Cannabis dans les Caraïbes : ce qu'autorisent 9 îles en 2026
Aucune île des Caraïbes n'a ouvert de marché du cannabis récréatif comparable à celui du Canada. Depuis la réforme jamaïcaine de 2015, au moins huit États insulaires ont dépénalisé la détention de petites quantités, de 14 g à la Barbade à 2 onces en Jamaïque. Plusieurs ont aussi créé une filière médicale et encadré l'usage religieux rastafari. Pour un voyageur français, rien ne change : le cannabis reste un stupéfiant en France, et en rapporter revient à l'importer.

- 01Dépénaliser n'est pas légaliser : trois régimes à distinguer
- 02Jamaïque : la première réforme, en 2015
- 03Trinité-et-Tobago, Antigua, Saint-Kitts : la culture à domicile
- 04Barbade, Saint-Vincent et d'autres : d'abord la filière médicale
- 05Ce que cela change pour un voyageur français
- 06Questions fréquentes
À retenir
- Sous le seuil de détention, plus de poursuite pénale, sans que le commerce devienne libre pour autant.
- Le seuil le plus bas est celui de la Barbade (14 g), le plus haut celui de la Jamaïque (2 onces, environ 57 g).
- En Jamaïque, un visiteur peut obtenir un permis d'achat à usage médical avec une ordonnance ou une simple déclaration signée.
- En France, l'usage expose toujours à un an de prison et 3 750 € d'amende ; l'amende forfaitaire est passée à 500 € en août 2026.
- La France n'autorise que le chanvre dont le produit fini contient au plus 0,30 % de Δ⁹-THC.
Dépénaliser n'est pas légaliser : trois régimes à distinguer
Les réformes caribéennes mêlent trois mécanismes, et il faut les séparer pour savoir ce qui est permis. Avec la dépénalisation, une petite quantité ne donne plus lieu à des poursuites pénales, tout au plus à une contravention. La filière médicale repose sur des licences de culture, de transformation et de vente, contrôlées par une autorité publique. L'usage sacramentel permet aux communautés rastafari, pour qui le cannabis a une valeur religieuse, de le cultiver et de le consommer dans un cadre défini.
Le mouvement est parti d'une initiative régionale. En 2018, la Commission régionale de la CARICOM sur le cannabis a publié un rapport intitulé Waiting to Exhale, où elle recommandait à l'unanimité de reclasser le cannabis en « substance contrôlée ». Elle proposait de remplacer les sanctions pénales par une approche de santé publique, en maintenant l'interdiction pour les mineurs et dans l'espace public. La plupart des pays ont repris une partie de ces recommandations, rarement l'ensemble.
Jamaïque : la première réforme, en 2015
Le premier texte est jamaïcain : le Dangerous Drugs (Amendment) Act, entré en vigueur le 15 avril 2015 d'après la fiche officielle du gouvernement. Pour 2 onces ou moins, soit environ 57 g, il n'y a plus d'arrestation ni de casier judiciaire. La police peut dresser une contravention de 500 dollars jamaïcains, payable sous 30 jours. Au-delà de ce seuil, la détention reste un délit.
Un foyer a droit à 5 plants, quel que soit le nombre de personnes qui y vivent. Les rastafaris peuvent fumer dans leurs lieux de culte enregistrés et solliciter une autorisation de culture sacramentelle. La même loi a créé la Cannabis Licensing Authority, chargée des licences de la filière médicale.
Pour les voyageurs, une disposition compte. Un non-résident peut obtenir un permis payant qui l'autorise à acheter et à détenir jusqu'à 2 onces à la fois, à usage médical. Il doit présenter une ordonnance, une recommandation médicale ou une déclaration volontaire signée. Le cadre reste médical et n'ouvre aucune vente libre.
Trinité-et-Tobago, Antigua, Saint-Kitts : la culture à domicile
Trois pays ont lié dépénalisation et culture personnelle. À Trinité-et-Tobago, la loi n° 24 de 2019, promulguée le 18 décembre 2019, rend licite la détention de 30 g de cannabis ou 5 g de résine. Au-dessus, les amendes grimpent vite : 50 000 dollars de Trinité entre 30 et 60 g. Chacun peut cultiver 4 plants. Le Cannabis Control Act de 2022 prévoit en plus des licences et des dispensaires sacramentels, mais son entrée en vigueur reste suspendue à une proclamation présidentielle.
En mars 2018, Antigua-et-Barbuda a retenu un seuil de 15 g et 4 plants par foyer et effacé les condamnations passées portant sur ces quantités. Promulgué en janvier 2019, le Cannabis Act de 2018 a institué une autorité du cannabis médical, ainsi que des dispensaires réservés aux organisations religieuses enregistrées.
Saint-Kitts-et-Nevis a avancé en deux étapes. Le seuil était de 15 g en 2019 ; un amendement de juin 2023 l'a porté à 56 g et 5 plants par foyer, en renvoyant à une loi de la même année qui reconnaît les droits des rastafaris. La loi de 2020 avait déjà créé une autorité du cannabis médical.
Barbade, Saint-Vincent et d'autres : d'abord la filière médicale
D'autres îles sont parties de l'économie. Le 11 décembre 2018, Saint-Vincent-et-les-Grenadines a voté une loi sur l'industrie du cannabis médical, ainsi qu'une loi d'amnistie qui intègre les cultivateurs traditionnels à la filière licenciée. La dépénalisation de 56 g est venue ensuite, et le gouvernement l'a confirmée en mars 2021.
Le 27 novembre 2019, la Barbade a adopté deux textes : l'un sur l'industrie médicale, l'autre, le Sacramental Cannabis Act, sur l'usage religieux. Elle a dépénalisé 14 g en 2021, soit le seuil le plus bas de ce panorama. La Dominique a dépénalisé 28 g en octobre 2020, Sainte-Lucie 30 g en septembre 2021. Aux Bahamas, une loi de 2024 a institué une autorité du cannabis pour l'usage médical et sacramentel. Début 2025, les amendes prévues pour la petite détention n'y étaient pas encore appliquées.
| Pays | Détention dépénalisée | Culture à domicile | Autres régimes |
|---|---|---|---|
| Jamaïque (2015) | 2 onces, environ 57 g, contravention | 5 plants par foyer | Médical, sacramental, permis pour visiteurs |
| Trinité-et-Tobago (2019) | 30 g, ou 5 g de résine | 4 plants par personne | Loi de 2022 applicable sur proclamation |
| Antigua-et-Barbuda (2018) | 15 g | 4 plants par foyer | Médical, dispensaires religieux |
| Saint-Kitts-et-Nevis (2023) | 56 g | 5 plants par foyer | Médical, rastafari |
| Saint-Vincent (2018 puis 2021) | 56 g | Non précisé | Médical, amnistie des cultivateurs |
| Barbade (2019 puis 2021) | 14 g | Non précisé | Médical, sacramental |
| Dominique (2020) | 28 g | Non précisé | Non précisé |
| Sainte-Lucie (2021) | 30 g | Non précisé | Non précisé |
Ce que cela change pour un voyageur français
Sur le plan juridique, rien. Le droit caribéen ne s'applique pas au-delà de la frontière de l'île. En France, l'usage de stupéfiants reste un délit puni d'un an d'emprisonnement et de 3 750 € d'amende. Depuis le 20 août 2026, l'amende forfaitaire délictuelle, qui peut remplacer les poursuites, s'élève à 500 €. Elle tombe à 400 € si elle est réglée sous 15 jours et monte à 1 000 € au-delà de 45 jours.
Du cannabis acheté légalement en Jamaïque redevient un stupéfiant en France. Le rapporter est une importation de stupéfiants, que l'article 222-36 du code pénal punit de 10 ans d'emprisonnement et de 7 500 000 € d'amende. Les escales comptent aussi, car le droit de chaque pays traversé s'applique à vous. Les règles aux frontières sont détaillées dans notre guide pour voyager en avion avec du CBD.
La seule offre légale en France reste le chanvre dont le produit fini contient au plus 0,30 % de Δ⁹-THC ; notre article sur le taux de THC légal explique ce seuil. Le cannabis à visée thérapeutique relève d'un cadre médical distinct, que présente notre point sur le cannabis médical en France. Pour comparer les Caraïbes à d'autres modèles, voyez notre panorama cannabis et CBD dans le monde et notre article sur le cannabis légal au Maroc.
Questions fréquentes
Uniquement dans un cadre médical. Avec une ordonnance, une recommandation médicale ou une déclaration volontaire signée, un non-résident peut obtenir un permis payant pour acheter jusqu'à 2 onces à la fois. La vente récréative libre n'existe pas.
Avec la dépénalisation, détenir une petite quantité n'entraîne plus de poursuites pénales, tout au plus une contravention. La légalisation, elle, organise la production et la vente. Dans les Caraïbes, les îles ont surtout dépénalisé la détention et encadré les usages médical et religieux.
Non. Quel que soit le pays d'achat, la France y voit une importation de stupéfiants, que l'article 222-36 du code pénal punit de 10 ans d'emprisonnement et de 7 500 000 € d'amende.
Non. Le cannabis y reste un stupéfiant : son usage est puni d'un an de prison et de 3 750 € d'amende, ou d'une amende forfaitaire de 500 €. Les seuls produits autorisés sont ceux de chanvre à 0,30 % de Δ⁹-THC au plus.
Le cannabis a pour eux une valeur sacramentelle. La Jamaïque, la Barbade, Antigua-et-Barbuda et Saint-Kitts-et-Nevis ont reconnu cet usage religieux par des règles propres, qui se limitent souvent aux lieux de culte ou aux organisations enregistrées.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.