E-liquide CBD : 300 mg ne veut pas dire 300 mg/ml
Le chiffre en gros sur un flacon d'e-liquide au CBD est la quantité totale contenue, pas la concentration. Un flacon de 10 ml annoncé à 300 mg titre 30 mg par millilitre ; le même total dans 30 ml n'en titre que 10. Pour comparer deux produits, ramenez toujours le chiffre au millilitre, puis vérifiez la composition et le certificat d'analyse du lot.

Sommaire
> À retenir > > - Concentration (mg/ml) = quantité totale (mg) ÷ volume du flacon (ml). > - La seule mesure humaine publiée donne 31 % de CBD absorbé par voie fumée, d'après une étude de 1986. > - Un e-liquide repose sur le propylène glycol et la glycérine végétale : aucune huile n'y a sa place. > - En France, un e-liquide au CBD est un produit du vapotage, interdit à la vente aux moins de 18 ans. > - L'ANSM a relevé des e-liquides « au CBD » contenant du HHC, du H4-CBD ou des cannabinoïdes de synthèse.
Le calcul : diviser le total par le volume
La concentration s'obtient en divisant la quantité totale de CBD par le volume du flacon. Un flacon de 10 ml annoncé à 300 mg contient donc 30 mg par millilitre. Le même flacon annoncé à 1 000 mg en contient 100. Un flacon de 30 ml annoncé à 300 mg n'en contient que 10.
C'est l'erreur la plus fréquente. L'étiquette met en avant le total du flacon, rarement la concentration. Deux produits à « 300 mg » peuvent ainsi différer du simple au triple.
| Quantité annoncée | Flacon de 10 ml | Flacon de 30 ml |
|---|---|---|
| 100 mg | 10 mg/ml | 3,3 mg/ml |
| 300 mg | 30 mg/ml | 10 mg/ml |
| 500 mg | 50 mg/ml | 16,7 mg/ml |
| 1 000 mg | 100 mg/ml | 33,3 mg/ml |
Le calcul inverse sert aussi. Si vous vapotez 1 ml par jour d'un liquide à 30 mg/ml, vous vaporisez 30 mg de CBD. Ce chiffre n'est pas la quantité absorbée : une partie de la vapeur est expirée, une autre se dépose dans la bouche. La quantité de liquide vaporisée à chaque bouffée dépend aussi du matériel, comme l'explique notre article sur la résistance et la puissance.
Combien de CBD atteint vraiment l'organisme
Les données humaines sont rares. Une revue systématique parue en 2018 dans Frontiers in Pharmacology a rassemblé les études de pharmacocinétique du cannabidiol chez l'humain. Elle retient une biodisponibilité moyenne de 31 % par voie fumée, tirée d'une seule étude de 1986. Aucune étude n'a mesuré la biodisponibilité absolue du CBD avalé chez l'humain. Les comparaisons chiffrées entre vapotage et ingestion qui circulent ne reposent donc pas sur des données humaines.
Aucune autorité n'a fixé de dose de référence pour le CBD inhalé. La seule valeur officielle concerne l'ingestion. Le 9 février 2026, l'EFSA a retenu une dose sûre provisoire de 0,0275 mg par kilo et par jour, soit environ 2 mg pour un adulte de 70 kg. Cette valeur vaut pour un CBD pur à 98 % au moins, pris comme complément alimentaire. L'agence n'a pas pu établir la sécurité du CBD avant 25 ans, pendant la grossesse ou l'allaitement, ni chez les personnes sous traitement.
Ce qu'un e-liquide contient, et ce qu'il ne doit jamais contenir
Un e-liquide repose sur deux solvants, le propylène glycol (PG) et la glycérine végétale (VG). Leurs proportions fixent la viscosité et le comportement à la chauffe. S'y ajoutent le CBD et, souvent, des arômes. Le CBD peut venir d'un isolat, du CBD seul, ou d'un extrait qui garde d'autres composés de la plante. Un extrait à spectre complet peut apporter des traces de THC, un point à connaître si vous conduisez. Notre article spectre complet ou isolat détaille ces différences. Un e-liquide au CBD peut aussi contenir de la nicotine : l'étiquette doit l'indiquer.
Aucune huile n'entre dans cette composition. L'épisode de référence est l'épidémie d'atteintes pulmonaires liées au vapotage (EVALI) aux États-Unis. Au 18 février 2020, les Centers for Disease Control and Prevention recensaient 2 807 hospitalisations ou décès, dont 68 décès. L'acétate de vitamine E, un corps gras ajouté pour épaissir des liquides au THC, a été retrouvé dans le liquide de lavage pulmonaire de 48 patients sur 51.
Une version déformée de cette histoire circule souvent. Le premier rapport d'analyse, publié en novembre 2019, portait sur 29 échantillons de lavage broncho-alvéolaire. L'acétate de vitamine E était présent dans les 29. Les huiles végétales, l'huile de triglycérides à chaîne moyenne et les distillats de pétrole étaient tous sous les limites de détection. L'agent mis en cause est donc l'acétate de vitamine E, pas l'huile de coco. Le principe qui en découle reste valable : un corps gras n'a rien à faire dans un aérosol inhalé.
La chaleur pose une autre question. Une étude publiée en 2021 dans Scientific Reports montre qu'en présence d'oxygène, le PG et la glycérine se décomposent dès 133 à 175 °C. Ils forment alors du formaldéhyde, de l'acétaldéhyde, de l'acide formique et de l'acide acrylique. Cette dégradation commence bien avant le goût de brûlé. Pousser une résistance au-delà de sa plage ou tirer sur une mèche sèche n'est pas anodin.
Le CBD lui-même se transforme-t-il en THC dans une cigarette électronique ? Une équipe hongroise a chauffé du CBD pur entre 250 et 500 °C : 25 à 52 % se sont transformés, surtout en Δ⁹-THC. Une équipe allemande a ensuite vapoté deux e-liquides au CBD avec deux appareils, dont un poussé à 0,2 ohm et 200 watts. Elle n'a observé aucune hausse du THC dans les liquides condensés. En conditions d'usage réalistes, la conversion ne semble pas se produire de façon notable.
Le cadre français applicable
Pour le droit français, un e-liquide au CBD est un produit du vapotage. L'article L3513-1 du Code de la santé publique vise les liquides « contenant le cas échéant de la nicotine », donc aussi ceux qui n'en contiennent pas. Deux règles en découlent. L'article L3513-5 interdit la vente aux moins de 18 ans et impose au vendeur de demander une preuve de majorité. L'article L3513-4 interdit la publicité, directe ou indirecte, en faveur de ces produits. Notre article sur l'âge légal du CBD compare les formats.
La loi n° 2025-175 du 24 février 2025 interdit les dispositifs de vapotage préremplis et non rechargeables. Les cartouches sont expressément exclues de l'interdiction, et les flacons de recharge ne sont pas visés. Notre article sur l'interdiction des puffs jetables détaille la mesure.
La teneur en Δ⁹-THC suit le droit commun du chanvre. Le paragraphe III de l'article 1er de l'arrêté du 30 décembre 2021 plafonne à 0,30 % les extraits de chanvre et les produits qui les contiennent, e-liquides compris.
Enfin, un e-liquide n'est pas une denrée alimentaire. L'avis du ministère de l'Agriculture du 20 mai 2026, qui demande le retrait des aliments et compléments au CBD, ne le vise pas. Sa légalité tient à cette absence du champ alimentaire, pas à une autorisation qui lui serait propre.
Pourquoi l'analyse compte plus que l'étiquette
Sur ce format, les autorités françaises ont été explicites. Dans un communiqué du 19 juin 2025, l'ANSM signale plusieurs centaines d'intoxications depuis début 2024 avec des produits présentés comme contenant du CBD. Les e-liquides figurent parmi les formats cités. Les analyses y ont trouvé du THC au-delà du seuil légal, ou du HHC, du HHC-O, du H4-CBD, du H2-CBD et du MDMB-PINACA, un cannabinoïde de synthèse. Le même communiqué cite une étude de 2023 : 8 produits sur 10 affichaient une teneur en CBD différente de celle mesurée.
La mention portée sur le flacon ne vaut donc pas preuve. Seul un certificat d'analyse du lot répond à la question. Il doit indiquer la teneur en CBD, en mg/ml ou en mg par flacon, le Δ⁹-THC à 0,30 % au plus, et idéalement la recherche des cannabinoïdes semi-synthétiques. Vérifiez que son numéro de lot correspond au flacon. Notre guide pour lire un certificat d'analyse reprend chaque ligne.
Le CBD n'est pas un médicament, et vapoter n'est pas anodin, avec ou sans nicotine.
Questions fréquentes
Un flacon de 10 ml à 300 mg, cela fait combien par millilitre ?
Trente milligrammes par millilitre. La quantité annoncée correspond au total du flacon, et la concentration s'obtient en la divisant par le volume. Un flacon de 30 ml annoncé à 300 mg ne titre que 10 mg par millilitre.
Peut-on vapoter une huile de CBD ?
Non. Une huile n'a pas sa place dans un aérosol inhalé. L'épidémie américaine d'atteintes pulmonaires liées au vapotage, 2 807 hospitalisations ou décès au 18 février 2020, a été fortement associée à l'acétate de vitamine E, un corps gras ajouté à des liquides au THC.
Les e-liquides au CBD sont-ils toujours autorisés en France ?
Oui. Ce sont des produits du vapotage, interdits à la vente aux mineurs, et leur teneur en Δ⁹-THC ne doit pas dépasser 0,30 %. Le retrait demandé le 20 mai 2026 porte sur les aliments et compléments au CBD. La loi du 24 février 2025 interdit les dispositifs préremplis non rechargeables, pas les flacons.
Vapoter du CBD peut-il rendre positif un test salivaire ?
Un isolat de CBD bien purifié ne contient pas de THC mesurable. Un extrait à spectre complet, ou un liquide mal contrôlé, peut en contenir, et la loi ne fixe aucune dose minimale au volant. Notre guide du test salivaire détaille ce risque.
Un e-liquide au CBD contient-il de la nicotine ?
Pas nécessairement. Certains en contiennent, d'autres non. L'étiquette doit l'indiquer, et un liquide nicotiné relève en plus des règles propres aux produits contenant de la nicotine.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s'appuie sur des sources primaires (ANSM, EFSA, EUR-Lex, publications à comité de lecture) et sur la pratique du laboratoire : analyses HPLC lot par lot, profils cannabinoïdes mesurés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.