpinolène ?

Non. La base Leafly place le terpinolène en tête, mais un échantillon publié en 2020 était dominé par le β-myrcène, sans terpinolène parmi ses composés principaux. Seul le tableau GC-MS du lot répond pour une fleur donnée.

La Durban Poison est-elle une sativa pure ?

Le mot sativa décrit une silhouette plus qu'une génétique. Dutch Passion la présente comme une landrace à dominante sativa, tout en indiquant un croisement avec une indica inconnue. La variété vendue aujourd'hui est une sélection, pas la population d'origine.

La Durban Poison est-elle un parent de la GSC ?

Indirectement, selon Leafly. Sa fiche décrit la GSC, ou Girl Scout Cookies, comme un croisement entre une OG Kush et une « F1 Durban » (Leafly, consultation le 6 octobre 2026). Cette F1 Durban y est présentée comme un hybride intermédiaire. La Gelato, issue d'une Thin Mint Girl Scout Cookies, appartient à cette descendance.

Sources et dates

Toutes les sources liées dans le texte ont été consultées le 6 octobre 2026. Les dates ci-dessous sont celles des publications.

  • Sensi Seeds, entretien avec Sam the Skunkman par Mark Smith : mis à jour le 12 février 2025.
  • Paradise Burning, entretien de Chris Simunek avec Mel Frank : publié le 27 avril 2018.
  • Dutch Passion, fiche Durban Poison : sans date de publication.
  • Camacho Villa, Maxted, Scholten et Ford-Lloyd, Plant Genetic Resources, vol. 3, n° 3, p. 373 à 384 : 2005.
  • McPartland et Small, PhytoKeys, n° 144, p. 81 à 112 : 2020.
  • Leafly, fiches Durban Poison et GSC : bases évolutives.
  • Schwabe et McGlaughlin, Journal of Cannabis Research, vol. 1, article 3 : 2019.
  • Smith, Vergara, Keegan et Jikomes, PLOS ONE, vol. 17, n° 5 : publié le 19 mai 2022.
  • Hanuš et Hod, Medical Cannabis and Cannabinoids, vol. 3, n° 1, p. 25 à 60 : 2020.
  • Arrêté du 30 décembre 2021, publié au Journal officiel du 31 décembre 2021.
  • Conseil d'État, décision n° 444887 du 29 décembre 2022.

Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.