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Fleurs de CBD en Italie : le décret de 2025 devant la CJUE

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9 min de lectureMis à jour le

En Italie, l'article 18 du décret-loi n° 48 du 11 avril 2025 interdit depuis avril 2025 de vendre, de transporter et d'importer des fleurs de chanvre. Trois juridictions sont saisies de cette interdiction : la Cour de justice de l'Union européenne (affaire C-716/25), la Cour constitutionnelle italienne, qui l'examine le 21 octobre 2026, et la Cour de cassation. Rien ne change en France, où les fleurs restent en vente libre sous 0,30 % de THC.

Serre de culture de chanvre en floraison, rangées de plants sous une verrière

À retenir

  • En Italie, l'article 18 du décret-loi 48/2025, converti par la loi n° 80 du 9 juin 2025, interdit les fleurs de chanvre ainsi que leurs extraits, résines et huiles.
  • Le 11 novembre 2025, le Conseil d'État italien a demandé à la CJUE si une telle interdiction est compatible avec la politique agricole commune et la libre circulation.
  • Depuis 2019, la Cour de cassation italienne ne sanctionne la vente que si le produit a réellement un effet stupéfiant, et un arrêt de 2026 a appliqué ce critère au décret de 2025.
  • En France, le Conseil d'État a annulé l'interdiction des fleurs le 29 décembre 2022. Emporter des fleurs en Italie reste en revanche risqué.

Ce que prévoit l'article 18 du « décret sécurité »

La loi n° 80 du 9 juin 2025 a converti, avec des modifications, le décret-loi n° 48 du 11 avril 2025, surnommé « décret sécurité ». Son article 18 sort du champ de la loi sur le chanvre les produits faits d'inflorescences, même semi-transformées, séchées ou broyées, ainsi que les extraits, résines et huiles qui en sont tirés. Ces produits relèvent désormais du texte unique sur les stupéfiants, le décret présidentiel n° 309 de 1990.

Le texte interdit de les transformer, de les distribuer, d'en faire commerce, de les transporter, de les envoyer, de les livrer et de les importer. Ce résumé est celui du Conseil d'État italien dans sa note du 1er décembre 2025, qui précise que la culture des variétés autorisées reste licite pour les feuilles et les graines.

Frise chronologique du statut des fleurs de chanvre en Italie et dans l'Union européenne de 2016 à 2026
Fleurs de chanvre en Italie, 2016-2026. Sources : Consiglio di Stato, ordonnance n° 8813/2025 ; Corte costituzionale, reg. ord. n° 26/2026 ; CJUE, C-663/18

Avant 2025 : une loi agricole et un arrêt de 2019

La loi n° 242 du 2 décembre 2016 a ouvert la culture des variétés de chanvre inscrites au catalogue européen, sans autorisation préalable. Elle retient un taux de THC de 0,2 % dans la culture, avec une tolérance jusqu'à 0,6 % qui dégage l'agriculteur de sa responsabilité. Comme elle ne disait rien de la vente des fleurs, des boutiques de « cannabis light » se sont installées dans ce vide.

Le 30 mai 2019, les sections unies de la Cour de cassation ont tranché, dans l'arrêt n° 30475 publié le 10 juillet 2019. D'après le résumé du Conseil d'État, la vente au public de feuilles, d'inflorescences, d'huile ou de résine reste un délit au sens de l'article 73 du texte sur les stupéfiants. Il en va ainsi même sous les seuils de la loi de 2016, avec une seule exception : les produits concrètement dépourvus de tout effet stupéfiant ou psychotrope. Le vendeur ne peut donc pas s'abriter derrière le seuil agricole : ce qui compte est l'effet réel du produit vendu.

Le renvoi à la CJUE : l'affaire C-716/25

À l'origine du litige, il y a un arrêté du ministère de l'Agriculture du 21 janvier 2022 sur les plantes officinales. Seules les graines de chanvre y restaient sous le régime libre, et les feuilles et fleurs passaient sous le régime des stupéfiants. Le tribunal administratif du Latium a annulé cet arrêté, et les ministères ont fait appel.

Dans son ordonnance n° 8813 du 11 novembre 2025, la sixième section du Conseil d'État a posé deux questions à la Cour de justice de l'Union européenne :

  1. La politique agricole commune fait-elle obstacle à une règle interdisant d'utiliser les feuilles, les fleurs, l'huile et la résine de variétés autorisées, quel que soit leur taux de THC ? La question vise l'article 38 du traité, la directive 2002/53/CE sur le catalogue des variétés et les règlements sur les paiements directs.
  2. Les articles 34 à 36 du traité sur la libre circulation des marchandises font-ils obstacle à l'interdiction de produire et de vendre ces parties de la plante et leurs dérivés, CBD compris ? Ils sont lus avec les règlements européens sur les aliments et les cosmétiques.

Ces questions portent sur le droit italien en vigueur jusqu'au 11 avril 2025, dans l'interprétation qu'en donne la Cour de cassation. La réponse de Luxembourg indiquera néanmoins jusqu'où un État peut aller contre un chanvre inscrit au catalogue européen. L'affaire porte le numéro C-716/25, Società Agricola Jure, et aucun arrêt n'avait été rendu à la date de mise à jour de cet article.

Il existe un précédent. Dans l'arrêt Kanavape du 19 novembre 2020, la CJUE a jugé qu'un État membre ne peut pas interdire la vente d'un CBD extrait de la plante entière et légalement produit dans un autre État membre. Il ne le peut que si l'interdiction est apte à protéger la santé publique et ne va pas au-delà du nécessaire. La Cour a également relevé que le CBD n'est pas un stupéfiant au sens de la convention de l'ONU de 1961. Les suites de cet arrêt en France sont détaillées dans notre article sur l'arrêt Kanavape.

Les juges italiens freinent déjà l'article 18

Côté constitutionnel, le juge des investigations préliminaires de Brindisi a saisi la Cour constitutionnelle de l'article 18 le 2 décembre 2025. D'après la fiche de la Cour, l'affaire figure au registre sous le n° 26 de 2026, avec une audience fixée au 21 octobre 2026. Le juge s'appuie entre autres sur l'article 77 de la Constitution, qui réserve les décrets-lois aux cas de nécessité et d'urgence, et sur les articles 34 et 36 du traité.

La Cour de cassation, de son côté, a appliqué en 2026 le critère de 2019 au décret de 2025, par sa quatrième section pénale. Dans l'arrêt n° 25539, que rapporte la revue Fuoriluogo, elle a annulé le refus de restituer des produits saisis à Modène en décembre 2025, que l'expertise du parquet jugeait sans effet stupéfiant. Pour la Cour, on ne peut pas constater cette absence d'effet et, dans le même temps, retenir la marchandise comme stupéfiant.

Italie et France : deux logiques opposées

PointFranceItalie
Seuil de THC0,30 % de Δ⁹-THC dans la plante et le produit fini0,2 % dans la culture, tolérance à 0,6 % pour l'agriculteur
Vente de fleursAutorisée depuis la décision du Conseil d'État du 29 décembre 2022Interdite par l'article 18 depuis avril 2025
Critère pénalTaux de THC du produitEffet stupéfiant réel du produit (Cassation, 2019 et 2026)
Procédures en coursAucune sur les fleursCJUE (C-716/25), Cour constitutionnelle (21 octobre 2026)

La France a eu, elle aussi, son interdiction : l'arrêté du 30 décembre 2021 proscrivait la vente des fleurs brutes, et le Conseil d'État l'a annulé le 29 décembre 2022. Cet épisode est retracé dans notre article sur l'arrêté d'interdiction des fleurs de CBD, et le seuil de 0,30 % est expliqué dans celui sur le taux de THC légal.

Ce que cela change pour vous

En France, rien ne change. Les fleurs de CBD restent en vente libre tant que leur taux de Δ⁹-THC ne dépasse pas 0,30 %, et une décision de la CJUE sur l'Italie ne toucherait pas à ce seuil.

En voyage, soyez prudent. Le transport et l'importation des fleurs sont visés par l'article 18 : si vous emportez en Italie des fleurs achetées en France, vous tombez sous le droit italien, quel que soit leur taux de THC. Voir notre guide pour voyager en avion avec du CBD et celui sur les colis de CBD venus de l'étranger.

Dans les pays voisins, chacun garde ses règles. La Suisse tolère 1 % de THC, tandis que l'Allemagne et l'Espagne appliquent leurs propres cadres.

Questions fréquentes

Oui, depuis avril 2025 : l'article 18 du décret-loi n° 48 interdit de vendre, de transporter et d'importer les inflorescences de chanvre et leurs extraits. Pour condamner, la Cour de cassation exige toutefois que le produit ait un effet stupéfiant réel.

Non. L'affaire C-716/25, que le Conseil d'État italien lui a transmise le 11 novembre 2025, est toujours pendante. La grille de lecture vient de l'arrêt Kanavape de 2020 : une interdiction doit être justifiée par la santé publique et proportionnée.

Mieux vaut éviter. Le décret de 2025 interdit d'importer et de transporter des fleurs de chanvre, et un taux de THC conforme au droit français ne vous protège pas en Italie.

Non, puisque la France autorise déjà la vente des fleurs sous 0,30 % de THC. Un arrêt de la CJUE sur l'Italie servirait surtout à préciser ce que les autres États ont le droit d'interdire.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.