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CBD et dopage : autorisé depuis 2018, le THC reste le piège

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9 min de lectureMis à jour le

Non, le CBD n'est pas un produit dopant : l'Agence mondiale antidopage (AMA) l'a retiré de sa liste des interdictions le 1er janvier 2018, et la liste 2026 le mentionne toujours en exception. Le THC reste en revanche interdit en compétition. Pour un sportif, le danger vient des traces de THC qu'un produit au CBD peut contenir, et non du CBD lui-même.

Rangée de tubes d'échantillons d'urine étiquetés, posés devant un automate d'analyse de laboratoire

À retenir

  • Dans la liste 2026, la section S8 « Cannabinoïdes » interdit en compétition tous les cannabinoïdes, à l'exception du cannabidiol.
  • Le contrôle devient positif au-delà de 150 ng/mL de carboxy-THC, un métabolite du THC, dans l'urine. Le laboratoire fixe sa limite de décision à 180 ng/mL.
  • Le seuil français de 0,30 % de THC s'applique à la vente des produits et ne permet pas de prévoir le résultat d'un contrôle urinaire.
  • Depuis 2021, la suspension est de 3 mois pour un usage hors compétition sans lien avec la performance, et de 1 mois si le sportif suit un programme de prise en charge.

Ce que dit la liste des interdictions 2026

Standard international, la liste de l'AMA est révisée tous les ans. En France, elle paraît au Journal officiel ; la version applicable depuis le 1er janvier 2026 est celle du décret n° 2025-1226 du 15 décembre 2025. La section S8 interdit en compétition « tous les cannabinoïdes naturels et synthétiques » : cannabis, haschisch, THC naturels ou synthétiques, molécules qui imitent le THC. Le cannabidiol en est la seule exception.

Cette exception remonte à 2018. L'agence antidopage américaine l'a écrit en clair dans son récapitulatif des changements : à partir de 2018, le cannabidiol n'est plus interdit au titre de la catégorie S8. Le même document émet une réserve toujours valable : extrait de la plante, le CBD peut contenir du THC en quantité variable.

La formule « En compétition » demande à être bien comprise. L'interdiction vise la période de compétition, mais le contrôle relève ce qui se trouve dans l'organisme ce jour-là, à quelque date que remonte la prise. Pour l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), « c'est la présence de substance dans l'organisme qui prime et non le moment de la prise ». Comme le THC s'élimine lentement, une consommation plusieurs jours avant l'épreuve peut encore apparaître dans les urines.

Le seuil de 150 ng/mL, et ce qu'il mesure vraiment

Dans l'urine, le laboratoire recherche le carboxy-THC (THC-COOH), principal métabolite produit quand le foie dégrade le THC. D'après une note explicative de l'AMA sur la section S8, le résultat est anormal au-delà de 150 ng/mL ; la limite de décision, fixée à 180 ng/mL, tient compte de l'incertitude de mesure.

Jusqu'en 2013, le seuil était de 15 ng/mL. L'AMA l'a multiplié par dix afin de ne plus sanctionner une consommation ancienne, sans rapport avec la compétition. Selon la même note, les résultats anormaux sont passés de 400 à 500 par an entre 2009 et 2012 à moins de 100 en 2021.

Quand on parle de CBD et de sport, trois seuils reviennent, qui ne mesurent pas la même chose :

SeuilCe qu'il mesureQui l'applique
0,30 %Δ⁹-THC dans le produit venduDroit français, pour la mise sur le marché
150 ng/mLCarboxy-THC dans l'urine du sportifAMA, en compétition
50 ng/mLCarboxy-THC urinaire, seuil de dépistageLaboratoire de l'étude citée plus bas, hors sport

Un produit conforme au seuil légal de 0,30 % ne protège donc pas d'un contrôle positif. Le résultat dépend de la quantité de THC réellement avalée ou inhalée, de la fréquence des prises et du métabolisme de chacun.

Frise chronologique de la règle antidopage sur le cannabis : seuil relevé à 150 ng/mL en 2013, CBD retiré de la liste en 2018, THC classé substance d'abus en 2021, THC maintenu sur la liste en 2022, CBD toujours en exception en 2026
Le cannabis dans la liste de l'AMA, 2013 à 2026. Sources : note explicative S8 de l'AMA, 2023 ; décret n° 2025-1226

Le piège des traces de THC dans un produit au CBD

Un isolat de CBD pur est exempt de THC. Un produit à spectre complet en contient par définition, sous le plafond légal ; notre comparatif spectre complet ou isolat détaille la différence.

Une étude parue dans JAMA Psychiatry en 2021 donne un ordre de grandeur. Pendant quatre semaines, quatorze adultes ont pris chaque jour un extrait à spectre complet apportant environ 30 mg de CBD et moins de 1 mg de THC. À l'issue de l'étude, 7 sur 14 étaient positifs au carboxy-THC, au seuil de 50 ng/mL retenu par le laboratoire. Le taux le plus élevé, 71,5 ng/mL, restait sous le seuil de l'AMA tout en dépassant un seuil de dépistage courant. La marge diminue avec une dose plus forte, ou avec un produit plus chargé que ne l'indique son étiquette.

S'y ajoute l'incertitude du marché français. Un rapport publié en décembre 2023 avec le soutien de la MILDECA a analysé 248 produits achetés en France : 88 % contenaient moins de 0,3 % de THC, mais 30 échantillons se situaient entre 0,4 et 1,2 %, surtout des fleurs, résines, pollens et e-liquides. L'AFLD prévient aussi que certaines huiles ou certains extraits de CBD « pourraient contenir d'autres cannabinoïdes » interdits, et qu'elle ne peut pas garantir leur composition.

Si vous êtes soumis aux contrôles, la prudence se résume ainsi. Un isolat de CBD vous expose moins qu'un spectre complet ; une fleur ou une résine, qui contiennent toujours un peu de THC et de THCA, davantage. Une analyse de lot ne vaut que pour le lot acheté, et notre guide pour lire un certificat d'analyse indique les lignes à vérifier.

Sanctions : ce qui a changé en 2021

Le Code mondial antidopage de 2021 range le THC parmi les « substances d'abus », comme la cocaïne, l'héroïne et la MDMA. L'article L232-23-3-3 du code du sport en tire les conséquences en droit français. Quand le sportif établit que l'usage a eu lieu hors compétition et sans rapport avec la performance, la suspension est de trois mois. Elle peut être ramenée à un mois s'il suit un programme de prise en charge agréé par l'AFLD. Sinon, les sanctions de droit commun s'appliquent.

La sprinteuse américaine Sha'Carri Richardson en a fait l'expérience. Contrôlée positive au carboxy-THC lors des sélections olympiques américaines du 19 juin 2021, elle a accepté une suspension d'un mois après avoir suivi un programme de conseil. Son résultat qualificatif a été annulé, et elle n'a pas couru le 100 m des Jeux de Tokyo. Le cannabis était légal dans l'État du contrôle, ce qui ne l'a pas protégée d'une sanction sportive.

À la demande de plusieurs agences, un groupe d'experts de l'AMA a réexaminé en 2022 le statut du THC. Selon lui, le THC remplit les critères pour rester sur la liste : il présente un risque pour la santé, en particulier celle des jeunes, et porte atteinte à l'esprit du sport. La même note admet que les données ne montrent pas d'amélioration de la performance physique, sans pouvoir l'exclure sur le plan neuropsychologique.

Qui est concerné, et le cas des chevaux

Les règles antidopage concernent tout sportif, amateur compris, qui participe à une compétition organisée ou autorisée par une fédération signataire du Code. En France, les contrôles sont conduits par l'AFLD. Si vous ne disputez aucune compétition officielle, ce régime ne s'applique pas à vous ; le THC n'en reste pas moins un stupéfiant, et le seuil de 0,30 % continue de s'appliquer aux produits.

Les chevaux dépendent d'une autre liste. Alors que l'AMA autorise le cannabidiol chez l'humain, la liste 2026 de la Fédération équestre internationale le classe parmi ses substances contrôlées. Notre article sur le CBD et le cheval de compétition détaille ce régime. La récupération des sportifs est traitée à part, dans notre article sur le CBD et le cadre antidopage.

Questions fréquentes

Non. L'AMA a retiré le cannabidiol de sa liste le 1er janvier 2018, et la liste 2026 le maintient en exception dans la section S8. Les autres cannabinoïdes, THC compris, restent interdits en compétition.

Oui, quand le produit contient assez de THC. En 2021, une étude a vu 7 participants sur 14 devenir positifs au seuil de 50 ng/mL avec un extrait à spectre complet qui apportait moins de 1 mg de THC par jour. Aucun ne dépassait les 150 ng/mL de l'AMA, une marge qui se réduit avec un produit plus chargé.

Aucun délai ne garantit un contrôle négatif, car l'élimination varie avec la dose, la fréquence et la personne. L'AMA recommande aux sportifs de ne pas consommer de cannabis plusieurs jours avant une compétition. Les ordres de grandeur connus figurent dans notre article sur la durée du CBD dans l'organisme.

Oui, s'il prend part à une compétition organisée ou autorisée par une fédération qui applique le Code mondial antidopage. En France, c'est l'AFLD qui s'en charge.


Rédigé par l'équipe Phytogrammes

Chaque article du journal s’appuie sur des sources primaires citées : ANSM, EFSA, EUR-Lex et publications à comité de lecture. Les profils produits sont distingués des résultats de laboratoire documentés. Notre démarche.

Article publié le . Le CBD n’est pas un médicament.