CBD et célébrités : 10 marques, 3 obstacles en France
Depuis 2015, au moins dix marques de cannabis ou de CBD ont été lancées ou soutenues par des célébrités américaines, de Snoop Dogg à Martha Stewart. Six vendent du cannabis au THC, stupéfiant en France. Chacune bute sur au moins une de trois règles françaises : le seuil de 0,3 % de THC, l'interdiction du CBD dans l'alimentation et celle des allégations de santé, qui vise aussi les influenceurs.

À retenir
- Entre 2015 et 2021, des stars ont lancé dix marques : six vendent du cannabis au THC, quatre du CBD.
- En France, un produit au THC actif est un stupéfiant, quel que soit le nom imprimé sur l'emballage.
- Gommes, capsules et café au CBD sont des denrées, que le ministère de l'Agriculture juge non autorisées depuis son avis du 20 mai 2026.
- Depuis la loi du 9 juin 2023, un influenceur ne peut pas présenter un produit comme substitut à un traitement.
- Le nom d'une star ne remplace pas l'analyse du lot : taux de CBD, Δ⁹-THC sous 0,30 %, numéro de lot.
Dix marques de célébrités, de 2015 à 2021
Ne figurent dans le tableau que les marques dont le lancement est documenté par un communiqué ou par un média identifié. Il sépare le cannabis au THC, psychotrope, du CBD, qui ne l'est pas, car tout le cadre légal en dépend.
| Célébrité | Marque | Lancement | Produit | Molécule |
|---|---|---|---|---|
| Willie Nelson | Willie's Reserve | avril 2015 | fleurs de cannabis | THC |
| Snoop Dogg | Leafs by Snoop | novembre 2015, Colorado | fleurs, confiseries, concentrés | THC |
| Whoopi Goldberg et Maya Elisabeth | Whoopi & Maya | 2016, fermée en février 2020 | cannabis médical | THC |
| Mike Tyson | Tyson Ranch | annoncé en janvier 2018 | culture de cannabis | THC |
| Willie Nelson | Willie's Remedy | février 2019 | café au chanvre | CBD |
| Rob Gronkowski | CBDMEDIC (associé) | août 2019 | soins à appliquer sur la peau | CBD |
| Megan Rapinoe | Mendi (ambassadrice) | octobre 2019 | produits au CBD | CBD |
| Seth Rogen et Evan Goldberg | Houseplant | Canada 2019, États-Unis mars 2021 | fleurs de cannabis | THC |
| Martha Stewart | Martha Stewart CBD | septembre 2020 | gommes, capsules, gouttes d'huile | CBD |
| Mike Tyson | Tyson 2.0 | 2021, Californie | fleurs et produits de cannabis | THC |
Selon son communiqué de septembre 2020, la gamme de Martha Stewart, conçue avec le groupe canadien Canopy Growth, est fabriquée à partir d'isolat de CBD. Un communiqué d'août 2019 annonce que le joueur de football américain Rob Gronkowski devient investisseur et associé du fabricant de CBDMEDIC, racheté depuis par Charlotte's Web. Quant à Whoopi & Maya, qui ciblait les douleurs de règles, elle a fermé en février 2020 selon CBS, après des désaccords entre fondatrices et l'arrivée de nouvelles règles californiennes.
Certaines stars ont pris position sans lancer de marque : l'acteur Morgan Freeman a ainsi plaidé pour la légalisation du cannabis en 2015. Ce sont des opinions personnelles, sans valeur d'avis scientifique.
Pourquoi tant de stars dans ce marché
En légalisant le cannabis récréatif, plusieurs États américains et le Canada ont créé un marché grand public, comparable à celui des spiritueux ou des cosmétiques. Quand les produits d'un rayon se ressemblent, un nom connu aide une marque à se démarquer rapidement. Seth Rogen a raconté à TechCrunch en 2021 comment Houseplant avait dû apprendre à faire passer son message dans une industrie très encadrée ; la marque a quitté le Canada en avril 2021.
Sur ces marchés, le cannabis au THC se vend dans des boutiques sous licence de chaque État, alors que le CBD tiré du chanvre suit d'autres règles, fédérales et locales. Les athlètes doivent en plus respecter les règles antidopage. Ce qui leur est permis est expliqué dans notre point sur le CBD et la liste de l'Agence mondiale antidopage.
Trois règles qui tiennent ces marques hors de France
La première règle concerne le THC. Six marques sur dix vendent du cannabis au THC actif, classé stupéfiant en France ; importer ou détenir leurs produits serait une infraction, même s'ils sont légaux dans leur pays d'origine. Un produit de chanvre vendu en France ne doit pas dépasser 0,30 % de Δ⁹-THC. Ce qui sépare les deux molécules est détaillé dans notre article sur les différences entre THC et CBD.
La deuxième touche le CBD dans l'alimentation. Parmi les quatre marques de CBD, deux vendent des produits à avaler : le café de Willie's Remedy, les gommes et capsules de Martha Stewart. Dans un avis du 20 mai 2026, le ministère de l'Agriculture rappelle que les denrées contenant du CBD ne sont pas autorisées au titre du règlement européen sur les nouveaux aliments. Il annonce aussi des contrôles. L'EFSA a bien proposé en février 2026 une dose provisoire de sécurité d'environ 2 mg de CBD par jour pour un adulte de 70 kg, sans autoriser aucun produit. Notre article sur le retrait des gommes au CBD fait le point.
La troisième porte sur les allégations de santé : la MILDECA rappelle qu'un produit au CBD non autorisé comme médicament ne peut revendiquer aucune allégation thérapeutique, sous peine de sanctions pénales. En France, l'Epidyolex est le seul médicament à base de CBD. Une marque positionnée sur les douleurs de règles, comme Whoopi & Maya, ne pourrait pas s'y présenter de cette façon. Les soins pour la peau restent possibles en tant que cosmétiques, sans promesse thérapeutique (voir notre article sur les allégations autorisées en cosmétique).
Influenceurs et CBD : ce que la loi française interdit
Au-delà des stars américaines, tout créateur de contenu qui parle de CBD en France est concerné. Deux textes s'appliquent.
La loi du 9 juin 2023 sur l'influence commerciale ne mentionne pas le CBD. Son article 4 interdit cependant toute promotion de produits présentés comme comparables, préférables ou substituables à des actes, protocoles ou prescriptions thérapeutiques. Un influenceur qui présenterait une huile de CBD comme une alternative à un traitement tomberait donc sous le coup de cette interdiction, punie de deux ans de prison et 300 000 € d'amende.
Pour le cannabis au THC, le texte de référence est l'article L3421-4 du Code de la santé publique. Il punit de cinq ans de prison et 75 000 € d'amende le fait de présenter l'usage de stupéfiants « sous un jour favorable ». Il vise aussi la provocation à consommer des substances présentées comme ayant les effets de stupéfiants. Relayer en France la promotion d'une marque au THC, même légale en Californie, peut ainsi valoir des poursuites. Ce que la loi autorise est détaillé dans notre guide de la publicité des produits CBD.
Ce que la notoriété ne remplace pas
Le nom d'une célébrité sur un produit ne modifie ni sa composition ni le cadre applicable. En France, hormis l'Epidyolex, médicament autorisé, aucun produit au CBD ne peut revendiquer d'effet sur la santé, quelle que soit la marque. Pour juger un produit, regardez trois lignes de son analyse plutôt que le nom sur l'étiquette : le cannabinoïde dominant et son pourcentage mesuré, un Δ⁹-THC à 0,30 % au plus, et un numéro de lot qui correspond au produit vendu.
Pour lire ces lignes, voir notre guide du certificat d'analyse. Les témoignages, de célébrités ou non, se trient avec notre article sur les avis CBD.
Questions fréquentes
Parmi les cas documentés, on trouve Martha Stewart avec Canopy Growth en 2020 et Willie Nelson avec le café Willie's Remedy en 2019. La même année, Rob Gronkowski est devenu associé de CBDMEDIC, et Megan Rapinoe ambassadrice de Mendi. Snoop Dogg, Seth Rogen et Mike Tyson ont surtout lancé des marques de cannabis au THC.
Non. Leafs by Snoop vend du cannabis au THC actif, classé stupéfiant en France. L'importer ou le détenir serait une infraction pénale, même si le produit est légal dans l'État où il est vendu.
Oui, dans les limites du droit commun de la publicité. Le produit doit être conforme, sans allégation thérapeutique, et ne pas être présenté comme substitut à un traitement, ce qu'interdit la loi du 9 juin 2023. La promotion d'un produit au THC tombe, elle, sous l'article L3421-4 du Code de la santé publique.
Pas forcément. Un produit se juge sur son analyse de lot et sur le respect du cadre français ; la notoriété de la personne qui le promeut n'y change rien.
Rédigé par l'équipe Phytogrammes
Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.
Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.